20/01/2016

La boîte à idées : une fausse bonne idée !

C’est ce 20 janvier, à l’issue de sa séance du mercredi matin, que le Conseil d’Etat devrait présenter à la presse et à la république sa toute nouvelle trouvaille, la boîte à idées.


Ainsi, alors qu’il s’apprête à préparer une réforme de l’imposition des bénéfices des entreprises qui devrait priver les caisses publiques d’environ un milliard de francs par an dès 2019, le gouvernement cantonal demande aux salarié.e.s de l’Etat de lui faire part de leurs suggestions d’économies ou « d’éventuelles sources de revenus » comme l’a dit ce matin le Conseiller d’Etat Poggia.


Pour ce faire, le personnel disposera d’une boîte à idées virtuelle dans laquelle déposer, au besoin de manière anonyme, des propositions concrètes. Par la suite, et après élimination des suggestions farfelues et de «celles comportant des attaques personnelles», un responsable par Département devrait recenser ces propositions et les transmettre au gouvernement qui en fera… ce que bon lui semblera.


Quand le Conseil d’Etat fait dans l’interprétation


C’est ainsi que le Conseil d’Etat interprète l’article 7 de l’accord signé le 17 décembre qui prévoit une « consultation transversale étendue aux sept départements (…) à laquelle les Organisations représentatives du personnel et l’ensemble des collaborateurs/trices seront associés ».


Autrement dit, en lieu et place de l’ouverture d’une vraie discussion sur les prestations publiques et leur financement, le gouvernement se comporte en monarque éclairé qui laisse ses bons sujets lui faire des propositions dont il tiendra compte pour autant qu’elles lui conviennent.


Il donne de ce fait une interprétation plus que restrictive du partenariat social, « les organisations syndicales pouvant, au même titre que tout employé, donner également leur avis » ainsi que le Conseil d’Etat l’a expliqué lors de la rencontre avec les délégué.e.s du personnel ce mardi matin. En fait de «négociation», il ne reste plus que le nom !
De plus, l’ouverture de la boîte à idées relève de la pure démagogie. Elle accrédite l’idée d’une écoute du personnel, d’une égalité propositive qui est totalement incantatoire.


En effet, de quelle égalité parle-t-on si, d’un côté, on trouve des employées et employés qui, sur la base de leur bonne foi pourraient faire des suggestions à un gouvernement qui dispose, lui, d’une cohorte de cadres, de juristes, de conseillers, de spécialistes à laquelle viennent s’ajouter les éclairages apportés par les organisations patronales et autres think-tanks très … indépendants ?


Un exercice alibi


En ce sens, la demande des organisations du personnel d’organiser des réunions, des rencontres entre professionnels sur les lieux et durant le temps de travail pour définir les besoins des différents services et les éventuelles suggestions de financement prend tout son sens.


Ce n’est en effet pas par des suggestions tous azimuts que pourra être trouvée une solution au problème du financement des prestations publiques. C’est par la discussion et l’échange entre les principaux protagonistes, le personnel et l’encadrement, les usagers et autres bénéficiaires de prestations et par la confrontation avec les pouvoir publics que des réponses pourraient être trouvées.


Ce n’est pas non plus par des économies de bout de chandelle imposées au personnel que l’on comblera le manque à gagner engendré par les cadeaux fiscaux successifs déjà accordés ou encore à venir.
Mais cela exige bien autre chose qu’une boîte à idées alibi dans laquelle le Prince puiserait la légitimité aux mesures qu’il pourrait imposer à partir d’une Vérité indiscutable, celle qui relèverait de la volonté du personnel. Il y a mieux comme méthode de gouvernement…


Une boîte à corbeaux


A tout cela s’ajoute le fait que le recours à la boîte à idées est de nature à développer la division parmi le personnel. Car, au lieu de poser le problème des services publics et de leur mission en tenant compte d’un ensemble, ce qui ne peut que résulter de la discussion et de l’échange entre catégories du personnel, la méthode Longchamp-Poggia pousse à aborder les problèmes par le petit bout de la lorgnette.


Ainsi, tout un chacun pourra suggérer des pistes d’économies en relevant tout ce qui est coûteux chez les autres, dans une logique, anonymat aidant, de dénonciation qui ne peut qu’attiser les tensions et les divisions parmi le personnel.


Certes, le gouvernement se défend d’avoir ouvert une boîte à corbeaux. Toutefois, il refuse de discuter de cette proposition avec les organisations syndicales.


Il refuse même de reporter, ne serait-ce que d’une semaine, l’introduction de cette mesure qui pourrait provoquer des dégâts profonds et durables parmi le personnel. Ce sont des dégâts qui pourraient s’avérer nuisibles non seulement pour l’unité syndicale entre différentes catégories du personnel, mais pour le fonctionnement même des services publics.


Fréquence .98 Saint-Jean !


D’après le président du gouvernement, il y aurait urgence. Une urgence qui n’est plus de mise lorsqu’il s’agit de fixer une nouvelle séance de négociation avec les organisations représentatives du personnel.


Alors que ces dernières demandent la tenue avant le 1er février d’une nouvelle séance dans le but d’entamer une véritable négociation, François Longchamp refuse au nom d’un agenda chargé. Il a notamment évoqué des déplacements lointains -à Berne et à Bourg-en-Bresse- qui l’empêcheraient de se rendre disponible...


A croire, décidément, que ce gouvernement reste sourd d’une oreille, celle qui est censée écouter le personnel.
Quant à l’autre, la droite, elle est directement synchronisée sur le 98 rue de Saint Jean, le siège des associations patronales. C’est pour leur offrir un cadeau d’un milliard de francs par an dès 2019 que le gouvernement organise l’échec des négociations: il démontrerait ainsi la nature «incontournable» des mesures structurelles que la grève l’a obligé à suspendre, tout en grappillant au passage quelques idées supplémentaires d’économies labellisées … «proposition du personnel ».


Paolo Gilardi, 19 janvier 2016

Les commentaires sont fermés.