31/08/2008

Tempête dans un verre d'eau au DDPS

 

Presque 300'000 francs d’indemnités pour Roland Nef, le désormais ex-chef de l’armée, des menaces de mort pour Samuel Schmid et un gouvernement qui fait corps autour du ministre de la défense : c’est comme ça que se termine, temporairement du moins, le feuilleton fédéral de l’été.

 

Les conditions étaient pourtant réunies pour relancer le débat sur l’armée, mais jusqu’à ce jour il n’en a rien été.

 

On règle les comptes

 

La manière dont l’affaire Nef-Schmid a fait surface durant l’été tient tout d’abord du règlement de comptes au sein de l’appareil militaire. Imposé à la hiérarchie par un Samuel Schmid qui avait jeté sur lui son dévolu, Roland Nef n’aura pas survécu au limogeage décidé par lui du chef de l’armée de l’air. Suite à la mort de six jeunes soldats durant un exercice paramilitaire dirigé par un capitaine, la polémique avait éclaté sur la qualité de formation et de choix des cadres, celui ayant dirigé l’exercice meurtrier étant connu pour un certain fanatisme. C’est en démissionnant le chef de l’aviation que le DDPS et Nef espéraient mettre un terme à la polémique.

 

L’engagement de jeunes « Rambos » militaristes et leur progression au sein de l’appareil intermédiaire de l’armée avait été la réponse donnée durant les années ’90 par l’alors Département militaire fédéral à la crise de légitimité de l’institution qui s’était exprimée de manière éclatante lors de la votation de novembre 1989 (un tiers des votants et deux cantons avaient alors approuvé l’initiative pour l’abolition de l’armée).

 

Résumée par l’expression « moins de graisse et plus de muscles », la réforme Armée XXI avait ainsi fait une large place à une nouvelle génération de cadres, plus musclés, mais aussi plus politiques. Pour eux, contrairement à la génération précédente, la carrière militaire n’était plus un outil pour des carrières dans la vie civile -dans le monde de la banque et de l’industrie, de la politique, de l’administration fédérale- mais, au contraire, un but en soi exigeant un haut niveau d’adhésion idéologique.

 

L’éclosion et l’affirmation de cette génération a aussi été renforcée par la modification des missions de l’armée. Le renforcement des tâches de sécurité intérieure, la participation à des missions à l’étranger, le développement de l’espionnage demandent ainsi bien plus de compétences et de disponibilités, mais aussi d’autonomisation par rapport au pouvoir politique, que ne l’exigeait la vieille logique pépère du « faire carrière à l’armée pour mieux grader dans le civil ».

 

Ce n’est dès lors pas au laxisme du chef de l’aviation qu’il fallait imputer ces « négligences dans la sélection des cadres » : c’est l’organisation de l’armée qui a favorisé en son sein la prise de poids des « Rambo’s ».

 

L’UDC revient

 

Paradoxalement, c’est sont les « négligences dans la sélection » du premier parmi les cadres que les fuites dont la Sonntagszeitung s’est par la suite fait l’écho ont mises en évidence.

 

Mais les révélations, qui émanent de toute évidence du cercle étroit de l’état major général et des hauts cadres du département de la défense, ont tout de suite pris une allure politicienne, l’UDC s’étant saisie de l’affaire pour tirer à boulets rouges contre son ancien conseiller fédéral Samuel Schmid et en demander la démission. Fait assez inhabituel, c’est Pascal Couchepin qui, en tant que président de la Confédération, en a pris la défense.

 

Si ce fait, ainsi que le soutien à Schmid réaffirmé fin août par le gouvernement et tous les partis mise à part l’UDC, a des allures de mise sous tutelle d’un ministre dont la stature est mise à mal, il exprime surtout l’embarras du gouvernement.

 

Trompé par Schmid dans la sélection du chef de l’armée -et pas d’un quelconque sous-chef de l’inexistante commission fédérale des fanfares populaires !-, le gouvernement s’abstient même de le tancer. C’est que la fragilisation de Schmid et son éventuelle démission rouvriraient le débat sur le retour de l’UDC au Conseil fédéral. En attendant donc « le départ groupé de plusieurs conseillers fédéraux », on soutient Schmid, même s’il nous trompe.

 

En se saisissant à fond de l’affaire, l’UDC a su montrer sa capacité de peser sur le débat et sur l’opinion publique. Elle a ainsi de fait négocié son retour au Conseil fédéral et avec succès puisque ce dernier semble acquis pour tous, socialistes y compris, lors d’un prochain renouvellement important du Conseil fédéral.

 

Un débat stratégique

 

En soi l’affaire se réduit donc à une tempête dans un verre d’eau. Pourtant, elle aurait été l’occasion pour ouvrir le débat sur l’armée, son utilité et sa place aujourd’hui. En lieu et place, nous avons eu droit à l’exigence des co-présidentes des femmes socialistes de porter une femme à la tête de l’armée, complétée par la proposition du Congrès de ces mêmes femmes socialistes de supprimer l’obligation de servir au profit d’une armée professionnelle.

 

Si la première des deux revendications ne mérite pas qu’on s’y attarde -la nomination d’une femme dans les mêmes conditions aurait-elle été plus acceptable que celle de Roland Nef ?- la deuxième ouvre en effet le débat stratégique qui ne s’était pas imposé jusqu’ici. Hélas, dans la mauvaise direction !

 

En effet, sous prétexte de pacifisme, ensuite relativisé par des raisons bien plus prosaïques de politique internationale, la proposition des femmes socialistes escamote le débat sur l’existence de l’armée pour se poser sur le terrain de son efficacité, de sa fonctionnalité. Si elle était «pacifiste», la proposition des femmes à la rose s’en prendrait pour le moins à l’instrument des guerres, de l’embrigadement et de l’exaltation des valeurs mâles qu’est l’armée.

 

En fait, en abrogeant l’obligation de servir sans poser la question de l’existence de l’armée, c’est, justement, l’existence d’un corps de « Rambo’s » fanatiques et virils échappant largement au contrôle politique que l’on favorise. Ceci d’autant plus que, en passant l’éponge sur les silences de Schmid, on vient de reconnaître que, au fond, en matière d’armée on peut se passer de trop de surveillance, fût-elle celle du gouvernement…

 

Femmes socialistes en phase…

 

Mais, surtout, la proposition des femmes socialistes -soit dit en passant, fortement applaudie par certains secteurs de l’armée- est parfaitement en phase avec les temps. Elle se situe dans le cadre de la nouvelle doctrine militaire qui veut que la « sécurité du pays » passe par la « capacité de projection » de l’armée à l’extérieur dans le cadre de coalitions internationales particulièrement dans le but d’assurer la protection des voies d’approvisionnement.

 

En ce sens, l’armée de professionnels et professionnelles proposée par les femmes socialistes serait parfaitement fonctionnelle à ces nouvelles tâches que sont la participation à des opérations internationales et la sécurité intérieure, notamment par le développement de « l’intelligence » militaire, à savoir des tâches de surveillance « contre le terrorisme » et des tâches de police.

 

C’est dans ce contexte que l’initiative du GSsA contre l’achat de nouveaux avions de combat prend toute son importance. Elle la prend non seulement parce qu’elle s’oppose au gaspillage de deux milliards et demi de francs, mais aussi parce que la modernisation de la flotte aérienne est fonctionnelle à la capacité de projection dans des contextes de crise pour protéger, au sens large, les voies d’approvisionnement, notamment énergétique.

 

Préparer cette bataille-là

 

En effet, pourquoi faudrait-il une flotte aérienne de telle importance dans un pays à l’espace aérien plus que limité et qu’aucun « ennemi » ne menace puisque toute attaque aérienne contre la Suisse devrait franchir les systèmes de défense de l’OTAN ? La seule réponse qu’on puisse donner à cette question est celle de l’utilisation de cette flotte dans le cadre de missions à l’extérieur du pays, donc dans le cadre de coalitions internationales. Car, puisque l’OTAN nous abrite, nous nous devons bien de lui apporter notre contribution, n’est-ce pas ?

 

C’est pourquoi il faudra préparer la bataille à venir sur l’achat des avions de combat. En faisant aboutir l’initiative du GSsA d’abord. Et en œuvrant à la construction d’un front large qui combine le refus des dépenses militaires au profit des dépenses d’utilité sociale d’une part et le refus de la participation suisse au dispositif de maintien de cet ordre international.

 

Car, contrairement au feuilleton de l’été, cette bataille-là ne sera pas une tempête dans un verre d‘eau…■

 

17:46 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Encore des railleries antiarmée...facile ! le seul problème c'est qu'il y aura toujours une armée en suisse ! le tout est de savoir si on veut qu'elle soit suisse ou étrangère ! Et si elle est étrangère vous pourrez toujours pleurnicher car là alors vous vous redrez compte que notre pays sera sous tutelle de l'OTAN mais aussi politique ! En supprimant l'armée suisse vous vous tirez une balle dans le pied car non seulement vous donnerez raison à la mondialisation mais pire...vous allez vers la fin d'une politique étrangère libre. Au fait la suisse n'éberge pas l'OTAN mais nos Forces sont indépendantes et ne sont que partenaires de sécurité ! Nuance !

Écrit par : Max | 31/08/2008

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