17/01/2010

Annulez la dette d'Haïti!

Tandis que la plupart des pays, même les plus pauvres, envoient en Haïti des équipes de spécialistes, le gouvernement des Etats-Unis y dépêche 10'000 GI’s et déploie au large des côtes haïtiennes une flottille de cinq navires de guerre équipés de missiles et de moyens amphibies de débarquement.

Quant à la Suisse, elle annonce par l’intermédiaire Toni Frisch, directeur du département du développement et de la coopération, la DDC, et sous le regard bienveillant de Micheline Calmy-Rey, qu’elle n’envoie pas le corps suisse de sauvetage «pour ne pas jeter l’argent par la fenêtre» (le 19h30, TSR, 16.01)…

 

Ce n’est pas dans le cadre d’une cellule de crise humanitaire que le président des Etats-Unis a pris les décisions concernant à Haïti.

C’est à l’issue d’un cabinet de guerre présidé par Obama que le chef interarmes Mike Mullen a annoncé l’envoi des GI’s et le déploiement au large des côtes haïtiennes de deux navires de guerre porteurs de missiles, ainsi que de trois navires équipés de moyens amphibies de débarquement.

Magnanime, le gouvernement a aussi annoncé la suspension, temporaire, des renvois des haïtiens en situation illégale aux USA.

J’y suis, j’y reste…

Prenant prétexte de la désorganisation qui règne sur l’île, les troupes US ont ainsi remis pied en Haïti, renouant avec une longue tradition marquée par une occupation directe, de 1915 à 1934, et par des interventions successives dans les années 1990 et en 2001.

C’est pour permettre le déploiement rapide des GI’s que les autorités militaires US -qui ont pris le contrôle de l’aéroport- ont limité durant le week-end les atterrissages des avions porteurs d’aide humanitaire. Un certain nombre d’entre eux ont été détournés sur les aéroports de la République dominicaine alors que la population souffre de la pénurie d’eau et d’aliments.

A première vue, le recours à l’armée pourrait sembler rationnel du fait de la désorganisation totale du pays. Sauf que, lorsque l’ONU a été saisie de propositions d’étendre à des tâches civiles le mandat de la force internationale des Nations Unies déployée à Haïti depuis 2004, les USA s’y sont systématiquement opposés. Et qu’ils justifient aujourd’hui l’envoi des troupes par l’incapacité à faire face de la même force onusienne.

Après le soutien sans faille accordé par les Etats-Unis à la dictature des Duvalier de 1957 à 1986, après les différentes interventions, la présence militaire étasunienne n’était plus envisageable du fait du sentiment antiyankee d’une majorité écrasante de la population. C’était la force internationale dirigée par les militaires brésiliens qui la remplaçait.

Avec le tremblement de terre, les voilà de retour. Et pour y rester, comme l’a confirmé Hillary Clinton lors de sa visite du 16 janvier. J’y suis, j’y reste, en somme, à l’exemple de l’armée indonésienne intervenue il y a cinq ans dans les zones frappées par le tsunami et qui y est toujours.

A quelques encablures de Cuba, ce dispositif vient s’ajouter à la réactivation en 2008 de la 4ème flotte US, celle qui croise le long des côtes de l’Amérique latine. Voilà qui explique que la décision ait été prise par le cabinet de guerre…

Généreux FMI ?

Pour sa part, le directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn annonce une aide extraordinaire de 100 millions sous la forme non pas de don, mais de prêt… «à des conditions favorables». Ces 100 millions viennent s’ajouter à une dette extérieure qui atteignait les 1885 millions de US$ en 2008 et pour laquelle le pays paie un intérêt de 430 millions de US$.

C’est justement son endettement qui a mis le pays à la merci du FMI. Sur ses injonctions, son agriculture et son industrie légère ont été transformées au cours des dernières décennies. Ce sont des produits agricoles et manufacturés bon marché qu’elles produisent pour les profits des sociétés nord-américaines de l’agroalimentaire et du textile.

Outre la très grande pauvreté -80% des haïtiens vivent avec moins de 2 dollars par jour- cela a engendré un exode rural énorme. En 1950, Port au Prince comptait 50'000 habitants. Aujourd’hui, les estimations varient entre deux et trois millions d’habitants. Qui sont venus s’agglutiner dans des bidonvilles surpeuplés, dans des habitations bon marché qui n’ont pas résisté aux secousses meurtrières qui se succèdent depuis le 12 janvier.

Vraie mesure humanitaire

Le même discours vaut pour les infrastructures. A titre de comparaison, la tempête tropicale qui avait frappé les Caraïbes en 2008 avait fait un millier de victimes en Haïti. A quelques centaines de kilomètres de là, à Cuba, l’île qui ne s’est pas pliée aux plans du FMI et a entretenu et développé ses infrastructures, la même tempête n’avait tué que quatre personnes.

C’est pourquoi, la vraie première mesure humanitaire urgente serait l’annulation complète, immédiate et sans conditions de la dette extérieure haïtienne. C’est ce que la Suisse, qui a soi-disant adhéré au FMI pour faire valoir les droits des faibles, devrait exiger…■