17/10/2011

Après le samedi global: Rise up!

Confidentielle comme à Genève ou massive comme à Madrid, New York, Athènes, Rome et Barcelone, la journée globale d’action du 15 novembre a mis des millions de personnes dans les rues de plus de 950 villes dans 84 pays.

Avec pour slogan «nous sommes 99%» et la ferme détermination à ne pas laisser le 1% restant «nous confisquer notre futur», ces manifestations massives -dont le «printemps arabe» avait été le prélude- marqueraient-elles un nouveau pas vers un automne chaud européen ?

Si tel est le cas -et nous le croyons-, un nouveau chapitre s’ouvre. Porteur d’espoir et chargé de responsabilités

Nous étions des centaines de centaines de milliers samedi passé dans les rues de Rome, Madrid et Barcelone. Par dizaines de milliers ils ont défilé à New York, Londres, Chicago, Athènes et Lisbonne, par milliers à Francfort, Oakland ou Milwaukee. Le doute n’est plus de mise: même s’il faut raison garder, après ce 15 octobre, rien ne sera plus comme avant.

Ca s’écrit eau, ça se lit démocratie

Ce qui s’est exprimé dans les rues de ces villes la semaine est d’abord le refus de se résigner: à la pauvreté, à l’exploitation, à la précarité. Puissant symbole de ce refus a été la participation à la manifestation de Rome de milliers de «braccianti agricoli illegali», ces travailleurs agricoles que leur condition de sans papiers condamne à courber l’échine en silence.

Il y ont côtoyé les métallurgistes de la FIOM -le syndicat des métallos-, les précaires de l’instruction publique, les jardinières d’enfants des crèches de Rome devenues des poulaillers industriels, les chômeurs en fin de droit. Toutes et tous ensemble, derrière une banderole de tête valant à elle seule tout un programme: «Poeple of Europa, Rise Up!».

Avec eux, ont défilé les défenseurs du bien public qu’est l’eau ; avec un slogan «ça s’écrit eau, ça se lit démocratie!». Car, justement, c’est l’appropriation privée des ressources, celle qui est exigée au nom de la dette, qui est au centre des préoccupations; c’est la propriété capitaliste avec ses impératifs de profit qui fabrique des sans travail, des sans papiers, des sans droits.

Cette convergence romaine, elle s’est réalisée aussi à Madrid: entre enseignants en grève contre les privatisations, jeunes chômeurs et précaires, paysans appauvris. Elle s’est réalisée à Londres ou à New York entre syndicalistes, chômeurs et militants anti-guerre.

Les cœurs et les âmes

L’ampleur des mobilisations confirme la dé-légitimation d’un système, le capitalisme, qui ne peut pas donner de réponses aux besoins sociaux, économiques, environnementaux, pacifiques, des 99%, à savoir l’écrasante majorité de la population mondiale.

En faire le constat, reconnaître, comme le faisait dernièrement un éditorialiste local, que «le capitalisme a perdu la bataille des cœurs et des âmes», c’est juste, mais ne suffit pas. Face à sa propre crise, le capitalisme n’abdique pas. En est la preuve la manière dont le ministère de l’Intérieur italien a géré le Black bloc dans la manifestation de Rome. Il a laissé les brides sur le cou d’un millier de jeunes révoltés pour casser des vitrines et bruler des voitures pour pouvoir par la suite attaquer avec une brutalité inouïe la tête de la manifestation. Et empêcher de ce fait que puisse s’installer au coeur de Rome le campement prévu d’indignati -qui sont de plus en plus incazzati, c'est-à-dire fâchés.

Il montre de cette manière que les jeux sont truqués, dans le sens où la légalité démocratique n’est que fiction. Elle coince, à l’image des forces politiques de la «gauche» italienne, le débat autour de la violence de certains secteurs, minimes, de manifestants et occulte le reste.

Cela demande aux forces qui se réclament de l’anticapitalisme de ne pas se satisfaire des constats, mais de mettre en avant des perspectives pour ces mouvements qui posent une exigence, celle de se réapproprier, d’en bas, le futur. Autrement dit, les âmes et les cœurs que le capitalisme ne séduit plus, ont besoin de perspectives autres que celle de se mobiliser pour glaner quelques pourcents aux élections fédérales.

Un besoin d’alternatives

Manifestation de révolte et de prise de conscience nouvelle, le moment actuel demande des propositions nouvelles qui dessinent une alternative possible à un capitalisme qui s’installe dans la crise. Cela, ne sera pas que le fruit de réflexions abstraites, de livres plus ou moins doctes sur les alternatives au capitalisme.

L’alternative ne pourra se construire qu’à partir des résistances et des luttes quotidiennes: sur les lieux de travail contre l’augmentation des horaires et de la fatigue, dans les services publics contre les privatisations, dans la lutte contre les politiques autoritaires, celle contre la précarité, pour un environnement qui nous permette de vivre.

Et cela ne peut se faire que par la construction, à la base, d’en bas, de résistances qui peuvent se transformer en confiance. Dans notre force, nous qui sommes les 99%, et notre capacité de changer le monde.

03/10/2011

Grèce: qui aide qui?

En 2008, Sarkozy et Merkel promettaient de « moraliser le capitalisme ». Début 2009, après avoir touché des centaines de milliards de dollars au titre du sauvetage du système financier, les banques françaises et allemandes s’empressaient de les prêter. A la Hongrie, à la Grèce, à l’Italie, à des pays à risque.

Dus au risque, les taux d’intérêt élevés de ces prêts étaient garants de bénéfices rapides. Quant au risque encouru, le calcul des banques était clair: «les européens ne vont pas les laisser tomber, ils vont payer à leur place».

Octobre 2011, voilà qui est fait. Après la France, c’est à une large majorité que le Bundestag a voté le nouveau plain d’aide à la Grèce. Les voilà, les milliards pour rembourser les banques, françaises et allemandes, détentrices de 41% de la dette grecque!

Et demain? Un plan d’aide au Portugal dont 48% de la dette est aux mains des banques françaises et allemandes? Et à l’Espagne, dont les mêmes banques détiennent aussi presque la moitié? Sans parler de l’Italie, dont plus de la moitié de la dette est en mains françaises, de banques pour qui, comme BNP-Paribas, les besoins en liquidités sont criants…

C’est un immense transfert interne de richesses qui en cours, de la poche des salariés qui paient des impôts et sont en droit de bénéficier des prestations publiques vers les coffres des banques.

Ce sont des milliards d’argent public soustraits aux budgets de l’Allemagne et de la France qui, sous forme d’aide à la Grèce aujourd’hui, aux autres demain, sont reversés aux banques, allemandes et françaises.

Et pas qu’aux banques car, parmi ses créanciers figurent en très bonne position le complexe militaro-industriel français dont la Grèce est le 3ème client ou Siemens.

La multinationale allemande -qui a graissé la patte des deux grands partis grecs- a vendu au pays un système antimissiles, un système de digitalisation des centres de téléphonie, un autre, de sécurité dit C41 -qui n’a jamais fonctionné- à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 et du matériel pour les chemins de fer.

Elle exige des liquidités en retour. Tout comme Thyssen, autre créancier de la Grèce, qui lui a vendu -pour cinq milliards d’euros- des sous-marins… qui penchent dangereusement à gauche !

Le prix de ce sauvetage pour la population grecque est connu. Alors que le principal propriétaire foncier du pays, l’église orthodoxe, est exemptée d’impôts, ce sont les retraites de plus de 1200 euros qui sont amputées de 20% ! Ce sont les salaires qui sont réduits, ce sont 30'000 fonctionnaires qu’on licencie, c’est la TVA qu’on augmente. Pour rembourser les banques!

Dans ce contexte, le plan de financement de la Grèce n’est pas la solution, mais bien le problème. Car la solution, comme pour l’Argentine en 2001 ou l’Equateur cinq ans plus tard réside dans le refus de payer la dette.

Et dans la bataille pour l’expropriation des banques et la création d’un service public du crédit.