11/12/2016

Ueli, ET et le bel Antonio…

Tout comme Ueli Maurer, patron UDC du Département fédéral des finances (Le Temps du 10.12), c’est au nom d’un pari sur la relance économique que Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers, Conseillers d’Etat genevois, plaident en faveur de la troisième réforme de l’imposition des bénéfices des entreprises, la RIE3 (La Tribune de Genève du 7.12).


En gros, le raisonnement est simple: baissons les impôts sur les bénéfices, cela permettra de réinvestir les sommes économisées et de créer des places de travail, de la richesse et, "dans cinq ans", d'enregistrer de nouvelles rentrées pour les finances publiques.

Ce même raisonnement est tenu par une étude commanditée par le Conseil d'Etat à l'Université, étude qui met néanmoins en garde sur le fait que "cette baisse [de l'imposition des entreprises] ne doit pas être compensée [...] par une baisse des dépenses publiques". Autrement dit, pour que l'hypothétique relance ait lieu grâce aux économies d'impôts, il faudra que l'Etat continue à dépenser...

Or, bien que d'âpres marchandages semblent se dérouler en coulisse (Tribune de Genève, 7.12), rien ne garantit que les partis bourgeois renonceraient à s'en prendre aux dépenses publiques pendant cinq ans au moins.

Il s'agit, ainsi que le dit Mme Emery-Torracinta, d'un "pari dont la réussite devra être vérifiée". Un pari dont la mise de départ serait d'un demi-milliard par an pour le Canton et les communes genevoises et de deux à trois milliards pour la Confédération!

D'ailleurs, qui pourrait empêcher que, même si une "trêve fiscale" était signée entre les partis gouvernementaux, de nouvelles attaques contre les dépenses publiques soient lancées par des forces extraparlementaires au service des milieux patronaux?

Mais, même si rien de tout cela venait à se produire et que les loups se muaient en agneaux, croire que la baisse de l'imposition des bénéfices des entreprises se traduirait par la relance relève au mieux de la béatitude, au pire de l'escroquerie: aucune garantie n'est donnée que les économies d'impôts seraient réinvesties.

Bien au contraire, ce à quoi on assiste depuis des années, ce n'est pas à l'intensification de l'investissement, mais bel et bien à l'accroissement de la rémunération des actionnaires et à la spéculation sur les capitaux. Pourquoi en serait-il du coup autrement?

D'ailleurs, qui donc pourrait obliger les conseils d'administration à réinvestir les bénéfices réalisés plutôt qu'à verser de juteux dividendes aux actionnaires? Personne, évidemment!

De plus, en admettant que les propriétaires de capitaux investissent les économies d'impôts réalisées, rien ne garantit que c'est en Suisse ou encore à Genève qu'ils placeraient leur argent: la réalité des délocalisation démontre plutôt le contraire...

De là à penser que, du ministre UDC des finances à nos magistrats "de gôche", on essaie de nous prendre pour des crétins...

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