25/11/2007

Dimanche de surprises aux CFF

Dimanche de surprises pour les usagers des CFF! Tandis qu'en gare de Genève un "problème technique" bloque tous les trains - à force d'économiser sur l'entretien, la panne finit par arriver et tant pis pour les usagers-, la presse dominicale fait état de la volonté des CFF d'augmenter les tarifs aux heures de pointe, une augmentation qui viendrait s'ajouter à celle, déjà annoncée, de 3,3% en moyenne des prix des billets à partir du 1er janvier.

Mais pourquoi aux heures de pointe? Parce que, d'un strict point de vue marchand, avec l'augmentation de la demande pour une offre stable -le nombre de sièges dans les wagons ne varie pas selon les heures- les prix augmentent.

Ceci d'autant que, toujours d'un strict point de vue économique, la demande ne peut pas être "comprimée" du fait que si heures de pointe il y a c'est bien parce que les gens n'ont pas forcément le choix de l'heure à laquelle ils entrent et sortent du travail.

Voilà donc pour les CFF le marché idéal décrit dans les manuels d'économie libérale: celui d'usagers captifs ne pouvant que se soumettre aux tarifs fixés pour le plus grand profit de l'entreprise. En d'autres occasions, on parlerait de "prise en otage", voire de "galère pour les usagers"...

A moins que, -et l'environnement reconnaîtra les siens- ils décident d'abandonner le train au profit de leur voiture.

En voilà encore un exemple de ce qui arrive lorsqe les régies fédérales se transforment en S.A.! C'étaient des services publics faits pour venir à l'encontre des besoins des usagers; devenues des "entreprises comme les autres", ce sont les principes du rendement maximum qu'elles appliquent. Comme les autres et en rakettant l'usager.

"Entreprises comme les autres", certes, mais qui restent toujours propriété de la Confédération. Qui pourrait, si la volonté politique existait, faire valoir les intérêts de la population... Ce que, évidemment, le "socialiste" Leuenberger se garde bien de faire...

13:38 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

16/11/2007

Pakistan: Après la crise le cachemar?

P. Gilardi
Moins de trente personnes ont pris part le 12 novembre à Genève à un rassemblement de protestation contre l’instauration de l’état d’urgence au Pakistan. La palette des organisateurs –du CADTM au GSsA, de solidaritéS à Gauche anticapitaliste- aurait du être garante de plus de mobilisation. Raté.
Et pourtant, de l’issue de la crise actuelle au Pakistan pourraient découler des conséquences inquiétantes. Explications.
Loi martiale!
L’état d’urgence décrété le 3 novembre semble destiné à durer. Le 10 novembre, le général-président Pervez Musharraf a confirmé, sur pression étasunienne, que les élections auront bel et bien lieu le 9 janvier. Il a toutefois refusé d’indiquer une date pour la levée de l’état d’urgence. Bien au contraire ! Il a annoncé que désormais les civils pourraient être jugés par des tribunaux militaires, une pratique qui avait eu cours durant la dictature de Zia ul-Haq et qui avait été abolie après sa chute en 1989.
C’est donc de fait sous la loi martiale que des élections libres devraient avoir lieu! Etonnante perspective, d’autant plus que, dans la foulée des déclarations du 10 novembre, Musharraf a aussi dit que «puisque la presse s’est faite porte-voix du terrorisme, que Allah bénisse notre lutte anti-terroriste!». Cela signifie que ce n’est pas seulement sous l’état de siège et avec la loi martiale en vigueur que les élections devraient avoir lieu, mais, qui plus est, avec la presse totalement bâillonnée.
Une transition tranquille ?
Quant à l’opposition officielle, celle du Parti du peuple pakistanais, le PPP de Benazir Bhutto et qui semble jouir de la confiance de Washington, elle n’apparaît pas vraiment en mesure d’assurer une transition tranquille de la dictature de Musharraf à un régime pro-occidental plus présentable. Au contraire, l’assignation à résidence de sa leader, imposée, puis levée, de nouveau imposée et puis de nouveau levée, montre que cette hypothèse n’est pas celle retenue par Musharraf qui continue sur la voie tracée le 3 novembre.
De plus, le fait que Bhutto n’ait pas essayé l’épreuve de force après l’interdiction de la marche prévue le 13 novembre de Lahore à Islamabad exprime en un certain sens sa fragilité dans la mesure où la corruption dont elle et son parti se nourrissent l’ont largement discréditée auprès des couches populaires. Elle ne se sentait peut-être pas en mesure, avec Lahore encerclée par plus de 20'000 policiers et militaires, d’endosser le rapport de force. Il n’est par ailleurs pas à exclure que le PPP ait renoncé à la marche de peur d’être débordé par la mobilisation populaire qu’elle aurait pu susciter et d’enclencher une dynamique dont il perdrait le contrôle.
Une gauche entravée
D’un autre côté, les arrestations de militants politiques et syndicaux se poursuivent. Déjà par deux fois avant le 3 novembre, des vagues d’arrestations s’étaient abattues sur des syndicalistes de base et sur les militants de gauche, en particulier nos camarades du Labour Party du Pakistan. Evidemment, après le coup du 3 novembre, la répression s’est intensifiée : d’après certaines informations, il y aurait aujourd’hui plus de 5'000 syndicalistes et militants de gauche dans les geôles pakistanaises. Beaucoup d’autres sont dans la clandestinité.
C’est ainsi avec une gauche en partie décapitée, entravée, qu’une explosion sociale pourrait se produire au Pakistan, dans une dynamique où la répression brutale pourrait générer des processus insurrectionnels auxquels, faute d’une présence de la gauche, les forces islamistes réactionnaires –qui, en dépit de la rhétorique anti-terroriste, continueraient à bénéficier de protections dans l’armée et les services secrets- pourraient donner le «la»
C’est une perspective cauchemardesque car l’instauration d’un régime islamiste au Pakistan ne serait pas un désastre seulement pour la population pakistanaise, elle le serait pour la paix mondiale dans la mesure où, en dépit des traités internationaux et avec la bienveillance de Washington, le Pakistan dispose de l’arme nucléaire. Une arme qui pourrait même tomber dans les mains d’al-Quaïda…
Autre chose que l’hypothétique bombe iranienne!
Paradoxalement se réaliserait alors, grâce au soutien étasunien à Musharraf –un soutien jamais démenti jusqu’à il y a peu- ce que Washington craint le plus, l’émergence d’un régime islamiste doté de l’arme nucléaire. Un scénario qui reléguerait au rayon des gadgets la très hypothétique atomique iranienne…
C’est une perspective cauchemardesque. Pour la combattre, il faut libérer tous les prisonniers politiques et abolir l’état d’urgence. En effet, seul le rétablissement de toutes les libertés et droits démocratiques est à même de permettre aux forces laïques, progressistes et anti-impérialistes de participer à la lutte contre le régime de Musharraf et contre les projets de privatisations accrues prônés par le parti de Benazir Bhutto. C’est essentiel pour que cette gauche puisse disputer aux forces réactionnaires islamistes la direction de la lutte.
Ainsi, contrairement à ce qu’on entend, venant de sources proches du Département de Calmy-Rey, ce n’est pas dans la recherche d’une transition contrôlée – «à petits pas, l’un après l’autre» comme l’a dit Condoleeza Rice- qu’on trouvera le moyen pour empêcher que le cauchemar devienne réalité. C’est avec le rétablissement des droits démocratiques et syndicaux qu’on pourra faire face.
Et aussi, la collaboration militaire avec le Pakistan doit être stoppée tout comme doit être annulée l’odieuse dette qui pèse sur son peuple. De même que c’est une campagne pour le désarmement nucléaire qu’il faut de toute urgence relancer.■

11:31 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)