24/04/2012

Courses de voile

550 licenciements, presque 1000 emplois supprimés. Sans compter les conséquences sur les sous-traitants de la région. Les voilà les effets, les premiers, de la fermeture de Serono.

Son patron Ernesto Bertarelli, qui l'avait héritée de son père, l'a vendue il y a cinq ou six ans à la concurrence, Merk, contre beaucoup, beaucoup de milliards de francs. La presse avait articulé un montant à onze chiffres...


Depuis, Monsieur Ernesto fait des concours de voile avec d'autres milliardaires.


Pendant ce temps, Merk saccage systématiquement les savoirs-faire de Serono, l'intelligence développée par des salarié.e.s qui ont fait le succès de l'entreprise, s'approprie les brévets. Il lui faut du temps, cinq ans.


Et puis, le scénario prend forme, soudainement: ce 24 avril au matin Merk coule Serono.


Elles n'auront pas le loisir des courses de voile les femmes licenciées qui, aujourd'hui sur les ondes de la RTS, la ratio télévision suisse, ont expliqué qu'on leur a laissé le choix entre le chômage et une place en Chine, ou à Boston. La porte à côté...


C'est ça la propriété privée des moyens de production que sont les usines, les machines etc.

La souffrance de centaines d'hommes et de femmes, des tissus régionaux dévastés, et bien pire encore.

Pour des courses de voile...

08/04/2012

Question de fil à plomb...

On pourrait considérer la conversion de Pierre Vanek, le secrétaire de solidaritéS, à l’élévation de l’âge de la retraite comme une manifestation ultérieure d’une gauche radicale qui perd la boule.

Elle la perd quand, à Lausanne elle négocie le prêt d’un député socialiste pour pouvoir constituer un groupe parlementaire et toucher 25'000 francs de jetons de présence. Elle la perd quand elle prétend après un vote populaire qui bâillonne le droit de manifester que la campagne qui l’a précédé «a permis un début de mobilisation significative pour reconquérir des droits démocratiques fondamentaux»[1]!

Sauf que perdre la boule face à un monde complexe, c’est une chose; se muer en propagandiste zélé de l’allongement de la durée des cotisations et de l’élévation de l’âge de la retraite c’en est une toute autre.

A l’heure où, à Genève, le syndicat des services publics, le SSP essaie d’organiser l’opposition à ces mêmes mesures dans le cadre de la fusion des caisses de l’Etat, c’est dans le domaine du coup de couteau dans le dos que l’on se retrouve!

Car la position que Vanek va défendre devant le personnel des communes et des SI est on ne peut plus claire. Il l’explique dans la presse: c’est pour éviter l’augmentation des cotisations et la détérioration des prestations qu’il faut élever de 62 à 64 ans l’âge de la retraite et de 35 à 40 ans la durée des cotisations. Comme s‘il n’y avait pas d’autre choix.

A l’heure où les banques revendiquent une part encore plus importante des avoirs du 2ème pilier -en clair, de nos salaires différés-, le secrétaire de solidaritéS se comporte d’abord comme le président et gestionnaire qu’il est de la caisse de retraite CAP. Il ira expliquer aux salarié.e.s la nécessité … de se soumettre.

Il n’y a en cela rien de fondamentalement différent de ce que font des centaines de fonctionnaires syndicaux qui dirigent des caisses de retraite. Sauf que rares sont ceux d’entre eux qui se revendiquent d’une gauche de rupture. Ils ne font qu’inscrire leur action dans la continuité d’une ligne syndicale faite de compromis sans combat, de renonciations systématiques, de capitulations successives.

Mais, au vu de l’absence de solidaritéS lors des grèves de ces deux dernières années, à l’aéroport, à Vessy -du moins jusqu’à ce que ce parti se distancie de sa représentante dans le conseil d’administration de la boîte … six semaines après le début de la grève- et dans les hôpitaux l’automne passé, au vu de la discrétion de ses militants dans la lutte engagée à l’Etat de Genève contre la nouvelle caisse, on peut se demander si la position de Vanek ne s’inscrit pas, elle aussi, dans la continuité.

Voilà qui nous conforte dans l’idée que la construction d’une gauche anticapitaliste -une gauche dont le fil à plomb reste son positionnement du côté des salarié.e.s, pas dans la gestion des institutions- est plus que jamais i-n-d-i-s-p-e-n-s-a-b-l-e.



[1] solidaritéS-infos, 16 mars.