10/02/2012

Au besoin, en cognant...

Nommé procureur de la République grâce à sa propre voix, Olivier Jornot prendra ses fonctions à Genève le 1er avril à la place de Daniel Zapelli, démissionnaire forcé et membre du PLR, le parti de Jornot et Mark Müller.

C’est en 1984 que, alors âgé de quinze ans, «par amour de son pays» il adhère à Vigilance, un parti nationaliste aux relents fascisants. L’écœurante campagne xénophobe par laquelle ce parti avait remporté une vingtaine de sièges lors des élections cantonales de 1985 n’a pas dû troubler outre mesure le jeune Jornot, puisque ce n’est qu’en 1989 qu’il quitte l’extrême droite pour rejoindre le parti libéral. Et bien qu’il se félicite d’avoir suivi «le parcours dans ce sens plutôt que l’inverse», il reste fort discret sur ce passé-là.

Pas trotskiste d’origine (sic !)

Cet homme que, avec une rare perspicacité, Darius Rochebin définit comme «pas forcément trotskiste d’origine» (tsr1, 1.12.2011), entame alors des études en théologie, puis en droit. Et, à une époque où la jeunesse s’enflamme pour une «Suisse sans armée», c’est tambour battant qu’il mène une carrière militaire. Officier supérieur à 25 ans, il est depuis juillet 2011 colonel d’état major général.

Et c’est aussi au Parti libéral qu’il fait carrière. Conseiller municipal dans ce ghetto à parvenus qu’est Veyrier, il entre au Grand Conseil en 2005. Depuis 2002 il est aussi président du parti libéral; il le restera jusqu’en 2006. Ingrats, ses pairs ne le récompenseront pas, puisque, en novembre 2008, ils lui préféreront Mark Müller et Isabel Rochat come candidats au Conseil d’Etat.

Il s’illustre néanmoins au Grand Conseil jusqu’à obtenir la reconnaissance suprême de la part des parlementaires, de droite comme de gauche, celle de «meilleur député de l’année». «Coriace député connu pour ses combats contre les mendiants, les manifestants et les perturbateurs en tous genres » (Le Temps, 29.11.11), il est à l’origine de la suppression de l’obligation de publier les transactions immobilières -et leur montant- dans la feuille d’avis officielle.

Sous prétexte de «protection de la sphère privée», c’est une disposition clé et unique en Suisse romande qu’il fait sauter, celle permettant un contrôle public sur ces transactions et qui limitait les phénomènes de blanchiment. Dans un Canton où, pour 400'000 habitants le montant des transactions immobilières en 2010 s’est élevé à un milliard de francs, le fait que celui qui devient Procureur général soit l’auteur d’une telle loi a de quoi inquiéter.

Ménager des marges de liberté

Son copain de parti, Charles Poncet, a prétendu à la radio que, en devenant procureur général, Jornot perdrait «les 2/3 de ses revenus». C’est qu’ils devaient être confortables. C’est en effet chez Fontanetassociés qu’il exerce son activité d’avocat d’affaires.

Officine sise dans la vieille ville entre la rue des Granges et la rue Calvin -tout un symbole!- et forte d’une trentaine de «collaborateurs», l’étude se vante «d’accompagner les entreprises étrangères dans leur implantation en Suisse» et de pourvoir à la «négociation des aspects fiscaux y relatifs» (www.fontanet.ch). Que c’est bien dit…

De plus, cet homme, prêt «à abandonner la politique mais pas le pouvoir» (Le Temps, 29.11.11), siège au Conseil d’autorégulation de l’ASG, l’association suisse des gestionnaires de fortunes. D’après son propre site (www.vsv-asg.ch), «l’ASG est plus à même que le législateur (…) d’édicter des règles d’éthique professionnelle». Il faut, d’après elle «renoncer à l’emprise unique et tatillonne de l’Etat au profit d’une réglementation autonome appliquée par des organisations privées», dans le but de «ménager à des organisations privées une marge de liberté». Sera-ce la philosophie de ce nouveau procureur général chargé d’enquêter dans la capitale mondiale du négoce?

Cogner dur…

C’est par contre d’une fermeté absolue face à la petite délinquance que Jornot fait preuve. A ce titre, il se dit «favorable à un recours accru à la détention administrative» (TSR, 8.5.09), c'est-à-dire à la privation de liberté sans jugement!

Tout comme il est l’auteur de la loi sur les manifestations qui est une véritable loi contre les manifestations.

Car, avocat d’affaires ou procureur général, il est là pour garantir les meilleures conditions pour l’installation à Genève des sociétés étrangères.

Au besoin, en cognant sur le droit de manifester, aussi dur que sur des piétons un jour de 2003 sur un parking vaudois…

Commentaires

Il y a aussi les avocats qui violent des garçons de 14 ans, mais là, leurs noms n'apparaissent pas, normal, c'est un copain !!!

Écrit par : Corto | 10/02/2012

Merci pour cette biographie ..

Écrit par : Juan Carlos Hernandez | 11/02/2012

"Et, à une époque où la jeunesse s’enflamme pour une «Suisse sans armée»,"

Paolo n'a même pas remarqué que même l'udc loue les louanges de SSA et que ce mouvement a été récupéré à des fins tout autre que ses objectifs babas cools !

Quant à Jornot, il a été assez stupide pour accepter ce poste, je me demande qui voudrait bien se retrouver au milieu des mafieux et autres tyrans fils de mollahs à la tête du parquet ensanglanté de la place ???

Ce que je sais, c'est que Zappelli est farouchement protégé par les fédéraux et autres gardes du corps de haut vole et ça, personne ne se demande pourquoi !!

Finalement, Jornot n'est pas le plus mal placé en tant que colonel dans une république menacées par les ex-élites de la gauche stalinienne de Moscou !!!
Tu vois Paolo, comme quoi, seuls les militaires ont les couilles de reprendre un pareil défit !!!

Écrit par : Corto | 11/02/2012

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