07.05.2012
Confisquer Serono!
Elle est exemplaire à plus d’un titre, l’affaire Serono. C’est d’abord une success story qui se termine mal. Par le fait d’un rejeton né avec une cuillère en argent dans la bouche qui, après avoir hérité de l’entreprise paternelle, la vend à la concurrence pour 16 milliards de francs pour pouvoir s’adonner à la voile.
Et c’est celle, aussi, de Merck, la concurrence, qui après avoir déboursé les 16 milliards, encaissé 750 millions d’euros de bénéfices cette année et versé des dividendes en hausse de 20%, décide de fermer le site de Genève en supprimant 1250 postes de travail, sans compter les emplois induits.
Elle lui aura coûté du fric la reprise de Serono, mais aussi permis de s’approprier les brevets, de saccager le savoir faire de centaines d’employé.e.s et d’éliminer un concurrent. Non sans avoir bénéficié de faveurs fiscales à propos desquelles le ministre des finances du Canton de Genève garde un silence insultant pour celles et ceux qui, les impôts, les paient rubis sur ongle!
C’est sur leur peau que plus d’un millier hommes et de femmes expérimentent ce qu’est la propriété privée des moyens de production que sont les usines et les machines. Ces hommes, ces femmes, n’ont pas le choix entre travailler ou faire de la voile. C’est le choix entre la perte de leur travail et le déracinement à Shanghai, à Boston ou en Allemagne qu’on leur offre.
Elles ne sont pas les premières, ils ne sont pas les premiers, les salariés de Serono qui font l’amère expérience du capitalisme réellement existant.
Il y a quatre ans, confrontés à l’annonce brutale de la fermeture du site, les salarié.e.s des ateliers des CFF de Bellinzone ont fait reculer les managers en occupant les ateliers pendant plus d’un mois. Ils avaient, à leur actif, une tradition d’implantation syndicale qui leur a permis de réagir rapidement.
Chez Serono, elle était absente, cette implantation. Jusqu’à l’annonce de la fermeture… Depuis ce 24 avril, les choses ont changé. C’est par centaines que les salarié.e.s ont pris part aux assemblées, qu’ils ont marqué par leur présence le défilé du premier mai. Et qu’ils montrent qu’ils ne sont pas prêts à se laisser faire.
En fait, comme ceux de Bellinzone, c’est dans leurs mains qu’elles/ils tiennent leur destin. Pas pour obtenir le maintien des emplois contre une augmentation du temps de travail mais pas du salaire, comme chez Novartis à Prangins. Mais pour obtenir la confiscation des bâtiments et des laboratoires de Merck-Serono.
Oui, l’expropriation sans indemnité est nécessaire. Pour sauver les places de travail, mais aussi pour produire des médicaments utiles pour soigner les gens -ce que le personnel de Serono sait faire, pas les actionnaires-, il faut que la collectivité s’approprie l’usine.
Car, aussi bien les salarié.e.s de Serono que la population ont besoin de rompre avec la propriété privée des moyens de produire ce qui est nécessaire pour le bien commun.
24.04.2012
Courses de voile
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08.04.2012
Question de fil à plomb...
On pourrait considérer la conversion de Pierre Vanek, le secrétaire de solidaritéS, à l’élévation de l’âge de la retraite comme une manifestation ultérieure d’une gauche radicale qui perd la boule.
Elle la perd quand, à Lausanne elle négocie le prêt d’un député socialiste pour pouvoir constituer un groupe parlementaire et toucher 25'000 francs de jetons de présence. Elle la perd quand elle prétend après un vote populaire qui bâillonne le droit de manifester que la campagne qui l’a précédé «a permis un début de mobilisation significative pour reconquérir des droits démocratiques fondamentaux»[1]!
Sauf que perdre la boule face à un monde complexe, c’est une chose; se muer en propagandiste zélé de l’allongement de la durée des cotisations et de l’élévation de l’âge de la retraite c’en est une toute autre.
A l’heure où, à Genève, le syndicat des services publics, le SSP essaie d’organiser l’opposition à ces mêmes mesures dans le cadre de la fusion des caisses de l’Etat, c’est dans le domaine du coup de couteau dans le dos que l’on se retrouve!
Car la position que Vanek va défendre devant le personnel des communes et des SI est on ne peut plus claire. Il l’explique dans la presse: c’est pour éviter l’augmentation des cotisations et la détérioration des prestations qu’il faut élever de 62 à 64 ans l’âge de la retraite et de 35 à 40 ans la durée des cotisations. Comme s‘il n’y avait pas d’autre choix.
A l’heure où les banques revendiquent une part encore plus importante des avoirs du 2ème pilier -en clair, de nos salaires différés-, le secrétaire de solidaritéS se comporte d’abord comme le président et gestionnaire qu’il est de la caisse de retraite CAP. Il ira expliquer aux salarié.e.s la nécessité … de se soumettre.
Il n’y a en cela rien de fondamentalement différent de ce que font des centaines de fonctionnaires syndicaux qui dirigent des caisses de retraite. Sauf que rares sont ceux d’entre eux qui se revendiquent d’une gauche de rupture. Ils ne font qu’inscrire leur action dans la continuité d’une ligne syndicale faite de compromis sans combat, de renonciations systématiques, de capitulations successives.
Mais, au vu de l’absence de solidaritéS lors des grèves de ces deux dernières années, à l’aéroport, à Vessy -du moins jusqu’à ce que ce parti se distancie de sa représentante dans le conseil d’administration de la boîte … six semaines après le début de la grève- et dans les hôpitaux l’automne passé, au vu de la discrétion de ses militants dans la lutte engagée à l’Etat de Genève contre la nouvelle caisse, on peut se demander si la position de Vanek ne s’inscrit pas, elle aussi, dans la continuité.
Voilà qui nous conforte dans l’idée que la construction d’une gauche anticapitaliste -une gauche dont le fil à plomb reste son positionnement du côté des salarié.e.s, pas dans la gestion des institutions- est plus que jamais i-n-d-i-s-p-e-n-s-a-b-l-e.
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03.03.2012
Juste un peu tache...
Acte un jeudi 1er mars:
Rémy Pagani affirme devant la presse que le Conseil admnistratif de la ville de Genève veut une expertise de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe à propos de la loi Jornot, celle qui vise à rendre impossible l'exercice du droit de manifester. Transparent, il met à disposition de la presse la lettre du CA à l'OSCE.
Acte deux, le lendemain:
Dans la Tribune, Pierre Maudet, maire de Genève, prétend qu'il n'y a pas de position du Conseil administratif "tout simplement parce que nous n'en avons jamais discuté".
Qu'en déduire?
Que Pagani invente des positions de l'exécutif et fournit des faux à la presse? Maudet devrait en exiger la démission, rien de moins, et son pote Zappelli ouvrir une enquête contre Pagani,...
Que le CA fonctionne et prend des décisions à l'insu du maire radical-libéral? Le maire ne compterait-il que pour beurre? Pas forcément reluisant pour "le magistrat compétent" qui se lance dans la bataille pour sauver le siège libéral-radical au Conseil d'Etat...
Ou que c'est tout simplement Maudet qui ment? Pour "le magistrat intègre" et sauveur désigné du parti de Mark Müller et Olivier Jornot, ça ferait juste un peu tache...
12:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.02.2012
L'avenir commence à Athènes...
Quand la malnutrition fait des ravages parmi les petits élèves de l’école primaire et la faim pointe le nez dans les quartiers même petit bourgeois des villes grecques, la mesure est donnée de l’ampleur de ce qui est en train de se passer.
Malnutrition et faim! Qui s’ajoutent à des coupes brutales dans les retraites, les salaires et les prestations publiques et qui sont loin d’être de simples ajustements. Oui, ce qui se passe en Grèce prend les contours d’un changement d’époque. Et d’une crise de Civilisation.
Faim, malnutrition, retraites de misère, c’est ça «la fin du modèle social européen», dont se réjouit Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Il sait de quoi il cause: c’est la BCE, qui prête aux banques à un taux de 1% pour qu’elles puissent prêter à leur tour à La Grèce, au Portugal, à l’Espagne à des taux cinq, six fois supérieurs.
C’est sans qu’aucune richesse n’ait été produite que les banques réalisent les bénéfices. Le profit, ce n’est même plus sur la plus-value, le surtravail non rémunéré fourni par les salarié.e.s, qu’elles le réalisent, mais sur la gestion de la dette. C’est la logique vampirique de ce système.
C’est une vampirisation qui induit de graves reculs de Civilisation. C’est la Civilisation qui recule quand on condamne des centaines de milliers de vieux à vivre avec moins de 500 francs par mois, même au soleil et au son du sirtaki.
C’est la Civilisation qui fait un bond en arrière quand, par les coupes dans les dépenses publiques on renvoie les femmes aux tâches d’entretien, de reproduction de la vie sociale que plusieurs décennies de combat féministe avaient permis de socialiser, par des crèches, des EMS…
C’est la Civilisation qui recule quand ce sont la BCE, le FMI et la commission européenne qui «élisent» les chefs de gouvernement, come ils l’ont fait en Grèce et en Italie, en installant à la tête de ces pays deux anciens de Goldman Sachs.
Elle recule encore quand ces exécutants fidèles sont en plus doublés de proconsuls permanents du FMI et de la BCE installés à Athènes pour contrôler l’exécution de leurs mesures.
Il y a recul de Civilisation quand la cheffe du gouvernement de la principale économie capitaliste européenne, l’Allemagne, distribue les bonnes et les mauvaises notes aux autres gouvernants.
La Grèce aujourd’hui est un laboratoire grandeur nature. Pour eux et pour nous.
Elle a pour les capitalistes un intérêt certain. Imposer une réduction brutale du niveau de vie de presque onze millions de personnes, les asservir, les soumettre, et baisser celui de tous les autres, ailleurs en Europe, le voilà leur intérêt.
Symétriquement, c’est la capacité des Grecs à repousser ces attaques, qui nous renforcera tous. Voilà pourquoi, au-delà de la simple et indispensable solidarité humaine, le soutien au peuple grec est indispensable.
Parce que l'avenir commence à Athènes...
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16.02.2012
Les manifs, la casse et la violence
Genevoises, genevois, le matériel de vote est dans vos boîtes. Le 11 mars vous devrez décider si oui ou non vous renoncez à un droit fondamental, celui de manifester.
Voici la position claire de la Gauche anticapitaliste (www.gauche-anticapitaliste.ch) contre la loi Jornot, une loi à renvoyer à l'exéditeur.
Combattre un système qui génère la violence,
pas le droit de manifester !
Les tenants de la loi font appel aux quelques débordements survenus lors de manifestations pour durcir l’exercice du droit de manifester. Par contre, jamais ils ne se penchent sur l’origine de cette violence.
Un oubli? Sûrement pas! L’origine de cette violence se trouve dans les politiques mises en place et appliquées par la même caste qui veut restreindre, voire supprimer, le droit de manifester.
Les politiques mises en place depuis quinze ans en matière de logement, d’école, de santé, d’assurances sociales vont toujours dans le sens de limiter les prestations, de couper dans les dépenses, de réduire la maîtrise des citoyens sur ce qui les concerne, d’octroyer des faveurs fiscales aux mieux lotis.
Exigée par «les marchés», cette politique en laisse plus d’un sur le carreau. Combien de chômeurs en fin de droit qui n’ont plus de moyens pour vivre autres que l’assistance publique auraient envie de «tout fiche en l’air»? Combien de ces jeunes laissés au bord du chemin du système de formation n’ont jamais eu envie de «casser la baraque» ?
Combien de rentiers AI n’ont pas une fois eu l’envie de «mettre le feu à la boutique»? C’est dans l’humiliation, celle de ne pas avoir un boulot comme tout le monde, d’avoir été mis dehors, de se sentir un looser que la violence prend racine.
Mais, pour les cerveaux qui ont concocté cette loi, les prestations sociales et des services publiques de qualité sont des préoccupations aussi exotiques que les conditions de vie des babouins en Botswana: ils n’en ont pas besoin pour vivre.
La violence des uns et celle … des autres
Les neufs dernières années, seules trois manifestations ont «dégénéré» avec des dégâts matériaux en vitrines et voitures de l’ordre de quelques dizaines de milliers de francs.
Ces débordements ne sont pas une stratégie. Ils servent tout au plus à donner des arguments à ceux qui veulent limiter le droit de manifester.
Mais que représentent ces quelques milliers de francs à côté des effets de la politique néo-libérale de ces trente dernières années? Combien de familles ont été plongées dans la précarité, par des licenciements arbitraires, par les coupes successives dans les assurances sociales, AI, chômage, aide sociale?
Le coût de cette casse-là ne se calcule pas en francs, mais en familles et êtres humains brisés. Par exemple, la 4ème révision de la loi sur le chômage d’avril 2011, a mis, du jour au lendemain, entre 15 et 18'000 chômeurs à l’aide sociale! Avec quelles conséquences sur leur santé mentale et sur les budgets familiaux ?
Combien de milliers de ménages a-t-on privé d’avenir à coups de restructurations et de délocalisations? La voilà, la violence.
Cette violence, qui est celle du capitalisme, n’émeut nullement l’inspirateur de la loi et ses libéraux collègues. Leur souci est celui d’avoir un pays et une ville policés, havres de paix pour les clients de ces banquiers privés qui sont leurs mandants.
18:57 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.02.2012
Au besoin, en cognant...
Nommé procureur de la République grâce à sa propre voix, Olivier Jornot prendra ses fonctions à Genève le 1er avril à la place de Daniel Zapelli, démissionnaire forcé et membre du PLR, le parti de Jornot et Mark Müller.
C’est en 1984 que, alors âgé de quinze ans, «par amour de son pays» il adhère à Vigilance, un parti nationaliste aux relents fascisants. L’écœurante campagne xénophobe par laquelle ce parti avait remporté une vingtaine de sièges lors des élections cantonales de 1985 n’a pas dû troubler outre mesure le jeune Jornot, puisque ce n’est qu’en 1989 qu’il quitte l’extrême droite pour rejoindre le parti libéral. Et bien qu’il se félicite d’avoir suivi «le parcours dans ce sens plutôt que l’inverse», il reste fort discret sur ce passé-là.
Pas trotskiste d’origine (sic !)
Cet homme que, avec une rare perspicacité, Darius Rochebin définit comme «pas forcément trotskiste d’origine» (tsr1, 1.12.2011), entame alors des études en théologie, puis en droit. Et, à une époque où la jeunesse s’enflamme pour une «Suisse sans armée», c’est tambour battant qu’il mène une carrière militaire. Officier supérieur à 25 ans, il est depuis juillet 2011 colonel d’état major général.
Et c’est aussi au Parti libéral qu’il fait carrière. Conseiller municipal dans ce ghetto à parvenus qu’est Veyrier, il entre au Grand Conseil en 2005. Depuis 2002 il est aussi président du parti libéral; il le restera jusqu’en 2006. Ingrats, ses pairs ne le récompenseront pas, puisque, en novembre 2008, ils lui préféreront Mark Müller et Isabel Rochat come candidats au Conseil d’Etat.
Il s’illustre néanmoins au Grand Conseil jusqu’à obtenir la reconnaissance suprême de la part des parlementaires, de droite comme de gauche, celle de «meilleur député de l’année». «Coriace député connu pour ses combats contre les mendiants, les manifestants et les perturbateurs en tous genres » (Le Temps, 29.11.11), il est à l’origine de la suppression de l’obligation de publier les transactions immobilières -et leur montant- dans la feuille d’avis officielle.
Sous prétexte de «protection de la sphère privée», c’est une disposition clé et unique en Suisse romande qu’il fait sauter, celle permettant un contrôle public sur ces transactions et qui limitait les phénomènes de blanchiment. Dans un Canton où, pour 400'000 habitants le montant des transactions immobilières en 2010 s’est élevé à un milliard de francs, le fait que celui qui devient Procureur général soit l’auteur d’une telle loi a de quoi inquiéter.
Ménager des marges de liberté
Son copain de parti, Charles Poncet, a prétendu à la radio que, en devenant procureur général, Jornot perdrait «les 2/3 de ses revenus». C’est qu’ils devaient être confortables. C’est en effet chez Fontanetassociés qu’il exerce son activité d’avocat d’affaires.
Officine sise dans la vieille ville entre la rue des Granges et la rue Calvin -tout un symbole!- et forte d’une trentaine de «collaborateurs», l’étude se vante «d’accompagner les entreprises étrangères dans leur implantation en Suisse» et de pourvoir à la «négociation des aspects fiscaux y relatifs» (www.fontanet.ch). Que c’est bien dit…
De plus, cet homme, prêt «à abandonner la politique mais pas le pouvoir» (Le Temps, 29.11.11), siège au Conseil d’autorégulation de l’ASG, l’association suisse des gestionnaires de fortunes. D’après son propre site (www.vsv-asg.ch), «l’ASG est plus à même que le législateur (…) d’édicter des règles d’éthique professionnelle». Il faut, d’après elle «renoncer à l’emprise unique et tatillonne de l’Etat au profit d’une réglementation autonome appliquée par des organisations privées», dans le but de «ménager à des organisations privées une marge de liberté». Sera-ce la philosophie de ce nouveau procureur général chargé d’enquêter dans la capitale mondiale du négoce?
Cogner dur…
C’est par contre d’une fermeté absolue face à la petite délinquance que Jornot fait preuve. A ce titre, il se dit «favorable à un recours accru à la détention administrative» (TSR, 8.5.09), c'est-à-dire à la privation de liberté sans jugement!
Tout comme il est l’auteur de la loi sur les manifestations qui est une véritable loi contre les manifestations.
Car, avocat d’affaires ou procureur général, il est là pour garantir les meilleures conditions pour l’installation à Genève des sociétés étrangères.
Au besoin, en cognant sur le droit de manifester, aussi dur que sur des piétons un jour de 2003 sur un parking vaudois…
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14.01.2012
David Hiler: aux ordres de S&P!
David Hiler
aux ordres de S&P !
Encensé de droite à gôche, poids lourd des partis genevois de l’Alternance, le patron des finances David Hiler jouit d’une réputation «d’intraitable». Il l’est, face aux les salariés de l’Etat et aux syndicats; il l’est beaucoup moins devant les exigences des agences de notation. Voilà qui en fait pour le très libéral IDEHAP le «troisième meilleur ministre cantonal des finances».
Déjà en septembre 2010 lorsque Genève avait décroché le AA- de Standard & Poor’s et la grève à l’aéroport chez ISS battait son plein, le Vert s’inquiétait de ces grèves «qui pourraient entacher la bonne réputation de Genève». Sûr que, pour attirer les hedge founds comme Hiler le souhaite, grèves et manifestations font désordre…
Aujourd’hui, il confirme à propos de la fusion des caisses de retraites du personnel de l’Etat et des hôpitaux. Combattue par le seul Syndicat des Services Publics, la fusion prévoit l’élévation de l’âge donnant droit à la retraite, l’allongement de la durée de cotisation, l’augmentation conséquente de celles-ci et une diminution des rentes versées.
Pour Standard & Poor’s, la réalisation de cette fusion est la condition sine qua non du maintien de la notation AA- pour Genève. Elle l’écrit le 5 août 2011 de manière on ne peut plus claire. Dans son communiqué, qui figure sur le site officiel du Département des finances, on peut lire que «l’absence de réforme des caisses de pensions publiques pourrait affecter notre appréciation de la gouvernance du Canton et ainsi mettre sous pression la note actuelle».
Ainsi, la péjoration des retraites de quelques 40'000 assurés et de leurs familles est la condition pour le maintien de la note. Faute de quoi, elle pourrait être dégradée. Alors, les taux d’intérêt pour les emprunts et les obligations d’Etat, eux, augmenteraient, comprimant davantage les dépenses publiques.
Donc, soit vous fusionnez les caisses en faisant payer les assurés, soit les conditions d’emprunt faites à l’Etat de Genève vont se durcir, puisque la notation baissera. Et, come la fusion exige aussi une injection d’argent frais, S&P rappelle qu’«un surcroît de dépenses (…) pourrait remettre en cause la note actuelle».
Lige exécutant, David Hiler a déjà convoqué les syndicats favorables à la fusion des caisses de pension pour leur demander des efforts supplémentaires. Après avoir assuré qu’un accord avec Hiler permettrait d’éviter les détériorations plus importantes voulues par la majorité de droite du Grand Conseil, syndicats et corporations vont-ils faire de nouvelles courbettes devant le «magistrat-ami»?
C’est pourtant lui qui s’est engagé, il y a deux ans, à ne plus toucher aux salaires. Jusqu’en décembre dernier, lorsqu’il a décidé de ne verser qu’une demie annuité avant que le Grand Conseil décide de … supprimer l’annuité tout court.
La soumission aux diktats des agences de notation n’est pas une fatalité. Des villes comme Zurich ne font pas partie du système de notation. D’autant que pour être notées, les collectivités publiques comme les privés paient un montant forfaitaire.
Celui payé par Genève à S&P s’élève à 50'000 euros par an. Auquel on rajoute une commission à la prestation dont le % n’est pas dévoilé.
Pour se faire donner des ordres!
14:14 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14.12.2011
Discipline budgétaire pour discipliner les peuples
Puisque les résultats du dernier sommet ne sont pas suffisants, on va devoir abaisser la notation des Etats européens. Voilà, en substance, le message délivré par Moody’s à l’issue du sommet européen du 9 décembre.
Pourtant, les décisions prises par les représentants des 27 réunis à Bruxelles pour le 16ème «meeting de la dernière chance» depuis le début de la crise sont tout sauf des «mesurettes».
Pour Sarkozy le sommet marque la naissance d’une «autre Europe» tandis que, plus brutal, le New York Times écrit que «l’Allemagne a imposé sa vision des choses». Force est en effet de constater que les conclusions du sommet de Bruxelles sont tout sauf anodines
Tous solidaires… avec les banques
Trois sont les éléments nouveaux qui en ressortent. Le premier est la volonté d’assurer une gouvernance économique supranationale décrochée des Etats nationaux et des Parlements élus au profit d’une concertation entre la commission européenne, la Banque Centrale Européenne et les gouvernants des économies les plus fortes.
En modifiant les règles de surveillance des Etats membres de l’UE, ce sont les velléités nationales -y compris celles de secteurs de bourgeoisies nationales- de suivre des politiques économiques contraires aux intérêts des économies dominantes qui sont limitées.
Ainsi, par exemple, des compromis issus de confrontations de grande ampleur -dans des conflits autour des retraites ou autres- dans tel ou tel autre pays pourraient être sacrifiés sur l’autel de la «compétitivité de notre continent» comme le reconnaît Sarkozy.
Ensuite, l’accord obtenu par Angela Merkel institue une sorte de Fonds monétaire, le Mécanisme européen de solidarité (MES). A mettre en place en juillet 2012, et disposant d’un capital de 80 milliards d’euros, il a comme but de venir en aide aux pays de la zone euro qui n’obtiendraient plus de financements pour honorer leurs dettes.
Ainsi, si l’Espagne ou l’Italie devaient avoir trop de difficultés à emprunter pour rembourser leurs créanciers, c’est aux populations européennes de leur venir en aide par le biais de ce MES financé par leurs impôts. En termes de solidarité, c’est parfaitement pensé: c’est aux gens d’aider les Etats à rembourser leurs dettes vis-à-vis des banques!
La création du MES intervient quelques jours seulement après la décision de la BCE d’assurer pendant trois ans un financement illimité aux banques à un taux réduit à 1%. Elles pourront continuer à prêter au Portugal, à l’Espagne, à l’Irlande, à la Grèce ou à l’Italie -mais aussi à la France- à 5 ou 6%, rassurées qu’elles seront par la solidarité européenne.
A l’heure où l’on parle d’une possible faillite du 2ème institut allemand de crédit, la Commerzbank qui doit trouver quelques 5,2 milliards d’euros d’ici la mi-2012, de telles largeurs sont, pour les banques, plus que bienvenues.
Peut mieux faire…
Enfin, l’accord conclu établit un système de sanctions pour les pays qui ne respecteraient pas l’orthodoxie budgétaire. Arbitrairement fixée au principe de l’équilibre budgétaire -la désormais célèbre «règle d’or»- et à un taux d’endettement qui ne dépasse pas les 60% du PIB, cette orthodoxie est une véritable arme pour discipliner les peuples.
Ainsi que l’explique Sarkozy interviewé par Le Monde (13 décembre), c’est «la réforme du régime des retraites» qui rapportera 22 milliards d’euros en 2017, tout comme la suppression de 150'000 postes dans la fonction publique « va considérablement alléger, dans l’avenir, le poids des dépenses publiques».
Mario Monti, le premier ministre italien élu par les marchés, donne lui aussi par son budget fait d’élévation de l’âge de la retraite, d’allongement de la durée du travail et de licenciements facilités toute l’étendue du coup de massue contre celles et ceux qui n’ont que leur travail -et parfois même pas celui là- ou leurs retraites pour vivre. Au nom de la dette !
Cependant, la décision du 9 décembre laisse une marge d’interprétation pour appliquer ces sanctions qui ne seraient dès lors pas automatiques. Ainsi, comme l’explique toujours le Président à talonnettes, «un Etat peut être amené à recapitaliser une banque (…), ce qui augmentera sa dette publique. On ne pourra pas lui en tenir rigueur». Nous voilà rassurés.
Véritables mesures de mise au pas des peuples, les décisions de Bruxelles ne suffisent pas à satisfaire les créanciers américains des banques européennes. Qui le font savoir par la bouche de Moody’s et S&P, leurs experts : «peut mieux faire»…
Paolo Gilardi
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17.10.2011
Après le samedi global: Rise up!
Confidentielle comme à Genève ou massive comme à Madrid, New York, Athènes, Rome et Barcelone, la journée globale d’action du 15 novembre a mis des millions de personnes dans les rues de plus de 950 villes dans 84 pays.
Avec pour slogan «nous sommes 99%» et la ferme détermination à ne pas laisser le 1% restant «nous confisquer notre futur», ces manifestations massives -dont le «printemps arabe» avait été le prélude- marqueraient-elles un nouveau pas vers un automne chaud européen ?
Si tel est le cas -et nous le croyons-, un nouveau chapitre s’ouvre. Porteur d’espoir et chargé de responsabilités
Nous étions des centaines de centaines de milliers samedi passé dans les rues de Rome, Madrid et Barcelone. Par dizaines de milliers ils ont défilé à New York, Londres, Chicago, Athènes et Lisbonne, par milliers à Francfort, Oakland ou Milwaukee. Le doute n’est plus de mise: même s’il faut raison garder, après ce 15 octobre, rien ne sera plus comme avant.
Ca s’écrit eau, ça se lit démocratie
Ce qui s’est exprimé dans les rues de ces villes la semaine est d’abord le refus de se résigner: à la pauvreté, à l’exploitation, à la précarité. Puissant symbole de ce refus a été la participation à la manifestation de Rome de milliers de «braccianti agricoli illegali», ces travailleurs agricoles que leur condition de sans papiers condamne à courber l’échine en silence.
Il y ont côtoyé les métallurgistes de la FIOM -le syndicat des métallos-, les précaires de l’instruction publique, les jardinières d’enfants des crèches de Rome devenues des poulaillers industriels, les chômeurs en fin de droit. Toutes et tous ensemble, derrière une banderole de tête valant à elle seule tout un programme: «Poeple of Europa, Rise Up!».
Avec eux, ont défilé les défenseurs du bien public qu’est l’eau ; avec un slogan «ça s’écrit eau, ça se lit démocratie!». Car, justement, c’est l’appropriation privée des ressources, celle qui est exigée au nom de la dette, qui est au centre des préoccupations; c’est la propriété capitaliste avec ses impératifs de profit qui fabrique des sans travail, des sans papiers, des sans droits.
Cette convergence romaine, elle s’est réalisée aussi à Madrid: entre enseignants en grève contre les privatisations, jeunes chômeurs et précaires, paysans appauvris. Elle s’est réalisée à Londres ou à New York entre syndicalistes, chômeurs et militants anti-guerre.
Les cœurs et les âmes
L’ampleur des mobilisations confirme la dé-légitimation d’un système, le capitalisme, qui ne peut pas donner de réponses aux besoins sociaux, économiques, environnementaux, pacifiques, des 99%, à savoir l’écrasante majorité de la population mondiale.
En faire le constat, reconnaître, comme le faisait dernièrement un éditorialiste local, que «le capitalisme a perdu la bataille des cœurs et des âmes», c’est juste, mais ne suffit pas. Face à sa propre crise, le capitalisme n’abdique pas. En est la preuve la manière dont le ministère de l’Intérieur italien a géré le Black bloc dans la manifestation de Rome. Il a laissé les brides sur le cou d’un millier de jeunes révoltés pour casser des vitrines et bruler des voitures pour pouvoir par la suite attaquer avec une brutalité inouïe la tête de la manifestation. Et empêcher de ce fait que puisse s’installer au coeur de Rome le campement prévu d’indignati -qui sont de plus en plus incazzati, c'est-à-dire fâchés.
Il montre de cette manière que les jeux sont truqués, dans le sens où la légalité démocratique n’est que fiction. Elle coince, à l’image des forces politiques de la «gauche» italienne, le débat autour de la violence de certains secteurs, minimes, de manifestants et occulte le reste.
Cela demande aux forces qui se réclament de l’anticapitalisme de ne pas se satisfaire des constats, mais de mettre en avant des perspectives pour ces mouvements qui posent une exigence, celle de se réapproprier, d’en bas, le futur. Autrement dit, les âmes et les cœurs que le capitalisme ne séduit plus, ont besoin de perspectives autres que celle de se mobiliser pour glaner quelques pourcents aux élections fédérales.
Un besoin d’alternatives
Manifestation de révolte et de prise de conscience nouvelle, le moment actuel demande des propositions nouvelles qui dessinent une alternative possible à un capitalisme qui s’installe dans la crise. Cela, ne sera pas que le fruit de réflexions abstraites, de livres plus ou moins doctes sur les alternatives au capitalisme.
L’alternative ne pourra se construire qu’à partir des résistances et des luttes quotidiennes: sur les lieux de travail contre l’augmentation des horaires et de la fatigue, dans les services publics contre les privatisations, dans la lutte contre les politiques autoritaires, celle contre la précarité, pour un environnement qui nous permette de vivre.
Et cela ne peut se faire que par la construction, à la base, d’en bas, de résistances qui peuvent se transformer en confiance. Dans notre force, nous qui sommes les 99%, et notre capacité de changer le monde.
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03.10.2011
Grèce: qui aide qui?
En 2008, Sarkozy et Merkel promettaient de « moraliser le capitalisme ». Début 2009, après avoir touché des centaines de milliards de dollars au titre du sauvetage du système financier, les banques françaises et allemandes s’empressaient de les prêter. A la Hongrie, à la Grèce, à l’Italie, à des pays à risque.
Dus au risque, les taux d’intérêt élevés de ces prêts étaient garants de bénéfices rapides. Quant au risque encouru, le calcul des banques était clair: «les européens ne vont pas les laisser tomber, ils vont payer à leur place».
Octobre 2011, voilà qui est fait. Après la France, c’est à une large majorité que le Bundestag a voté le nouveau plain d’aide à la Grèce. Les voilà, les milliards pour rembourser les banques, françaises et allemandes, détentrices de 41% de la dette grecque!
Et demain? Un plan d’aide au Portugal dont 48% de la dette est aux mains des banques françaises et allemandes? Et à l’Espagne, dont les mêmes banques détiennent aussi presque la moitié? Sans parler de l’Italie, dont plus de la moitié de la dette est en mains françaises, de banques pour qui, comme BNP-Paribas, les besoins en liquidités sont criants…
C’est un immense transfert interne de richesses qui en cours, de la poche des salariés qui paient des impôts et sont en droit de bénéficier des prestations publiques vers les coffres des banques.
Ce sont des milliards d’argent public soustraits aux budgets de l’Allemagne et de la France qui, sous forme d’aide à la Grèce aujourd’hui, aux autres demain, sont reversés aux banques, allemandes et françaises.
Et pas qu’aux banques car, parmi ses créanciers figurent en très bonne position le complexe militaro-industriel français dont la Grèce est le 3ème client ou Siemens.
La multinationale allemande -qui a graissé la patte des deux grands partis grecs- a vendu au pays un système antimissiles, un système de digitalisation des centres de téléphonie, un autre, de sécurité dit C41 -qui n’a jamais fonctionné- à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 et du matériel pour les chemins de fer.
Elle exige des liquidités en retour. Tout comme Thyssen, autre créancier de la Grèce, qui lui a vendu -pour cinq milliards d’euros- des sous-marins… qui penchent dangereusement à gauche !
Le prix de ce sauvetage pour la population grecque est connu. Alors que le principal propriétaire foncier du pays, l’église orthodoxe, est exemptée d’impôts, ce sont les retraites de plus de 1200 euros qui sont amputées de 20% ! Ce sont les salaires qui sont réduits, ce sont 30'000 fonctionnaires qu’on licencie, c’est la TVA qu’on augmente. Pour rembourser les banques!
Dans ce contexte, le plan de financement de la Grèce n’est pas la solution, mais bien le problème. Car la solution, comme pour l’Argentine en 2001 ou l’Equateur cinq ans plus tard réside dans le refus de payer la dette.
Et dans la bataille pour l’expropriation des banques et la création d’un service public du crédit.
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05.09.2011
Aide aux banques, constat d'échec!
Trois ans jour pour jour après la faillite de Lehmann Brothers le 15 septembre 2008, la finance internationale traverse de nouvelles turbulences. Et les peuples avec.
Trop grandes pour qu’on les laisse tomber, banques et assurances ont bénéficié depuis d’aides colossales de la part des Etats.
Ce ne sont pas moins de 15'000 milliards de dollars d’argent public qu’ont été engagés, mis à disposition, pour les sauver. Une vraie saignée pour les budgets des collectivités publiques que l’on a reportée sur les populations, à force de coupes dans les retraites, dans les dépenses publiques, les prestations sociales, les traitements des salarié.e.s du secteur public.
Trois ans après, pourtant, l’histoire se répète. Tout d’abord, la crise de liquidité des banques se confirme. Malgré des taux d’usuriers imposés à la Grèce, au Portugal, à l’Espagne et à leurs populations, malgré les transferts de capitaux vers les banques par les systèmes de capitalisation des retraites, aujourd’hui comme en 2008, le credit crunch est là.
Cet étranglement du crédit indique le fait que les banques elles-mêmes, peu sûres de la solvabilité l’une de l’autre, rechignent à se prêter entre elles. Et encore plus, of course, aux investisseurs industriels. On s’abstiendra, par respect de l’intelligence de qui nous lit, d’énumérer les conséquences sur l’économie réelle… et sur la vie de centaines de millions d’êtres humains.
Le ralentissement de l’activité économique est déjà à l’œuvre. En Suisse, la croissance est anémique alors qu’en Allemagne, vaisseau amiral des capitalismes européens, elle stagne au 2ème trimestre à +0,1%. Pas de quoi pavoiser.
Aux USA, la crainte d’une nouvelle récession est déjà là. En août, le nombre de places de travail n’a pas augmenté alors que les spécialistes tablaient sur une création d’emploi de l’ordre de 70'000 places. La faute, d’après le peu gauchiste The Economist, au fait que, pour contenir les déficits occasionnés par des aides aux banques, à l’industrie automobile, au secteur de la construction et aux assurances, de l’ordre de 2500 milliards de dollars depuis 2009 on a supprimé 600'000 emplois publics.
Cette nouvelle récession créerait une situation que les économistes appellent de double dip, caractérisée par une succession à court terme de deux récessions interrompue juste par une reprise avortée. C’est quelque chose qui ne s’était plus produit depuis la grande crise de 1929.
C’est dire si les risques sont grands d’une longue stagnation au cours de laquelle les attaques contre les dépenses publiques, contre les salaires et les retraites ne peuvent que s’accélérer. Et contre lesquelles, la construction de mobilisations larges, de masse s’impose avec un seul et unique fil à plomb, l’intérêt de celles et ceux qui n’ont que leur salaire -et qui souvent ne l’ont même pas- pour vivre.
Car, entre les besoins des banques et ceux de la majorité des gens, il faut choisir son camp.
(à paraître dans L'anticapitaliste, 53ème, 9 septembre 2001)
12:28 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07.08.2011
Agences de notation: oracles des Temps modernes
Il aura suffi que Standard & Poors abaisse d’un cran la notation de la dette des Etats-Unis pour que leur principal bailleur de fonds, la Chine, relève les taux d’intérêt et exige plus de rigueur de la part du gouvernement Obama.
De nouveau, après la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, l’Italie, les agences de notation dictent le rythme, pour le plus grand bien des investisseurs et le désarroi de couches de plus en plus consistantes de la population.
Mais qui sont-elles ces agences dont, à l’image des oracles anciens qu’on consultait avant de partir à la guerre, le moindre haussement de cils peut faire basculer l’économie mondiale?
Elles sont au nombre de trois, les grandes. Les deux premières, Standards & Poors et Moody’s sont domiciliées aux Etats-Unis, tandis que la troisième, Fitch Ratings, bien que fondée à New York en 1913, est propriété du holding français Fimalac dont l’actionnaire majoritaire est Marc Ladreit de Lacharrière.
Rendre service aux investisseurs
Administrateur du groupe Casino, de L'Oréal, de Renault et membre du Conseil consultatif de la Banque de France, à la tête d’une fortune estimée à plus de 1,6 milliards d’euros, de Lacharrière a été sacré Chevalier de la Légion d’honneur en 2010 par son ami Sarkozy.
Moody’s, pour sa part, a vu le jour en 1909, lorsque le journaliste économique John Moody a commencé à vendre à des investisseurs ses opinions sur la rentabilité des titres des compagnies de chemin de fer.
Boostée dans les années 1970 par l’apparition aux Etats Unis d’organismes de placement collectifs à la recherche de conseils, Moody’s, cotée en bourse depuis 2000, représente 40% du marché mondial de l’estimation du crédit. Ses bénéfices en 2010 ont été de 500 millions de dollars et son chiffre d’affaires pour le premier trimestre 2011 est en augmentation de 27%.
Moody’s emploie 4500 salarié.e.s dans 26 pays: entreprise «modèle», elle leur garantit ainsi qu’à leurs familles et partenaires -«du même sexe ou du sexe opposé», comme le précise son site officiel- assurances médicales, retraites, crèches, clubs de rencontre et «réseaux d’affinité, féminins, homo ou bisexuels, multiraciaux» etc.
Elle finance et subventionne directement des programmes universitaires, aux Etats-Unis et au sein de l’UE.
Quant à l’aînée, Standard & Poors (S&P) fondée par Henri Poor en 1860, elle compte 10'000 employés et s’enorgueillit d’avoir noté, en 2009, des dettes d’un montant de 4000 milliards.
Elle est filiale de Mc Graw-Hill, une société qui pèse plus de 6 milliards de US$ dont le but est de «rendre service aux investisseurs».
De A à C, voire à D
Le concept de service aux investisseurs est vaste. Il ne se limite pas seulement à la notation des entreprises ou des Etats. A travers ses deux autres filiales, JD Power et Platt’s, Mc Graw-Hill fournit aussi de l’analyse économique clés en main à des centaines de journaux à travers le monde et participe au commerce de pétrole, électricité, charbon, gaz naturel et réacteurs nucléaires dans 150 pays.
Ce sont donc ces colosses qui décident de la notation des entreprises et des Etats. Leurs systèmes, relativement proches, vont de la note maximale AAa, synonyme d’investissement sûr, à la note C, voire D pour S&P et Fitch, synonyme de risques «substantiels», voire de défaut de paiements.
C’est grâce aux réductions fiscales pour les sociétés multinationales, à la politique d’accueil des fonds spéculatifs, à la discrétion des banquiers privés que le Conseil d’Etat genevois a pu fêter l’an passé l’attribution à Genève du 3ème A, synonyme de paradis pour riches, par Moody’s.
A l’inverse, c’est en vertu de la perte d’un A que le ministre italien des finances a pu, avec le soutien de la «gauche», imposer un train de mesures antisociales sans précédents. C’est pour «rassurer les marchés», les investisseurs, que les italiennes et les italiens devront travailler plus longtemps pour des retraites moindres et prendre en charge une part accrue de leurs dépenses de santé.
En effet, la détérioration de la note se traduit immédiatement par une élévation des taux d’intérêts, à la hauteur du risque. Cela oblige les Etats à emprunter davantage pour faire face aux nouvelles obligations et à réduire leurs dépenses.
Taillée sur mesure
Le mécanisme est d‘autant plus pernicieux que la Banque Centrale Européenne ne peut pas prêter aux Etats. C’est aux banques qu’elle prête à un taux de 1,8% pour que celles-ci puissent prêter aux pays dont la note a été détériorée, à des taux de 6, 8 voire 12% !
C’est la combinaison entre la notation des agences et cette norme taillée sur mesure qui permet aux banques de reconstituer des réserves de liquidités sur le dos des peuples.
C’est pourquoi, à l’opposé de la démagogie de ceux qui, comme Sarkozy, font mine de s’offusquer du rôle des agences, la vraie alternative réside dans la création d’un service public du crédit.
Un service pour des investissements destinés à satisfaire les besoins des gens, pas à gonfler les portefeuilles des investisseurs.
Paolo Gilardi
11:24 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
05.08.2011
Main basse sur la vie
Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.
«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.
Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.
L’éducation, l’emploi et la santé publique
Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.
Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.
Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.
La poussée de la rue et celle de Wall Street
Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.
L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.
Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.
Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».
Virtuel contre réel
C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.
Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.
Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.
Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!
Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…
Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…
17:17 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Main basse sur la vie
Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.
«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.
Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.
L’éducation, l’emploi et la santé publique
Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.
Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.
Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.
La poussée de la rue et celle de Wall Street
Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.
L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.
Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.
Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».
Virtuel contre réel
C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.
Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.
Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.
Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!
Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…
Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…
17:17 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.05.2011
BBQ à Vessy
Je viens d'aller au barbecue des grévistes de Vessy.
Depuis le 7 mars, elles sont en lutte contre une ponction sur les salaires déguisée en mesure environnementale (2 à 5% du salaire pour payer le parking), pour obtenir l'égalité de traitement avec les autres travailleuses et travailleurs hospitaliers et pour que soit reconnue la représentativité de leur syndicat, le Syndicat des services publics.
C'était très bien. On y a reçu plein de visites dont celle des maçons d'un chantier voisin et celle... d'une voiture de police.
Face à des salariées qui exercent leur droit, la direction de fait appel à la police pour les intimider, après avoir déposé trois plaintes pénales contre eux.
Au même moment, elle a retiré la plainte contre l'employé indélicat qui, lui, n'avait pas fait la grève mais détourné 70'000 francs!
De là à penser qu'il y a deux poids et deux mesures...
31.03.2011
Libye : L’humanitaire pour reprendre pied!
Le but était-il l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne? Si c’est le cas, les bombardiers qui depuis plus de dix jours frappent la Libye devraient au plus vite rentrer dans leurs hangars. Car, détruite au sol, l’aviation de Kadhafi ne peut plus attaquer depuis le ciel.
Pourtant, c’est l’OTAN qui reprend le commandement des opérations dans celle qu’Obama se refuse toujours à appeler «guerre», un pas que Sarkozy n’a pas hésité à franchir. A preuve que l’humanitaire n’est que prétexte pour une tentative armée des impérialistes de reprendre pied dans une Afrique du Nord qui leur échappe.
De la Somalie au Kosovo, le recours à une phraséologie humanitaire au service des guerres n’est pas une nouveauté. Et il est probablement vrai que, dans certains cas, ces interventions ont permis de sauver des vies. Mais, surtout, elles ont permis l’installation durable de bases militaires, voire de forces d’occupation, dans les pays «sauvés».
Kadhafi fait mieux que Ben Ali !
Les atrocités commises par le kleptocrate de Tripoli, l’ancien ennemi public numéro un devenu l’allié indispensable des gouvernements européens et étasunien, viennent à point nommé. A plusieurs titres.
D’abord, alors que Ben Ali et Moubarak, les fidèles vassaux des Occidentaux avaient dû capituler devant l’impétueux mouvement de masse, c’est Kadhafi le premier qui a su, dès le 17 février, imposer un coup d’arrêt brutal à la révolution dans le monde arabe.
En bombardant les manifestants depuis le ciel, en lâchant ses mercenaires dans la nuit pour terroriser la population, il a réussi à arrêter l’insurrection sans que cela émeuve outre mesure les Chancelleries occidentales.
Prises de court par les révolutions en Tunisie et en Egypte, ces dernières ont été, à des degrés divers, d’une extrême prudence durant au moins trois semaines. Trois semaines de gagnées pendant lesquelles ce sont les hommes de Kadhafi qui ont assuré la sale besogne pour laquelle Alliot-Marie avait proposé ses services à Ben Ali!
C’est durant ces jours que les mercenaires du colonel ont infligé des coups terribles à l’insurrection, une insurrection qui aurait pu prendre des allures de révolution dans la continuité de celles qui venaient de remporter des premières victoires aux frontières occidentales et orientales de la Libye.
Au secours d’une population meurtrie ?
Rien n’a pourtant été fait pour empêcher que la jeunesse libyenne soit prise pour cible par les mercenaires, que ce peuple soit meurtri. Aucune livraison d’armes aux insurgés n’a été ne serait-ce qu’envisagée tandis que le «gel des avoirs du clan Kadhafi» n’était qu’effet d’annonce.
Comme le dit le magazine économique Bilanz, faute de moyens mis à disposition des enquêteurs, il n’y a juste qu’un «paar Milliönchen» -quelques petits millions- qui ont pu être saisis en Suisse. C’est pourtant avec des devises fortes, pas avec des dinars libyens, que Kadhafi paie ses mercenaires dont certains seraient recrutés en Afrique par une société israélienne!
Car, en fait, c’était la possibilité de rétablir une tête de pont en Afrique du Nord sous prétexte de venir au secours d’une population victime qui s’est concrétisée au bout des trois semaines.
Remettre les pieds en Libye, tout en divergeant sur l’ampleur des opérations et aussi sur leurs objectifs -on n’exclut même pas une partition du pays avec maintien de Kadhafi-, comporte pour la coalition et les anciennes puissances coloniales plusieurs avantages.
Contrôler la transition et le … pétrole des concurrents
En premier lieu, alors qu’une population abasourdie ne semble pas en mesure de reprendre victorieusement le flambeau de l’insurrection, les occidentaux rendent indispensable leur présence. Déjà, en France comme aux USA, des voix se lèvent pour porter assistance au sol aux insurgés.
C’est le scénario rêvé pour pouvoir remettre pied dans une région où les révolutions égyptienne et tunisienne ont pris de surprise les gouvernements impérialistes. A l’heure où des radicalisations de ces processus sont possibles, la supériorité militaire écrasante des Occidentaux est un instrument de cette «transition ordonnée et modérée» que Barak Obama a encore souhaitée ce lundi.
En Tunisie la rue exige la réalisation des revendications surgies durant les journées de janvier. Le mouvement révolutionnaire ne s’est pas contenté du départ de Ben Ali et il ne veut pas être dépossédé de sa révolution par un personnel politique qui est en partie celui de l’Ancien régime. Et en Egypte, la mobilisation de rue pourrait vite être confrontée à l’armée sur laquelle misent Obama et Clinton.
Ainsi, s’implanter militairement entre Tunisie et Egypte pourrait être un atout de taille. D’autant que, sur un autre plan, contrôler la Libye, avec ou sans Kadhafi, revient aussi à contrôler l’approvisionnement en pétrole de la Russie et de la Chine. Deux concurrents sur le plan économique global fortement implantés en Libye.
Autant de raisons d’exiger la fin immédiate de l’intervention impérialiste en Libye.■
Paolo Gilardi
paru dans L'anticapitaliste, 44ème, 31 mars 2011
12:37 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
22.03.2011
Mise au point
Une dépêche de l'ATS reprise par plusieurs sites prétend que lors de la manifestation de dimanche à Genève en soutien aux révolutions de la région arabe, j'aurais eu une altercation avec des femmes libyennes et les aurais interdites d'affirmer leur satisfaction de voir les avions français bombarder des cibles en Libye.
La Radio suisse romande en a même fait sa première nouvelle lors du 7h30 du 21 mars, donnant la parole pendant plus de deux minutes à une de ces personnes sans pour autant me demander mon point de vue.
C'est pourquoi je tiens à préciser ce qui suit:
- Convoquée par une large coalition de forces, la manifestation en faveur des révolutions dans la région arabe s'opposait à toute forme d'occupation et d'intervention occidentale dans cette région. Partant, aucune forme de soutien aux bombardements de cibles en Libye n'était préconisée par les organisateurs, ceux-ci étant condamnés par notre volonté commune. La présence de quatre personnes arborant drapeau français et pancartes félicitant l'aviation de Sarkozy était dès lors pour le moins incongrue mais tolérée par les organisateurs,
- En tant que orateur désigné par les organisateurs, j'ai publiquement invité ces personnes non pas à quitter la manifestation, mais à nous rejoindre pour confronter nos points de vue à la salle du Maïl où était prévue la partie conviviale de la journée.
- J'ai réitéré cette proposition une deuxième fois de nouveau par hauts parleurs et directement à ces personnes qui l'ont refusée prétendant qu'elles ne pouvaient pas venir car, comme l'a dit l'une d'entre elles, elle avait "un avion à prendre, ses affaires n'attendant pas".
- Il n'y a eu aucune forme d'altercation et le fait de ne pas leur avoir mis à disposition le micro pour diffuser des points de vue contraires à ceux des organisateurs de la manifestation est donc logique.
- L'origine libyenne de ces personnes vivant à Genève depuis des longues années d'où certaines dirigent des sociétés commerciales qui interviennent au Moyen Orient ne leur donne aucun droit particulier. A cet effet, si un Libyen supporter de Al Quaeda avait demandé le micro pour appeler à la Djihad contre Kadhafi et l'Occident, aurais-je dû le lui mettre à disposition? Evidemment que non. Par contre, je serais anti-démocratique pour l'avoir nié à quelqu'un qui, en vertu de ses origines libyennes voulait saluer des "libérateurs" qui larguent des bombes -des rumeurs font état d'utilisation d'uranium appauvri comme au Kosovo- sur un pays avec tous les risques de "dommages collatéraux"? Poser la question c'est y répondre.
Paolo Gilardi
12:59 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.03.2011
un zéro e plus
Six mille fois. Y a un zéro qu'est tombé. Ce qui ne change rien au fond...
13:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ouf!
Me voilà rassuré! Tout va bien. La télé vient d'annoncer que les hélicos japonais ont déversé 30'000 tonnes d'eau sur la piscine du réacteur numéro 3 de Fukushima! Trente mille tonnes! Ouf!
Sauf que, trentre mille tonnes de flotte c'est juste 600 fois le contenu de ma baignoire... Ou celui de toutes les baignoires, si ce n'est de ma rue, de mon quartier!
De là à croire qu'on continue à nous prendre pour des idiots...
13:33 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

