17/02/2008

Sous les ordures, le fric...

La crise des ordures à Naples n’est pas un fait isolé, une expression ultérieure d’un folklore napolitain qui pousserait les braves gens excédés à demander l’asile au Tessin. Elle est inscrite dans l’ordre des choses…
La production d’impressionnantes quantités de déchets est une donnée structurelle du capitalisme tardif, inhérente à son fonctionnement. En effet, la destruction rapide des marchandises est une dimension fondamentale de ce mode de production. Il en est ainsi du bout de cellophane, du papier d’alu et de la barquette synthétique qui emballent le poulet que nous achetons, tout comme des téléphones cellulaires fabriqués pour ne pas durer plus d’un an ou les ordinateurs que l’évolution constante et rapide condamne à la casse au bout de dix-huit mois.
Ainsi, en 2005, la production de déchets par tête a atteint en France 360 kg, soit l’équivalent de presque un kilo par jour par habitant; de plus, depuis une dizaine d’années elle augmente de 1% par an. La part des déchets ménagers est relativement peu importante: d’après une étude de 2004, les ordures ménagères représentaient moins de 10% des 434 millions de tonnes de déchets produits en 2003 en Grande Bretagne. C’est une donnée dont il faudrait plus souvent faire état car c’est en général le consommateur qui est tenu pour responsable et qu’on tend ainsi à culpabiliser.
Il n’est dès lors pas étonnant que l’élimination de ces masses de déchets devienne un marché. Toujours outre Manche, son volume s’élevait en 2004 à 4,85 milliards de livres, soit plus de dix milliards de francs, enregistrant une augmentation de 5,5% par rapport à 2003. A titre de comparaison, dix milliards de francs équivalent au PNB cumulé, au cours de la même année, du Mali, du Burkina et de la Namibie ou, sur un autre registre, au budget du Canton de Genève.
Marché juteux, il l’est d’autant plus que le développement technologique soumis à la règle du profit maximal implique l’utilisation dans les processus industriels de matières particulièrement polluantes et difficiles à recycler ou à éliminer. Le retraitement des scories nucléaires en est l’illustration. Juste avant Noël, un train contenant 235 tonnes de déchets nucléaires a quitté l’Italie pour l’usine française de retraitement de La Hague. Coût du retraitement : 250 millions d’euros, soit plus de 1000 euros le kilo!
Un marché de cette ampleur ne pouvait pas ne pas intéresser les organisations maffieuses. Fortes de la démission de l’Etat qui a privatisé en les «externalisant» les tâches de récolte, d’incinération, de retraitement ou de recyclage des ordures, ces organisations se sont ainsi approprié un marché immense. Elles ont fait d’une pierre deux coups car, dans bien des cas, les transports d’ordures par camions à travers l’Europe camouflent aisément d’autres trafics: sous les ordures, les armes et la coke.
Les organisations maffieuses ont pu faire valoir les offres les plus avantageuses pour les Etats, à tel point que la Camorra napolitaine a pu s’adjuger l’élimination de déchets nucléaires et chimiques en provenance du Nord de l’Europe. Ses coûts ont pu être réduits au minimum, et pour cause: c’est dans des décharges à ciel ouvert qu’elle s’en débarrasse, complices les politiciens locaux et la pénétration du système maffieux dans les méandres d’un tissus social ravagé par le chômage.
C’est sur ces terres infestées par mille poisons que vivent des centaines de milliers de personnes; c’est sur ces terres que paissent les bufflonnes qui produisent les millions de mozzarelles que de respectables entreprises commercialisent à travers la planète…■

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