07/09/2013

Obligation de servir: Oui, sans enthousiasme…

 

Qu’elle est loin l’initiative actuelle du GSsA de celle qui nous avait mobilisé.e.s il y a presque vingt-cinq ans. Alors que celle-là voulait supprimer l’armée, c’est l’juste l’obligation de servir que celle-ci voudrait abolir. Pour, prétendent certains militants, pouvoir ouvrir un vaste débat sur la sécurité.

En attendant, ce sont les adversaires de l’initiative qui posent la question de l’existence d’une armée -qui serait menacée par l’initiative- alors que les porte-parole du GSsA ne cessent de s’en défendre, de prétendre que c’est après qu’on en discutera, laissant par ailleurs complètement ouverte la question d’une armée de volontaires, voire professionnelle…

Alors qu’il y a vingt-cinq ans, c’était la lutte collective contre la militarisation, contre l’armée comme instrument de domination tant sur le plan international qu’en matière de sécurité intérieure, ce que le texte soumis le 22 septembre exige, c’est une posture individuelle, le droit de ne pas être obligé de servir. Les différences sont de taille.

Cette obligation de servir n’est pourtant pas une affaire individuelle. Inscrite dans la Constitution fédérale, elle conditionne la citoyenneté -pour les individus mâles- à la soumission à cette obligation. La symbolique n’est pas secondaire.

Présentée comme «école de la Nation», l’obligation de servir a toujours été fonctionnelle à l’apprentissage de la discipline et de la soumission aux ordres, quels qu’ils soient, à la formation d’individus prêts à marcher au pas. Belle idée de la Nation!

C’est au nom de cet obéissance qu’on mobilisa aux frontières des milliers d’hommes à une époque où industriels et banquiers s’enrichissaient grâce au commerce avec ceux dont on disait vouloir se défendre.

C’est pour obéir aux ordres que des jeunes soldats tirèrent sur des manifestant.e.s en novembre 1932 par exemple. Obéissantes, le furent aussi les troupes dépêchées pour occuper le Jura en 1968 tout comme celles envoyées pour protéger la construction de la centrale atomique de Gösgen…

Certes, après 1989, la dite «école de la Nation» devenait trop chère, en premier lieu pour banques et grandes entreprises systématiquement obligées d’obvier aux absences d’employés et cadres astreints aux cours de répétition.

Et puis, à l’heure des coupes dans les budgets sociaux, il a bien fallu couper aussi, un peu, si peu, dans les dépenses militaires.

C’est ainsi que les effectifs de l’armée ont fondu, de quelques six-cent mille hommes en 1989 à cent-vingt mille aujourd’hui. Et, à la différence de ce qui se passait il y a vingt-cinq ans, se faire réformer est devenu un jeu alors que, à l’époque, la «voie bleue» relevait du parcours du… combattant.

Sauf que l’obligation de servir, elle, elle est toujours là. Et elle n’est pas importante uniquement en termes symboliques, ce qui en soi suffirait pour en exiger l’abolition.

Elle impose aussi à tous ces exemptés du service qu’un besoin d’effectifs réduits rend inaptes le paiement de la taxe militaire, une taxe particulièrement inique qui trouve sa justification unique dans l’obligation de servir.

Symbolique et taxe militaire: ce sont les deux raisons fondamentales pour lesquelles je voterai en faveur de l’initiative du GSsA.

Auxquelles s‘en ajoute une troisième, subsidiaire: au moment où ses opposants placent les enjeux en termes d’existence même de armée, il ne faudra surtout pas leur offrir une victoire par trop éclatante…

 

Paolo Gilardi

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