07/08/2011

Agences de notation: oracles des Temps modernes

 

Il aura suffi que Standard & Poors abaisse d’un cran la notation de la dette des Etats-Unis pour que leur principal bailleur de fonds, la Chine, relève les taux d’intérêt et exige plus de rigueur de la part du gouvernement Obama.

De nouveau, après la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, l’Italie, les agences de notation dictent le rythme, pour le plus grand bien des investisseurs et le désarroi de couches de plus en plus consistantes de la population.

Mais qui sont-elles ces agences dont, à l’image des oracles anciens qu’on consultait avant de partir à la guerre, le moindre haussement de cils peut faire basculer l’économie mondiale?

Elles sont au nombre de trois, les grandes. Les deux premières, Standards & Poors et Moody’s sont domiciliées aux Etats-Unis, tandis que la troisième, Fitch Ratings, bien que fondée à New York en 1913, est propriété du holding français Fimalac dont l’actionnaire majoritaire est Marc Ladreit de Lacharrière.

Rendre service aux investisseurs

Administrateur du groupe Casino, de L'Oréal, de Renault et membre du Conseil consultatif de la Banque de France, à la tête d’une fortune estimée à plus de 1,6 milliards d’euros, de Lacharrière a été sacré Chevalier de la Légion d’honneur en 2010 par son ami Sarkozy.

Moody’s, pour sa part, a vu le jour en 1909, lorsque le journaliste économique John Moody a commencé à vendre à des investisseurs ses opinions sur la rentabilité des titres des compagnies de chemin de fer.

Boostée dans les années 1970 par l’apparition aux Etats Unis d’organismes de placement collectifs à la recherche de conseils, Moody’s, cotée en bourse depuis 2000, représente 40% du marché mondial de l’estimation du crédit. Ses bénéfices en 2010 ont été de 500 millions de dollars et son chiffre d’affaires pour le premier trimestre 2011 est en augmentation de 27%.

Moody’s emploie 4500 salarié.e.s dans 26 pays: entreprise «modèle», elle leur garantit ainsi qu’à leurs familles et partenaires -«du même sexe ou du sexe opposé», comme le précise son site officiel- assurances médicales, retraites, crèches, clubs de rencontre et «réseaux d’affinité, féminins, homo ou bisexuels, multiraciaux» etc.

Elle finance et subventionne directement des programmes universitaires, aux Etats-Unis et au sein de l’UE.

Quant à l’aînée, Standard & Poors (S&P) fondée par Henri Poor en 1860, elle compte 10'000 employés et s’enorgueillit d’avoir noté, en 2009, des dettes d’un montant de 4000 milliards.

Elle est filiale de Mc Graw-Hill, une société qui pèse plus de 6 milliards de US$ dont le but est de «rendre service aux investisseurs».

De A à C, voire à D

Le concept de service aux investisseurs est vaste. Il ne se limite pas seulement à la notation des entreprises ou des Etats. A travers ses deux autres filiales, JD Power et Platt’s, Mc Graw-Hill fournit aussi de l’analyse économique clés en main à des centaines de journaux à travers le monde et participe au commerce de pétrole, électricité, charbon, gaz naturel et réacteurs nucléaires dans 150 pays.

Ce sont donc ces colosses qui décident de la notation des entreprises et des Etats. Leurs systèmes, relativement proches, vont de la note maximale AAa, synonyme d’investissement sûr, à la note C, voire D pour S&P et Fitch, synonyme de risques «substantiels», voire de défaut de paiements.

C’est grâce aux réductions fiscales pour les sociétés multinationales, à la politique d’accueil des fonds spéculatifs, à la discrétion des banquiers privés que le Conseil d’Etat genevois a pu fêter l’an passé l’attribution à Genève du 3ème A, synonyme de paradis pour riches, par Moody’s.

A l’inverse, c’est en vertu de la perte d’un A que le ministre italien des finances a pu, avec le soutien de la «gauche», imposer un train de mesures antisociales sans précédents. C’est pour «rassurer les marchés», les investisseurs, que les italiennes et les italiens devront travailler plus longtemps pour des retraites moindres et prendre en charge une part accrue de leurs dépenses de santé.

En effet, la détérioration de la note se traduit immédiatement par une élévation des taux d’intérêts, à la hauteur du risque. Cela oblige les Etats à emprunter davantage pour faire face aux nouvelles obligations et à réduire leurs dépenses.

Taillée sur mesure

Le mécanisme est d‘autant plus pernicieux que la Banque Centrale Européenne ne peut pas prêter aux Etats. C’est aux banques qu’elle prête à un taux de 1,8% pour que celles-ci puissent prêter aux pays dont la note a été détériorée, à des taux de 6, 8 voire 12% !

C’est la combinaison entre la notation des agences et cette norme taillée sur mesure qui permet aux banques de reconstituer des réserves de liquidités sur le dos des peuples.

C’est pourquoi, à l’opposé de la démagogie de ceux qui, comme Sarkozy, font mine de s’offusquer du rôle des agences, la vraie alternative réside dans la création d’un service public du crédit.

Un service pour des investissements destinés à satisfaire les besoins des gens, pas à gonfler les portefeuilles des investisseurs.

Paolo Gilardi

05/08/2011

Main basse sur la vie

Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.

«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.

Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.

L’éducation, l’emploi et la santé publique

Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.

Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.

Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.

La poussée de la rue et celle de Wall Street

Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.

L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.

Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.

Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».

Virtuel contre réel

C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.

Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.

Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.

Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!

Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…

Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…

Main basse sur la vie

Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.

«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.

Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.

L’éducation, l’emploi et la santé publique

Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.

Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.

Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.

La poussée de la rue et celle de Wall Street

Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.

L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.

Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.

Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».

Virtuel contre réel

C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.

Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.

Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.

Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!

Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…

Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…