31/03/2011

Libye : L’humanitaire pour reprendre pied!


Le but était-il l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne? Si c’est le cas, les bombardiers qui depuis plus de dix jours frappent la Libye devraient au plus vite rentrer dans leurs hangars. Car, détruite au sol, l’aviation de Kadhafi ne peut plus attaquer depuis le ciel.

Pourtant, c’est l’OTAN qui reprend le commandement des opérations dans celle qu’Obama se refuse toujours à appeler «guerre», un pas que Sarkozy n’a pas hésité à franchir. A preuve que l’humanitaire n’est que prétexte pour une tentative armée des impérialistes de reprendre pied dans une Afrique du Nord qui leur échappe.

De la Somalie au Kosovo, le recours à une phraséologie humanitaire au service des guerres n’est pas une nouveauté. Et il est probablement vrai que, dans certains cas, ces interventions ont permis de sauver des vies. Mais, surtout, elles ont permis l’installation durable de bases militaires, voire de forces d’occupation, dans les pays «sauvés».

Kadhafi fait mieux que Ben Ali !

Les atrocités commises par le kleptocrate de Tripoli, l’ancien ennemi public numéro un devenu l’allié indispensable des gouvernements européens et étasunien, viennent à point nommé. A plusieurs titres.

D’abord, alors que Ben Ali et Moubarak, les fidèles vassaux des Occidentaux avaient dû capituler devant l’impétueux mouvement de masse, c’est Kadhafi le premier qui a su, dès le 17 février, imposer un coup d’arrêt brutal à la révolution dans le monde arabe.

En bombardant les manifestants depuis le ciel, en lâchant ses mercenaires dans la nuit pour terroriser la population, il a réussi à arrêter l’insurrection sans que cela émeuve outre mesure les Chancelleries occidentales.

Prises de court par les révolutions en Tunisie et en Egypte, ces dernières ont été, à des degrés divers, d’une extrême prudence durant au moins trois semaines. Trois semaines de gagnées pendant lesquelles ce sont les hommes de Kadhafi qui ont assuré la sale besogne pour laquelle Alliot-Marie avait proposé ses services à Ben Ali!

C’est durant ces jours que les mercenaires du colonel ont infligé des coups terribles à l’insurrection, une insurrection qui aurait pu prendre des allures de révolution dans la continuité de celles qui venaient de remporter des premières victoires aux frontières occidentales et orientales de la Libye.

Au secours d’une population meurtrie ?

Rien n’a pourtant été fait pour empêcher que la jeunesse libyenne soit prise pour cible par les mercenaires, que ce peuple soit meurtri. Aucune livraison d’armes aux insurgés n’a été ne serait-ce qu’envisagée tandis que le «gel des avoirs du clan Kadhafi» n’était qu’effet d’annonce.

Comme le dit le magazine économique Bilanz, faute de moyens mis à disposition des enquêteurs, il n’y a juste qu’un «paar Milliönchen» -quelques petits millions- qui ont pu être saisis en Suisse. C’est pourtant avec des devises fortes, pas avec des dinars libyens, que Kadhafi paie ses mercenaires dont certains seraient recrutés en Afrique par une société israélienne!

Car, en fait, c’était la possibilité de rétablir une tête de pont en Afrique du Nord sous prétexte de venir au secours d’une population victime qui s’est concrétisée au bout des trois semaines.

Remettre les pieds en Libye, tout en divergeant sur l’ampleur des opérations et aussi sur leurs objectifs -on n’exclut même pas une partition du pays avec maintien de Kadhafi-, comporte pour la coalition et les anciennes puissances coloniales plusieurs avantages.

Contrôler la transition et le … pétrole des concurrents

En premier lieu, alors qu’une population abasourdie ne semble pas en mesure de reprendre victorieusement le flambeau de l’insurrection, les occidentaux rendent indispensable leur présence. Déjà, en France comme aux USA, des voix se lèvent pour porter assistance au sol aux insurgés.

C’est le scénario rêvé pour pouvoir remettre pied dans une région où les révolutions égyptienne et tunisienne ont pris de surprise les gouvernements impérialistes. A l’heure où des radicalisations de ces processus sont possibles, la supériorité militaire écrasante des Occidentaux est un instrument de cette «transition ordonnée et modérée» que Barak Obama a encore souhaitée ce lundi.

En Tunisie la rue exige la réalisation des revendications surgies durant les journées de janvier. Le mouvement révolutionnaire ne s’est pas contenté du départ de Ben Ali et il ne veut pas être dépossédé de sa révolution par un personnel politique qui est en partie celui de l’Ancien régime. Et en Egypte, la mobilisation de rue pourrait vite être confrontée à l’armée sur laquelle misent Obama et Clinton.

Ainsi, s’implanter militairement entre Tunisie et Egypte pourrait être un atout de taille. D’autant que, sur un autre plan, contrôler la Libye, avec ou sans Kadhafi, revient aussi à contrôler l’approvisionnement en pétrole de la Russie et de la Chine. Deux concurrents sur le plan économique global fortement implantés en Libye.

Autant de raisons d’exiger la fin immédiate de l’intervention impérialiste en Libye.■

Paolo Gilardi

paru dans L'anticapitaliste, 44ème, 31 mars 2011

22/03/2011

Mise au point

Une dépêche de l'ATS reprise par plusieurs sites prétend que lors de la manifestation de dimanche à Genève en soutien aux révolutions de la région arabe, j'aurais eu une altercation avec des femmes libyennes et les aurais interdites d'affirmer leur satisfaction de voir les avions français bombarder des cibles en Libye.

La Radio suisse romande en a même fait sa première nouvelle lors du 7h30 du 21 mars, donnant la parole pendant plus de deux minutes à une de ces personnes sans pour autant me demander mon point de vue.

C'est pourquoi je tiens à préciser ce qui suit:

  1. Convoquée par une large coalition de forces, la manifestation en faveur des révolutions dans la région arabe s'opposait à toute forme d'occupation et d'intervention occidentale dans cette région. Partant, aucune forme de soutien aux bombardements de cibles en Libye n'était préconisée par les organisateurs, ceux-ci étant condamnés par notre volonté commune. La présence de quatre personnes arborant drapeau français et pancartes félicitant l'aviation de Sarkozy était dès lors pour le moins incongrue mais tolérée par les organisateurs,
  2. En tant que orateur désigné par les organisateurs, j'ai publiquement invité ces personnes non pas à quitter la manifestation, mais à nous rejoindre pour confronter nos points de vue à la salle du Maïl où était prévue la partie conviviale de la journée.
  3. J'ai réitéré cette proposition une deuxième fois de nouveau par hauts parleurs et directement à ces personnes qui l'ont refusée prétendant qu'elles ne pouvaient pas venir car, comme l'a dit l'une d'entre elles, elle avait "un avion à prendre, ses affaires n'attendant pas".
  4. Il  n'y a eu aucune forme d'altercation et le fait de ne pas leur avoir mis à disposition le micro pour diffuser des points de vue contraires à ceux des organisateurs de la manifestation est donc logique.
  5. L'origine libyenne de ces personnes vivant à Genève depuis des longues années d'où certaines dirigent des sociétés commerciales qui interviennent au Moyen Orient ne leur donne aucun droit particulier. A cet effet, si un Libyen supporter de Al Quaeda avait demandé le micro pour appeler à la Djihad contre Kadhafi et l'Occident, aurais-je dû le lui mettre à disposition? Evidemment que non. Par contre, je serais anti-démocratique pour l'avoir nié à quelqu'un qui, en vertu de ses origines libyennes voulait saluer des "libérateurs" qui larguent des bombes -des rumeurs font état d'utilisation d'uranium appauvri comme au Kosovo-  sur un pays avec tous les risques de "dommages collatéraux"? Poser la question c'est y répondre.

    Paolo Gilardi

18/03/2011

un zéro e plus

Six mille fois. Y a un zéro qu'est tombé. Ce qui ne change rien au fond...

Ouf!

Me voilà rassuré! Tout va bien. La télé vient d'annoncer que les hélicos japonais ont déversé 30'000 tonnes d'eau sur la piscine du réacteur numéro 3 de Fukushima! Trente mille tonnes! Ouf!

Sauf que, trentre mille tonnes de flotte c'est juste 600 fois le contenu de ma baignoire... Ou celui de toutes les baignoires, si ce n'est de ma rue, de mon quartier!

De là à croire qu'on continue à nous prendre pour des idiots...

14/03/2011

Tout est sous contrôle...

Au Japon «la situation est sous contrôle». C’est ce qu’a eu le culot d’affirmer Marc Comina, le directeur romand de l’officine de propagande patronale Farner sur les ondes de la radio romande, le 14 mars.

Au même moment, l’institut français de radioprotection et de sécurité nucléaire faisait état d’un «rejet très important de radioactivité dans l’environnement», tandis que les explosions se suivent dans les réacteurs japonais.

Vingt cinq ans après Tchernobyl, c’est au prix d’une catastrophe dont on ne peut imaginer la portée sans une dose majeure d’effroi, que s’impose, urgente, la nécessité de sortir du nucléaire.

Mais si on avait pu imputer Tchernobyl à l’incurie et aux technologies soviétiques, c’est dans un des pays les plus scrupuleux en matière de procédures et à la pointe de la technologie que l’accident survient. Dès lors, c’est toute la filière nucléaire que remettent en cause les réacteurs en fusion au Japon.

Les propos de Comina l’attestent, les nucléocrates ne vont pas renoncer à leurs projets. Et pour cause! Le premier feu vert donné le 15 novembre par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire à la construction de trois nouvelles centrales à Gösgen, Beznau et Mühleberg est synonyme de bénéfices énormes pour leurs promoteurs, Axpo, les FMB et Alpiq.

Ainsi, après la suspension du programme nucléaire suisse décidée ce lundi, ils reviendront à la charge. De propos lénifiants en dénégations tonitruantes, d’évocation du retour à la bougie en expertises sophistiquées relayés par des journalistes objectivant leurs opinions, rien ne nous sera épargné, pour justifier la reprise du programme nucléaire.

Déjà, on ergote sur la cause de l’accident japonais: tremblement de terre ou tsunami ? Distinguo important, prétend-t-on. Car, si c’est la grosse vague la cause, la Suisse étant à l’abri de tout risque de tsunami, elle le serait aussi de celui d’une explosion comme à Fukushima. CDFD!

L’appareil de propagande est en marche. Des centaines de Comina vont s’y mettre, tandis que le lobby électrique, grâce à la ministre de l’énergie Doris Leuthard, pèsera de tout son poids. Il faut de toute urgence allumer les contre-feux.

Les rassemblements de cette semaine sont un premier pas, important. Mais insuffisant. «Manifester silencieusement notre consternation et notre compassion» comme le propose Greenpeace, certes! Mais pour «qu'un changement de paradigme intervienne dans la politique énergétique», «l’espoir», exprimé par Greenpeace, n’est de loin pas suffisant.

Les autorisations des nouvelles centrales doivent être retirées. Car, aussi infinitésimaux soient-ils, les risques atomiques ont une portée inversement proportionnelle.

Contrairement aux tremblements de terre et aux tsunamis, on peut les éviter.

Pour cela, la mobilisation est nécessaire. Pour sortir du nucléaire.

Et d’un mode de production qui sacrifie au profit la vie sur de vastes parties de cette Terre.