04/07/2007

Vichy sur Jourdain

Vichy sur Jourdain
Paolo Gilardi
Lorsque, fin janvier 2006, le Hamas remporta les élections palestiniennes, peu nombreux furent les chantres de «l’exportation de la démocratie» à se réjouir de la tenue d’élections régulières. Bien au contraire, faisant preuve d’un souci démocratique à géométrie variable, tous, de Washington à Tel-Aviv en passant par les chancelleries européennes, firent publiquement état de leur consternation. Et pas seulement.
Washington multiplia les pressions pour éviter la formation d’un gouvernement dirigé par Hamas. De son côté, Tel-Aviv organisa en juin, juste avant sa catastrophique intervention au Liban, l’entrée de Tsahal dans la bande de Gaza sous prétexte de libérer certains de ses soldats capturés par la résistance palestinienne. En partie occultée par l’agression contre le Liban, l’opération, durée des mois, a connu son lot de victimes collatérales, d’exécutions extrajudiciaires –à savoir des assassinats purs et simples de résistants- et de maisons palestiniennes rasées par les bulldozers.
Quant à l’Union européenne, c’est à la gorge qu’elle a saisi les Palestiniens en refusant de leur verser l’aide financière qu’elle s’était engagée à fournir. Cette aide promise était destinée à la construction d’un appareil d’Etat; elle devait notamment garantir le versement des salaires des policiers et du personnel des services publics. C’est donc depuis plus de seize mois que les très  démocratiques gouvernements européens punissent les palestiniens d’avoir, très démocratiquement, … mal voté.
Tout, position étasunienne, opération militaire israélienne et bloc de l’aide européenne concourait ainsi à imposer à l’autorité palestinienne, au Fatah de Mahmoud Abbas, la tâche d’en finir avec Hamas que la propagande s’évertuait à présenter comme le seul responsable de la situation à Gaza. Tout comme au Liban où ont échoué les tentatives de faire retomber sur Hezbollah la responsabilité de l’agression israélienne, le stratagème était trop cousu de fil blanc pour pouvoir duper une population qui, depuis plus de cinquante ans, lutte contre l’occupation.
Par contre, privés de ressources, les territoires que la puissance sioniste veut bien accorder aux Palestiniens se sont enfoncés dans le chaos.  Sans salaire depuis des mois, les policiers de l’autorité palestinienne désertent en masse pour rejoindre les milices de Hamas. Avec elles, grâce aux subsides iraniens et saoudiens, la paye tombe à la fin de chaque mois. Privés d’écoles du fait que les instituteurs qui ne sont plus payés et s’engagent comme ouvriers agricoles, c’est dans les écoles coraniques que les enfants palestiniens –Gaza est le territoire avec le taux de natalité le plus élevé au monde, plus de 50% de sa population a moins de 15 ans !- peuvent recevoir aujourd’hui une éducation.
Ce n’est donc pas Hamas que la population tient pour responsable mais en premier lieu l’oppresseur sioniste et celui qu’il a chargé de garantir sa sécurité, l’autorité palestinienne. Et puisque le résultat n’est pas celui qu’on escomptait, c’est à la guerre civile que les Palestiniens ont été poussés.
Et c’est maintenant que l’Union européenne annonce la reprise de l’aide suspendue depuis seize mois. Ces derniers jours, le gouvernement israélien a à son tour décidé, alors qu’il prépare une nouvelle agression contre Gaza, de verser enfin à l’autorité palestinienne les 144 millions de dollars d’impôts qu’il retient depuis juillet 2006.
Ce n’est certes pas à un gouvernement qui exprime les résultats électoraux de janvier 2006, ni à un gouvernement d’unité nationale que cet argent sera versé. Il le sera à Mahmoud Abbas, à l’autorité palestinienne, chargée d’imposer le calme en Cisjordanie pendant une probable invasion de la bande de Gaza.
Une grande partie de cet argent finira dans les caisses du Fatah sans que cela n’émeuve particulièrement les Occidentaux, puisque ce n’est pas la guerre civile en Palestine qui les effraie, mais bien le fait que le Hamas puisse prendre le dessus. Car la raison de la reprise de l’aide réside justement dans le renforcement de ce véritable gouvernement de Vichy sur Jourdain qu’est l’autorité palestinienne et qui va bénéficier de la libération probable par Israël de 250 combattants du Fatah…■

09:19 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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