03/12/2013

Fini, Stauffer?

Avec ses allures de John Wayne de sous-préfecture, le fondateur et président ad aeternam du MCG est arrivé bon dernier dans la course au Conseil d’Etat, derrière même l’astre montant de l’UDC genevoise, la (vraie) blonde  Amaudruz…

Un looser, l’homme au flingue? Que nenni, hélas! Car, indépendamment de ses échecs électoraux -c’est la troisième fois qu’il se plante dans la course au gouvernement-, le gominé d’Onex a à son actif ce qu’aucun leader de la gauche -ou de sa gauche- pourrait revendiquer: il a imposé les termes du débat politique à Genève. Excusez du peu.

Avec son effronterie mielleuse de bad boy de banlieue pavillonnaire, il clame haut et fort dans Le Temps: «je suis un faiseur de princes» (12.11.2013). Cela fait rire Vigousse. A tort, car, si on est débarrassé -peut-être- du candidat Stauffer, de ses idées nauséabondes, on ne l’est pas. Et pour un bout de temps, hélas...

Il donne le ton

A son image, son parti n’a jamais réussi, comme le font fièrement remarquer des députés de «gauche», à faire passer un seul projet de loi. Ils peuvent se vanter, eux, dont les seuls projets qui ont été acceptés l’ont été avec les voix de la droite. Stauffer, lui, tout comme le MCG, n’a pas besoin de majorités parlementaires pour donner le ton, le sien.

Ses fanfaronnades de shérif «capable en 80 jours de débarrasser Genève de la racaille qui pollue la vie» (Le Temps, 25.5.2012) ne sont pas que rassurante musique aux oreilles de la gent policière, premier bassin de recrutement historique du MCG. Son discours sur «l’insécurité» sert de légitimation tout autant à la bride lâchée par les PLR Maudet et Jornod sur le cou des patrouilles de police, qu’à l’installation de caméras de surveillance dont Stauffer est le fervent défenseur -sauf en matière d’infractions à la circulation routière…- ou encore à la chasse aux joueurs de bonneteau et aux Rom’s.

C’est la dénonciation de la figure sociale du «frontalier» coupable de tous les maux de la république qui a amené le gouvernement à prendre des mesures de «préférence cantonale» en matière d‘embauche. C’est cette dénonciation qui sert à stigmatiser une part non négligeable des salarié.e.s de Genève que les slogans du MCG appellent à «éradiquer», à diviser celles et ceux qui n’ont que leur travail pour vivre.

Car la méthode Stauffer consiste à créer le rapport de forces social d’abord, à faire valoir une sorte de «bon sens populaire» pour mettre la pression sur les pouvoirs publics par la suite. C’est ainsi que son parti a animé un «conseil municipal populaire» dans la Brasserie du Lignon, dans un quartier très populaire. Stauffer et les siens, n’y ont pas galvaudé l’occasion de donner des exutoires au mal-être des gens: trop d’impôts, de laxisme, de frontaliers

Comme ils n’ont pas manqué une occasion de montrer du doigt une gôche qui a déserté les brasseries populaires au profit du parlement et des conseils d’administration des régies publiques. C’est lui, Stauffer, «l’employé du peuple», qui a dénoncé la rémunération stratosphérique du président socialiste du Conseil d’administration des Services industriels. Ce qui ne l’empêche nullement de s’octroyer une substantielle hausse de salaire en tant que maire de la Ville d’Onex, ni de vitupérer, dans des blogs à la syntaxe approximative et à l’orthographe bancale, «les ennemis de Genève […] de la sécurité dans nos rues, de l’économie, des économies » que sont «les partisans de l’initiative 1 :12».

Genève, terre d’accueil des… sociétés internationales

C’est lui qui écrit aussi sur son blog que «les citoyennes/citoyens qui l’aiment doivent se mobiliser pour que notre Cité reste un lieu dans lequel les sociétés internationales, les organisations internationales et tous les autres décideurs mondiaux ne se mettent pas à fuir à cause de l’insécurité et de tout autre facteur… ».

Une légitimation, de nouveau, de la politique sécuritaire mais aussi de la faible imposition des sociétés et de la réduction du «pouvoir de nuisance» des syndicats, notamment à l’aéroport, ce lieu que Stauffer veut équiper de «200 à 300 containers» permettant d’incarcérer les «faux réfugiés» et autres «criminels récidivistes» (Le Temps, 25.5.2012)

Sur un terrain déserté

C’est en 2005 qu’il a fondé son parti, à l’occasion de la 2ème votation sur les bilatérales. Au moment où, une gauche en pâmoison devant le «progrès de Civilisation» représenté par la «libre» circulation faisait preuve d‘un immense mépris face aux craintes populaires de dumping salarial. C’est sur ce mépris, que le John Wayne d’Onex a su construire son succès.

C’est sur ce terrain, déserté, qu’il faut lui disputer l’écoute des couches populaires.

Paolo Gilardi