18/05/2014

Gripen: N’est pas Villiger qui veut…

 

Il y a plus de vingt ans, six semaines seulement avant le vote sur l’achat de 33 FA-18, 66% des sondés avaient dit leur détermination à refuser cette dépense de quelques trois milliards de francs.

Six semaines plus tard, plus de 54% des votants approuvaient l’achat des 33 frelons. Entre deux, l’alors conseiller fédéral en charge de la défense, Kaspar Villiger, et son spin-doctor, l’ancien maoïste Daniel Eckmann, avaient passé par là. Et avaient réussi à transformer un vote sur l’achat de nouveaux avions de combat en un vote sur l’existence même de l’armée. Et, pour ce faire, ils avaient réussi l’exploit de mobiliser sur la place fédérale, à Berne, des dizaines de milliers de partisans de l’armée, sociétés de tir et autres amicales patriotiques confondues.

A l’appui de la mobilisation d’alors, l’exacerbation des conflits dans l’ancien espace yougoslave qui avait donné à l’alors commandant des forces aériennes, le major Carrel, l’opportunité d’expliquer que, si des réfugiés yougoslaves venaient à attaquer la Migros dans le Sud des Grisons, on finirait par regretter de ne pas avoir acheté des avions de combat.

Ces dernières semaines, ce sont les mêmes leit-motifs -la situation en Ukraine, la crainte de l’avenir- qui ont été appelés à la rescousse à l’appui de l’achat du Gripen. Sans pour autant remporter –mais on n’en a pas été loin- le succès de 1993.

Certes, s’inspirant de son prédécesseur d’il y a vingt ans, le chef de meute de l’UDC, Ueli Maurer, a  voulu faire porter le débat sur l’existence même d’une armée. Et il n’a pas été loin de gagner dans la mesure où, depuis trois semaines, le taux d’acceptation des Gripen était de plus en plus important. En d’autres termes, n’est pas Kaspar Villiger qui veut…

Evidemment, la campagne des adversaires donnait raison à Monsieur Maurer dans la mesure où, des Verts au PS, personne ne remettait en cause non seulement le principe de la défense armée et de son coût –au bas mot, 13 millions de francs par jour, sans compter les coûts induits de la dite défense nationale-, mais également la nécessité de moderniser la flotte aérienne de l’armée.

C’est en ce sens que la campagne de Maurer a été une presque victoire dans la mesure où, alors qu’il y a deux semaines, les sondages créditaient les Gripen d’un taux d’acceptation de moins de 42%, l’issue du vote a été bien moins tranchée.

Globalement, il faut prendre acte que, en ce sens, l’approche des militaristes et de la droite en a pris ce soir pour son grade. Autrement dit, pour une fois, la majorité du corps électoral, malgré les ambivalences des opposants, ne s’est pas fait rouler dans la farine. Et elle a clairement dit que, à l’heure des coupes budgétaires et de l’élévation de l’âge de l’AVS, il est exclu de dépenser un million de francs par jour pour acheter des avions, un million qui vient s’ajouter aux treize millions que coûte déjà l’armée aujourd’hui.

Et c’est pourquoi, il ne faudra pas déserter le terrain de la réaffectation des 300 millions annuels prévus pour le Gripen : en aucun cas ils n’appartiennent à l’armée. Mais, pour qu’ils soient attribués à l‘AVS, à l’AI ou aux bourses d’études, il faudra construire un mouvement social large. Qui ne se contente pas de dire que « des avions, oui, mais pas maintenant », mais qui refuse sans concession aucune, les dépenses militaires.

Le vote de ce jour prouve que c’est possible. Et que le chef de meute de l’UDC doit s’en aller.

 

 

Paolo Gilardi

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