15/12/2014

Fonction publique : L’immolation de Saint Consensus ?

Tellement helvétique, la culture du consensus se perd. En voilà une ritournelle qu’on ne cesse de rabâcher sur les ondes et dans la presse. La faute à qui ?


Aux syndicats, pardi, qui ne cessent de s’opposer à la nécessaire modernisation du pays. Jusqu’à prétendre, avec l’ancien directeur de Migros, interdire les syndicats dans la fonction publique. Avant d’élargir l’interdiction ?

Haro sur le «syndicalisme à la française»

Certes, tant que les syndicats en Suisse s’empressaient de se soumettre aux impératifs patronaux, personne, parmi les patrons, ne leur en voulait, puisqu’ils faisaient preuve, justement, de consensus.

Plus. Ils en étaient même l’instrument, de ce consensus. Car c’est grâce aux directions syndicales, que depuis 1937, la classe ouvrière de ce pays a été pacifiée. Cette année-là, la paix était signée entre les patrons de l’industrie d’exportation et le syndicat de la métallurgie et de l’horlogerie, la FOMH, un des ancêtres de l’actuelle UNIA. Un consensus s’était fait pour renoncer à la lutte.

C’est ce consensus qui, jusqu’à aujourd’hui, a façonné les relations de travail en Suisse faisant de ce pays le paradis des patrons. Mais, la culture du consensus a aussi façonné en profondeur les mentalités, établissant une sorte d’identité, supposée commune, des Suisses. Finie les notions étrangères de classes sociales, de lutte des classes. Dépouillé.e.s les exploité.e.s de leur force, la conscience d’appartenir à la même classe...

En 1918 déjà, après la grève générale, la bourgeoisie en avait imputé la responsabilité «au complot étranger», en l’occurrence, bolchévique. En 1937, c’était au nom d’une supposée «spécificité suisse» qu’on obtenait des syndicats la renonciation à la lutte. Aujourd’hui, c’est «l’importation de méthodes de luttes venues d’ailleurs» que la propagande patronale pointe.

« Grève de frontaliers », «syndicalisme à la française» et autres chauvines définitions sont au centre des débats, à la radio, dans la presse. Attention, le consensus se perd !

Mais non, mais non…

A gauche, d’aucuns cherchent à se défendre. Non, écrit un jeune conseiller national socialiste et fonctionnaire syndical, on n’en est pas là. Ici, ce n’est pas comme en France : la grève sauvage est interdite; pour être licite, la grève doit être déclenchée par un syndicat, et en dernier recours, seulement. D’où l’importance des syndicats, of course. « Reconnaissez-le, Messieurs les patrons », semble-t-il pérorer en fin de démonstration.

Justement, c’est quand le syndicat, comme le SEV aux TPG de Genève, ne se soumet pas d’emblée et appelle à la grève, que les patrons s’inquiètent. C’est quand les syndicats de la fonction publique appellent à la grève, la rendent licite, que le patron de Migros reconnaît l’importance des syndicats … et propose de les interdire!

Sauf que ce n’est pas l’origine géographique des méthodes de lutte qui entre en ligne de compte quand les salarié.e.s décident la grève.

Quand les salarié.e.s décident…

Celle-ci résulte de la détermination à se défendre: contre la détérioration croissante des conditions de travail, contre l’augmentation du stress et de la fatigue, contre la destruction programmée des services publics et, de manière parfois encore intuitive, contre les attaques qui se préparent, celles contre le statut professionnel -le système de classification salariale- ou encore la mainmise privée sur les services.

A titre d’exemple, alors que l’association professionnelle des enseignants de l’école primaire genevoise proposait un petit quart d’heure de débrayage lors de la journée de lutte du 16 décembre, ce sont les enseignant.e.s de plus de cent écoles primaires qui ont décidé d’arrêter le travail -école fermée- tout l’après-midi du 16! A preuve que les gens en ont assez.

En ce sens, oui, les grèves, à Pavatex comme dans le secteur public, mettent fin à la culture de subordination de celles et ceux qui travaillent.

La salutaire l’immolation de Saint Consensus aurait-elle commencé ?

 

Paolo Gilardi

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