07/05/2012

Confisquer Serono!

Elle est exemplaire à plus d’un titre, l’affaire Serono. C’est d’abord une success story qui se termine mal. Par le fait d’un rejeton né avec une cuillère en argent dans la bouche qui, après avoir hérité de l’entreprise paternelle, la vend à la concurrence pour 16 milliards de francs pour pouvoir s’adonner à la voile.

Et c’est celle, aussi, de Merck, la concurrence, qui après avoir déboursé les 16 milliards, encaissé 750 millions d’euros de bénéfices cette année et versé des dividendes en hausse de 20%, décide de fermer le site de Genève en supprimant 1250 postes de travail, sans compter les emplois induits.

Elle lui aura coûté du fric la reprise de Serono, mais aussi permis de s’approprier les brevets, de saccager le savoir faire de centaines d’employé.e.s et d’éliminer un concurrent. Non sans avoir bénéficié de faveurs fiscales à propos desquelles le ministre des finances du Canton de Genève garde un silence insultant pour celles et ceux qui, les impôts, les paient rubis sur ongle!

C’est sur leur peau que plus d’un millier hommes et de femmes expérimentent ce qu’est la propriété privée des moyens de production que sont les usines et les machines. Ces hommes, ces femmes, n’ont pas le choix entre travailler ou faire de la voile. C’est le choix entre la perte de leur travail et le déracinement à Shanghai, à Boston ou en Allemagne qu’on leur offre.

Elles ne sont pas les premières, ils ne sont pas les premiers, les salariés de Serono qui font l’amère expérience du capitalisme réellement existant.

Il y a quatre ans, confrontés à l’annonce brutale de la fermeture du site, les salarié.e.s des ateliers des CFF de Bellinzone ont fait reculer les managers en occupant les ateliers pendant plus d’un mois. Ils avaient, à leur actif, une tradition d’implantation syndicale qui leur a permis de réagir rapidement.

Chez Serono, elle était absente, cette implantation. Jusqu’à l’annonce de la fermeture… Depuis ce 24 avril, les choses ont changé. C’est par centaines que les salarié.e.s ont pris part aux assemblées, qu’ils ont marqué par leur présence le défilé du premier mai. Et qu’ils montrent qu’ils ne sont pas prêts à se laisser faire.

En fait, comme ceux de Bellinzone, c’est dans leurs mains qu’elles/ils tiennent leur destin. Pas pour obtenir le maintien des emplois contre une augmentation du temps de travail mais pas du salaire, comme chez Novartis à Prangins. Mais pour obtenir la confiscation des bâtiments et des laboratoires de Merck-Serono.

Oui, l’expropriation sans indemnité est nécessaire. Pour sauver les places de travail, mais aussi pour produire des médicaments utiles pour soigner les gens -ce que le personnel de Serono sait faire, pas les actionnaires-, il faut que la collectivité s’approprie l’usine.

Car, aussi bien les salarié.e.s de Serono que la population ont besoin de rompre avec la propriété privée des moyens de produire ce qui est nécessaire pour le bien commun.