25/08/2018

Salvini et les migrants errants

L'absurde tragédie qui se joue depuis plusieurs jours dans le port de Catane où le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini retient en otage 150 réfugié-e-s à bord du bateau Diciotti illustre la portée réelle du terme « migrant ».


 

Déjà, son utilisation pour définir les milliers de laissé-e-s pour compte prêt-e-s à mettre en péril leur vie sur des embarcations de fortune pour échapper à la mort, à la misère, aux violences, permettait de recourir à une sorte de terme objectif, abstrait, statistique.

Qui suscite le moins d’émotions possibles et encore moins de velléités de trouver des solutions à la situation.

Car, si le « persécuté » a droit à la protection, « l’affamé » à un bout de pain, le « réfugié » à l’accueil et le « sans abri » a un toit,  le « migrant », lui, n’est que migrant, entité abstraite, sans voix, sans visage, il n'est que statistique.

« Migrant », pas « migrateur », comme ces peuplades qui suivaient les troupeaux en fonction d’une rotation annuelle, comme ces oiseaux qui se déplacent selon les saisons. Ce qui transforme une action ponctuelle ou répétée, le fait de migrer, en état permanent...

Et c’est justement à cet état permanent que les décisions du ministre italien de l’ignominie réduisent 150 hommes et femmes, en majorité, cette fois, Erythréens. Empêché-e-s de déposer une demande d’asile, de mettre pied à terre, les voilà condamné à l’état d’errants.

Comme celles et ceux de l’Acquarius auquel le même Salvini avait interdit en juillet de débarquer dans les ports italiens les dizaines de rescapé-e-s récupéré-e-s en mer.

Mais aussi comme les milliers et milliers de requérant-e-s débouté-e-s, renvoyé-e-s d’un pays à l’autre en vertu des accords de Dublin.

Pour Salvini, c’est plus simple encore : « A la mer, les persécuté-e-s, les victimes des guerres et de la violence, et les crève-la-faim, à la mer !».

Les commentaires sont fermés.