07/02/2013

Citation hors contexte

Monsieur le rédacteur en chef,

Cité hors contexte à des fins polémiques par votre éditorial de ce jour, je tiens à préciser qu’en aucun cas le privilège qu’ont la plupart des « fonctionnaires » d’accomplir des tâches d’utilité publique, ne peut justifier qu’on leur impose des sacrifices à hauteur de 159 millions de francs par an pendant quarante ans pour renflouer la nouvelle caisse de retraite et, en fin de compte, renflouer les banques et les compagnies d’assurance qui gèreront les avoirs de la nouvelle caisse, si jamais celle-ci voyait le jour..

Quant à la conclusion de votre éditorial selon laquelle la seule issue en cas de refus populaire le 3 mars serait «l’explosion du système» elle laisse songeur aussi bien par sa pauvreté argumentative que par les limites qu’elle impose au droit du peuple de se prononcer.

Paolo Gilardi

16/03/2008

Aux droits humains, Calmy-Rey?

Paolo Gilardi
La presse s’est fait écho des dissensions au sein du Conseil Fédéral entre Mme Calmy-Rey et les autres à propos de l’aide au développement. Il s’agissait de savoir si l’aide à certains pays peu regardants en matière de droits humains devait ou pas être maintenue. Contre l’avis de la ministre des affaires étrangères, le gouvernement a opté pour la fermeté. Ce qui permet de réduire l’aide au développement et de parfaire l’image de pasionaria de la ministre, forcément «socialiste».
Arrivée à la tête des affaires étrangères il y a cinq ans après la grisaille des années Cotti, celle qui avait gagné son entrée au gouvernement en redressant les finances genevoises sur le dos des salariés de la fonction publique notamment, avait fait illusion par son interprétation flamboyante de la politique de bons offices. «Diplomatie publique», l’avait-elle-même définie.
Et de promettre immédiatement de dire son fait à l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powells qui s’en venait à Davos, on était en janvier 2003, chercher des soutiens à l’attaque imminente contre l’Irak! En fait, la rencontre fut, d’après les comptes rendus officiels, des plus cordiales: les remontrances tant annoncées avaient cédé la place à l’offre de la Suisse d’organiser une conférence internationale destinée à alléger les conséquences sur le plan humanitaire de l’attaque à venir contre l’Irak. En fait, bien plus que publique, dès le début, la diplomatie Calmy-Rey est surtout… publicitaire.
Depuis, elle s’est rarement distancée de la ligne de conduite adoptée alors, d’autant que, en termes de sondages, elle est payante. Ainsi c’est carrément en mondovision que fut organisée, il y a un peu plus de deux ans, la plus odieuse des opérations publicitaires, l’initiative de Genève sur le Moyen Orient. Plus personne ne se souvient aujourd’hui de ce qu’était censée assurer cette conférence couverte en son temps par les télés de la planète entière.
Entretemps, depuis fin janvier 2006, l’Etat d’Israël organise, avec la bénédiction du protecteur étasunien et la complicité de l’Union européenne, la punition collective des Palestiniens coupables d’avoir majoritairement voté pour Hamas plutôt que pour le candidat de l’occupant, le Fatah de Abou Mazen.
Pourtant, le blocage de Gaza, la coupure de l’électricité, la construction par Israël d’un mur entre Gaza et l’Egypte, les exécutions «extrajudiciaires» de dirigeants palestiniens n’ont pas eu l’air de l’émouvoir outre mesure, la ministre «socialiste». Ou alors, l’émotion fut toute intérieure.
En effet, lorsque l’ONU a été appelée, fin janvier, à condamner Israël, la Suisse s’est  abstenue. Ainsi, quand la moitié des habitants de Gaza sont acculés à s’engouffrer dans une brèche pour aller se procurer de la nourriture et de l’eau, -et peut-être même des cigarettes- avant de s’en retourner dans cette immense prison à ciel ouvert qu’est Gaza … la Suisse s’abstient!
Est-ce celle-ci, la politique courageuse pour laquelle la gauche gouvernementale et ses satellites nous expliquaient qu’il fallait à tout prix adhérer à l’ONU?
Mais peut-être que le sens de cette abstention est dans la déclaration que fit le Département des affaires étrangères en juillet 2006: en pleine agression militaire israélienne contre le Liban, la Suisse s’empressait de réaffirmer le «droit d’Israël de se défendre» avant de «manifester son inquiétude». Un choix on ne peut plus clair: du côté de l’agresseur et de ceux qui le protègent.
Ce choix a été confirmé par Mme Calmy-Rey lors de sa rencontre à Kloten avec Condoleeza Rice, à la veille du dernier Forum de Davos. Elle l’a assurée de «l’indéfectible solidarité de la Suisse avec les Etats-Unis»; oubliant juste que c’est ces jours là que tombait le sixième anniversaire de l’arrivée du premier convoi de prisonniers à Guantanamo… Ce n’est pas peu pour la ministre des affaires étrangères d‘un gouvernement qui est dépositaire et garant des Conventions de Genève. C’est même un exploit pour celle que Jean Ziegler verrait volontiers remplacer Louise Harbour à la tête de la division des droits humains de l’ONU.
Une proposition qui ne devrait point inquiéter Washington…■

14:25 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

Calmy-Rey aux droits humains?


 Paolo Gilardi
La presse s’est fait écho des dissensions au sein du Conseil Fédéral entre Mme Calmy-Rey et les autres à propos de l’aide au développement. Il s’agissait de savoir si l’aide à certains pays peu regardants en matière de droits humains devait ou pas être maintenue. Contre l’avis de la ministre des affaires étrangères, le gouvernement a opté pour la fermeté. Ce qui permet de réduire l’aide au développement et de parfaire l’image de pasionaria de la ministre, forcément «socialiste».
Arrivée à la tête des affaires étrangères il y a cinq ans après la grisaille des années Cotti, celle qui avait gagné son entrée au gouvernement en redressant les finances genevoises sur le dos des salariés de la fonction publique notamment, avait fait illusion par son interprétation flamboyante de la politique de bons offices. «Diplomatie publique», l’avait-elle-même définie.
Et de promettre immédiatement de dire son fait à l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powells qui s’en venait à Davos, on était en janvier 2003, chercher des soutiens à l’attaque imminente contre l’Irak! En fait, la rencontre fut, d’après les comptes rendus officiels, des plus cordiales: les remontrances tant annoncées avaient cédé la place à l’offre de la Suisse d’organiser une conférence internationale destinée à alléger les conséquences sur le plan humanitaire de l’attaque à venir contre l’Irak. En fait, bien plus que publique, dès le début, la diplomatie Calmy-Rey est surtout… publicitaire.
Depuis, elle s’est rarement distancée de la ligne de conduite adoptée alors, d’autant que, en termes de sondages, elle est payante. Ainsi c’est carrément en mondovision que fut organisée, il y a un peu plus de deux ans, la plus odieuse des opérations publicitaires, l’initiative de Genève sur le Moyen Orient. Plus personne ne se souvient aujourd’hui de ce qu’était censée assurer cette conférence couverte en son temps par les télés de la planète entière.
Entretemps, depuis fin janvier 2006, l’Etat d’Israël organise, avec la bénédiction du protecteur étasunien et la complicité de l’Union européenne, la punition collective des Palestiniens coupables d’avoir majoritairement voté pour Hamas plutôt que pour le candidat de l’occupant, le Fatah de Abou Mazen.
Pourtant, le blocage de Gaza, la coupure de l’électricité, la construction par Israël d’un mur entre Gaza et l’Egypte, les exécutions «extrajudiciaires» de dirigeants palestiniens n’ont pas eu l’air de l’émouvoir outre mesure, la ministre «socialiste». Ou alors, l’émotion fut toute intérieure.
En effet, lorsque l’ONU a été appelée, fin janvier, à condamner Israël, la Suisse s’est  abstenue. Ainsi, quand la moitié des habitants de Gaza sont acculés à s’engouffrer dans une brèche pour aller se procurer de la nourriture et de l’eau, -et peut-être même des cigarettes- avant de s’en retourner dans cette immense prison à ciel ouvert qu’est Gaza … la Suisse s’abstient!
Est-ce celle-ci, la politique courageuse pour laquelle la gauche gouvernementale et ses satellites nous expliquaient qu’il fallait à tout prix adhérer à l’ONU?
Mais peut-être que le sens de cette abstention est dans la déclaration que fit le Département des affaires étrangères en juillet 2006: en pleine agression militaire israélienne contre le Liban, la Suisse s’empressait de réaffirmer le «droit d’Israël de se défendre» avant de «manifester son inquiétude». Un choix on ne peut plus clair: du côté de l’agresseur et de ceux qui le protègent.
Ce choix a été confirmé par Mme Calmy-Rey lors de sa rencontre à Kloten avec Condoleeza Rice, à la veille du dernier Forum de Davos. Elle l’a assurée de «l’indéfectible solidarité de la Suisse avec les Etats-Unis»; oubliant juste que c’est ces jours là que tombait le sixième anniversaire de l’arrivée du premier convoi de prisonniers à Guantanamo… Ce n’est pas peu pour la ministre des affaires étrangères d‘un gouvernement qui est dépositaire et garant des Conventions de Genève. C’est même un exploit pour celle que Jean Ziegler verrait volontiers remplacer Louise Harbour à la tête de la division des droits humains de l’ONU.
Une proposition qui ne devrait point inquiéter Washington…■

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Calmy-Rey aux droits humains?


 Paolo Gilardi
La presse s’est fait écho des dissensions au sein du Conseil Fédéral entre Mme Calmy-Rey et les autres à propos de l’aide au développement. Il s’agissait de savoir si l’aide à certains pays peu regardants en matière de droits humains devait ou pas être maintenue. Contre l’avis de la ministre des affaires étrangères, le gouvernement a opté pour la fermeté. Ce qui permet de réduire l’aide au développement et de parfaire l’image de pasionaria de la ministre, forcément «socialiste».
Arrivée à la tête des affaires étrangères il y a cinq ans après la grisaille des années Cotti, celle qui avait gagné son entrée au gouvernement en redressant les finances genevoises sur le dos des salariés de la fonction publique notamment, avait fait illusion par son interprétation flamboyante de la politique de bons offices. «Diplomatie publique», l’avait-elle-même définie.
Et de promettre immédiatement de dire son fait à l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powells qui s’en venait à Davos, on était en janvier 2003, chercher des soutiens à l’attaque imminente contre l’Irak! En fait, la rencontre fut, d’après les comptes rendus officiels, des plus cordiales: les remontrances tant annoncées avaient cédé la place à l’offre de la Suisse d’organiser une conférence internationale destinée à alléger les conséquences sur le plan humanitaire de l’attaque à venir contre l’Irak. En fait, bien plus que publique, dès le début, la diplomatie Calmy-Rey est surtout… publicitaire.
Depuis, elle s’est rarement distancée de la ligne de conduite adoptée alors, d’autant que, en termes de sondages, elle est payante. Ainsi c’est carrément en mondovision que fut organisée, il y a un peu plus de deux ans, la plus odieuse des opérations publicitaires, l’initiative de Genève sur le Moyen Orient. Plus personne ne se souvient aujourd’hui de ce qu’était censée assurer cette conférence couverte en son temps par les télés de la planète entière.
Entretemps, depuis fin janvier 2006, l’Etat d’Israël organise, avec la bénédiction du protecteur étasunien et la complicité de l’Union européenne, la punition collective des Palestiniens coupables d’avoir majoritairement voté pour Hamas plutôt que pour le candidat de l’occupant, le Fatah de Abou Mazen.
Pourtant, le blocage de Gaza, la coupure de l’électricité, la construction par Israël d’un mur entre Gaza et l’Egypte, les exécutions «extrajudiciaires» de dirigeants palestiniens n’ont pas eu l’air de l’émouvoir outre mesure, la ministre «socialiste». Ou alors, l’émotion fut toute intérieure.
En effet, lorsque l’ONU a été appelée, fin janvier, à condamner Israël, la Suisse s’est  abstenue. Ainsi, quand la moitié des habitants de Gaza sont acculés à s’engouffrer dans une brèche pour aller se procurer de la nourriture et de l’eau, -et peut-être même des cigarettes- avant de s’en retourner dans cette immense prison à ciel ouvert qu’est Gaza … la Suisse s’abstient!
Est-ce celle-ci, la politique courageuse pour laquelle la gauche gouvernementale et ses satellites nous expliquaient qu’il fallait à tout prix adhérer à l’ONU?
Mais peut-être que le sens de cette abstention est dans la déclaration que fit le Département des affaires étrangères en juillet 2006: en pleine agression militaire israélienne contre le Liban, la Suisse s’empressait de réaffirmer le «droit d’Israël de se défendre» avant de «manifester son inquiétude». Un choix on ne peut plus clair: du côté de l’agresseur et de ceux qui le protègent.
Ce choix a été confirmé par Mme Calmy-Rey lors de sa rencontre à Kloten avec Condoleeza Rice, à la veille du dernier Forum de Davos. Elle l’a assurée de «l’indéfectible solidarité de la Suisse avec les Etats-Unis»; oubliant juste que c’est ces jours là que tombait le sixième anniversaire de l’arrivée du premier convoi de prisonniers à Guantanamo… Ce n’est pas peu pour la ministre des affaires étrangères d‘un gouvernement qui est dépositaire et garant des Conventions de Genève. C’est même un exploit pour celle que Jean Ziegler verrait volontiers remplacer Louise Harbour à la tête de la division des droits humains de l’ONU.
Une proposition qui ne devrait point inquiéter Washington…■

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Calmy-Rey aux droits humains?


 Paolo Gilardi
La presse s’est fait écho des dissensions au sein du Conseil Fédéral entre Mme Calmy-Rey et les autres à propos de l’aide au développement. Il s’agissait de savoir si l’aide à certains pays peu regardants en matière de droits humains devait ou pas être maintenue. Contre l’avis de la ministre des affaires étrangères, le gouvernement a opté pour la fermeté. Ce qui permet de réduire l’aide au développement et de parfaire l’image de pasionaria de la ministre, forcément «socialiste».
Arrivée à la tête des affaires étrangères il y a cinq ans après la grisaille des années Cotti, celle qui avait gagné son entrée au gouvernement en redressant les finances genevoises sur le dos des salariés de la fonction publique notamment, avait fait illusion par son interprétation flamboyante de la politique de bons offices. «Diplomatie publique», l’avait-elle-même définie.
Et de promettre immédiatement de dire son fait à l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powells qui s’en venait à Davos, on était en janvier 2003, chercher des soutiens à l’attaque imminente contre l’Irak! En fait, la rencontre fut, d’après les comptes rendus officiels, des plus cordiales: les remontrances tant annoncées avaient cédé la place à l’offre de la Suisse d’organiser une conférence internationale destinée à alléger les conséquences sur le plan humanitaire de l’attaque à venir contre l’Irak. En fait, bien plus que publique, dès le début, la diplomatie Calmy-Rey est surtout… publicitaire.
Depuis, elle s’est rarement distancée de la ligne de conduite adoptée alors, d’autant que, en termes de sondages, elle est payante. Ainsi c’est carrément en mondovision que fut organisée, il y a un peu plus de deux ans, la plus odieuse des opérations publicitaires, l’initiative de Genève sur le Moyen Orient. Plus personne ne se souvient aujourd’hui de ce qu’était censée assurer cette conférence couverte en son temps par les télés de la planète entière.
Entretemps, depuis fin janvier 2006, l’Etat d’Israël organise, avec la bénédiction du protecteur étasunien et la complicité de l’Union européenne, la punition collective des Palestiniens coupables d’avoir majoritairement voté pour Hamas plutôt que pour le candidat de l’occupant, le Fatah de Abou Mazen.
Pourtant, le blocage de Gaza, la coupure de l’électricité, la construction par Israël d’un mur entre Gaza et l’Egypte, les exécutions «extrajudiciaires» de dirigeants palestiniens n’ont pas eu l’air de l’émouvoir outre mesure, la ministre «socialiste». Ou alors, l’émotion fut toute intérieure.
En effet, lorsque l’ONU a été appelée, fin janvier, à condamner Israël, la Suisse s’est  abstenue. Ainsi, quand la moitié des habitants de Gaza sont acculés à s’engouffrer dans une brèche pour aller se procurer de la nourriture et de l’eau, -et peut-être même des cigarettes- avant de s’en retourner dans cette immense prison à ciel ouvert qu’est Gaza … la Suisse s’abstient!
Est-ce celle-ci, la politique courageuse pour laquelle la gauche gouvernementale et ses satellites nous expliquaient qu’il fallait à tout prix adhérer à l’ONU?
Mais peut-être que le sens de cette abstention est dans la déclaration que fit le Département des affaires étrangères en juillet 2006: en pleine agression militaire israélienne contre le Liban, la Suisse s’empressait de réaffirmer le «droit d’Israël de se défendre» avant de «manifester son inquiétude». Un choix on ne peut plus clair: du côté de l’agresseur et de ceux qui le protègent.
Ce choix a été confirmé par Mme Calmy-Rey lors de sa rencontre à Kloten avec Condoleeza Rice, à la veille du dernier Forum de Davos. Elle l’a assurée de «l’indéfectible solidarité de la Suisse avec les Etats-Unis»; oubliant juste que c’est ces jours là que tombait le sixième anniversaire de l’arrivée du premier convoi de prisonniers à Guantanamo… Ce n’est pas peu pour la ministre des affaires étrangères d‘un gouvernement qui est dépositaire et garant des Conventions de Genève. C’est même un exploit pour celle que Jean Ziegler verrait volontiers remplacer Louise Harbour à la tête de la division des droits humains de l’ONU.
Une proposition qui ne devrait point inquiéter Washington…■

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Calmy-Rey aux droits humains?

Paolo Gilardi
La presse s’est fait écho des dissensions au sein du Conseil Fédéral entre Mme Calmy-Rey et les autres à propos de l’aide au développement. Il s’agissait de savoir si l’aide à certains pays peu regardants en matière de droits humains devait ou pas être maintenue. Contre l’avis de la ministre des affaires étrangères, le gouvernement a opté pour la fermeté. Ce qui permet de réduire l’aide au développement et de parfaire l’image de pasionaria de la ministre, forcément «socialiste».
Arrivée à la tête des affaires étrangères il y a cinq ans après la grisaille des années Cotti, celle qui avait gagné son entrée au gouvernement en redressant les finances genevoises sur le dos des salariés de la fonction publique notamment, avait fait illusion par son interprétation flamboyante de la politique de bons offices. «Diplomatie publique», l’avait-elle-même définie.
Et de promettre immédiatement de dire son fait à l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powells qui s’en venait à Davos, on était en janvier 2003, chercher des soutiens à l’attaque imminente contre l’Irak! En fait, la rencontre fut, d’après les comptes rendus officiels, des plus cordiales: les remontrances tant annoncées avaient cédé la place à l’offre de la Suisse d’organiser une conférence internationale destinée à alléger les conséquences sur le plan humanitaire de l’attaque à venir contre l’Irak. En fait, bien plus que publique, dès le début, la diplomatie Calmy-Rey est surtout… publicitaire.
Depuis, elle s’est rarement distancée de la ligne de conduite adoptée alors, d’autant que, en termes de sondages, elle est payante. Ainsi c’est carrément en mondovision que fut organisée, il y a un peu plus de deux ans, la plus odieuse des opérations publicitaires, l’initiative de Genève sur le Moyen Orient. Plus personne ne se souvient aujourd’hui de ce qu’était censée assurer cette conférence couverte en son temps par les télés de la planète entière.
Entretemps, depuis fin janvier 2006, l’Etat d’Israël organise, avec la bénédiction du protecteur étasunien et la complicité de l’Union européenne, la punition collective des Palestiniens coupables d’avoir majoritairement voté pour Hamas plutôt que pour le candidat de l’occupant, le Fatah de Abou Mazen.
Pourtant, le blocage de Gaza, la coupure de l’électricité, la construction par Israël d’un mur entre Gaza et l’Egypte, les exécutions «extrajudiciaires» de dirigeants palestiniens n’ont pas eu l’air de l’émouvoir outre mesure, la ministre «socialiste». Ou alors, l’émotion fut toute intérieure.
En effet, lorsque l’ONU a été appelée, fin janvier, à condamner Israël, la Suisse s’est  abstenue. Ainsi, quand la moitié des habitants de Gaza sont acculés à s’engouffrer dans une brèche pour aller se procurer de la nourriture et de l’eau, -et peut-être même des cigarettes- avant de s’en retourner dans cette immense prison à ciel ouvert qu’est Gaza … la Suisse s’abstient!
Est-ce celle-ci, la politique courageuse pour laquelle la gauche gouvernementale et ses satellites nous expliquaient qu’il fallait à tout prix adhérer à l’ONU?
Mais peut-être que le sens de cette abstention est dans la déclaration que fit le Département des affaires étrangères en juillet 2006: en pleine agression militaire israélienne contre le Liban, la Suisse s’empressait de réaffirmer le «droit d’Israël de se défendre» avant de «manifester son inquiétude». Un choix on ne peut plus clair: du côté de l’agresseur et de ceux qui le protègent.
Ce choix a été confirmé par Mme Calmy-Rey lors de sa rencontre à Kloten avec Condoleeza Rice, à la veille du dernier Forum de Davos. Elle l’a assurée de «l’indéfectible solidarité de la Suisse avec les Etats-Unis»; oubliant juste que c’est ces jours là que tombait le sixième anniversaire de l’arrivée du premier convoi de prisonniers à Guantanamo… Ce n’est pas peu pour la ministre des affaires étrangères d‘un gouvernement qui est dépositaire et garant des Conventions de Genève. C’est même un exploit pour celle que Jean Ziegler verrait volontiers remplacer Louise Harbour à la tête de la division des droits humains de l’ONU.
Une proposition qui, vu ce qui précède, ne devrait point inquiéter Washington…■

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Calmy-Rey aux droits humains?

Paolo Gilardi
La presse s’est fait écho des dissensions au sein du Conseil Fédéral entre Mme Calmy-Rey et les autres à propos de l’aide au développement. Il s’agissait de savoir si l’aide à certains pays peu regardants en matière de droits humains devait ou pas être maintenue. Contre l’avis de la ministre des affaires étrangères, le gouvernement a opté pour la fermeté. Ce qui permet de réduire l’aide au développement et de parfaire l’image de pasionaria de la ministre, forcément «socialiste».
Arrivée à la tête des affaires étrangères il y a cinq ans après la grisaille des années Cotti, celle qui avait gagné son entrée au gouvernement en redressant les finances genevoises sur le dos des salariés de la fonction publique notamment, avait fait illusion par son interprétation flamboyante de la politique de bons offices. «Diplomatie publique», l’avait-elle-même définie.
Et de promettre immédiatement de dire son fait à l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powells qui s’en venait à Davos, on était en janvier 2003, chercher des soutiens à l’attaque imminente contre l’Irak! En fait, la rencontre fut, d’après les comptes rendus officiels, des plus cordiales: les remontrances tant annoncées avaient cédé la place à l’offre de la Suisse d’organiser une conférence internationale destinée à alléger les conséquences sur le plan humanitaire de l’attaque à venir contre l’Irak. En fait, bien plus que publique, dès le début, la diplomatie Calmy-Rey est surtout… publicitaire.
Depuis, elle s’est rarement distancée de la ligne de conduite adoptée alors, d’autant que, en termes de sondages, elle est payante. Ainsi c’est carrément en mondovision que fut organisée, il y a un peu plus de deux ans, la plus odieuse des opérations publicitaires, l’initiative de Genève sur le Moyen Orient. Plus personne ne se souvient aujourd’hui de ce qu’était censée assurer cette conférence couverte en son temps par les télés de la planète entière.
Entretemps, depuis fin janvier 2006, l’Etat d’Israël organise, avec la bénédiction du protecteur étasunien et la complicité de l’Union européenne, la punition collective des Palestiniens coupables d’avoir majoritairement voté pour Hamas plutôt que pour le candidat de l’occupant, le Fatah de Abou Mazen.
Pourtant, le blocage de Gaza, la coupure de l’électricité, la construction par Israël d’un mur entre Gaza et l’Egypte, les exécutions «extrajudiciaires» de dirigeants palestiniens n’ont pas eu l’air de l’émouvoir outre mesure, la ministre «socialiste». Ou alors, l’émotion fut toute intérieure.
En effet, lorsque l’ONU a été appelée, fin janvier, à condamner Israël, la Suisse s’est  abstenue. Ainsi, quand la moitié des habitants de Gaza sont acculés à s’engouffrer dans une brèche pour aller se procurer de la nourriture et de l’eau, -et peut-être même des cigarettes- avant de s’en retourner dans cette immense prison à ciel ouvert qu’est Gaza … la Suisse s’abstient!
Est-ce celle-ci, la politique courageuse pour laquelle la gauche gouvernementale et ses satellites nous expliquaient qu’il fallait à tout prix adhérer à l’ONU?
Mais peut-être que le sens de cette abstention est dans la déclaration que fit le Département des affaires étrangères en juillet 2006: en pleine agression militaire israélienne contre le Liban, la Suisse s’empressait de réaffirmer le «droit d’Israël de se défendre» avant de «manifester son inquiétude». Un choix on ne peut plus clair: du côté de l’agresseur et de ceux qui le protègent.
Ce choix a été confirmé par Mme Calmy-Rey lors de sa rencontre à Kloten avec Condoleeza Rice, à la veille du dernier Forum de Davos. Elle l’a assurée de «l’indéfectible solidarité de la Suisse avec les Etats-Unis»; oubliant juste que c’est ces jours là que tombait le sixième anniversaire de l’arrivée du premier convoi de prisonniers à Guantanamo… Ce n’est pas peu pour la ministre des affaires étrangères d‘un gouvernement qui est dépositaire et garant des Conventions de Genève. C’est même un exploit pour celle que Jean Ziegler verrait volontiers remplacer Louise Harbour à la tête de la division des droits humains de l’ONU.
Une proposition qui, vu ce qui précède, ne devrait point inquiéter Washington…■

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17/02/2008

Sous les ordures, le fric...

La crise des ordures à Naples n’est pas un fait isolé, une expression ultérieure d’un folklore napolitain qui pousserait les braves gens excédés à demander l’asile au Tessin. Elle est inscrite dans l’ordre des choses…
La production d’impressionnantes quantités de déchets est une donnée structurelle du capitalisme tardif, inhérente à son fonctionnement. En effet, la destruction rapide des marchandises est une dimension fondamentale de ce mode de production. Il en est ainsi du bout de cellophane, du papier d’alu et de la barquette synthétique qui emballent le poulet que nous achetons, tout comme des téléphones cellulaires fabriqués pour ne pas durer plus d’un an ou les ordinateurs que l’évolution constante et rapide condamne à la casse au bout de dix-huit mois.
Ainsi, en 2005, la production de déchets par tête a atteint en France 360 kg, soit l’équivalent de presque un kilo par jour par habitant; de plus, depuis une dizaine d’années elle augmente de 1% par an. La part des déchets ménagers est relativement peu importante: d’après une étude de 2004, les ordures ménagères représentaient moins de 10% des 434 millions de tonnes de déchets produits en 2003 en Grande Bretagne. C’est une donnée dont il faudrait plus souvent faire état car c’est en général le consommateur qui est tenu pour responsable et qu’on tend ainsi à culpabiliser.
Il n’est dès lors pas étonnant que l’élimination de ces masses de déchets devienne un marché. Toujours outre Manche, son volume s’élevait en 2004 à 4,85 milliards de livres, soit plus de dix milliards de francs, enregistrant une augmentation de 5,5% par rapport à 2003. A titre de comparaison, dix milliards de francs équivalent au PNB cumulé, au cours de la même année, du Mali, du Burkina et de la Namibie ou, sur un autre registre, au budget du Canton de Genève.
Marché juteux, il l’est d’autant plus que le développement technologique soumis à la règle du profit maximal implique l’utilisation dans les processus industriels de matières particulièrement polluantes et difficiles à recycler ou à éliminer. Le retraitement des scories nucléaires en est l’illustration. Juste avant Noël, un train contenant 235 tonnes de déchets nucléaires a quitté l’Italie pour l’usine française de retraitement de La Hague. Coût du retraitement : 250 millions d’euros, soit plus de 1000 euros le kilo!
Un marché de cette ampleur ne pouvait pas ne pas intéresser les organisations maffieuses. Fortes de la démission de l’Etat qui a privatisé en les «externalisant» les tâches de récolte, d’incinération, de retraitement ou de recyclage des ordures, ces organisations se sont ainsi approprié un marché immense. Elles ont fait d’une pierre deux coups car, dans bien des cas, les transports d’ordures par camions à travers l’Europe camouflent aisément d’autres trafics: sous les ordures, les armes et la coke.
Les organisations maffieuses ont pu faire valoir les offres les plus avantageuses pour les Etats, à tel point que la Camorra napolitaine a pu s’adjuger l’élimination de déchets nucléaires et chimiques en provenance du Nord de l’Europe. Ses coûts ont pu être réduits au minimum, et pour cause: c’est dans des décharges à ciel ouvert qu’elle s’en débarrasse, complices les politiciens locaux et la pénétration du système maffieux dans les méandres d’un tissus social ravagé par le chômage.
C’est sur ces terres infestées par mille poisons que vivent des centaines de milliers de personnes; c’est sur ces terres que paissent les bufflonnes qui produisent les millions de mozzarelles que de respectables entreprises commercialisent à travers la planète…■

18:02 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2)

28/01/2008

C'est pas Kerviel ni les subprimes, c'est le capitalisme!

Comme l’écrit le Canard enchaîné (23.01), pour nous qui n’avons que le travail pour vivre, l’angoisse des actionnaires et autres boursicoteurs devant l’évolution du SMI, du Down Jones, du CAC 40 ou du Nikkei aurait presque quelque chose de jubilatoire, une sorte de divine revanche…
Et pourtant, puisque ce n’est point un dieu qui fait l’histoire, mais les bonnes vieilles classes sociales, ceux qui ont les capitaux et les moyens de production d’un côté et ceux qui ne possèdent que leur force de travail, de l’autre, c’est encore ces derniers, nous toutes et tous, en fin de compte, qui, les effets de la crise boursière, risquent de se les ramasser sur le coin de la figure…
Les effets tragiques de l’éclatement de la crise des subprimes pour des centaines de milliers de familles étasuniennes en sont la preuve: certes, les indices boursiers baissent et les banquiers s’angoissent, mais ce sont des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui sont forcés d’abandonner leurs maisons, qui se retrouvent à la rue. Avec, en prime, des dettes monstrueuses à payer et une réduction brutale du pouvoir d’achat, de leur capacité de consommer…
Autrement dit, si quand les cotations boursières sont à la hausse c’est signe que ça va mal pour les salariés -les actions grimpent lorsqu’on rationalise et qu’on licencie-, quand elles baissent, c’est pour celles et ceux «d’en bas» que l’avenir s’assombrit... En somme, face je perds, pile tu gagnes.
Pudiquement, les ministres de l’économie parlent de «ralentissement de la croissance», de «corrections à apporter aux prévisions économiques». Plus brutalement, les analystes économiques, tout comme les banquiers d’ailleurs, c’est de récession aux Etats-Unis qu’ils parlent. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays où la consommation intérieure constitue le principal moteur de l’économie?
Là-bas, les salaires horaires réels stagnent depuis la fin des années 1970. Donc, pour gagner plus, il faut travailler plus. Cependant, dans un contexte de rationalisation, l’offre de places de travail n’a pas augmenté suffisamment pour stimuler de manière décisive la demande intérieure. C’est par le crédit qu’elle a été dopée, en particulier dans l’accession à la propriété immobilière, mais non seulement.
Aujourd’hui, les limites du crédit sautent aux yeux avec les subprimes, les crédits pourris! Et le système bancaire vacille. Citigroup, le premier groupe bancaire étasunien affiche «les plus fortes pertes depuis 200 ans» (Le Temps, 16.01). Quant à l’autre grand, Merril Lynch, ce sont des pertes de l’ordre de 6,6 milliards de dollars qu’il annonce pour le seul quatrième trimestre de 2007. A elles seules, les deux banques ont dû être refinancées depuis le mois d’août à hauteur de 100 milliards de dollars!
L’explosion du crédit n’est de loin pas une spécialité nord-américane: elle est le propre du capitalisme dans sa phase actuelle marquée par une surcapacité de production du secteur industriel. Le «payable en 48 mensualités», la généralisation du crédit, le leasing, l’endettement des ménages sont devenus la norme dans le capitalisme contemporain, l’expression de sa fragilité, en Europe comme aux Etats Unis.
Certes, la crise des subprimes a moins affecté les banques européennes. UBS, très présente sur le marché étasunien, aurait perdu, officiellement du moins, 15 milliards, tandis que d’autres banques auraient été moins touchées. De même, les 7 milliards d’euros perdus par la Société générale seraient le fait des malversations d’un seul individu, le dénommé Jérôme Kerviel (qui aurait eu une marge d’action de 50 milliards d’euros, à savoir l’équivalent du PBI d’un pays comme l’Algérie). L’empressement unanime des politiques de tout bord à reprendre cette thèse la prive de toute crédibilité, comme si l’on pouvait en douce faire disparaître de telles sommes… Plus probablement, c’est la vague de fonds déclenchée par la crise des subprimes qui agit…
Sauf que, celle des subprimes n’est pas une turbulence épisodique dans le monde de la finance. Rien que durant les derniers dix ans, de la crise asiatique de janvier 98 à aujourd’hui, en passant par l’éclatement de la bulle technologique en 2001, le 11 septembre ou encore les tensions sur les taux d’intérêt à la mi-2004, les tensions se succèdent dans le monde de la finance.
Leurs répercussions vont bien au-delà. A ce titre, la crise actuelle aux Etats Unis pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’ensemble de la planète. D’après de directeur général de l’Organisation internationale du travail, Juan Somavia, elle va «priver d’emploi» 5 millions de personnes de par le monde qui viendraient s’ajouter aux 189,9 millions d’autres chômeurs officiellement recensés à l’échelle planétaire (http:/www.ilo.org).
C’est cette succession de soubresauts qui commande en partie le fonctionnement de l’économie ; c’est elle qui détermine qu’on ait un travail ou pas, de quoi se loger, se nourrir convenablement ou pas… C’est de ce système si fragile que dépendent les conditions de vie de milliards d’êtres humains.
Voilà pourquoi c’est avec ce système, le capitalisme, qu’il faut en finir…■

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27/01/2008

Guantanamo: six ans déjà!

P.Gilardi

C’est le 11 janvier d’il y a six ans qu’un premier convoi de prisonniers « combattants illégaux » selon la terminologie officielle de l’administration Bush, arrivait au tristement célèbre camp Delta situé sur la base étasunienne de Guantanamo, à Cuba.
Depuis, un millier de « méchants », ainsi que les définissait le président Bush, ou de « dangereux assassins parmi les plus déterminés et mieux entraînés de la planète » pour reprendre l’expression de l’ancien ministre de la défense Donald Rumsfeld, ont été internés à Guantanamo. Ils y ont subi nombre de sévices régulièrement dénoncés aussi bien par les organisations nord-américaines de défense des droits humains que par le comité international de la croix rouge, le CICR.
Seuls dix d’entre eux ont été officiellement accusés, et pour cause ! Comme l’écrit Anthony D. Romero, directeur de l’Union américaine pour la défense des droits civiques, «seul un infime pourcentage des centaines d’hommes détenus à Guantanamo ont été capturés sur le terrain de bataille, tous les autres ont été vendus par les seigneurs de la guerre contre monnaie sonnante» (salon.com).
Aujourd’hui, plusieurs centaines d’entre eux ont été soit libérés, soit mis entre les mains des gouvernements de leurs pays d’origine qui les ont remis en liberté, faute de chefs d’accusation à porter à leur encontre. Pourtant, il y en a toujours un grand nombre qui restent enfermés dans les cages exposées au soleil tropical de Guantanamo.
Alors que même l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell plaide pour la fermeture de la prison, l’administration Bush ne cède pas. En effet, traduire les 275 prisonniers restants devant les tribunaux étasuniens serait pour Bush un parfait autogoal dans la mesure où les preuves manquent pour leur inculpation. Les libérer purement et simplement serait reconnaître définitivement la violation par le gouvernement des Etats Unis des lois internationales.
Madame Calmy-Rey, représentante du Conseil Fédéral dépositaire des Conventions de Genève en aurait-elle touché un mot à Condoleeza Rice la semaine passée à Kloten lorsqu’elle l’assurait de «l’indéfectible solidarité de la Suisse»?■

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22/01/2008

A l'écoute, le WEF?

Alors que -Radio Suisse Romande toujours complice- on essaie de nous vendre l'idée d'un Forum de Davos nouveau style, "à l'écoute des gens", on apprend que le WEF à venir s'apprête à accueillir Pervez Musharraf. En voilà un type qui sait ce que "écouter les gens" veut dire...

Et lui, a Davos on l'écoute, pas les quelques deux cent jeunes manifestants de Berne contre lesquels la majorité rose-verte de la ville fédérale a envoyé sept cent pandores armés jusqu'aux dents...

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25/11/2007

Dimanche de surprises aux CFF

Dimanche de surprises pour les usagers des CFF! Tandis qu'en gare de Genève un "problème technique" bloque tous les trains - à force d'économiser sur l'entretien, la panne finit par arriver et tant pis pour les usagers-, la presse dominicale fait état de la volonté des CFF d'augmenter les tarifs aux heures de pointe, une augmentation qui viendrait s'ajouter à celle, déjà annoncée, de 3,3% en moyenne des prix des billets à partir du 1er janvier.

Mais pourquoi aux heures de pointe? Parce que, d'un strict point de vue marchand, avec l'augmentation de la demande pour une offre stable -le nombre de sièges dans les wagons ne varie pas selon les heures- les prix augmentent.

Ceci d'autant que, toujours d'un strict point de vue économique, la demande ne peut pas être "comprimée" du fait que si heures de pointe il y a c'est bien parce que les gens n'ont pas forcément le choix de l'heure à laquelle ils entrent et sortent du travail.

Voilà donc pour les CFF le marché idéal décrit dans les manuels d'économie libérale: celui d'usagers captifs ne pouvant que se soumettre aux tarifs fixés pour le plus grand profit de l'entreprise. En d'autres occasions, on parlerait de "prise en otage", voire de "galère pour les usagers"...

A moins que, -et l'environnement reconnaîtra les siens- ils décident d'abandonner le train au profit de leur voiture.

En voilà encore un exemple de ce qui arrive lorsqe les régies fédérales se transforment en S.A.! C'étaient des services publics faits pour venir à l'encontre des besoins des usagers; devenues des "entreprises comme les autres", ce sont les principes du rendement maximum qu'elles appliquent. Comme les autres et en rakettant l'usager.

"Entreprises comme les autres", certes, mais qui restent toujours propriété de la Confédération. Qui pourrait, si la volonté politique existait, faire valoir les intérêts de la population... Ce que, évidemment, le "socialiste" Leuenberger se garde bien de faire...

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16/11/2007

Pakistan: Après la crise le cachemar?

P. Gilardi
Moins de trente personnes ont pris part le 12 novembre à Genève à un rassemblement de protestation contre l’instauration de l’état d’urgence au Pakistan. La palette des organisateurs –du CADTM au GSsA, de solidaritéS à Gauche anticapitaliste- aurait du être garante de plus de mobilisation. Raté.
Et pourtant, de l’issue de la crise actuelle au Pakistan pourraient découler des conséquences inquiétantes. Explications.
Loi martiale!
L’état d’urgence décrété le 3 novembre semble destiné à durer. Le 10 novembre, le général-président Pervez Musharraf a confirmé, sur pression étasunienne, que les élections auront bel et bien lieu le 9 janvier. Il a toutefois refusé d’indiquer une date pour la levée de l’état d’urgence. Bien au contraire ! Il a annoncé que désormais les civils pourraient être jugés par des tribunaux militaires, une pratique qui avait eu cours durant la dictature de Zia ul-Haq et qui avait été abolie après sa chute en 1989.
C’est donc de fait sous la loi martiale que des élections libres devraient avoir lieu! Etonnante perspective, d’autant plus que, dans la foulée des déclarations du 10 novembre, Musharraf a aussi dit que «puisque la presse s’est faite porte-voix du terrorisme, que Allah bénisse notre lutte anti-terroriste!». Cela signifie que ce n’est pas seulement sous l’état de siège et avec la loi martiale en vigueur que les élections devraient avoir lieu, mais, qui plus est, avec la presse totalement bâillonnée.
Une transition tranquille ?
Quant à l’opposition officielle, celle du Parti du peuple pakistanais, le PPP de Benazir Bhutto et qui semble jouir de la confiance de Washington, elle n’apparaît pas vraiment en mesure d’assurer une transition tranquille de la dictature de Musharraf à un régime pro-occidental plus présentable. Au contraire, l’assignation à résidence de sa leader, imposée, puis levée, de nouveau imposée et puis de nouveau levée, montre que cette hypothèse n’est pas celle retenue par Musharraf qui continue sur la voie tracée le 3 novembre.
De plus, le fait que Bhutto n’ait pas essayé l’épreuve de force après l’interdiction de la marche prévue le 13 novembre de Lahore à Islamabad exprime en un certain sens sa fragilité dans la mesure où la corruption dont elle et son parti se nourrissent l’ont largement discréditée auprès des couches populaires. Elle ne se sentait peut-être pas en mesure, avec Lahore encerclée par plus de 20'000 policiers et militaires, d’endosser le rapport de force. Il n’est par ailleurs pas à exclure que le PPP ait renoncé à la marche de peur d’être débordé par la mobilisation populaire qu’elle aurait pu susciter et d’enclencher une dynamique dont il perdrait le contrôle.
Une gauche entravée
D’un autre côté, les arrestations de militants politiques et syndicaux se poursuivent. Déjà par deux fois avant le 3 novembre, des vagues d’arrestations s’étaient abattues sur des syndicalistes de base et sur les militants de gauche, en particulier nos camarades du Labour Party du Pakistan. Evidemment, après le coup du 3 novembre, la répression s’est intensifiée : d’après certaines informations, il y aurait aujourd’hui plus de 5'000 syndicalistes et militants de gauche dans les geôles pakistanaises. Beaucoup d’autres sont dans la clandestinité.
C’est ainsi avec une gauche en partie décapitée, entravée, qu’une explosion sociale pourrait se produire au Pakistan, dans une dynamique où la répression brutale pourrait générer des processus insurrectionnels auxquels, faute d’une présence de la gauche, les forces islamistes réactionnaires –qui, en dépit de la rhétorique anti-terroriste, continueraient à bénéficier de protections dans l’armée et les services secrets- pourraient donner le «la»
C’est une perspective cauchemardesque car l’instauration d’un régime islamiste au Pakistan ne serait pas un désastre seulement pour la population pakistanaise, elle le serait pour la paix mondiale dans la mesure où, en dépit des traités internationaux et avec la bienveillance de Washington, le Pakistan dispose de l’arme nucléaire. Une arme qui pourrait même tomber dans les mains d’al-Quaïda…
Autre chose que l’hypothétique bombe iranienne!
Paradoxalement se réaliserait alors, grâce au soutien étasunien à Musharraf –un soutien jamais démenti jusqu’à il y a peu- ce que Washington craint le plus, l’émergence d’un régime islamiste doté de l’arme nucléaire. Un scénario qui reléguerait au rayon des gadgets la très hypothétique atomique iranienne…
C’est une perspective cauchemardesque. Pour la combattre, il faut libérer tous les prisonniers politiques et abolir l’état d’urgence. En effet, seul le rétablissement de toutes les libertés et droits démocratiques est à même de permettre aux forces laïques, progressistes et anti-impérialistes de participer à la lutte contre le régime de Musharraf et contre les projets de privatisations accrues prônés par le parti de Benazir Bhutto. C’est essentiel pour que cette gauche puisse disputer aux forces réactionnaires islamistes la direction de la lutte.
Ainsi, contrairement à ce qu’on entend, venant de sources proches du Département de Calmy-Rey, ce n’est pas dans la recherche d’une transition contrôlée – «à petits pas, l’un après l’autre» comme l’a dit Condoleeza Rice- qu’on trouvera le moyen pour empêcher que le cauchemar devienne réalité. C’est avec le rétablissement des droits démocratiques et syndicaux qu’on pourra faire face.
Et aussi, la collaboration militaire avec le Pakistan doit être stoppée tout comme doit être annulée l’odieuse dette qui pèse sur son peuple. De même que c’est une campagne pour le désarmement nucléaire qu’il faut de toute urgence relancer.■

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12/10/2007

Derrière l'UDC... l'union sacrée!

Derrière l'UDC... l'union sacrée!

Paolo Gilardi

[article à paraître dans "lignes rouges", le 15 octobre]
La campagne électorale s’achève. Elle a sans aucun doute été l’une des plus dramatisées depuis des lustres. La surenchère journalistique, nombre d’observateurs l’ont souligné, a fini par occulter les enjeux de ces élections, pour autant que, des enjeux, il y en ait vraiment.
L’épouvantail Blocher a permis de masquer l’absence de divergences de fond entre les uns et les autres, les principales forces –verts et PSS d’un côté, libéraux-radicaux et PDC de l’autre- s’alignant toutes, à quelques nuances près, sur la politique de libéralisation et de démantèlement social dont est championne… l’UDC.
Dès lors, c’est de «méthodes» qu’on a beaucoup parlé. A juste titre, les affiches de l’UDC, ont suscité l’indignation. Indignation et colère salutaires, qui se sont traduites en particulier par la mobilisation des jeunes. Le 6 octobre à Berne, celle-ci a abouti à reléguer Blocher à la fosse aux ours, où il a dû se résigner à prononcer son discours en lieu et place de la vénérable Bundesplatz. Excusez du peu pour la symbolique! Même si aucune illusion n’est de mise sur le fait que l’UDC,  reléguée, le soit pour de vrai…
Suite à cette manifestation, et à celle qui l’a précédée à Lausanne, la presse et les partis ont fait à qui mieux mieux pour dénoncer «les casseurs» et la «détérioration du climat» politique. Et, tandis qu’à droite on tire profit de quelques vitrines brisées pour exiger un durcissement des mesures sécuritaires au delà de l’Euro 08, à «gauche» -surtout… tout à gauche- c’est le matraquage des jeunes manifestants par la police lausannoise aux ordres d’un magistrat de «A gauche toute!» qu’on couvre!
La dénonciation des méthodes, du «populisme», fait, elle, l’unanimité de Couchepin à Christian Grobet, le candidat à vie de «A Gauche toute!», signataire, avec le premier nommé et les représentants de tous les partis, sauf l’UDC, d’une déclaration contre les méthodes de Blocher.
Et pourtant, des «excès» de l’U.D.C. on ne s’en est pas toujours plaint. La «campagne populiste» du parti de Schmid et Blocher contre les «abus des bénéficiaires de l’A.I.» n’a-t-elle pas formé le terreau fertile pour que le parti de Couchepin et Pelli y cultive la 5ème révision de l’Assurance invalidité? N’est-ce pas le «populisme» des U.D.C. Freisinger et Mörgeli qui a préparé le terrain aux multiples restrictions du droit d’asile perpétrées par les démocrates-chrétiens Koller et Metzler? Le «populisme» des Guy Parmelain et autres Jacques Pagan n’alimente-t-il pas les offensives anti-impôts des libéraux Ruey et Brunschwig-Graf ? Poser ces questions, c‘est y répondre.
L’odeur «fétide» du «populisme» n’empêche pas nombre de caciques du parti de Blocher et Schmid de siéger dans les principaux conseils d’administration de la Suisse S.A., premier parmi tous, celui de l’U.B.S. D’y côtoyer et d’y défendre les mêmes options que les respectables Vreni Spoerri et Marcel Ospel… Leur odeur «nauséabonde» ne leur ferme pas non plus la porte de la société suisse des entrepreneurs, cette S.S.E. qui dénonce la C.C.T. des maçons et fait derrière elle l’unanimité du patronat…
Et pour cause! Principal parti bourgeois, l’U.D.C. est le fer de lance des attaques tout azimut contre l’ensemble des conquêtes sociales, aussi limitées soient-elles dans ce pays.
Sa base militante n’est pas celle, caricaturale, des retraités nostalgiques issus des vallées de la Suisse profonde.
C’est dans les grandes villes, Zurich en tête, mais aussi à Berne et à Genève, que l’U.D.C. est implantée, en particulier dans les milieux d’affaires. C’est depuis belle lurette que la Zurich branchée affiche ouvertement son appartenance à l’U.D.C. Grâce à elle, une classe entrepreunariale s’affirme: décomplexée, qui en veut et prête à se débarrasser des moutons noirs, quelle que soit la couleur réelle de la laine. Sous la bannière du parti de Blocher et Schmid, elle est prête à en finir aussi bien avec les scories socialistes du P.S. qu’avec les réminiscences de la politique du compromis qui fut celle des autres forces bourgeoises. Et surtout d’en finir avec toutes les entraves à la liberté d’exploiter!
La stigmatisation de couches de la population, le racisme, n’ont pas pour unique fonction celle d’attirer l’électeur: elles fondent, idéologiquement, l’affirmation de la primauté du droit de s’enrichir sur les droits des gens: les droits collectifs, les droits humains!
L’unanimisme anti-Blocher ne contribue pas à isoler l’U.D.C., il la renforce. A preuve, les déclarations du chef de «A gauche toute!», Zizyadis. Il affirmait (area, 5.10.07) que «aucune de nos voix ne manquera pour empêcher l’élection de Blocher, dussions-nous envoyer au gouvernement quelqu’un qui, à la fin, mènera la même politique que lui». Et, au journaliste qui lui demandait s’ils –les hypothétiques députés de «A gauche toute!»- iraient jusqu’à voter pour un autre candidat U.D.C., il répondait «nous sommes prêts à aller jusqu’à ça»!
Ainsi, à force de se concentrer sur les manières de Blocher plutôt que sur sa politique, quelle que soit la personne ou les forces qui l’incarnent, c’est à l’union sacrée, même pas contre, mais derrière l’U.D.C. qu’on se condamne. Avec Couchepin et Leuthard comme compagnons…■

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07/09/2007

Quand la RSR pose les questions...

Quand la RSR pose ses questions

P. Gilardi
Ce matin, 6 septembre, la RSR posait la question de savoir si «l’islam est soluble dans la démocratie». Autrement dit, elle interrogeait les auditeurs sur la compatibilité de la religion musulmane avec la «Démocratie». Un brin d’honnêteté intellectuelle et surtout de rigueur plaideraient pour qu’on parle d’une certaine conception de la démocratie, puisqu’il s’agit bien de celle sur laquelle se fondent par exemple les institutions helvétiques, celles des Etats Unis mais aussi l’Etat confessionnel israélien.
D’ailleurs, que l’on se pose la question de la «démocrato-comptabilité» de l’Islam mais jamais celle de l’Etat juif, suppose un a priori certain, mais passons…
Par contre, ne serait-il pas plus intéressant de renverser la question? Et de se demander si le modèle de démocratie occidentale est vraiment à même de répondre aux aspirations et besoins de cette humanité toute entière -dont font partie les plus de deux milliards de musulmans?

Mais poser la question en ces termes reviendrait à admettre, ne fût-ce pour l’intérêt de l’exercice, que d’autres modèles seraient à chercher plutôt que de prétendre que la culture et la religion des autres se dissolvent dans l’unique existant.

D’autant que c’est au nom de ce modèle, unique comme la pensée qui le sous-tend, qu’on mène les guerres. Et qu’on ne reconnaît pas les résultats des très démocratiques élections palestiniennes parce que c’est le Hamas qui les a gagnées…

Mais qu'importe, puisque c'est si démocratiquement que la RSR pose ses questions...■

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02/08/2007

De Bagdad à Jérusalem et ... retour

De Bagdad à Jérusalem et … retour
Jusqu’à sa mort, le 11 novembre 2004, le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat était persona non grata sur le territoire des Etats-Unis. Quant à l’organisation de libération de la Palestine, l’OLP, et  à sa composante majoritaire dont Arafat était le leader, elles figuraient toujours sur la liste des organisations taxées par Washington de terroristes. Moins de trois ans plus tard, c’est le gouvernement des Etats-Unis qui verse quelques 190 millions de dollars –auxquels devraient s’en ajouter 228 autres venant de collectes semi-privées- au successeur de Arafat, Mamhoud Abbas et à son organisation, le Fatah!
Paolo Gilardi
Que de changements, en moins de trois ans! A tel point que c’est par son ancien nom de bataille, Abou Mazen, que, aussi bien Bush que la presse et les officiels israéliens, appellent le président de l’Autorité palestinienne, le privant ainsi même de la fierté de son passé de combattant anti-sioniste.
Un chemin pas encore balisé…
C’est une évolution qui ne peut bien évidemment pas être extraite du contexte régional particulier marqué par la faillite de la stratégie impériale au Moyen Orient, en premier lieu en Irak, et en Afghanistan.
En 2002, avant l’invasion de l’Irak, nombreux étaient ceux qui, dans les gouvernements occidentaux, prétendaient qu’il fallait d’abord trouver une issue au problème palestinien avant d’attaquer l’Irak. La route de Bagdad, disaient-ils, passe d’abord par Jérusalem. C’est l’ancien secrétaire d’Etat et organisateur de tant de coups d’Etat, Henri Kissinger, qui leur répondait en affirmant que seuls les crétins peuvent imaginer que le chemin de Bagdad passe par Jérusalem alors que c’est exactement l’inverse (International Herald Tribune, 14 août 2002).
Pour lui, comme pour bien d’autres au sein de l’establishment US, la victoire en Irak était la prémisse à réalisation du projet d’un Grand Moyen Orient modernisé et affranchi des féodalités locales, en premier lieu, celle de l’Arabie Saoudite. Une telle victoire ne pouvait dès lors que porter un coup décisif à toutes les forces nationalistes et anti-impérialistes dans la région, première parmi toutes la résistance palestinienne. Les choses, on le sait, ne se sont pas passées comme prévu. Mais, même à contrario, la théorie de Kissinger reste valable.
L’échec de la stratégie impériale n’a pas seulement provoqué la guerre civile en Irak, il a aussi suscité, du Sud de l’Irak aux rivages orientaux de la Méditerranée, une mobilisation et une organisation sans précédent des populations chiites, les plus pauvres de la région, celles qui, dans l‘ensemble du monde arabe sont exclues du pouvoir. Parmi elles grandit le prestige de l’Iran chiite qui se propose comme référence panislamiste, un Iran qui peut jouer un rôle déterminant non pas en matière d’armes atomiques –elles semblent être aussi mythiques que les armes de destruction de masse de Saddam Hussein-, mais dans la fixation des prix du pétrole et du gaz naturel.
D’autre part, la résistance nationale en Irak, la reprise de l’offensive des Talibans en Afghanistan, le rôle majeur joué par Hezbollah dans la défaite israélienne au Liban durant l’été 2006 et l’impressionnante mobilisation des populations pauvres du Liban contre le gouvernement pro-étasunien de Faoud Siniora ont ainsi déjoué le projet d’écrasement de la volonté de résister par l’affirmation d’une supériorité militaire écrasante. La route de Jérusalem n’est ainsi toujours pas balisée…
Un scénario qui se répète
C’est dans ce contexte qu’intervient, fin janvier 2006, la victoire électorale de Hamas, en Palestine, dans le cadre d’élections qualifiées par les observateurs de l’ONU et de l’Union Européenne comme les plus démocratiques qui se soient jamais tenues au Moyen Orient. Une fois encore se répétait un scénario qu’il est désormais convenu d’appeler le paradoxe démocratique, un paradoxe qui se résume au fait que, chaque fois que les USA réussissent à imposer des élections, ce sont les ennemis de ces mêmes USA qui les gagnent. Cela avait été le cas par deux fois en Irak en 2005, cela a été de nouveau le cas dans les territoires palestiniens en janvier 2006.
Dès lors, tout a été mis en place, de Washington à Tel-Aviv, et en passant par les capitales de l’Union Européenne pour empêcher la mise sur pied d’un gouvernement dirigé par le Hamas. Celui-ci, contrairement à ce que l’on prétend, n’a en aucune mesure essayé de s’approprier la totalité du pouvoir puisqu’il a toujours prôné la constitution d’un gouvernement de coalition avec le Fatah. Cette disponibilité à un gouvernement d’unité nationale a par ailleurs encore été confirmée en février de cette année par la signature par le Hamas des accords de La Mecque.
Cependant, la création d’un tel gouvernement a systématiquement été empêchée jusqu’au récent coup d’Etat de Mamhoud Abbas en Cisjordanie. En 2006, tandis que Washington  multipliait les pressions pour éviter que soit reconnu un gouvernement dirigé par le Hamas, Israël prenait prétexte de la capture du caporal Gilad Shalit par des milices palestiniennes pour lancer une opération de longue durée dans la bande de Gaza, une opération en partie occultée par la guerre des 33 jours contre le Liban, mais qui n’en a pas moins fait des dizaines de victimes, militaires et civiles.
Quant à l’UE, c’est à la gorge qu’elle a pris les Palestiniens en bloquant l’aide financière promise et qui était destinée à la construction d’un appareil d’Etat. C’est ainsi que les fonctionnaires ont été privés de salaires pendant quelques seize mois. Beaucoup d’entre eux, des policiers, sont passés armes et bagages dans les milices du Hamas tandis que les écoles fermaient leurs portes, les enseignants cherchant à gagner leur vie autrement.
Cet acharnement a empêcher la création d’un gouvernement d’unité nationale exprime, certes, la volonté de l’actuel gouvernement des Etats-Unis de poursuivre la lutte contre l’Islam politique ; mais c’est surtout le moyen de s’en prendre à l’Iran en attaquant directement ou indirectement ses alliés, le Hezbollah au Liban et Hamas en Palestine. D’autre part, pour Israël, la création d’un tel gouvernement serait un handicap majeur dans la mesure où il exprimerait une légitimité que le seul Mamhoud Abbas, corrompu et fort discrédité parmi la population, ne pourrait faire valoir.
Reconnaissance implicite
Pour Israël –et pour les étasuniens-, il y avait urgence dans la mesure où un appel en faveur d’un gouvernement d’unité nationale avait été lancé en juin de l’année passée par des prisonniers politiques issus de toutes les composantes de la résistance palestinienne. Connu sous le nom de Document des prisonniers politiques, cet appel exprimait le consensus trouvé entre Marwan Barghouti, dirigeant du Fatah, Kaletz al-Natseh du Hamas, Rahim Malouh du Front Populaire pour la Libération de la Palestine et Bassam al-Sadi du groupe Jihad isalmique.
Bien que comportant, parmi ses 18 points, des revendications inacceptables pour l’Etat d’Israël, tel par exemple le droit au retour des réfugiés de 1947 et 1967 –une revendication que Israël n’a jamais acceptée dans la mesure où cela impliquerait la restitution des terres sur lesquelles est fondée l’Etat sioniste-, le Document des prisonniers n’en contenait pas moins une reconnaissance implicite de l’Etat d’Israël. En effet, puisqu’il revendiquait un Etat palestinien à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est, il acceptait de fait l’existence d’un autre Etat sur les autres parties de la Palestine historique.
Cette reconnaissance implicite était confirmée lors de la conférence de La Mecque de février dernier. Réunie par le roi Abdallah d’Arabie saoudite dans le but de trouver une solution au conflit inter palestinien –et d’essayer de contrer l’influence grandissante de l’Iran-, la conférence à laquelle ont pris part Mamhoud Abbas et le premier ministre palestinien, membre du Hamas, Ismaïl Haniya, s’est soldée sur un projet de gouvernement palestinien d’unité nationale autour de huit priorités, dont la reconstruction économique du pays, la restauration de la loi, la lutte contre la corruption et la poursuite des négociations avec Israël, ce qui revient à en accepter l’existence..
Mais, surtout, le document soulignait l’engagement du nouveau gouvernement palestinien à respecter la légitimité internationale des résolutions et accords signés par l’OLP, résolutions et accords parmi lesquels on retrouve la célèbre reconnaissance de l’Etat d’Israël, cité dans le document final sous l’appellation entité sioniste.
Malgré cela, les accords de La Mecque ont été rejetés par Washington et Tel-Aviv qui poussent Mamhoud Abbas depuis janvier 2006 à lancer une offensive militaire contre le Hamas. Dans ce but, début juin de cette année, est arrivé le feu vert du gouvernement israélien pour des livraisons massives d’armes aux milices du Fatah de la bande de Gaza.
Coup du Hamas ou… du Fatah ?
C’est à l’homme des USA dans la direction palestinienne, à l’ancien chef des services spéciaux et actuel responsable de la sécurité du président, Mohammad Dahlan qu’est revenu l’honneur de déclencher l’offensive. Symbole de la corruption qui gangrène le Fatah, héro de tous ceux qui, au sein de l’appareil palestinien ne sont pas prêts à céder ne fût-ce qu’un pouce de leurs privilèges, il refusait systématiquement, depuis la victoire électorale de Hamas, de mettre les forces de sécurité sous l’autorité du gouvernement.
Ses milices à Gaza n’ont pas cessé de s’en prendre à celles du Hamas et leurs attaques se sont intensifiées depuis janvier 2006. Malgré cela, le Hamas a continué à chercher le compromis avec lui jusqu’en juin de cette année où il devenait de plus en plus évident que Dahlan préparait un scénario à l’algérienne, à savoir un coup d’Etat à Gaza qui, comme celui perpétré par l’armée algérienne en 1992 et qui avait privé le Front Islamique de Salut de sa victoire électorale, priverait le Hamas de la sienne.
La tentative de coup d’Etat de la mi juin a été un véritable fiasco. Les milices corrompues de Dahlan n’ont pas tenu plus de six heures face à la réaction du Hamas largement soutenu, en l’occurrence, par la population, Mohammad Dahlan, personnage brutal et particulièrement corrompu, figurant parmi les personnages les plus détestés de Gaza.
La défaite de cette tentative de coup d’Etat et la fuite de Dahlan de Gaza a alors été prise à prétexte par Mamhoud Abbas pour former un nouveau gouvernement, en Cisjordanie, qui exclut le Hamas, malgré une énième proposition de la part de ce dernier, et en dépit de la tentative avortée de coup d’Etat, de création d’un gouvernement de coalition. C’est un homme du Fatah, Salam Fayad qui est chargé de diriger le gouvernement de combat contre une force qui n’est de loin pas insignifiante en Cisjordanie puisque avec les seules voix obtenues à Gaza le Hamas n’aurait pas pu remporter les élections de janvier 2006.
Se réalise ainsi, comme l’affirme Michel Warshawski, militant israélien anti-sioniste et directeur de l’Alternative Information Center de Jérusalem, le vieux rêve israélien, celui de pouvoir négocier avec une direction palestinienne confinée en Cisjordanie et à la désespérée recherche de compromis (Alternative information center, online, 18.07).
Vichy sur Jourdain
C’est en ce sens qu’est à comprendre la soudaine générosité étasunienne, israélienne et européenne à l’égard de Mamhoud Abbas. En effet, outre les 190 millions de dollars étasuniens cités en introduction -et dont 90 sont destinés aux forces de sécurité du Fatah-, Israël à rétrocédé au gouvernement Abbas-Fayad les 144 millions de dollars d’impôt anticipé qu’il retenait depuis juillet de l’année dernière tandis que l’Union européenne a annoncé a reprise de l‘aide.
Dans une interview accordée conjointement au Times de Londres, au berlinois Die Zeit et à l’italien Corriere della Sera le jour de son intronisation, le nouveau président israélien Simon Perez explique que la combinaison entre Abou Mazen et le premier ministre Salam Fayad est très encourageante. Contrairement au Hamas, ils sont sérieux, rationnels et ils veulent la paix avec Israël. C’est une bonne opportunité. (25.07) Et c’est aussi pourquoi, Israël vient de libérer quelque deux cent cinquante prisonniers palestiniens. Il fait ainsi d’une pierre deux coups: non seulement leur libération devrait être versée au crédit de la politique  sérieuse et rationnelle de Mamhoud Abbas, mais elle restitue aux milices du Fatah deux cent combattants -85% des prisonniers libérés sont membres des brigades du Fatah, les martyrs de al-Aqsa- dont elles ont besoins pour combattre, en Cisjordanie et à Gaza, les milices du Hamas.
Le choix est clair. Dans sa conférence de presse du 24 juillet, le président Bush l’a parfaitement résumé. D’un côté il y a, a-t-il dit, Abou Mazen qui essaie de créer dans les territoires palestiniens les institutions d’une démocratie moderne. De l’autre, il y a le Hamas qui se consacre à l’extrémisme et au terrorisme (International Herald Tribune, 17.07). La logique de la guerre de civilisation, de la guerre infinie contre le terrorisme, refait pleinement surface: les modernes et démocrates Amir Karzaï en Afghanistan, Siniora au Liban, al-Maliki en Irak et Abou Mazen en Palestine d’un côté, les terroristes islamistes de l’autre.
Cependant, contrairement à l’Afghanistan et à l’Irak, une intervention militaire directe de l’impérialisme étasunien et de son supplétif local ne serait pas la meilleure des options possibles au Liban et en Palestine. L’échec des trente trois jours de guerre de l’été 2006 mine encore profondément la direction -et la société- israélienne. C’est pourquoi ce sont les gouvernements aux ordres des USA et d’Israël qui sont chargés de la répression. Au Liban, Siniora s’y essaie sous la protection de la force multinationale qui y est déployée, de l‘aveu du ministre italien des affaires étrangères Massimo D’Alema, pour protéger Israël (Corriere della Sera, 17.07). En Palestine c’est au gouvernement Abbas-Fayad que la tâche revient, comme elle revenait en France sous l’occupation allemande, au gouvernement du maréchal Pétain installé dans la petite ville de Vichy.
De nouvelles interventions en vue?
La multiplication des affrontements entre factions palestiniennes voulue et dirigée par les impérialistes contribue par ailleurs à conforter l’idée profondément raciste du clash des civilisations. De fait, c’est tout un peuple, le peuple palestinien qui est, non seulement victime « collatérale » des combats entre milices, mais qui est assimilé aux yeux du monde, et de la société israélienne en premier  lieu, à des hordes sauvages.
Fonctionnelles aux impératifs de répression aujourd’hui, les agressions entre milices opposées vont servir à légitimer demain l’intervention, évidemment humanitaire -avec les armes les plus sophistiquées- des représentants auto-proclamés de la Civilisation, celle qui, pour reprendre les termes de S. Peres, est sérieuse et rationnelle. L’assimilation de la population de Gaza dans son ensemble au Hamas et à la guerre civile prépare en ce sens de nouvelles agressions, de nouveaux bombardements et une mise en quarantaine qui pourrait se traduire par une dramatique famine.
C’est en ce sens que une des tâches de la gauche palestinienne devrait être de développer un large mouvement contre la guerre civile pour opposer les tâches de solidarité anti-impérialiste à la division entretenue par le sionisme et les Etats-Unis. Pour le moment, elle semblerait incapable de s’y atteler, même si le quatorze juin dernier, plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de Gaza à l’appel du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) pour exiger l’arrêt des combats entre fractions.
Retour à Bagdad
La stratégie impérialiste en Palestine ne peut pas être extraite, nous l’avons dit, du contexte régional. Ceci d’autant plus que les encouragements et les millions offerts à Mamhoud Abbas coïncident avec une augmentation de l’aide militaire étasunienne à l’Arabie Saoudite et à l’Egypte d’un côté, et avec l’accroissement de 25% de l’aide militaire fournie à Israël de l’autre.
Le choix des bénéficiaires de l’aide coïncide avec les invitations à la conférence de paix sans extrémistes que veut Bush. En excluant de celle-ci le Hamas et ses sponsors, l’Iran et la Syrie, le gouvernement des Etats-Unis associe de fait Egypte, Israël, Fatah, Jordanie et Arabie Saoudite à sa politique de rétablissement de sa domination régionale en fonction anti-iranienne. Car, contrairement à ce qu’on veut bien laisser entendre, et même s’ils devaient être obligés de retirer les troupes au sol en Irak, il n’est nullement dans l’intention de l’establishment étasunien, démocrate ou républicain qu’il soit, d’abandonner le rêve de Great Middle East, un Grand Moyen Orient entièrement livré aux marché.
En attendant, c’est le déploiement dans les cieux d’Irak du premier escadron d’armes robot que l’administration Bush prépare avant la fin de 2007. Il s’agit d’une nouvelle génération de drones, ces avions de reconnaissance sans pilote connus sous le nom de Predator. Cependant, les nouveaux ne se limitent pas la surveillance puisque, les Reaper -moissonneuse, c’est leur nom- sont aussi grands qu’un avion de chasse et sont équipés de quatre missiles et de nombreuses bombes. C’est pour les accueillir que, depuis quelques mois, les troupes US sont en train d’agrandir la base de Balal, la plus grande d’Irak.
Ainsi, pour reprendre avec Henri Kissinger, c’est de nouveau par Bagdad que passe le chemin de Jérusalem.
Reprendre l’initiative
C’est donc au mouvement anti-guerre, aux Etats-Unis en premier lieu, mais partout ailleurs de reprendre l’initiative non seulement pour le retrait total et immédiat des troupes d’occupation d’Irak mais aussi contre le sionisme et la répression exercée par le Fatah et pour le démantèlement, au Moyen Orient comme en Europe, en Asie comme en Amérique latine, des bases militaires étasuniennes.■

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04/07/2007

Vichy sur Jourdain

Vichy sur Jourdain
Paolo Gilardi
Lorsque, fin janvier 2006, le Hamas remporta les élections palestiniennes, peu nombreux furent les chantres de «l’exportation de la démocratie» à se réjouir de la tenue d’élections régulières. Bien au contraire, faisant preuve d’un souci démocratique à géométrie variable, tous, de Washington à Tel-Aviv en passant par les chancelleries européennes, firent publiquement état de leur consternation. Et pas seulement.
Washington multiplia les pressions pour éviter la formation d’un gouvernement dirigé par Hamas. De son côté, Tel-Aviv organisa en juin, juste avant sa catastrophique intervention au Liban, l’entrée de Tsahal dans la bande de Gaza sous prétexte de libérer certains de ses soldats capturés par la résistance palestinienne. En partie occultée par l’agression contre le Liban, l’opération, durée des mois, a connu son lot de victimes collatérales, d’exécutions extrajudiciaires –à savoir des assassinats purs et simples de résistants- et de maisons palestiniennes rasées par les bulldozers.
Quant à l’Union européenne, c’est à la gorge qu’elle a saisi les Palestiniens en refusant de leur verser l’aide financière qu’elle s’était engagée à fournir. Cette aide promise était destinée à la construction d’un appareil d’Etat; elle devait notamment garantir le versement des salaires des policiers et du personnel des services publics. C’est donc depuis plus de seize mois que les très  démocratiques gouvernements européens punissent les palestiniens d’avoir, très démocratiquement, … mal voté.
Tout, position étasunienne, opération militaire israélienne et bloc de l’aide européenne concourait ainsi à imposer à l’autorité palestinienne, au Fatah de Mahmoud Abbas, la tâche d’en finir avec Hamas que la propagande s’évertuait à présenter comme le seul responsable de la situation à Gaza. Tout comme au Liban où ont échoué les tentatives de faire retomber sur Hezbollah la responsabilité de l’agression israélienne, le stratagème était trop cousu de fil blanc pour pouvoir duper une population qui, depuis plus de cinquante ans, lutte contre l’occupation.
Par contre, privés de ressources, les territoires que la puissance sioniste veut bien accorder aux Palestiniens se sont enfoncés dans le chaos.  Sans salaire depuis des mois, les policiers de l’autorité palestinienne désertent en masse pour rejoindre les milices de Hamas. Avec elles, grâce aux subsides iraniens et saoudiens, la paye tombe à la fin de chaque mois. Privés d’écoles du fait que les instituteurs qui ne sont plus payés et s’engagent comme ouvriers agricoles, c’est dans les écoles coraniques que les enfants palestiniens –Gaza est le territoire avec le taux de natalité le plus élevé au monde, plus de 50% de sa population a moins de 15 ans !- peuvent recevoir aujourd’hui une éducation.
Ce n’est donc pas Hamas que la population tient pour responsable mais en premier lieu l’oppresseur sioniste et celui qu’il a chargé de garantir sa sécurité, l’autorité palestinienne. Et puisque le résultat n’est pas celui qu’on escomptait, c’est à la guerre civile que les Palestiniens ont été poussés.
Et c’est maintenant que l’Union européenne annonce la reprise de l’aide suspendue depuis seize mois. Ces derniers jours, le gouvernement israélien a à son tour décidé, alors qu’il prépare une nouvelle agression contre Gaza, de verser enfin à l’autorité palestinienne les 144 millions de dollars d’impôts qu’il retient depuis juillet 2006.
Ce n’est certes pas à un gouvernement qui exprime les résultats électoraux de janvier 2006, ni à un gouvernement d’unité nationale que cet argent sera versé. Il le sera à Mahmoud Abbas, à l’autorité palestinienne, chargée d’imposer le calme en Cisjordanie pendant une probable invasion de la bande de Gaza.
Une grande partie de cet argent finira dans les caisses du Fatah sans que cela n’émeuve particulièrement les Occidentaux, puisque ce n’est pas la guerre civile en Palestine qui les effraie, mais bien le fait que le Hamas puisse prendre le dessus. Car la raison de la reprise de l’aide réside justement dans le renforcement de ce véritable gouvernement de Vichy sur Jourdain qu’est l’autorité palestinienne et qui va bénéficier de la libération probable par Israël de 250 combattants du Fatah…■

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01/07/2007

Il y a 70 ans, la paix du travail.

Il y a septante ans: la paix du travail!
P. Gilardi
Le 19 juillet 1937, Konrad Ilg, président de la Fédération des ouvriers de la métallurgie et de l'horlogerie et Ernest Dübi, président de la très puissante Association patronale suisse des constructeurs de machines et industriels en métallurgie, mettent fin à trois mois de négociations secrètes et annoncent la signature de la première convention de paix du travail.
L'accord signé institue la paix sociale absolue dans l'industrie des métaux et des machines pour une période de deux ans. Les syndicats s'engagent à ne pas déclencher de grèves pendant la durée de la Convention. En contrepartie, les patrons renoncent, pour cette même période, à recourir au lock-out et reconnaissent au syndicat le statut de partenaire social..
Un régime de solidarité nationale
Voilà la lutte des classes remplacée, d'un commun accord, par la recherche du compromis. Ceci, comme l'affirme une résolution de la FOMH d'octobre 1936, dans l'esprit d'un "régime de solidarité nationale entre toutes les branches de la production (...) et entre tous les éléments humains de cette production".
L'accord intervient moins d'une année après la dévaluation de 30% du franc. Il doit assurer une période de paix industrielle afin de favoriser la relance de l'industrie d'exportation. Il empèche en particulier le déclenchement d’un large mouvement de grève chez Sulzer, à Wintherthur, et qui menace de s’élargir aux autres grandes entreprises de la métallurgie. L’accord permet ainsi à l’industrie d’exportation de ne pas rater les opportunités que le réarmement de l’Allemagne -le  principal client- offre. Le ton est donné: c’est pour la réussite de l’économie nationale -et pour la reconnaissance du syndicat comme partenaire- qu’il faudra,a près sept ans de crise, continuer à se serrer la ceinture...
L'accord est historique: en y souscrivant, la FOMH accomplit le pas décisif dans la subordination des intérêts des travailleurs aux besoins de l'industrie d'exportation. A ce propos, l’historien Roland Ruffieux n'a pas hésité à parler de "creuset de la Suisse actuelle" ou encore de modèle "... des pratiques politiques qui forment la démocratie consensuelle ...".
En effet, les fondements idéologiques ainsi que les expériences propres à la politique de paix du travail opèrent encore en profondeur et de manière cumulative dans le tissu social en Suisse.
Consensus à sens unique
Tout d'abord, ses effets se font sentir sur le terrain immédiat des accords de 1937, celui des rapports entre patronat et salariés. Systématiquement reconduite, la paix du travail a modelé au fils des années la totalité des contrats de travail de l'ensemble des branches industrielles. Elle a surtout modelé la pratique syndicale toute vouée à la recherche du consensus.
La crise des années 1980 et surtout la facilité avec laquelle de 1990 à 2000 le patronat suisse a pu imposer l’ensemble des contre-réformes sociales  a rapidement mis a nu les faiblesses du dispositif de défense du mouvement ouvrier lorsque les patrons n’ont plus voulu du consensus. Pratiquement seul au monde, le patronat helvétique a été en mesure d'opérer des restructurations industrielles de grande ampleur sans rencontrer de résistance, tout comme il n’a rencontré que peu d’opposition syndicale lors du démantèlement des régies fédérales et de grande partie des assurances sociales. C'est l'absence de traditions de lutte et d'organisation, combinée au refus des dirigeants syndicalistes de recourir aux méthodes "fortes", que traduit cette facilité.
En renonçant à son indépen­dance politique, en subordonnant les intérêts des travailleurs à ceux du capitalisme indigène, le mouvement syndical suisse a du même coup désarmé les salariés. La solidarité célébrée des ouvriers à l'égard de leurs patrons nourrit la xénophobie; des conventions de travail qui ne fixent aucune norme contractuelle renforcent la mise en concurrence et l'individualisme des salariés. N'est-ce pas là l'origine de l'exacerbation des divisions entre qualifiés et non qualifiés, hommes et femmes, jeunes et travailleurs âgés? L’origine de l’impuissance?
La coupe jusqu’à la lie...
L'absence d'options propres du mouvement ouvrier, son adéquation à la bourgeoisie nationale, ont ensuite des effets plus larges sur l'ensemble de la gauche, politique et culturelle et, par conséquent sur le pays dans son ensemble.
Acceptant les fondements mêmes de la société - l'Union syndicale suisse rejette le marxisme et la lutte des classes depuis 1927 - le mouvement ouvrier est dès lors incapable de propositions autonomes, autres que des aménagements plus ou moins “équitables” de l'ordre existant. Pendant des décennies, ses propres traditions culturelles, sa propre histoire se sont tellement identifiées à celles de la bourgeoisie que le mouvement ouvrier finit par ne plus avoir d'histoire ni de culture indépendantes. Il fondait néanmoins sur son insertion dans la classe ouvrière, chez les travailleurs, son poids politique, son pouvoir de négocier ... sa place dans les institutions. Et c’était sur sa place dans les institutions qu’il fondait son crédit parmi les salariés.
Son incapacité à s'ouvrir à de nouveaux besoins, à élaborer des stratégies de rupture ont largement contribué à sa perte d’influence, auprès des nouvelles couches de salariés d’abord - les jeunes, les femmes, les immigrés – et d’une part toujours croissante de ce qui reste de la classe ouvrière traditionnelle.
L'identification des intérêts des travailleurs avec la prospérité de l'industrie d'exportation a, de plus, amené le mouvement ouvrier à s'adapter à l'essentiel des projets de la bourgeoisie. Dans les années 1980, l’USS soutenait le nucléaire, la politique d'armement; elle accepte l’éclatement des CFF , elle fait activement campagne en faveur d’une libre corculation sans droits correcteurs. Sauf que, si il y a trente ans elle pouvait espèrer avec les centrales atomiques ou l’industrie d’armement du moins le maintien de l’emploi, aujourd’hui ce sont des projets de démantèlement qu’elle soutient...
Nécessaire contre le fascisme?
La convention de 1937 a souvent été présentée comme une nécessité historique pour faire face au danger fasciste. Ilg lui-même affirmait déjà en 1935 que "dans l'avenir, le poids essentiel du combat syndical devra être mis plus sur la défense de l'État que dans la lutte contre les patrons..."
C’est une logique qui a été souvent invoquée, tant sur le plan historique que plus récemment pour justifier des alliances politiques des socialistes avec le “centre”, radical ou PDC.
Sans entrer dans le détail de l'étendue réelle du danger fasciste en Suisse durant les années trente –on surseoira ici sur l’absurde théorie du danger fasciste aujoud’hui qui fait office de support à toutes les capitulations-, il est important de relever deux éléments.
Tout d'abord, en Italie et en Allemagne le fascisme a joui d'appuis financiers et politiques déterminants de la part des magnats de l'industrie lourde. Le grand capital a choisi le fascisme dans le but de réduire à néant les conquêtes sociales des années 1918-1923 et d'utiliser l'appareil d'État militarisé pour relancer de manière brutale l’accumulation capitaliste. On ne peut pas dire que dans la Suisse de l’époque les conquêtes ouvrières étaient de nature à provoquer une crise d’accumulation comparable à celle connue par l’Allemagne. De plus, même en Allemagne, la Fertigindustrie, comparable à l’industrie suisse, n’avait qu’en dernier recours opté pour le fascisme, la nature de sa production exigeant un rapport avec sa main-d’oeuvre moins brutal et cassant que dans l’industrie lourde.
Avec la mob et le portrait du Général...
Plus fondamentalement, l'évocation des "périls extérieurs" provoque l'adaptation définitive de la majorité du mouvement ouvrier aux structures de l'État démocratique bourgeois. Car les "périls" évoqués par la bourgeoisie sont bien de deux ordres. En effet, si elle redoute les limitations au libéralisme économique et les entraves au "fonctionnement normal de l'État" imposées par la démagogie fasciste, la bourgeoisie suisse craint par dessus tout l'autre "péril", le bolchévisme.
C'est à ce niveau qu'elle parvient à parachever l'oeuvre à laquelle elle s'attelle depuis la fondation de l'État fédéral, la création d'un sentiment de spécificité nationale.
Au milieu d'une Europe où révolution et contre-révolution s'affrontent, la Suisse apparaît comme un îlot protégé. Les luttes qui traversent le continent, leurs formes spécifiques, finissent par apparaître comme étrangères, extérieures à une manière de faire plus "de chez nous". C'est à partir de ce principe d'extranéité que l'on parvient à décréter la grève, la lutte des classes comme antinomiques avec "l'esprit suisse".
Les vertus du travail, la franche poignée de main entre patrons et ouvriers accèdent ainsi au sanctuaire de l'imaginaire collectif pour y côtoyer l'arbalète de Tell, la mob et le portrait du Général... C’est l’offensive bourgeoise des années 1990 qui portera un coup au sanctuaire, laissant toutefois les salariés orphelins d’ idoles qui n’étaient pas les leurs...
Fruit d’un long processus
Les accords de 1937 sont l’aboutissement d’un processus qui a combiné luttes, compromis et répression sévère. Mais, en 1927 déjà, l'Union syndicale suisse biffait la lutte des classes de son programme. Une première proposition de paix du travail avait été formulée par la FOMH en 1929, proposition déclinée par le patronat puisque l’accord proposé fixait des “contraintes” telles la durée du travail et d’autres normes. Et c’est en 1936 que, sur ordre de Moscou, le Parti communiste, qui bénéficiait d’un écho important parmi les travailleurs de la métallurgie, adopte le principe de la défense nationale, donc de l’Etat bourgeois.
Cette évolution se base sur plusieurs facteurs structurels. L’absence de grandes usines concentrant des milliers d’ouvriers, concourt à l'identification du travailleur à "son" entreprise. L'important niveau de qualification des travailleurs - propres à la nature de l'appareil industriel - est à l'origine d'une attitude plus collaborationiste du patronat. Les origines du mouvement ouvrier dans les "Sociétés du Grütli" contribuent aussi à l'absence d'une culture propre, indépendante de celle de la bourgeoisie. De même, le paternalisme d’une génération d'entrepreneurs  qui se sentent investis d’une mission civilisatrice, éducatrice, a aussi façonné la manière de penser des gros bataillons de la classe ouvrière de ce pays.
Au delà de l’anniversaire, il y aura lieu de revenir sur les raisons qui ont permis, après la défaite du fascisme, la poursuite de la politique de paix du travail et sur comment, malgré les critiques sévères qui se sont manifestées dans les années 1970, Renzo Ambrosetti, le vrai patron actuel du syndicalisme suisse n’est autre qu’un pur produit de la paix du travail...■

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19/06/2007

Au centre pour battre la droite?

S’allier au centre pour battre la droite?
Paolo Gilardi
Décidément, l’alliance avec le centre est à la mode. En rêvent les députés du PS Levraz et Berset qui publient un plaidoyer en faveur d’une alliance avec le PDC contre la «droitisation du Conseil Fédéral». H. J. Fehr, leur patron au PS, l’alliance il la propose aux radicaux. La souhaitent les socialistes français après le premier tour de Bayrou. La réalisent les ex communistes italiens en fondant, dans quelques mois le Parti démocrate avec Prodi et Rutelli, le leader de l’ancienne DC, la «démocratie chrétienne».
Devant l’hégémonie des valeurs de la droite, de la pensée libérale, face à des secteurs bourgeois décomplexés et agressifs -qui mangent au Fouquet’s et se reposent sur un yacht de 60 mètres-, contre la brutalité des méthodes blochériennes, contre l’hypothétique  «retour de Berlusconi», contre la poursuite d’une présidence républicaine aux USA, l’hypothèse d’un front commun avec le «centre humaniste et responsable» pourrait paraître raisonnable.
«Pourrait», car, à y regarder de manière un tant soit peu sérieuse, «humaniste», le centre l’est si peu sauf dans l’imaginaire des barons socialistes. Et ce n’est pas que moi qui le dis. Interviewée par la Radio suisse romande (Forum, dimanche 20 mai), la présidente des radicaux zurichois –ceux qui comptent, dans ce pays- a été on ne peut plus claire. «S’allier avec les Verts, fussent-ils «libéraux», et avec le PS ? Encore faudrait-il, a-t-elle rappelé, qu’il s’engagent à défendre les intérêts de l’économie privée…Mais comme pour eux ce n’est pas une priorité, les bourgeois doivent rester unis, y compris avec l’UDC». Quant au PS et aux Verts, ils savent ce qui leur reste à faire…
Moins agressifs que les radicaux zurichois -parce qu’ils ont a faire à des salariés moins dociles- le patronat italien et les centristes français, les accords, les convergences au centre, veulent bien les envisager. Mais à leurs conditions.
Ainsi, la fondation du parti démocrate en Italie se fait sur la base d’un projet de relance de l’accumulation du capital: au menu, de nouvelles privatisations, la destruction des législations sociales et des services publics. Elle se fait surtout avec une accentuation de la pression sur les alliés -la revoilà, l’alliance- du Parti de la refondation communiste pour qu’il accepte -ce qu’il s’est empressé de faire- le démantèlement du système des retraites, la rigueur budgétaire et la politique étrangère du gouvernement, celle qui envoie les soldats au Liban et en Afghanistan.
Il en va de même en France: les propositions de Bayrou -que la plupart de ses députés viennent de quitter pour rallier le nouveau maître de l’Elysée-, notamment en matière de  coupes des dépenses publiques, relèvent de la plus pure orthodoxie libérale. Une orthodoxie qui, au prétexte de la lutte contre la droite, n’est un obstacle ni pour Mme Royal, ni pour Strauss-Kahn ou encore Laurent Fabius…
Mais c’est au Etats-Unis que la politique du «centre pour battre les réactionnaires» donne toute sa mesure. Majoritaires tant au Sénat qu’à la Chambre des représentants, les démocrates n’ont pris aucune mesure pour obliger Bush à retirer les troupes comme le demandent les deux tiers des citoyens des Etats-Unis. Ils ont bien fait voter des motions en faveur du retrait, mais qui ne sont pas contraignantes; Bush peut s’asseoir dessus sans qu’elles déclenchent la crise qu’aurait impliquée le vote, constitutionnellement possible, d’une motion avec effet contraignant. C’est que, au moment où Bush ne dispose plus du soutien que de 28% de la population, c’est une crise politique que les démocrates veulent éviter.
Et c’est la raison pour laquelle leur proposition de retrait d’Irak est loin d’en être une. Le texte qu’ils ont adopté au Congrès n’établit pas de calendrier de retrait: il fixe au premier avril 2008 le retrait d’un premier contingent tout en sauvegardant «la possibilité de son redéploiement rapide en Irak». D’après l’agence étasunienne Inter Press Service, «la motion démocrate garantit la présence de dizaines de milliers de soldats étasuniens en Irak pendant des années».
Aux Etats-Unis, le mouvement anti-guerre a expérimenté les effets de sa subordination à l’impératif de battre Bush à tout prix. En 2004, en mettant une sourdine à ses critiques à  Kerry, il n’a pas empêché la réélection de Bush. Il a par contre affaibli sa capacité de mobilisation.

En se ralliant aux options bourgeoises sous prétexte de faire barrage à une droite plus dure, ce sont les besoins des salariés qu’on subordonne à ceux de la bourgeoisie; c’est dans les bras de Sarkozy, de Fini ou de Blocher qu’on finit par pousser de larges couches de travailleurs. C'est ainsi que, pour battre Blocher et permettre le refinancement de l'AI, les socialistes s'allient aux radicaux et aux démocrates-chrétiens pour proposer l'augmentation de la TVA. De grèver donc un peu plus le budget des ménages plutôt que d'aller prendre l'argent nécessaire là où il est, dans la masse salariale et de manière proportionnelle aux revenus.

Il en va de même pour une certaine gauche «extrême» qui accède désormais directement à la chambre des boutons à Genève: va-t-elle se couler dans le moule d’un gouvernement de coalition, celui dont le projet est la destruction des protections dont bénéficie le personnel de la Ville de Genève au risque de rejeter ce même personnel dans les bras du MCG?

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Retour sur le G8: pour la bonne marche des affaires

Retour sur le G8: pour la bonne marche des affaires…

Paolo GILARDI

Comme l’an passé, comme il y a deux ans, comme chaque année depuis 1975, les maîtres autoproclamés du monde, les chefs d’Etat et de gouvernement des sept pays les plus riches de la planète et qui représentent plus de 60% du Produit intérieur brut mondial -et auxquels on a bien voulu, realpolitik oblige, en associer un huitième, la Russie- ont fait leur show.
Et comme chaque année, le sommet s'est terminé par des déclarations tonitruantes, pétries de bonnes intentions, politiquement particulièrement correctes. Les années passées ce furent les grands engagements en faveur de la lutte contre le SIDA, pour la réduction de la pauvreté, pour l’allègement de la dette des pays les plus pauvres. Cette année, Angela Maerkel, hôte de la manifestation, l’a voulu: c'est dans la douleur que le G8 a brisé une lance en faveur de l’environnement.
Qu’importent les résultats…
Quant aux résultats de ces engagements, la progression de la pandémie de SIDA, l’approfondissement de la crise de la dette pour les pays les plus pauvres, le creusement des inégalités en disent long. Il en sera évidemment de même pour les mesures de protection de l’environnement et les risques de modification climatique. Car, comme le prétend le G7 –nous reviendrons plus loin sur la disparition du huitième larron- aucun de ces objectifs ne pourra être atteint «sans l’ouverture du commerce mondial». Le voilà, le véritable enjeu de ces rencontres de puissants «réunis autour de certaines valeurs universelles (…) et de l’économie de marché»!
Mais ce qui compte d’abord, c’est la tenue du sommet. Illégitime dans la mesure où il n’émane d’aucun accord international et encore moins d’aucune décision démocratique, le G8 exprime la volonté des nantis de cette terre, les économies dominantes, de l’affirmer publiquement, encore plus que le Forum économique de Davos, comme le véritable détenteur du pouvoir mondial. Qu’il soit par ailleurs protégé par un impressionnant dispositif policier et militaire –le plus important déployé en Allemagne depuis la chute du Troisième Reich- remplit deux fonctions particulièrement importantes.
D’abord, la protection armée des sommets est un message clair aux populations: il leur signifie le fait que les nantis sont prêts à défendre leur pouvoir et leur maîtrise des richesses, dût-ce se traduire par l’interdiction d’une partie de l’espace public –les zones rouges interdites d’accès-, par des mesures massives de répression et, même, par la mort d’opposants comme ce fut le cas à Gênes en 2001.
D’autre part, chaque cas de limitation des droits démocratiques à l’occasion d’un sommet du G8, a fait -et continue à faire- office de précédent en matière de suspension de certains droits élémentaires. Ainsi, le cas de Genève est particulièrement parlant: alors qu’aucune manifestation n’avait plus été interdite depuis la fin des années septante, que leur organisation n’était plus soumise à autorisation –mais simplement à annonce à la police par les organisateurs-, les interdictions survenues lors du G8 en 2003 créent un précédent en vertu duquel les manifestations doivent être autorisées par la police qui peut de nouveau interdire la tenue d’une manifestation, voire inculper les organisateurs en cas de «débordements».
Les vrais lieux de décision
Les résultats des sommets sont de peu de relief, voire secondaires par rapport aux vrais enjeux. Par contre, c’est dans l’ombre du G8 que déploie une intense activité une division subalterne, celle qu’on appelle le «G7-Finances» ou plus simplement «G7». Réunissant les ministres des finances des sept pays les plus riches -donc, sans la Russie, orthodoxie et sérieux budgétaires obligent-, ce cénacle bien moins médiatisé que son grand frère, se réunit plusieurs fois par an pour déterminer les politiques économiques et monétaires communes.
Moins tenu par le «politiquement correct» que le G8, le G7 prépare le terrain des décisions qui sont par la suite entérinées par les gouvernements des pays du G8. Ainsi ses suggestions sont claires. En matière de développement économique, c’est «l’élimination des entraves à l’investissement privé» que le G7 prône. De même, l’aide aux pays pauvres passe par «l’élimination des mesures de soutien aux exportations qui faussent le commerce dans le domaine de l’agriculture». Finies donc les aides gouvernementales aux petits paysans du Sud producteurs de coton ou de café, par exemple!
Et quand le G7 se penche sur une situation particulière, c’est aussi pour saluer des pays comme le Nigeria, présenté comme «la clé de la prospérité sur l’ensemble du continent africain». Comme le fait remarquer un document d’ATTAC-France, «que le taux de croissance par habitant de ce pays qui, selon le PNUD se situe à la 159ème rang mondial, ne soit, sur les dernières décennies que de 0,2% par an en moyenne ne semble pas émouvoir les maîtres du monde. Pas davantage d’ailleurs et entre autres, que plus du tiers des revenus soit accaparé par les 10% les plus riches de la population pendant que les 10% des plus pauvres doivent s’en disputer moins de 2%»…
Et c’est toujours le G7, fort sensible aux «graves questions de l’heure», qui attire l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement sur le fait que «le niveau élevé et soutenu des prix de l’énergie est grandement préoccupant étant donné qu’il nuit à la croissance économique mondiale» ; c’est lui qui suggère au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale de conditionner l’octroi de prêts aux pays pauvres par la reconversion de leur agriculture à la culture extensive de soja ou de palmes destinées à la production d’agro combustibles.
Ensemble en Asie Centrale
C’est parce que «valeurs universelles et économie de marché» sont peu compatibles avec le désordre, que la « libre entreprise» a besoin de conditions stables favorables aux affaires, que l’un des points abordés lors du sommet de Rostock mais peu médiatisés a été celui de la situation en Asie centrale. Le prouve l'invitation au sommet du président fantoche afghan Amir Karzaï et de son homologue pakistanais Pervez Musharraf.
C’est en effet dans cette région du monde que se joue la stabilité dont ont besoin les économies des huit pays les plus puissants du monde. C’est en Afghanistan que, après la rapide victoire étasunienne dans la guerre de 2001, les Etats-Unis sont en train de perdre une nouvelle guerre après celle déjà perdue en Irak. Le contrôle des champs pétrolifères du Sud du Caucase et de l’oléoduc censé convoyer le brut à travers l’Afghanistan, d’Asie Centrale vers la Méditerranée risque ainsi de devenir impossible.
Dès lors, il est de la première importance pour les puissantes économies des pays du G8 et qui figurent parmi les plus grands consommateurs de brut de la planète -les Etats-Unis, par exemple consomment un quart de la production mondiale totale- de trouver une issue à cette situation. L’invitation des deux compères, Karzaï et Musharraf répond à cette nécessité, et à plusieurs titres.
Elle fait d’abord de la situation en Asie centrale la préoccupation principale des pays du G8: le message est clair à l’attention des pays membres. Ainsi, l’Afghanistan n’est pas à comprendre comme une affaire strictement étasunienne, elle est l’affaire de tous les riches. Partant, c’est l’effort de guerre multilatéral qui doit être accru, y compris par la modification de la mission de l’ONU. C’est en effet cette dernière qui fournit encore aujourd’hui la légitimité «universelle» aux opérations militaires multilatérales menées sous commandement US par les troupes des pays de l’OTAN.
Le Pakistan aux avant postes
Ensuite, les discussions à Rostock impliquent directement le Pakistan dans la guerre afghane non seulement en raison de la géographie: son invitation au G8 fait de Musharraf une pièce bien plus impliquée qu’auparavant du dispositif en Afghanistan. Elle le pose devant ses responsabilités dans la lutte contre l’islamisme et en particulier contre les camps d’entraînement des Talibans au Pakistan.
Adoubé à Rostock comme co-responsable de la stabilité de la région, il aura dès lors carte blanche pour une intensification, au nom de la « guerre infinie contre le terrorisme», de la répression déjà en cours au Pakistan contre les mouvements populaires.
Avec la bénédiction des très démocratiques pays du G8…■

 

Le G8 en quelques mots
Le G8, le «groupe des huit pays les plus riches» est né sous le nom de G5 en 1975, après deux ans de contacts étroits des ministres des finances d’Allemagne, Etats-Unis, Japon, Royaume uni et France, à l’initiative du président français de l’époque et ancien ministre des finances, Valéry Giscard d’Estaing. Il est élargi en 1976 à l’Italie et au Canada. Il devient G8 en 1998 avec l’intégration de la Russie. Celle-ci ne participe cependant pas à la structure la plus opérative du G8, à savoir le «G7 finances» qui se réunit plusieurs fois par an.
Les pays du G8 représentent plus de 60% du PIB mondial. L’Inde et la Chine, 30% de la population mondiale, n’en font pas partie.

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