29/09/2013

C'est con, c'est nul et ça marche...

«C’est à cause des frontaliers que les loyers sont trop chers à Genève!». Monument d’absurdité -le frontalier habite … ailleurs-, l’affirmation a été lâchée par un élu du Mouvement citoyen genevois sur les ondes de la radio romande. Sans, d’ailleurs, que l’officiant de service, le journaliste, en relève l’incongruité…

C’est con, c’est nul, et ça marche. Une simple tournée des cafés, au Lignon, à Onex, à Carouge et même aux Pâquis suffit pour s’en convaincre. Une ville asphyxiée par les voitures? La faute aux frontaliers, assénera le quidam qui, par ailleurs vous proposera de signer le référendum contre le financement de parkings d’échange en France permettant aux frontaliers de venir en bus…

Responsables de tout, les frontaliers! Avec les rom’s qui dorment sous les ponts, les africains «dealers de coke» -qui comptent certains bons Citoyens Genevois parmi leurs clients- et avec la … «gauche permissive», telle que se plaît à la définir le gominé du MCG!

Par ses imprécations, par son style, le MCG a su fixer l’agenda politique. Il a récupéré le fonds de commerce d’une droite fascisante -et populaire- qui a toujours existé à Genève, de l’Union de défense économique des années 1930 au parti Vigilance. Mais il a surtout su offrir un bouc émissaire aux frustrations sociales des couches populaires.

Pour ce faire, il profite du vide laissé par une «gauche» qui n’a plus de tel que le nom. Car, lorsque c’est un conseiller fédéral socialiste qui veut élever l’âge de la retraite et plie devant les exigences des assureurs maladie, quand ce sont des ministres PS et Verts qui coupent dans la santé, l’éducation et les prestations sociales, comment croire en la «gauche»?

Qu’attendre d’elle, lorsque une commune qu’elle dirige, celle de Carouge, externalise une partie de ses services de voirie à une entreprise qui pratique des conditions de travail qui n’ont rien à envier au monde carcéral et contre lesquelles le personnel est en grève depuis plus d’un mois?

Lorsque le mouvement syndical et la «gauche», comme à Neuchâtel, acceptent l’ouverture prolongée des magasins, que reste-t-il comme espoir aux gens? Aux victimes de la crise, à ces gens qui perdent tout repère? A défaut d’apprendre à se battre, tous ensemble, en tant que salarié.e.s, c’est sur le frontalier qu’on déversera sa rage…

Et qu’attendre de cette «autre gauche» qui, au moment des élections, fait alliance avec la «gauche» de gouvernement? Elle retrouvera des sièges et, peut-être pourra, à brève échéance, piquer des voix à ses alliés, Verts et Socialistes; sur le long terme cependant, sans rompre avec eux, elle sombrera avec.

 

Une évidence s’impose: ce n’est pas d’une gauche de compromis et de gouvernement que les classes populaires ont besoin pour ne pas finir dans les bras des Dux gominés, mais d’une nouvelle gauche, qui retourne vers les lieux de travail, en totale rupture avec l’ancienne…

23/09/2013

Vive l'Etat svelte

Il n’y a pas que le toit et les plafonds qui se désagrègent au Cycle d’Orientation du Renard ainsi que le rapporte régulièrement la Tribune suite aux alertes du groupe d’enseignants du SSP et de l’Association des parents d’élèves.

C’est l’école elle-même, celle qui est censée former les nouvelles générations, qui commence à tomber en ruine.

Cela est dû à la décision récente du Conseil d’Etat de ne pas remplacer les membres absents du personnel administratif et technique de ne pas repourvoir pendant six mois les postes occupés par ceux d’entre eux qui partent à la retraite anticipée.

Ainsi, au CO du Renard, le secrétariat fermera dorénavant une demi-heure plus tôt aussi bien le matin que l’après-midi, même si des cours se poursuivent jusqu’à 12 h. ou jusqu’à 17h.

Quant à l’économat, il n’est momentanément ouvert que … pendant les grandes récréations, la magasinière comptable étant appelée à remplacer une secrétaire malade.

Et pour ce qui est de la bibliothèque, c’est encore plus simple: elle risque d’être fermée toute l’année. Malade, la seule bibliothécaire risque d’être absente une longue période avant son départ à la retraite, fin décembre. Et comme on ne repourvoit pas les postes pendant six mois…

Mais, comme tout-le-monde le sait, dans une école, un secrétariat, un économat et une bibliothèque c’est du superflu…

 

Ca doit être ça, l’Etat svelte si cher au PLR, cet Etat qui ne devrait pas coûter en impôts aux grandes entreprises, aux banques et aux millionnaires…

17/09/2013

Services publics: TiSA, le nouvel AMI ?

 

A la fin des années 1990, il y avait eu l’AMI, l’accord multilatéral sur les investissements. Négocié en secret par 29 pays, il avait été abandonné dès que son existence fut portée à connaissance des populations. Car, comme l’avait dit alors Suzan George,  «l'AMI est comme Dracula : il meurt à être exposé en plein jour». En ira-t-il de même pour TiSA ?

Connu sous son acronyme anglais TiSA, l’accord sur le commerce des services est actuellement négocié en secret par 27 Etats, dont la Suisse, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC.

La négociation a commencé en 2012 lorsque, ainsi que l’écrit le gouvernement canadien, «certains membres de l’OMC partageant un intérêt marqué à l’égard des services ont entamé des discussions sur de nouvelles approches visant à faire progresser la libéralisation du commerce des services».

Méfie-toi de tes amis, surtout des bons…

Autoproclamés VBA, pour «vrais bons amis» [des services], ce sont 27 pays, dont les Etats-Unis, la Suisse, l’Australie, le Canada et l’Union européenne qui, depuis, planchent sur un accord qui ne serait pas, toujours selon le gouvernement canadien «un simple accord entre Etats contractants, mais une partie intégrante du système OMC».

Or, actuellement, l’ouverture des services à la concurrence, donc au marché, est réglée par l’accord général sur le commerce des services, l’AGCS, adopté en marge de la fondation de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC, en 1994. Il prévoit que certains services comme l'éducation, la santé et la couverture sociale de base ne soient pas soumis aux règles de libéralisation qui s’appliquent, par exemple, au trafic maritime ou aérien.

C’est ce qui n’a pas l’air de plaire aux VBA pour qui «il faut promouvoir le libre échange des services» c'est-à-dire les ouvrir au marché. Ainsi, d’après ce que dénonce l’Internationale des services publics qui a révélé l’existence de ces négociations, ce sont les règles d’ouverture au marché que le nouvel accord modifierait.

Ainsi, il propose d’une part une nouvelle norme. Alors que, d’après l’AGCS, étaient exclus de la libéralisation les «services fournis dans l’exercice de l’autorité gouvernementale», TiSA se veut un accord qui «n’exclut d’emblée aucun secteur des services». Dans ce but, il établit que peuvent être ouverts à la concurrence les services dans lesquels existent déjà, en marge du secteur public «des prestations gratuites et des services privés».

Ce qui signifie tout simplement que aussi bien le secteur de la santé que celui de l’éducation échapperaient aux exceptions actuellement garanties par l’AGCS dans la mesure où, dans un secteur comme dans l’autre, existent déjà des prestations gratuites et des structures -écoles, cliniques- privées.

Changer les règles du jeu

Dès lors, les Etats seraient tenus d’observer une «neutralité concurrentielle», ce qui signifie que les pouvoirs publics, les gouvernements, ne pourraient en aucun cas privilégier les services publics. Ce qui imposerait, par exemple, un financement des écoles et cliniques privées à la hauteur de celui du secteur public…

Il en irait de même pour ce que les VBA appellent les «mouvements temporaires de personnes naturelles», à savoir les mouvements migratoires de travailleurs actuellement encadrés par les règles de l’OIT, l’organisation internationale du travail et qui seraient confiées à l’OMC.

Véritable programme de main basse sur les services publics -et donc sur les besoins de la population- TiSA est négociée en toute discrétion, à l’abri du regard des Parlements et, à fortiori, des populations. C’est ce que la sénatrice démocrate étasunienne Elizabeth Warren dénonce comme une tentative «d’effectuer discrètement, par l’intermédiaire d’accords commerciaux, ce qui ne peut être accompli publiquement, au vu et au su de tous» (bloomberg news, 23.05.2013).

C’est pour cela que les autorités, y compris les gouvernements doivent être interpellées publiquement sur leur implication dans ce plan de bataille contre le bien commun. A travers, par exemple, la mobilisation lors du sommet de l’OMC prévu  Bali du 3 au 6 décembre prochain.

L’occasion de voir syndicats et mouvements devant le bâtiment de cette institution à Genève début décembre pour que, à l’instar de l’AMI, TiSA s’éteigne aussi à la lumière du soleil?

En attendant, il faut exiger du Conseil fédéral, et en particulier de la part des deux ministres PLR en charge du dossier, Burkhalter et Schneider-Amman, le retrait de la Suisse de ce si mal nommé groupe des «vrais bons amis».

 

Paolo Gilardi 

Services publics: TiSA, le nouvel AMI ?

 

A la fin des années 1990, il y avait eu l’AMI, l’accord multilatéral sur les investissements. Négocié en secret par 29 pays, il avait été abandonné dès que son existence fut portée à connaissance des populations. Car, comme l’avait dit alors Suzan George,  «l'AMI est comme Dracula : il meurt à être exposé en plein jour». En ira-t-il de même pour TiSA ?

Connu sous son acronyme anglais TiSA, l’accord sur le commerce des services est actuellement négocié en secret par 27 Etats, dont la Suisse, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC.

La négociation a commencé en 2012 lorsque, ainsi que l’écrit le gouvernement canadien, «certains membres de l’OMC partageant un intérêt marqué à l’égard des services ont entamé des discussions sur de nouvelles approches visant à faire progresser la libéralisation du commerce des services».

Méfie-toi de tes amis, surtout des bons…

Autoproclamés VBA, pour «vrais bons amis» [des services], ce sont 27 pays, dont les Etats-Unis, la Suisse, l’Australie, le Canada et l’Union européenne qui, depuis, planchent sur un accord qui ne serait pas, toujours selon le gouvernement canadien «un simple accord entre Etats contractants, mais une partie intégrante du système OMC».

Or, actuellement, l’ouverture des services à la concurrence, donc au marché, est réglée par l’accord général sur le commerce des services, l’AGCS, adopté en marge de la fondation de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC, en 1994. Il prévoit que certains services comme l'éducation, la santé et la couverture sociale de base ne soient pas soumis aux règles de libéralisation qui s’appliquent, par exemple, au trafic maritime ou aérien.

C’est ce qui n’a pas l’air de plaire aux VBA pour qui «il faut promouvoir le libre échange des services» c'est-à-dire les ouvrir au marché. Ainsi, d’après ce que dénonce l’Internationale des services publics qui a révélé l’existence de ces négociations, ce sont les règles d’ouverture au marché que le nouvel accord modifierait.

Ainsi, il propose d’une part une nouvelle norme. Alors que, d’après l’AGCS, étaient exclus de la libéralisation les «services fournis dans l’exercice de l’autorité gouvernementale», TiSA se veut un accord qui «n’exclut d’emblée aucun secteur des services». Dans ce but, il établit que peuvent être ouverts à la concurrence les services dans lesquels existent déjà, en marge du secteur public «des prestations gratuites et des services privés».

Ce qui signifie tout simplement que aussi bien le secteur de la santé que celui de l’éducation échapperaient aux exceptions actuellement garanties par l’AGCS dans la mesure où, dans un secteur comme dans l’autre, existent déjà des prestations gratuites et des structures -écoles, cliniques- privées.

Changer les règles du jeu

Dès lors, les Etats seraient tenus d’observer une «neutralité concurrentielle», ce qui signifie que les pouvoirs publics, les gouvernements, ne pourraient en aucun cas privilégier les services publics. Ce qui imposerait, par exemple, un financement des écoles et cliniques privées à la hauteur de celui du secteur public…

Il en irait de même pour ce que les VBA appellent les «mouvements temporaires de personnes naturelles», à savoir les mouvements migratoires de travailleurs actuellement encadrés par les règles de l’OIT, l’organisation internationale du travail et qui seraient confiées à l’OMC.

Véritable programme de main basse sur les services publics -et donc sur les besoins de la population- TiSA est négociée en toute discrétion, à l’abri du regard des Parlements et, à fortiori, des populations. C’est ce que la sénatrice démocrate étasunienne Elizabeth Warren dénonce comme une tentative «d’effectuer discrètement, par l’intermédiaire d’accords commerciaux, ce qui ne peut être accompli publiquement, au vu et au su de tous» (bloomberg news, 23.05.2013).

C’est pour cela que les autorités, y compris les gouvernements doivent être interpellées publiquement sur leur implication dans ce plan de bataille contre le bien commun. A travers, par exemple, la mobilisation lors du sommet de l’OMC prévu  Bali du 3 au 6 décembre prochain.

L’occasion de voir syndicats et mouvements devant le bâtiment de cette institution à Genève début décembre pour que, à l’instar de l’AMI, TiSA s’éteigne aussi à la lumière du soleil?

En attendant, il faut exiger du Conseil fédéral, et en particulier de la part des deux ministres PLR en charge du dossier, Burkhalter et Schneider-Amman, le retrait de la Suisse de ce si mal nommé groupe des «vrais bons amis».

 

Paolo Gilardi 

07/09/2013

Obligation de servir: Oui, sans enthousiasme…

 

Qu’elle est loin l’initiative actuelle du GSsA de celle qui nous avait mobilisé.e.s il y a presque vingt-cinq ans. Alors que celle-là voulait supprimer l’armée, c’est l’juste l’obligation de servir que celle-ci voudrait abolir. Pour, prétendent certains militants, pouvoir ouvrir un vaste débat sur la sécurité.

En attendant, ce sont les adversaires de l’initiative qui posent la question de l’existence d’une armée -qui serait menacée par l’initiative- alors que les porte-parole du GSsA ne cessent de s’en défendre, de prétendre que c’est après qu’on en discutera, laissant par ailleurs complètement ouverte la question d’une armée de volontaires, voire professionnelle…

Alors qu’il y a vingt-cinq ans, c’était la lutte collective contre la militarisation, contre l’armée comme instrument de domination tant sur le plan international qu’en matière de sécurité intérieure, ce que le texte soumis le 22 septembre exige, c’est une posture individuelle, le droit de ne pas être obligé de servir. Les différences sont de taille.

Cette obligation de servir n’est pourtant pas une affaire individuelle. Inscrite dans la Constitution fédérale, elle conditionne la citoyenneté -pour les individus mâles- à la soumission à cette obligation. La symbolique n’est pas secondaire.

Présentée comme «école de la Nation», l’obligation de servir a toujours été fonctionnelle à l’apprentissage de la discipline et de la soumission aux ordres, quels qu’ils soient, à la formation d’individus prêts à marcher au pas. Belle idée de la Nation!

C’est au nom de cet obéissance qu’on mobilisa aux frontières des milliers d’hommes à une époque où industriels et banquiers s’enrichissaient grâce au commerce avec ceux dont on disait vouloir se défendre.

C’est pour obéir aux ordres que des jeunes soldats tirèrent sur des manifestant.e.s en novembre 1932 par exemple. Obéissantes, le furent aussi les troupes dépêchées pour occuper le Jura en 1968 tout comme celles envoyées pour protéger la construction de la centrale atomique de Gösgen…

Certes, après 1989, la dite «école de la Nation» devenait trop chère, en premier lieu pour banques et grandes entreprises systématiquement obligées d’obvier aux absences d’employés et cadres astreints aux cours de répétition.

Et puis, à l’heure des coupes dans les budgets sociaux, il a bien fallu couper aussi, un peu, si peu, dans les dépenses militaires.

C’est ainsi que les effectifs de l’armée ont fondu, de quelques six-cent mille hommes en 1989 à cent-vingt mille aujourd’hui. Et, à la différence de ce qui se passait il y a vingt-cinq ans, se faire réformer est devenu un jeu alors que, à l’époque, la «voie bleue» relevait du parcours du… combattant.

Sauf que l’obligation de servir, elle, elle est toujours là. Et elle n’est pas importante uniquement en termes symboliques, ce qui en soi suffirait pour en exiger l’abolition.

Elle impose aussi à tous ces exemptés du service qu’un besoin d’effectifs réduits rend inaptes le paiement de la taxe militaire, une taxe particulièrement inique qui trouve sa justification unique dans l’obligation de servir.

Symbolique et taxe militaire: ce sont les deux raisons fondamentales pour lesquelles je voterai en faveur de l’initiative du GSsA.

Auxquelles s‘en ajoute une troisième, subsidiaire: au moment où ses opposants placent les enjeux en termes d’existence même de armée, il ne faudra surtout pas leur offrir une victoire par trop éclatante…

 

Paolo Gilardi