09/10/2008

Une loi sur l'Uni inspirée par les chantres de la libre entreprise

En 1995, emmenés par feu David de Pury, quelques chantres des privatisations et des vertus du libre marché -celles dont on voit ces jours les conséquences au niveau de l'économie mondiale- publiaient la seconde partie de leur Livre blanc, un agenda de réformes néolibérales depuis lors en large partie adoptées par les Chambres fédérales. En matière universitaire, le Livre blanc demandait que soient  déterminés « … de façon plus importante les contenus de l’enseignement en fonction des besoins d’une économie nationale compétitive du point de vue international et afin d’accroître la collaboration entre l’économie et les hautes écoles ». Et il ajoutait que « …dans le cadre d’un système de hautes écoles basé sur la logique de marché, les étudiants et leurs parents doivent fondamentalement assumer sans limites le prix des études. »[1]

 

Pour sa part, la Loi sur l’aide aux universités entrée en force le 1er avril 2000 insiste sur un double axe, à savoir l’encouragement de la « compétition entre les universités » et la création -par le regroupement des formations et des filières, voire par leur suppression- de « centres de compétences »[2]. C’est cette loi qui a été invoquée par le rectorat de l’université de Neuchâtel pour supprimer en 2005 les filières de grec et d’italien. C’est toujours en vertu de cette loi que des enseignements ont été supprimés à l’Université de Lausanne avec le transfert des sciences exactes à l’EPFL qui les a vite dissoutes dans les très porteuses « sciences de la vie »...

Les années ont passé.

En 2006, la presse dénonçait de « graves irrégularités à l’Université » clouant l’institution au pilori. L’enquête, on s’en souvient, a accouché d’une souris : les « immenses sommes détournées » n’étaient pour finir pas si immenses qu’on a bien voulu le dire. Mais cela n’a pas empêché l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’université, celle qui a été adoptée pratiquement sans oppositions par le Parlement cantonal et sur laquelle nous sommes appelés à voter. L’élaboration de la nouvelle loi a bénéficié de précieux conseils notamment ceux de l’ancienne Conseillère fédérale, Mme Dreifuss qui avait présidé à l’adoption de la loi fédérale sur l’aide aux universités, ceux de M. Rolf Soiron, président du trust Holcim, et membre de la direction de Lonza et de Nobel Biocare ainsi que ceux de Mme Barbara Haering, de l’IDHEAP[3]. Les résultats de cette collaboration ne se sont pas fait attendre puisque les principales revendications du Livre blanc ainsi que les options de la loi de 1999 se retrouvent dans celle qui nous est soumise le 30 novembre.

Il en va ainsi de la collaboration avec les entreprises privées dès le moment où l’article 21 de la nouvelle loi oblige l’université, sous peine de sanctions, à rechercher « activement des sources de financement complémentaires », en clair, des fonds privés. Et comme qui tient les cordons de la bourse fixe aussi les conditions, il est facile d’imaginer quelle sera l’autonomie réelle de l’université face aux exigences d’une « économie nationale compétitive » pour reprendre les termes de de Pury et consorts. De plus, et alors que le premier projet interdisait que la sanction soit d'ordre financier -en clair, que la subvention de l'Etat ne soit pas fonction de la recherche réussie ou pas de financements privés- le projet adopté par le Parlement a biffé ce dernier garde fou. Ce qui signifie que, si le pouvoir politique estime que l'université n'a pas fait preuve d'assez de zèle pour obtenir des financements privés, il pourra lui couper les vivres!

Il en va encore de même pour ce qui est des taxes universitaires puisque, l’adoption de la nouvelle loi supprime l’article 63 de la loi actuelle qui fixe le montant des taxes à 500 francs par semestre. La loi se contente de les contenir dans la moyenne suisse qui est, aujourd'hui déjà, trois fois supérieure aux taxes genevoises.

Il en va toujours ainsi en matière de «concurrence entre les universités » puisque d’après l’art. 13.4 de la nouvelle loi, le rectorat peut pratiquer la surenchère salariale pour attirer les professeurs à Genève. Après les scandales des rétributions des grands commis des TPG ou des SI, c’est le financement par les deniers publics de véritables mandarins que la nouvelle loi nous promet. Des mandarins qui, d’ailleurs, pourraient se voir gratifiés de la propriété privée et exclusive de leurs découvertes pourtant obtenues grâce à l’argent des contribuables ! Et c’est toujours dans la ligne des libéralisateurs que la loi attribue des pouvoirs étendus au rectorat qui reste pratiquement seul à décider de la suppression de tel ou tel autre enseignement. Ceci, bien évidemment, dans le but de créer des « centres de compétences »… Bien que cette loi de privatisation partielle de l’Université ait fait la quasi unanimité du Grand Conseil, elle a été combattue par référendum à l’initiative du syndicat des services publics. Le succès de la récolte de signatures durant l’été montre qu’une part importante de la population ne veut pas d’un renforcement de la mainmise des intérêts privés sur l’université et sur le droit aux études.

Au printemps dernier, les électrices et électeurs ont refusé les mesures de privatisation de l’hôpital, des TPG et des SI.

Il est temps de confirmer ce refus en renvoyant à l’expéditeur cette loi de privatisation de l’université.


[1] David de Pury, Heinz Hauser, Beat Schmid, Mut zum Aufbruch. Eine Wirtshaftpolitische Agenda für die Schweiz, Zürich, 1995
[2] Loi fédérale sur l’aide à l’université et la coopération dans le domaine des Hautes écoles du 8 octobre 1999, RO (2000), 948-957
[3] Institut de hautes études en administration publique et vrai lieu d’élaboration des stratégies de modernisation marchande des services publics et de leur privatisation.

Commentaires

Le terme de "néolibéralisme" est brandi à tort et à travers par tous les gauchistes de Suisse et de Navarre. Cet épouvantail est dénué de tout sens. Existe-t-il, a contrario, des néosocialistes? Des gens de gauche qui auraient compris les erreurs historiques commises au nom de cette idéologie?

Pas à ma connaissance. J'attends avec intérêt de voir l'émergence d'un tel courant de pensée. Une chose est sûre et certaine. Gilardi, le prétendu insoumis, n'en fera pas partie, tout fossilisé qu'il est dans ses concepts creux et vides.

Écrit par : cndavid53 | 11/10/2008

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