17/10/2008

Pas de crédit à ces banquiers qui ont perdu tout crédit!

Mercredi 8 octobre, l’Union de Banques Suisse était au bord de la faillite. Avec elle, c’étaient les liquidités de 70'000 petites et moyennes entreprises et les salaires qu’elles versent à leurs employés qui étaient en jeu. En clair, les destinées des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui travaillent, la vie de régions entières, leur tissu économique et industriel pouvaient faire les frais, d’un coup, soudainement, des choix des dirigeants de l’UBS sur le marché étasunien !

 

Une semaine plus tard, le Conseil fédéral a décidé, en dehors de tout contrôle démocratique ou parlementaire, de voler au secours de l’UBS: ce sont plus de soixante milliards de francs qui nous appartiennent qu’on va utiliser pour relancer l’UBS. Comment? En reprenant au compte de la Confédération les actifs toxiques contractés par l’UBS et en laissant à cette dernière ce qui rapporte. «Socialisation  des pertes et privatisation des profits» titrait la presse pourtant si peu suspecte de gauchisme!

 

La décision du Conseil fédéral, à l’image des «plans de sauvetage» décidés aux Etats-Unis et en Europe, laisse par ailleurs les dirigeants des banques poursuivre sur la même voie parcourue jusqu’ici. En effet, tout en disposant, grâce aux milliards apportés, d’une participation proche de 10% du capital, la Confédération n’a même pas exigé, en contrepartie de ces milliards, un droit de regard sur l’activité de la banque avec une place au conseil d’administration de la banque!

 

«Nous ne sommes pas des banquiers», a tonné Pascal Couchepin. «Ce n’est pas la tâche de l’ Etat de diriger une entreprise privée» lui a fait écho sa collègue Widmer-Schlumpf. C’est pourtant notre argent que le gouvernement livre aux banquiers, mais il refuse d’exercer le moindre contrôle sur son utilisation! Et pourtant, ce sont ces mêmes banquiers, les dirigeants de l’UBS, que la commission fédérale des banques accuse dans un rapport du 15 octobre de «manquements graves»! Ce sont eux qui portent la responsabilité du marasme actuel! C’est à eux que le Conseil fédéral fait confiance pour gérer le crédit!

 

Mais, qu’est-ce que le crédit? C’est ce qui permet de réguler, de faire tourner les rouages de l’économie. De son ouverture ou de son rétrécissement dépend le développement de tel ou tel autre secteur économique, de telle ou telle autre région. C’est l’octroi de crédits, l’arrivée de liquidités, qui permet la réalisation de projets, économiques ou industriels, publics ou privés. Son rétrécissement consécutif à l’éclatement de l’affaire des subprime et de la crise bancaire aux Etats-Unis a déjà eu des effets majeurs en termes de ralentissement de la croissance; aujourd’hui les économies entrent en récession, une récession que l’on nous annonce durable.

 

«Récession» : voilà un terme technique qui couvre des réalités bien concrètes, celle par exemple des millions de personnes qui aux USA ont perdu leur maison, la réalité de celles et ceux de ceux qui perdent leur travail, celle des entreprises qui ferment, du chômage des jeunes. Déjà à la mi-septembre, l’entreprise Tornos-Baechler à Moutier, dans le jura bernois, avait annoncé la mise au chômage partiel de 200 travailleurs suite au ralentissement conjoncturel. Combien de Tornos-Baechler au cours des années à venir ?

 

Combien de fermetures d’entreprises, combien de licenciements pourraient intervenir si les fonds souverains de Singapour et du Quatar qui ont pris une part majeure dans le refinancement de l’UBS et du Crédit Suisse décidaient de réduire les crédits aux projets industriels locaux, l’octroi de crédits aux cantons et aux communes ou d’augmenter leurs taux d’intérêt? Détenteurs d’une part importante de ces banques, ils peuvent faire valoir leurs droits de propriétaires et influencer des décisions qui auront des conséquences pour de larges couches de la population…

 

Seul le contrôle du crédit permet aux Etats d’intervenir face à ce genre de situation. En contrôlant le crédit, l’Etat peut décider de financer des projets industriels ou de développement  capables de garantir l’emploi et de satisfaire les besoins sociaux. Mais pour cela, il faut l’argent, pas celui fictif de titres pourris qu’on espère réaliser un jour, mais celui bien réel, qui existe, dans les coffres des banques et des assurances.

 

C’est tout le secteur du crédit qu’il faut nationaliser, pas seulement les pertes provoquées par les choix des banquiers. Il faut créer un service national du crédit sous le contrôle de la population par la nationalisation sans indemnité de l’ensemble du secteur bancaire et des assurances.

 

Car le service du crédit est trop important pour encore être laissé entre les mains de ceux qui spéculent, avec l’argent des autres, bien entendu, qui ont amené le monde dans la situation actuelle et qui, par là même, ont déjà perdu tout crédit, hormis aux yeux de Couchepin et consorts…■

 

Commentaires

Moralité : ne jamais prêter aux pauvres, qui ne peuvent fournir ni garantie, ni remboursements.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/10/2008

Effectivement, il aurait été beaucoup plus compréhensible que l'état d'intervienne directement sur le marché du credit, notamement les PME.

Si ces 62 milliards ne sont pas récupérés, ça va être le hold-up du millénaire!

Écrit par : Wouter vd L | 17/10/2008

Un petit peu de lecture pour un vendredi soir:
www.apfn.org/thewinds/arc_editorials/newworld/new_order06-99.html - 30k -

Texte dont j'extrais ces quelques lignes:

"Our kingdom is the kingdom of money. Excuse me, but I must confess that we are the rulers of the kingdom of non-money. You must see the humor in that statement. We have given you a piece of paper or some numbers on a computer screen that we have termed money. It is backed up by nothing and proven by nothing but what we say it is. We create it from nothing, we print it, we loan it, we give it its value, we take its value away. All things that have to do with money are in our hands. Think of it, what is it that you can do against us without money? If you try to resist, we can cancel your credit or freeze your accounts. Your cash is easily confiscated. We have made so many rules in the realm of living that you cannot live without money. Camp on government land and you must move in two weeks. You cannot grow much of a garden in two weeks. Many of our wilderness trails are entered by permit only. We have passed laws that do not allow you to live in trailers over a certain period without moving to another location. Have you not thought it ridiculous that we will allow a man to live in a box full time but we will not allow a man to live in an RV full time unless he is in a taxpaying campground? We want you to be in the system. When you are buying a house, we not only receive the tax revenue to use for our purposes, but we gain large increases from the interest on the loan. You may pay for your house two or three times over from the interest alone. The interest is also taxed which is again placed for use in those sectors of influence we choose. We do not want you to escape free and that is why we have made it as we have. You are our property. We will not permit you to buy or sell unless you submit to our mark of authority."

Et, plus léger mais tout aussi définitif:

-Quand j’utilise un mot, dit Humpty Dumpty sur un ton plutôt méprisant, il signifie exactement ce que je choisis de lui faire dire – ni plus, ni moins.
-La question, répondit Alice, est de savoir si vous pouvez lui faire dire autant de choses différentes.
-La question est de savoir qui est le maître, dit Humpty Dunpty, c’est tout.

A travers le Miroir, Lewis Caroll

Bon Week End!

Écrit par : Azrael | 17/10/2008

"Moralité : ne jamais prêter aux pauvres, qui ne peuvent fournir ni garantie, ni remboursements."


Muhammad Yunus (prix Nobel de la paix 2006) et sa Grameen Bank, ça vout dit quelque chose ?

Cette banque ne prête qu'aux pauvres (micro-crédit). Elle a été créée officiellement en 1983 au Bangladesh. Elle dispose de près de 1400 succursales et travaille dans plus de 50 000 villages. Depuis sa création, elle a déboursé 4,69 milliards de dollars de prêts et affiche des taux de remboursement de près de 99 %. La banque est une coopérative qui appartient aux emprunteurs eux même, pas à des actionnaires externes.


Non, le problème ce ne sont pas les pauvres, mais bien l'avidité du banquier...

Écrit par : PtitSuisse | 17/10/2008

Concentrons nous sur les USA et attendons un article qui se consacreras au Bangladesh.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 18/10/2008

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