05/08/2011

Main basse sur la vie

Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.

«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.

Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.

L’éducation, l’emploi et la santé publique

Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.

Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.

Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.

La poussée de la rue et celle de Wall Street

Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.

L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.

Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.

Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».

Virtuel contre réel

C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.

Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.

Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.

Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!

Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…

Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…

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