28/01/2008

C'est pas Kerviel ni les subprimes, c'est le capitalisme!

Comme l’écrit le Canard enchaîné (23.01), pour nous qui n’avons que le travail pour vivre, l’angoisse des actionnaires et autres boursicoteurs devant l’évolution du SMI, du Down Jones, du CAC 40 ou du Nikkei aurait presque quelque chose de jubilatoire, une sorte de divine revanche…
Et pourtant, puisque ce n’est point un dieu qui fait l’histoire, mais les bonnes vieilles classes sociales, ceux qui ont les capitaux et les moyens de production d’un côté et ceux qui ne possèdent que leur force de travail, de l’autre, c’est encore ces derniers, nous toutes et tous, en fin de compte, qui, les effets de la crise boursière, risquent de se les ramasser sur le coin de la figure…
Les effets tragiques de l’éclatement de la crise des subprimes pour des centaines de milliers de familles étasuniennes en sont la preuve: certes, les indices boursiers baissent et les banquiers s’angoissent, mais ce sont des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui sont forcés d’abandonner leurs maisons, qui se retrouvent à la rue. Avec, en prime, des dettes monstrueuses à payer et une réduction brutale du pouvoir d’achat, de leur capacité de consommer…
Autrement dit, si quand les cotations boursières sont à la hausse c’est signe que ça va mal pour les salariés -les actions grimpent lorsqu’on rationalise et qu’on licencie-, quand elles baissent, c’est pour celles et ceux «d’en bas» que l’avenir s’assombrit... En somme, face je perds, pile tu gagnes.
Pudiquement, les ministres de l’économie parlent de «ralentissement de la croissance», de «corrections à apporter aux prévisions économiques». Plus brutalement, les analystes économiques, tout comme les banquiers d’ailleurs, c’est de récession aux Etats-Unis qu’ils parlent. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays où la consommation intérieure constitue le principal moteur de l’économie?
Là-bas, les salaires horaires réels stagnent depuis la fin des années 1970. Donc, pour gagner plus, il faut travailler plus. Cependant, dans un contexte de rationalisation, l’offre de places de travail n’a pas augmenté suffisamment pour stimuler de manière décisive la demande intérieure. C’est par le crédit qu’elle a été dopée, en particulier dans l’accession à la propriété immobilière, mais non seulement.
Aujourd’hui, les limites du crédit sautent aux yeux avec les subprimes, les crédits pourris! Et le système bancaire vacille. Citigroup, le premier groupe bancaire étasunien affiche «les plus fortes pertes depuis 200 ans» (Le Temps, 16.01). Quant à l’autre grand, Merril Lynch, ce sont des pertes de l’ordre de 6,6 milliards de dollars qu’il annonce pour le seul quatrième trimestre de 2007. A elles seules, les deux banques ont dû être refinancées depuis le mois d’août à hauteur de 100 milliards de dollars!
L’explosion du crédit n’est de loin pas une spécialité nord-américane: elle est le propre du capitalisme dans sa phase actuelle marquée par une surcapacité de production du secteur industriel. Le «payable en 48 mensualités», la généralisation du crédit, le leasing, l’endettement des ménages sont devenus la norme dans le capitalisme contemporain, l’expression de sa fragilité, en Europe comme aux Etats Unis.
Certes, la crise des subprimes a moins affecté les banques européennes. UBS, très présente sur le marché étasunien, aurait perdu, officiellement du moins, 15 milliards, tandis que d’autres banques auraient été moins touchées. De même, les 7 milliards d’euros perdus par la Société générale seraient le fait des malversations d’un seul individu, le dénommé Jérôme Kerviel (qui aurait eu une marge d’action de 50 milliards d’euros, à savoir l’équivalent du PBI d’un pays comme l’Algérie). L’empressement unanime des politiques de tout bord à reprendre cette thèse la prive de toute crédibilité, comme si l’on pouvait en douce faire disparaître de telles sommes… Plus probablement, c’est la vague de fonds déclenchée par la crise des subprimes qui agit…
Sauf que, celle des subprimes n’est pas une turbulence épisodique dans le monde de la finance. Rien que durant les derniers dix ans, de la crise asiatique de janvier 98 à aujourd’hui, en passant par l’éclatement de la bulle technologique en 2001, le 11 septembre ou encore les tensions sur les taux d’intérêt à la mi-2004, les tensions se succèdent dans le monde de la finance.
Leurs répercussions vont bien au-delà. A ce titre, la crise actuelle aux Etats Unis pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’ensemble de la planète. D’après de directeur général de l’Organisation internationale du travail, Juan Somavia, elle va «priver d’emploi» 5 millions de personnes de par le monde qui viendraient s’ajouter aux 189,9 millions d’autres chômeurs officiellement recensés à l’échelle planétaire (http:/www.ilo.org).
C’est cette succession de soubresauts qui commande en partie le fonctionnement de l’économie ; c’est elle qui détermine qu’on ait un travail ou pas, de quoi se loger, se nourrir convenablement ou pas… C’est de ce système si fragile que dépendent les conditions de vie de milliards d’êtres humains.
Voilà pourquoi c’est avec ce système, le capitalisme, qu’il faut en finir…■

16:14 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Ce qui est hallucinant c'est que si ç'avait été la monstre dégringolade pour la Société Générale, c'est l'Etat français qui aurait dû payer les pots cassés. Comme d'hab on privatise les bénéfices et on collectivise les pertes...

Écrit par : Sandro Minimo | 28/01/2008

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