11/02/2013

Un pas a été franchi

Avec le licenciement des grévistes de l’hôpital de La Providence, un pas a été franchi.

Après avoir usé et abusé d’un discours presque naturaliste sur l’inéluctable renoncement à la convention collective «seul garant» du rachat de l’hôpital par le groupe d’affaires Genolier, après le chantage à l’emploi, c’est au licenciement collectif, au lock-out, que les patrons recourent.

Jusqu’ici, ils s’étaient retenus. Certes, leur télé a tout fait pour les isoler, les grévistes. Leurs journaux n’ont cessé de décrier «une grève minoritaire et irresponsable», tandis que leurs élus s’alignaient devant les exigences de Genolier.

Ils ont aussi distribué les points: les bons à celles et ceux qui ont plié, acculés par le chantage, et se sont remis au travail, à contrecœur mais soumis. Les mauvais, aux autres, aux insoumis.es.

Que le patronat décrète quels sont les bons et les mauvais syndicats, ce n’est pas une nouveauté. Car rien n’est plus insupportable aux yeux des patrons qu’un syndicat qui est ce qu’il est censé être, l’outil des travailleurs qui n’hésite pas à recourir à la grève, s’il le faut.

Mais, ce qui leur est encore plus intolérable, aux patrons, c’est que, malgré les pressions, malgré le chantage, malgré l’oubli dans lequel on voudrait bien les confiner, les salariés, eux, résistent. Et que, même devant la menace ultime, le licenciement, ils décident de continuer la grève. Voilà pourquoi il faut les faire payer, les effronté.e.s! Viré.e.s !

L’attaque est inédite, depuis les années trente. Elle sert de message à toutes celles et tous ceux pour qui se saigner pour garantir les dividendes des actionnaires n’est pas dans la nature des choses: c’est une menace pour quiconque voudrait se mettre en grève.

La tâche leur a été grandement facilitée. Par une conseillère d’Etat d’abord, socialiste, qui, dès le début, a pris fait et cause pour le patron. Par une gauche parlementaire, modérée ou soi-disant radicale, qui a attendu le 60ème jour de grève pour se réveiller. Et par des syndicats qui, adeptes du «chacun pour sa branche», ont peu fait pour populariser la grève de La Providence.

Or, en touchant au contrat collectif de travail et au droit de grève, c’est à la raison d’être des syndicats que le patronat s’en prend. C’est leur existence qui est en jeu: privés de ces outils indispensables à la vente collective de la force de travail, ils ne seront que ce que les patrons veulent, de «bons» syndicats.

Ainsi, c’est le dispositif de défense de l’ensemble des salarié.e.s qui est visé. Et cela nécessite une riposte bien plus musclée que les rodomontades de circonstance ou les drapeaux syndicaux brandis devant les cliniques du groupe Genolier.

Car, tout comme la réintégration des grévistes licencié.e.s, la reconnaissance dans les faits du droit de grève, exige la mobilisation la plus ample possible.

A commencer par la manifestation de ce 16 février à Neuch’.  

Paolo Gilardi

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