01/06/2014

Au théâtre ce soir

Avec une Doris Ittig qui joue juste du début à la fin et une Claude Inga fidèle à elle même malgré quelques exercices de style un brin longuets -mais excellentissime l'accent jurassien- Laverie Paradis vous fait passer une heure et demie de plaisir. Une parabole peut-être, mais comme le dit Bernadette (D. Ittig), "on a de la chance, on est câblé"... Au Théâtre Saint-Gervais, jusqu'au 14 juin...

29/05/2014

C’est qui qui commande ? La présidente du DIP ou ses hauts fonctionnaires ?

Vous souvenez-vous des déclarations dans la presse de Mme Emery-Torracinta, présidente du DIP?

 

Tout en annonçant des années à venir difficiles, elle se réjouissait d’avoir obtenu de la part de la commission des finances du Grand Conseil une rallonge budgétaire permettant d’envisager «de manière sereine  la prochaine rentrée scolaire». Elle s’en est d’ailleurs réjouie par un courrier personnel à tou.te.s les salarié.e.s du DIP. Cette rallonge aurait dû permettre notamment d’éviter la fermeture de classes, les suppressions de postes et empêcher la constitution de classes « bourrées », avec des effectifs maximum.

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24/05/2014

Turbulences : Dans le ciel et juste dessous…

Qu’y a-t-il de commun entre celui, projeté, de Notre-Dame-des-Landes, celui de Cointrin et le Léonard-de-Vinci de Rome-Fiumicino, mis à part qu’il s’agit d’aéroports? A des titres divers, leurs destinées sont étroitement liées à l’immense réorganisation en cours du marché de l’aviation. Leurs destinées, mais aussi celles des salarié.e.s du secteur -57 millions d’emplois à travers le monde-, celles des populations riveraines des aéroports et celles de l’air que nous respirons.

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18/05/2014

Gripen: N’est pas Villiger qui veut…

 

Il y a plus de vingt ans, six semaines seulement avant le vote sur l’achat de 33 FA-18, 66% des sondés avaient dit leur détermination à refuser cette dépense de quelques trois milliards de francs.

Six semaines plus tard, plus de 54% des votants approuvaient l’achat des 33 frelons. Entre deux, l’alors conseiller fédéral en charge de la défense, Kaspar Villiger, et son spin-doctor, l’ancien maoïste Daniel Eckmann, avaient passé par là. Et avaient réussi à transformer un vote sur l’achat de nouveaux avions de combat en un vote sur l’existence même de l’armée. Et, pour ce faire, ils avaient réussi l’exploit de mobiliser sur la place fédérale, à Berne, des dizaines de milliers de partisans de l’armée, sociétés de tir et autres amicales patriotiques confondues.

A l’appui de la mobilisation d’alors, l’exacerbation des conflits dans l’ancien espace yougoslave qui avait donné à l’alors commandant des forces aériennes, le major Carrel, l’opportunité d’expliquer que, si des réfugiés yougoslaves venaient à attaquer la Migros dans le Sud des Grisons, on finirait par regretter de ne pas avoir acheté des avions de combat.

Ces dernières semaines, ce sont les mêmes leit-motifs -la situation en Ukraine, la crainte de l’avenir- qui ont été appelés à la rescousse à l’appui de l’achat du Gripen. Sans pour autant remporter –mais on n’en a pas été loin- le succès de 1993.

Certes, s’inspirant de son prédécesseur d’il y a vingt ans, le chef de meute de l’UDC, Ueli Maurer, a  voulu faire porter le débat sur l’existence même d’une armée. Et il n’a pas été loin de gagner dans la mesure où, depuis trois semaines, le taux d’acceptation des Gripen était de plus en plus important. En d’autres termes, n’est pas Kaspar Villiger qui veut…

Evidemment, la campagne des adversaires donnait raison à Monsieur Maurer dans la mesure où, des Verts au PS, personne ne remettait en cause non seulement le principe de la défense armée et de son coût –au bas mot, 13 millions de francs par jour, sans compter les coûts induits de la dite défense nationale-, mais également la nécessité de moderniser la flotte aérienne de l’armée.

C’est en ce sens que la campagne de Maurer a été une presque victoire dans la mesure où, alors qu’il y a deux semaines, les sondages créditaient les Gripen d’un taux d’acceptation de moins de 42%, l’issue du vote a été bien moins tranchée.

Globalement, il faut prendre acte que, en ce sens, l’approche des militaristes et de la droite en a pris ce soir pour son grade. Autrement dit, pour une fois, la majorité du corps électoral, malgré les ambivalences des opposants, ne s’est pas fait rouler dans la farine. Et elle a clairement dit que, à l’heure des coupes budgétaires et de l’élévation de l’âge de l’AVS, il est exclu de dépenser un million de francs par jour pour acheter des avions, un million qui vient s’ajouter aux treize millions que coûte déjà l’armée aujourd’hui.

Et c’est pourquoi, il ne faudra pas déserter le terrain de la réaffectation des 300 millions annuels prévus pour le Gripen : en aucun cas ils n’appartiennent à l’armée. Mais, pour qu’ils soient attribués à l‘AVS, à l’AI ou aux bourses d’études, il faudra construire un mouvement social large. Qui ne se contente pas de dire que « des avions, oui, mais pas maintenant », mais qui refuse sans concession aucune, les dépenses militaires.

Le vote de ce jour prouve que c’est possible. Et que le chef de meute de l’UDC doit s’en aller.

 

 

Paolo Gilardi

Gripen: N’est pas Villiger qui veut…

 

Il y a plus de vingt ans, six semaines seulement avant le vote sur l’achat de 33 FA-18, 66% des sondés avaient dit leur détermination à refuser cette dépense de quelques trois milliards de francs.

Six semaines plus tard, plus de 54% des votants approuvaient l’achat des 33 frelons. Entre deux, l’alors conseiller fédéral en charge de la défense, Kaspar Villiger, et son spin-doctor, l’ancien maoïste Daniel Eckmann, avaient passé par là. Et avaient réussi à transformer un vote sur l’achat de nouveaux avions de combat en un vote sur l’existence même de l’armée. Et, pour ce faire, ils avaient réussi l’exploit de mobiliser sur la place fédérale, à Berne, des dizaines de milliers de partisans de l’armée, sociétés de tir et autres amicales patriotiques confondues.

A l’appui de la mobilisation d’alors, l’exacerbation des conflits dans l’ancien espace yougoslave qui avait donné à l’alors commandant des forces aériennes, le major Carrel, l’opportunité d’expliquer que, si des réfugiés yougoslaves venaient à attaquer la Migros dans le Sud des Grisons, on finirait par regretter de ne pas avoir acheté des avions de combat.

Ces dernières semaines, ce sont les mêmes leit-motifs -la situation en Ukraine, la crainte de l’avenir- qui ont été appelés à la rescousse à l’appui de l’achat du Gripen. Sans pour autant remporter –mais on n’en a pas été loin- le succès de 1993.

Certes, s’inspirant de son prédécesseur d’il y a vingt ans, le chef de meute de l’UDC, Ueli Maurer, a  voulu faire porter le débat sur l’existence même d’une armée. Et il n’a pas été loin de gagner dans la mesure où, depuis trois semaines, le taux d’acceptation des Gripen était de plus en plus important. En d’autres termes, n’est pas Kaspar Villiger qui veut…

Evidemment, la campagne des adversaires donnait raison à Monsieur Maurer dans la mesure où, des Verts au PS, personne ne remettait en cause non seulement le principe de la défense armée et de son coût –au bas mot, 13 millions de francs par jour, sans compter les coûts induits de la dite défense nationale-, mais également la nécessité de moderniser la flotte aérienne de l’armée.

C’est en ce sens que la campagne de Maurer a été une presque victoire dans la mesure où, alors qu’il y a deux semaines, les sondages créditaient les Gripen d’un taux d’acceptation de moins de 42%, l’issue du vote a été bien moins tranchée.

Globalement, il faut prendre acte que, en ce sens, l’approche des militaristes et de la droite en a pris ce soir pour son grade. Autrement dit, pour une fois, la majorité du corps électoral, malgré les ambivalences des opposants, ne s’est pas fait rouler dans la farine. Et elle a clairement dit que, à l’heure des coupes budgétaires et de l’élévation de l’âge de l’AVS, il est exclu de dépenser un million de francs par jour pour acheter des avions, un million qui vient s’ajouter aux treize millions que coûte déjà l’armée aujourd’hui.

Et c’est pourquoi, il ne faudra pas déserter le terrain de la réaffectation des 300 millions annuels prévus pour le Gripen : en aucun cas ils n’appartiennent à l’armée. Mais, pour qu’ils soient attribués à l‘AVS, à l’AI ou aux bourses d’études, il faudra construire un mouvement social large. Qui ne se contente pas de dire que « des avions, oui, mais pas maintenant », mais qui refuse sans concession aucune, les dépenses militaires.

Le vote de ce jour prouve que c’est possible. Et que le chef de meute de l’UDC doit s’en aller.

 

 

Paolo Gilardi

Gripen: N’est pas Villiger qui veut…

 

Il y a plus de vingt ans, six semaines seulement avant le vote sur l’achat de 33 FA-18, 66% des sondés avaient dit leur détermination à refuser cette dépense de quelques trois milliards de francs.

Six semaines plus tard, plus de 54% des votants approuvaient l’achat des 33 frelons. Entre deux, l’alors conseiller fédéral en charge de la défense, Kaspar Villiger, et son spin-doctor, l’ancien maoïste Daniel Eckmann, avaient passé par là. Et avaient réussi à transformer un vote sur l’achat de nouveaux avions de combat en un vote sur l’existence même de l’armée. Et, pour ce faire, ils avaient réussi l’exploit de mobiliser sur la place fédérale, à Berne, des dizaines de milliers de partisans de l’armée, sociétés de tir et autres amicales patriotiques confondues.

A l’appui de la mobilisation d’alors, l’exacerbation des conflits dans l’ancien espace yougoslave qui avait donné à l’alors commandant des forces aériennes, le major Carrel, l’opportunité d’expliquer que, si des réfugiés yougoslaves venaient à attaquer la Migros dans le Sud des Grisons, on finirait par regretter de ne pas avoir acheté des avions de combat.

Ces dernières semaines, ce sont les mêmes leit-motifs -la situation en Ukraine, la crainte de l’avenir- qui ont été appelés à la rescousse à l’appui de l’achat du Gripen. Sans pour autant remporter –mais on n’en a pas été loin- le succès de 1993.

Certes, s’inspirant de son prédécesseur d’il y a vingt ans, le chef de meute de l’UDC, Ueli Maurer, a  voulu faire porter le débat sur l’existence même d’une armée. Et il n’a pas été loin de gagner dans la mesure où, depuis trois semaines, le taux d’acceptation des Gripen était de plus en plus important. En d’autres termes, n’est pas Kaspar Villiger qui veut…

Evidemment, la campagne des adversaires donnait raison à Monsieur Maurer dans la mesure où, des Verts au PS, personne ne remettait en cause non seulement le principe de la défense armée et de son coût –au bas mot, 13 millions de francs par jour, sans compter les coûts induits de la dite défense nationale-, mais également la nécessité de moderniser la flotte aérienne de l’armée.

C’est en ce sens que la campagne de Maurer a été une presque victoire dans la mesure où, alors qu’il y a deux semaines, les sondages créditaient les Gripen d’un taux d’acceptation de moins de 42%, l’issue du vote a été bien moins tranchée.

Globalement, il faut prendre acte que, en ce sens, l’approche des militaristes et de la droite en a pris ce soir pour son grade. Autrement dit, pour une fois, la majorité du corps électoral, malgré les ambivalences des opposants, ne s’est pas fait rouler dans la farine. Et elle a clairement dit que, à l’heure des coupes budgétaires et de l’élévation de l’âge de l’AVS, il est exclu de dépenser un million de francs par jour pour acheter des avions, un million qui vient s’ajouter aux treize millions que coûte déjà l’armée aujourd’hui.

Et c’est pourquoi, il ne faudra pas déserter le terrain de la réaffectation des 300 millions annuels prévus pour le Gripen : en aucun cas ils n’appartiennent à l’armée. Mais, pour qu’ils soient attribués à l‘AVS, à l’AI ou aux bourses d’études, il faudra construire un mouvement social large. Qui ne se contente pas de dire que « des avions, oui, mais pas maintenant », mais qui refuse sans concession aucune, les dépenses militaires.

Le vote de ce jour prouve que c’est possible. Et que le chef de meute de l’UDC doit s’en aller.

 

 

Paolo Gilardi

30/04/2014

Revoilà le 1er Mai!

Revoilà le 1er Mai. Avec ses défilés à la fréquentation «en tous les cas pas inférieure à celle des années passées», ses banderoles, ses slogans, ses fanfares, ses sardines grillées et autres raclettes…

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27/04/2014

Ordre moral: Porno-Lehrer ?

Elle est kafkaïenne l’histoire de Daniel Saladin, enseignant dans un lycée zurichois, arrêté en 2009 et exclu de l’enseignement pour avoir traité en classe dans le cadre de son cours de littérature allemande de la pièce de Frank Wedekind, L’éveil du printemps, parue en 1891 et de deux autres ouvrages qu’une dénonciatrice anonyme qualifiait de «lecture pornographique».

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14/04/2014

Merci Pierre Bayenet

Avec 34% des voix lors l’élection du procureur général, il aura fait plus que de la figuration. Et contrairement aux prévisions des Cassandres socialistes et écologistes, Pierre Bayenet n’aura pas provoqué un plébiscite en faveur d’Olivier Jornot. Loin de là!

De plus, il a également réussi à faire vivre un comité de soutien qui a débordé largement les frontières organisationnelles de la coalition Ensemble à gauche dont il était le candidat.

Au soir du vote, c’est en termes de victoire qu’il s’est exprimé. Car, au-delà du strict résultat comptable, c’est bien de victoire qu’il faut parler. En effet, après deux mois de campagne, ce que le seul candidat Bayenet prétendait fin janvier est peu à peu devenu une réalité largement admise.

Une victoire politique

Il en est ainsi en ce qui concerne l’incarcération systématique d’étrangers en situation illégale. Alors qu’en début de campagne l’actuel procureur général refusait d’admettre que des dizaines de personnes croupissent à Champ Dollon pour le simple fait de ne pas être porteuses de papiers en règle, il a été forcé de reconnaître, et avec lui la presse toute entière, qu’il s’agit bel et bien d’une réalité.

Au même titre, c’est la campagne du candidat Bayenet qui a permis de dénoncer les libertés d’interprétation que l’actuel procureur général s’accorde en matière de droits humains. Prétendre comme il n’a cessé de le faire, que «l’insécurité dans les prisons est moins inquiétante que l’insécurité à l’extérieur» au moment où le Tribunal fédéral dénonce des «traitements inhumains et dégradants» à Champ Dollon, c’est particulièrement dangereux. Cela suppose une universalité toute relative des droits humains: les personnes embastillées les mériteraient-elles moins que celles et ceux qui sont dehors?

En vertu d’un supposé climat «propice au tout sécuritaire» rares étaient les dénonciations de telles pratiques. Grâce à la campagne de Bayenet et de son comité de soutien, le principe d’universalité des droits a refait surface au point que certains chroniqueurs ont fini par critiquer les pratiques d’un Olivier Jornot promu par la Tribune de Genève au grade de «Général procureur».

Et c’est toujours grâce à la campagne de Pierre Bayenet que le «principal mérite» de Jornot qui était, selon la presse de début février, la réorganisation du ministère public, se transforme, deux mois plus tard, en une «restructuration difficile qui connaît des à-coups, notamment en matière de gestion du personnel». Difficile en effet de contester le nombre élevé de cas de burnout dans les services de Jornot que Bayenet a dénoncés…

Le peuple a bon dos

C’est au nom d’un supposé «climat général propice aux solutions musclées» que les directions des Verts et des Socialistes ont refusé de soutenir Pierre Bayenet. Au final, force est de constater que ce climat n’est pas si général et qu’il l’est encore moins dans les quartiers populaires. Les Pâquis -plus de 55% en faveur de Bayenet- sont, à ce titre, édifiants.

Erigé en laboratoire des politiques sécuritaires de Jornot et de son compère radicalement libéral Pierre Maudet, le quartier leur inflige un cinglant désaveu en rejetant le «tout sécuritaire» censé «pacifier les Pâquis» et, surtout, avoir conquis les classes populaires. Et ce vote n’est pas seul, puisque tous les arrondissements populaires de Genève, sans exception, ont voté pour Bayenet. La situation est par contre différente dans les communes suburbaines, notamment à Vernier, où le MCG a depuis longtemps labouré le terrain déserté par la gauche.

Ce sont des considérations qui devraient convaincre celles et ceux qui, sans les arrière-pensées hypocrites des appareils politiques, craignent que l’actuel contexte n’autorise pas d’audaces. Le succès de Pierre Bayenet démontre le contraire. Sans cette campagne, le procureur général et sa politique auraient été confirmés tacitement, privant de droit de cité toute conception discordante.

Et la suite? Tout de suite

Des couches nouvelles, extérieures aux appareils de parti, se sont engagées dans cette campagne contre la politique du procureur général. Il ne faut pas qu’elles se dispersent en attendant la prochaine élection, dans six ans. Dès aujourd’hui, c’est une unité large qui conteste au quotidien la politique du général procureur qui est nécessaire.

 

C’est la suite logique des espoirs suscités par Pierre Bayenet.

16/03/2014

Elections judiciaires

Contre l’ordre à Jornot !

 

Spécificité genevoise, le 18 avril, électeurs et électrices sont appelé.e.s à élire pour cinq ans le procureur général (PG). C’est la présentation par Ensemble à gauche de Pierre Bayenet qui empêche la réélection tacite du libéral radical Olivier Jornot en charge depuis 2011.

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03/03/2014

12'000, et après?

C’est pour «Une suisse ouverte et solidaire» que Verts, Parti socialiste et Union syndicale suisse ont mis dans la rue, samedi passé, quelques 12'000 personnes, d’après leur comptage.

Sauf que, au-delà des bons sentiments, les contours de tant de solidarité et d’ouverture avaient de la peine à se dessiner autrement que sous les traits de ce qu’une partie des couches populaires ont rejeté le 9 février, les accords bilatéraux.

A preuve, le fait que la revendication qui pourrait être en mesure de répondre aux craintes des couches populaires en matière de sous-enchère salariale et sociale, «pour une réelle protection des salaires et des conditions de travail», figurait en … 6ème position, bien loin des incantations «antiracistes» et «anti-xénophobes» au premier plan de l’appel à manifester.

Incantations. Le terme s’impose, car sans mesures d’accompagnement salariales et sociales, l’invocation de «l’ouverture au monde» ne peut, au mieux, qu’être inefficace et, au pire, stigmatiser les classes populaires qui ont peur.

Est-ce au nom de «l’antiracisme» qu’il faut accepter la sous-enchère salariale? Qu’il faut subir l’explosion de l’armée industrielle de réserve, pour reprendre une catégorie marxiste, du nombre de demandeurs d’emploi résultant d’une ouverture des frontières sans véritables mesures d’accompagnement? Poser la question, c’est y répondre…

Une étude officielle explique que c’est dans les quartiers populaires de Zürich que le basculement massif contre les accords bilatéraux a eu lieu, pas dans le centre ni sur la huppée Goldene Küste, au bord du lac. A cette inquiétude, les incantations antiracistes n’apporteront aucune réponse.

Pourtant, après le vote du 9 février les conditions restent réunies pour exiger autre chose. Alors que le gouvernement s’empresse de mettre un terme aux négociations avec la Croatie et que le grand patronat suisse craint pour son accès aux marchés européens, le moment pourrait être propice pour obtenir les mesures d’accompagnement dont le patronat ne veut pas.

Après le 9 février, ce n’est qu’en accordant des avancées sociales significatives qu’il pourrait retrouver une marge de manœuvre vers l’Europe. Veulent-ils des accords avec la Croatie ? Des contingents élevés à Genève, Bâle ou Lausanne? Chiche, à condition qu’ils nous accordent 4000 francs de salaire minimum, une protection contre les licenciements, la réduction des horaires, l’extension des CCT et des centaines d’inspecteurs du travail!

 

Par leur profession de foi sans contenus sociaux, les directions des Verts, du PSS et de l’Union syndicale suisse font exactement le contraire de ce qu’il faudrait. A l’heure où Johann Schneider, le ministre de l’économie qui a «optimisé» l’imposition fiscale de l’empire industriel de son épouse, Madame Amman, lance la campagne contre le salaire minimum, le signal donné samedi passé par l’USS est prélude de nouvelles défaites.

19/01/2014

Aéroport: pas sur le dos des riverains et de celles et ceux qui y travaillent

Après celle, victorieuse, du personnel de Swissport en 2010 et celle, durée plus de 180 jours, chez ISS il y a trois ans, la grève d’une partie du personnel de Gate Gourmet, entamée le 14 septembre, remet l’aéroport international de Genève sous les feux de la rampe. Et pour cause!

Aujourd’hui, Cointrin fait figure de pièce maîtresse d’un projet de développement économique, celui souhaité par les banquiers, financiers et industriels de tout l’arc lémanique et au- delà.

Que ce soit en termes de gestion de fortunes off shore, de capacité de séduire les compagnies de négoce -c’est en Suisse qu’on négocie plus d’un cinquième des matières premières vendues et achetées dans le monde-, ou encore pour que les entreprises de biotech qui se développent autour de l’EPFL puissent avoir accès aux marchés internationaux, pour les élites en Suisse romande, le développement de l’aéroport est incontournable.

Il s’agit en premier lieu d’attirer des compagnies d’aviation -celles qui «montent» à l’exemple de Turkish Airlines- qui assurent des liaisons directes, sans devoir passer par les grands hubs, avec des pôles économiques en Europe et au Moyen Orient, mais aussi en Amérique du Nord. 

L’augmentation du volume de passagers -14 millions en 2013, un record- est la résultante première de cette stratégie. Sa poursuite ne pourra se traduire que par une augmentation des vols et un accroissement notable des nuisances, autant sonores -pour la population de la deuxième ville du canton, Vernier- qu’atmosphériques. 

Parallèlement, c’est l’agrandissement des pistes que les patrons et les banquiers réclament, ce qui ne ferait qu’accentuer les nuisances tout en bétonnant des espaces verts. C’est pour cette raison que les médias se sont empressés de frapper du sceau du crime de lèse patrie toute tentative d’organiser l’opposition à l’extension de la piste.

Et pour être vraiment sûr des avantages concurrentiels de Cointrin, c’est une course à la baisse des conditions de travail qui est engagée à travers la multiplication des dénonciations des conventions collectives de travail dans les nombreuses entreprises opérant à Cointrin.

Après Gate Gourmet qui avait licencié tout son personnel pour le réengager à des conditions salariales et sociales inférieures, c’est désormais SR Technics qui vient de dénoncer la CCT pour fin juin alorsque des rumeurs de mesures analogues chez Swissport commencent à circuler. 

C’est clairement au mépris de l’environnement et sur le dos des populations riveraines de l’aéroport et des milliers de personnes qui y travaillent que le «miracle économique de l’arc lémanique» se fait déjà et veut se poursuivre.

Dès lors, batailles pour l’environnement, luttes contre les nuisances et pour le cadre de vie et défensedes conditions de travail sont des facettes complémentaires du même combat.

 

Un combat qu'associations de riverains et de protection de l'environnement, syndicats et gauche politique se doivent de mener ensemble, pour un développement de la région en fonction de la satisfaction des besoins de la majorité de la population, pas ceux des actionnaires.

03/12/2013

Fini, Stauffer?

Avec ses allures de John Wayne de sous-préfecture, le fondateur et président ad aeternam du MCG est arrivé bon dernier dans la course au Conseil d’Etat, derrière même l’astre montant de l’UDC genevoise, la (vraie) blonde  Amaudruz…

Un looser, l’homme au flingue? Que nenni, hélas! Car, indépendamment de ses échecs électoraux -c’est la troisième fois qu’il se plante dans la course au gouvernement-, le gominé d’Onex a à son actif ce qu’aucun leader de la gauche -ou de sa gauche- pourrait revendiquer: il a imposé les termes du débat politique à Genève. Excusez du peu.

Avec son effronterie mielleuse de bad boy de banlieue pavillonnaire, il clame haut et fort dans Le Temps: «je suis un faiseur de princes» (12.11.2013). Cela fait rire Vigousse. A tort, car, si on est débarrassé -peut-être- du candidat Stauffer, de ses idées nauséabondes, on ne l’est pas. Et pour un bout de temps, hélas...

Il donne le ton

A son image, son parti n’a jamais réussi, comme le font fièrement remarquer des députés de «gauche», à faire passer un seul projet de loi. Ils peuvent se vanter, eux, dont les seuls projets qui ont été acceptés l’ont été avec les voix de la droite. Stauffer, lui, tout comme le MCG, n’a pas besoin de majorités parlementaires pour donner le ton, le sien.

Ses fanfaronnades de shérif «capable en 80 jours de débarrasser Genève de la racaille qui pollue la vie» (Le Temps, 25.5.2012) ne sont pas que rassurante musique aux oreilles de la gent policière, premier bassin de recrutement historique du MCG. Son discours sur «l’insécurité» sert de légitimation tout autant à la bride lâchée par les PLR Maudet et Jornod sur le cou des patrouilles de police, qu’à l’installation de caméras de surveillance dont Stauffer est le fervent défenseur -sauf en matière d’infractions à la circulation routière…- ou encore à la chasse aux joueurs de bonneteau et aux Rom’s.

C’est la dénonciation de la figure sociale du «frontalier» coupable de tous les maux de la république qui a amené le gouvernement à prendre des mesures de «préférence cantonale» en matière d‘embauche. C’est cette dénonciation qui sert à stigmatiser une part non négligeable des salarié.e.s de Genève que les slogans du MCG appellent à «éradiquer», à diviser celles et ceux qui n’ont que leur travail pour vivre.

Car la méthode Stauffer consiste à créer le rapport de forces social d’abord, à faire valoir une sorte de «bon sens populaire» pour mettre la pression sur les pouvoirs publics par la suite. C’est ainsi que son parti a animé un «conseil municipal populaire» dans la Brasserie du Lignon, dans un quartier très populaire. Stauffer et les siens, n’y ont pas galvaudé l’occasion de donner des exutoires au mal-être des gens: trop d’impôts, de laxisme, de frontaliers

Comme ils n’ont pas manqué une occasion de montrer du doigt une gôche qui a déserté les brasseries populaires au profit du parlement et des conseils d’administration des régies publiques. C’est lui, Stauffer, «l’employé du peuple», qui a dénoncé la rémunération stratosphérique du président socialiste du Conseil d’administration des Services industriels. Ce qui ne l’empêche nullement de s’octroyer une substantielle hausse de salaire en tant que maire de la Ville d’Onex, ni de vitupérer, dans des blogs à la syntaxe approximative et à l’orthographe bancale, «les ennemis de Genève […] de la sécurité dans nos rues, de l’économie, des économies » que sont «les partisans de l’initiative 1 :12».

Genève, terre d’accueil des… sociétés internationales

C’est lui qui écrit aussi sur son blog que «les citoyennes/citoyens qui l’aiment doivent se mobiliser pour que notre Cité reste un lieu dans lequel les sociétés internationales, les organisations internationales et tous les autres décideurs mondiaux ne se mettent pas à fuir à cause de l’insécurité et de tout autre facteur… ».

Une légitimation, de nouveau, de la politique sécuritaire mais aussi de la faible imposition des sociétés et de la réduction du «pouvoir de nuisance» des syndicats, notamment à l’aéroport, ce lieu que Stauffer veut équiper de «200 à 300 containers» permettant d’incarcérer les «faux réfugiés» et autres «criminels récidivistes» (Le Temps, 25.5.2012)

Sur un terrain déserté

C’est en 2005 qu’il a fondé son parti, à l’occasion de la 2ème votation sur les bilatérales. Au moment où, une gauche en pâmoison devant le «progrès de Civilisation» représenté par la «libre» circulation faisait preuve d‘un immense mépris face aux craintes populaires de dumping salarial. C’est sur ce mépris, que le John Wayne d’Onex a su construire son succès.

C’est sur ce terrain, déserté, qu’il faut lui disputer l’écoute des couches populaires.

Paolo Gilardi

 

 

 

 

13/10/2013

Le Reichstag serait-il sur le point de brûler?

La progression du MCG lors des élections genevoises a de quoi inquiéter. Tout comme celle du Front national dans les intentions de vote en France, sans parler des performances de l’Aube dorée en Grèce ou du mouvement Jobbik en Hongrie.

En sommes-nous pour autant à la veille du fascisme en Europe? Le Reichstag serait-il sur le point de brûler? La question est souvent posée, traçant des parallèles entre 1929 et la montée des fascismes d’une part, et la crise actuelle et les dangers qu’elle comporte, de l’autre.

Si tel était le cas, la tâche qui en découlerait serait l’organisation d’un large front antifasciste incluant aussi des partis bourgeois. Une large alliance, celle des «démocrates» -du PLR à la «gauche»- contre les «populismes»: la sirène en tente plus d’un.e, d’autant qu’elle a déjà été proposée pour faire face à l’UDC.

Pourtant, nous n’en sommes pas là. Au-delà du fait que l’UDC n’est pas le FN, que le MCG n’est pas l’Aube dorée, même si c’est une logique fascisante qu’il développe, il n’est pas un seul pays d’Europe dans lequel la bourgeoisie aurait besoin du fascisme pour assurer sa domination de classe. En Suisse encore moins…

Ceci étant dit, il s’agit cependant de ne pas sous-estimer la capacité de nuisance de la droite extrême. Par sa présence et son implantation devenue durable dans des couches populaires atomisées ou petites bourgeoises désorientées, le MCG donne le ton. Et fournit, clés en main, un semblant de cohérence, d’explication au malaise social.

Cette cohérence n’est pas que celle du bouc émissaire: en stigmatisant «le frontalier profiteur de notre bien-être», ce sont les «profiteurs de l’AI et de l’assurance chômage» que l’on pointe avant de s’en prendre à ces mêmes assurances. Tout comme fustiger les manquements des autorités en matière de «sécurité», sert de base à la remise en cause de droits fondamentaux, en matière pénale et de détention, notamment.

C’est une approche autoritaire qu’ils imposent dans le débat politique et qui se révèle fonctionnelle en période d’économies budgétaires: c’est le retour «de l’autorité» à l’école qui doit permettre la prise en charge de classes aux effectifs de plus en plus nombreux, c’est la prison qui doit répondre à la marginalisation d’une part de la jeunesse…

C’est avec cette approche qu’ils ont labouré en profondeur les quartiers où l’insécurité sociale et les transformations sociétales bouleversent le quotidien et l’imaginaire des stables de jadis, cols blancs ou bleus qu’ils furent. Cela pèse sur le débat public, en fixe les contours et divise les salarié.e.s. et les laissé.e.s pour compte.

 

C’est pourquoi ce sont les lieux de travail et les quartiers populaires qu’il faut réinvestir pour proposer d’autres combats, pour l’emploi, le logement, les droits sociaux…, pas juste pour demander aux gens de se réveiller une fois tous les quatre ans pour aller voter -pour la gauche, comme de bien entendu…

29/09/2013

C'est con, c'est nul et ça marche...

«C’est à cause des frontaliers que les loyers sont trop chers à Genève!». Monument d’absurdité -le frontalier habite … ailleurs-, l’affirmation a été lâchée par un élu du Mouvement citoyen genevois sur les ondes de la radio romande. Sans, d’ailleurs, que l’officiant de service, le journaliste, en relève l’incongruité…

C’est con, c’est nul, et ça marche. Une simple tournée des cafés, au Lignon, à Onex, à Carouge et même aux Pâquis suffit pour s’en convaincre. Une ville asphyxiée par les voitures? La faute aux frontaliers, assénera le quidam qui, par ailleurs vous proposera de signer le référendum contre le financement de parkings d’échange en France permettant aux frontaliers de venir en bus…

Responsables de tout, les frontaliers! Avec les rom’s qui dorment sous les ponts, les africains «dealers de coke» -qui comptent certains bons Citoyens Genevois parmi leurs clients- et avec la … «gauche permissive», telle que se plaît à la définir le gominé du MCG!

Par ses imprécations, par son style, le MCG a su fixer l’agenda politique. Il a récupéré le fonds de commerce d’une droite fascisante -et populaire- qui a toujours existé à Genève, de l’Union de défense économique des années 1930 au parti Vigilance. Mais il a surtout su offrir un bouc émissaire aux frustrations sociales des couches populaires.

Pour ce faire, il profite du vide laissé par une «gauche» qui n’a plus de tel que le nom. Car, lorsque c’est un conseiller fédéral socialiste qui veut élever l’âge de la retraite et plie devant les exigences des assureurs maladie, quand ce sont des ministres PS et Verts qui coupent dans la santé, l’éducation et les prestations sociales, comment croire en la «gauche»?

Qu’attendre d’elle, lorsque une commune qu’elle dirige, celle de Carouge, externalise une partie de ses services de voirie à une entreprise qui pratique des conditions de travail qui n’ont rien à envier au monde carcéral et contre lesquelles le personnel est en grève depuis plus d’un mois?

Lorsque le mouvement syndical et la «gauche», comme à Neuchâtel, acceptent l’ouverture prolongée des magasins, que reste-t-il comme espoir aux gens? Aux victimes de la crise, à ces gens qui perdent tout repère? A défaut d’apprendre à se battre, tous ensemble, en tant que salarié.e.s, c’est sur le frontalier qu’on déversera sa rage…

Et qu’attendre de cette «autre gauche» qui, au moment des élections, fait alliance avec la «gauche» de gouvernement? Elle retrouvera des sièges et, peut-être pourra, à brève échéance, piquer des voix à ses alliés, Verts et Socialistes; sur le long terme cependant, sans rompre avec eux, elle sombrera avec.

 

Une évidence s’impose: ce n’est pas d’une gauche de compromis et de gouvernement que les classes populaires ont besoin pour ne pas finir dans les bras des Dux gominés, mais d’une nouvelle gauche, qui retourne vers les lieux de travail, en totale rupture avec l’ancienne…

23/09/2013

Vive l'Etat svelte

Il n’y a pas que le toit et les plafonds qui se désagrègent au Cycle d’Orientation du Renard ainsi que le rapporte régulièrement la Tribune suite aux alertes du groupe d’enseignants du SSP et de l’Association des parents d’élèves.

C’est l’école elle-même, celle qui est censée former les nouvelles générations, qui commence à tomber en ruine.

Cela est dû à la décision récente du Conseil d’Etat de ne pas remplacer les membres absents du personnel administratif et technique de ne pas repourvoir pendant six mois les postes occupés par ceux d’entre eux qui partent à la retraite anticipée.

Ainsi, au CO du Renard, le secrétariat fermera dorénavant une demi-heure plus tôt aussi bien le matin que l’après-midi, même si des cours se poursuivent jusqu’à 12 h. ou jusqu’à 17h.

Quant à l’économat, il n’est momentanément ouvert que … pendant les grandes récréations, la magasinière comptable étant appelée à remplacer une secrétaire malade.

Et pour ce qui est de la bibliothèque, c’est encore plus simple: elle risque d’être fermée toute l’année. Malade, la seule bibliothécaire risque d’être absente une longue période avant son départ à la retraite, fin décembre. Et comme on ne repourvoit pas les postes pendant six mois…

Mais, comme tout-le-monde le sait, dans une école, un secrétariat, un économat et une bibliothèque c’est du superflu…

 

Ca doit être ça, l’Etat svelte si cher au PLR, cet Etat qui ne devrait pas coûter en impôts aux grandes entreprises, aux banques et aux millionnaires…

17/09/2013

Services publics: TiSA, le nouvel AMI ?

 

A la fin des années 1990, il y avait eu l’AMI, l’accord multilatéral sur les investissements. Négocié en secret par 29 pays, il avait été abandonné dès que son existence fut portée à connaissance des populations. Car, comme l’avait dit alors Suzan George,  «l'AMI est comme Dracula : il meurt à être exposé en plein jour». En ira-t-il de même pour TiSA ?

Connu sous son acronyme anglais TiSA, l’accord sur le commerce des services est actuellement négocié en secret par 27 Etats, dont la Suisse, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC.

La négociation a commencé en 2012 lorsque, ainsi que l’écrit le gouvernement canadien, «certains membres de l’OMC partageant un intérêt marqué à l’égard des services ont entamé des discussions sur de nouvelles approches visant à faire progresser la libéralisation du commerce des services».

Méfie-toi de tes amis, surtout des bons…

Autoproclamés VBA, pour «vrais bons amis» [des services], ce sont 27 pays, dont les Etats-Unis, la Suisse, l’Australie, le Canada et l’Union européenne qui, depuis, planchent sur un accord qui ne serait pas, toujours selon le gouvernement canadien «un simple accord entre Etats contractants, mais une partie intégrante du système OMC».

Or, actuellement, l’ouverture des services à la concurrence, donc au marché, est réglée par l’accord général sur le commerce des services, l’AGCS, adopté en marge de la fondation de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC, en 1994. Il prévoit que certains services comme l'éducation, la santé et la couverture sociale de base ne soient pas soumis aux règles de libéralisation qui s’appliquent, par exemple, au trafic maritime ou aérien.

C’est ce qui n’a pas l’air de plaire aux VBA pour qui «il faut promouvoir le libre échange des services» c'est-à-dire les ouvrir au marché. Ainsi, d’après ce que dénonce l’Internationale des services publics qui a révélé l’existence de ces négociations, ce sont les règles d’ouverture au marché que le nouvel accord modifierait.

Ainsi, il propose d’une part une nouvelle norme. Alors que, d’après l’AGCS, étaient exclus de la libéralisation les «services fournis dans l’exercice de l’autorité gouvernementale», TiSA se veut un accord qui «n’exclut d’emblée aucun secteur des services». Dans ce but, il établit que peuvent être ouverts à la concurrence les services dans lesquels existent déjà, en marge du secteur public «des prestations gratuites et des services privés».

Ce qui signifie tout simplement que aussi bien le secteur de la santé que celui de l’éducation échapperaient aux exceptions actuellement garanties par l’AGCS dans la mesure où, dans un secteur comme dans l’autre, existent déjà des prestations gratuites et des structures -écoles, cliniques- privées.

Changer les règles du jeu

Dès lors, les Etats seraient tenus d’observer une «neutralité concurrentielle», ce qui signifie que les pouvoirs publics, les gouvernements, ne pourraient en aucun cas privilégier les services publics. Ce qui imposerait, par exemple, un financement des écoles et cliniques privées à la hauteur de celui du secteur public…

Il en irait de même pour ce que les VBA appellent les «mouvements temporaires de personnes naturelles», à savoir les mouvements migratoires de travailleurs actuellement encadrés par les règles de l’OIT, l’organisation internationale du travail et qui seraient confiées à l’OMC.

Véritable programme de main basse sur les services publics -et donc sur les besoins de la population- TiSA est négociée en toute discrétion, à l’abri du regard des Parlements et, à fortiori, des populations. C’est ce que la sénatrice démocrate étasunienne Elizabeth Warren dénonce comme une tentative «d’effectuer discrètement, par l’intermédiaire d’accords commerciaux, ce qui ne peut être accompli publiquement, au vu et au su de tous» (bloomberg news, 23.05.2013).

C’est pour cela que les autorités, y compris les gouvernements doivent être interpellées publiquement sur leur implication dans ce plan de bataille contre le bien commun. A travers, par exemple, la mobilisation lors du sommet de l’OMC prévu  Bali du 3 au 6 décembre prochain.

L’occasion de voir syndicats et mouvements devant le bâtiment de cette institution à Genève début décembre pour que, à l’instar de l’AMI, TiSA s’éteigne aussi à la lumière du soleil?

En attendant, il faut exiger du Conseil fédéral, et en particulier de la part des deux ministres PLR en charge du dossier, Burkhalter et Schneider-Amman, le retrait de la Suisse de ce si mal nommé groupe des «vrais bons amis».

 

Paolo Gilardi 

Services publics: TiSA, le nouvel AMI ?

 

A la fin des années 1990, il y avait eu l’AMI, l’accord multilatéral sur les investissements. Négocié en secret par 29 pays, il avait été abandonné dès que son existence fut portée à connaissance des populations. Car, comme l’avait dit alors Suzan George,  «l'AMI est comme Dracula : il meurt à être exposé en plein jour». En ira-t-il de même pour TiSA ?

Connu sous son acronyme anglais TiSA, l’accord sur le commerce des services est actuellement négocié en secret par 27 Etats, dont la Suisse, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC.

La négociation a commencé en 2012 lorsque, ainsi que l’écrit le gouvernement canadien, «certains membres de l’OMC partageant un intérêt marqué à l’égard des services ont entamé des discussions sur de nouvelles approches visant à faire progresser la libéralisation du commerce des services».

Méfie-toi de tes amis, surtout des bons…

Autoproclamés VBA, pour «vrais bons amis» [des services], ce sont 27 pays, dont les Etats-Unis, la Suisse, l’Australie, le Canada et l’Union européenne qui, depuis, planchent sur un accord qui ne serait pas, toujours selon le gouvernement canadien «un simple accord entre Etats contractants, mais une partie intégrante du système OMC».

Or, actuellement, l’ouverture des services à la concurrence, donc au marché, est réglée par l’accord général sur le commerce des services, l’AGCS, adopté en marge de la fondation de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC, en 1994. Il prévoit que certains services comme l'éducation, la santé et la couverture sociale de base ne soient pas soumis aux règles de libéralisation qui s’appliquent, par exemple, au trafic maritime ou aérien.

C’est ce qui n’a pas l’air de plaire aux VBA pour qui «il faut promouvoir le libre échange des services» c'est-à-dire les ouvrir au marché. Ainsi, d’après ce que dénonce l’Internationale des services publics qui a révélé l’existence de ces négociations, ce sont les règles d’ouverture au marché que le nouvel accord modifierait.

Ainsi, il propose d’une part une nouvelle norme. Alors que, d’après l’AGCS, étaient exclus de la libéralisation les «services fournis dans l’exercice de l’autorité gouvernementale», TiSA se veut un accord qui «n’exclut d’emblée aucun secteur des services». Dans ce but, il établit que peuvent être ouverts à la concurrence les services dans lesquels existent déjà, en marge du secteur public «des prestations gratuites et des services privés».

Ce qui signifie tout simplement que aussi bien le secteur de la santé que celui de l’éducation échapperaient aux exceptions actuellement garanties par l’AGCS dans la mesure où, dans un secteur comme dans l’autre, existent déjà des prestations gratuites et des structures -écoles, cliniques- privées.

Changer les règles du jeu

Dès lors, les Etats seraient tenus d’observer une «neutralité concurrentielle», ce qui signifie que les pouvoirs publics, les gouvernements, ne pourraient en aucun cas privilégier les services publics. Ce qui imposerait, par exemple, un financement des écoles et cliniques privées à la hauteur de celui du secteur public…

Il en irait de même pour ce que les VBA appellent les «mouvements temporaires de personnes naturelles», à savoir les mouvements migratoires de travailleurs actuellement encadrés par les règles de l’OIT, l’organisation internationale du travail et qui seraient confiées à l’OMC.

Véritable programme de main basse sur les services publics -et donc sur les besoins de la population- TiSA est négociée en toute discrétion, à l’abri du regard des Parlements et, à fortiori, des populations. C’est ce que la sénatrice démocrate étasunienne Elizabeth Warren dénonce comme une tentative «d’effectuer discrètement, par l’intermédiaire d’accords commerciaux, ce qui ne peut être accompli publiquement, au vu et au su de tous» (bloomberg news, 23.05.2013).

C’est pour cela que les autorités, y compris les gouvernements doivent être interpellées publiquement sur leur implication dans ce plan de bataille contre le bien commun. A travers, par exemple, la mobilisation lors du sommet de l’OMC prévu  Bali du 3 au 6 décembre prochain.

L’occasion de voir syndicats et mouvements devant le bâtiment de cette institution à Genève début décembre pour que, à l’instar de l’AMI, TiSA s’éteigne aussi à la lumière du soleil?

En attendant, il faut exiger du Conseil fédéral, et en particulier de la part des deux ministres PLR en charge du dossier, Burkhalter et Schneider-Amman, le retrait de la Suisse de ce si mal nommé groupe des «vrais bons amis».

 

Paolo Gilardi 

07/09/2013

Obligation de servir: Oui, sans enthousiasme…

 

Qu’elle est loin l’initiative actuelle du GSsA de celle qui nous avait mobilisé.e.s il y a presque vingt-cinq ans. Alors que celle-là voulait supprimer l’armée, c’est l’juste l’obligation de servir que celle-ci voudrait abolir. Pour, prétendent certains militants, pouvoir ouvrir un vaste débat sur la sécurité.

En attendant, ce sont les adversaires de l’initiative qui posent la question de l’existence d’une armée -qui serait menacée par l’initiative- alors que les porte-parole du GSsA ne cessent de s’en défendre, de prétendre que c’est après qu’on en discutera, laissant par ailleurs complètement ouverte la question d’une armée de volontaires, voire professionnelle…

Alors qu’il y a vingt-cinq ans, c’était la lutte collective contre la militarisation, contre l’armée comme instrument de domination tant sur le plan international qu’en matière de sécurité intérieure, ce que le texte soumis le 22 septembre exige, c’est une posture individuelle, le droit de ne pas être obligé de servir. Les différences sont de taille.

Cette obligation de servir n’est pourtant pas une affaire individuelle. Inscrite dans la Constitution fédérale, elle conditionne la citoyenneté -pour les individus mâles- à la soumission à cette obligation. La symbolique n’est pas secondaire.

Présentée comme «école de la Nation», l’obligation de servir a toujours été fonctionnelle à l’apprentissage de la discipline et de la soumission aux ordres, quels qu’ils soient, à la formation d’individus prêts à marcher au pas. Belle idée de la Nation!

C’est au nom de cet obéissance qu’on mobilisa aux frontières des milliers d’hommes à une époque où industriels et banquiers s’enrichissaient grâce au commerce avec ceux dont on disait vouloir se défendre.

C’est pour obéir aux ordres que des jeunes soldats tirèrent sur des manifestant.e.s en novembre 1932 par exemple. Obéissantes, le furent aussi les troupes dépêchées pour occuper le Jura en 1968 tout comme celles envoyées pour protéger la construction de la centrale atomique de Gösgen…

Certes, après 1989, la dite «école de la Nation» devenait trop chère, en premier lieu pour banques et grandes entreprises systématiquement obligées d’obvier aux absences d’employés et cadres astreints aux cours de répétition.

Et puis, à l’heure des coupes dans les budgets sociaux, il a bien fallu couper aussi, un peu, si peu, dans les dépenses militaires.

C’est ainsi que les effectifs de l’armée ont fondu, de quelques six-cent mille hommes en 1989 à cent-vingt mille aujourd’hui. Et, à la différence de ce qui se passait il y a vingt-cinq ans, se faire réformer est devenu un jeu alors que, à l’époque, la «voie bleue» relevait du parcours du… combattant.

Sauf que l’obligation de servir, elle, elle est toujours là. Et elle n’est pas importante uniquement en termes symboliques, ce qui en soi suffirait pour en exiger l’abolition.

Elle impose aussi à tous ces exemptés du service qu’un besoin d’effectifs réduits rend inaptes le paiement de la taxe militaire, une taxe particulièrement inique qui trouve sa justification unique dans l’obligation de servir.

Symbolique et taxe militaire: ce sont les deux raisons fondamentales pour lesquelles je voterai en faveur de l’initiative du GSsA.

Auxquelles s‘en ajoute une troisième, subsidiaire: au moment où ses opposants placent les enjeux en termes d’existence même de armée, il ne faudra surtout pas leur offrir une victoire par trop éclatante…

 

Paolo Gilardi

11/07/2013

Exit, la loi Jornot!

 

Adoptée par une majorité populaire en mars 2012, la loi sur les manifestations –de fait, contre, les manifestations- a été vidée de sa substance ce 10 juillet par décision du Tribunal fédéral, la plus haute instance judiciaire du pays.

Laissant transparaître leur lassitude de devoir statuer sur des «lois genevoises dictées par des considérations électoralistes», les juges de Montbenon ont en effet annulé ou fortement relativisé les mesures liberticides contenues dans la loi.

Présentée au Grand Conseil genevois seulement six jours après les incidents survenus lors de la manifestation contre l’OMC fin-novembre 2009 par l’ancien député et actuel procureur général Olivier Jornot et par sa collègue libérale Nathalie Fontanet, la loi a été définie comme « bâclée » et « mal écrite » par les juges de la cour suprême.

Désaveu !

En particulier, en rappelant le principe du Code pénal selon lequel ne peut être punie que la participation directe à des actes délictueux ou à leur préparation, ils ont invalidé de fait la disposition essentielle de la Loi, celle qui attribuait aux organisateurs de manifestation la responsabilité objective de tout débordement survenant durant une manifestation. C’était une disposition lourde de conséquences dans la mesure où personne ne se serait plus avisé d’organiser une manifestation.

De plus, le Tribunal fédéral a déclaré anticonstitutionnel l’article de la loi prévoyant la privation du droit d’organiser une manifestation durant une période pouvant aller jusqu’à cinq ans pour tout organisateur de manifestation qui se serait terminée par des «débordements» ou dont l’autorisation n’aurait pas été sollicitée.

En troisième lieu, le TF anéantit la disposition prévoyant des amendes «pouvant s’échelonner de 10'000 à 100'000 francs» et appelle à des sanctions pécuniaires raisonnées –en fonction de la gravité des faits, des moyens financiers du prévenu etc- en cas de participation à des actes délictueux.

Enfin, le TF rappelle que «l’obligation pour les organisateurs de manifestations d’organiser un service d’ordre» n’en est, justement, pas une. La police peut exiger que les manifestants mettent sur pied un service d’organisation, mais c’est à elle et à elle seule qu’il revient d’assurer aussi bien l’ordre public que la protection des manifestations.

Qui interprète quoi ?

Privée de son noyau dur, la loi Jornot devient ainsi largement caduque. Demeurent cependant des inquiétudes quant à l’application des recommandations du TF.

En effet, si les principales dispositions liberticides sont annulées, reste le fait que ce sont l’administration et la justice qui sont appelées à interpréter les recommandations du TF, en matière d’amendes et de service d‘ordre notamment. Dans ces domaines, la marge d‘interprétation peut être plus ou moins large en fonction de qui interprète.

Or, sur ce point, un problème institutionnel se pose. C’est en dernière instance au patron de la justice, au Procureur général, qu’il revient d’interpréter. Or, le procureur général n’est autre que l’un des deux auteurs d’une loi, «mal écrite et bâclée» que le TF a mis en charpies. Comment va-t-il interpréter les limites mises à sa propre loi ? N’y a-t-il pas là pour le moins confusion des genres ?

Et une loi contre les grèves…

Lors de l’adoption de la Loi contre les manifestations en mars 2012, la co-auteure du texte, Nathalie Fontanet s’était faite forte, au cours d’un débat radiophonique qui nous opposait, de poursuivre sur la bonne voie en déposant un autre projet de loi, conçu probablement avec le même Jornot, instituant un principe de réquisition en cas de grève dans la fonction publique.

Après la loi contre les manifs, voilà donc la loi contre les grèves! La décision du TF va-t-elle suggérer à Mme Fontanet et à ses acolytes plus de prudence alors que le projet de loi est désormais devant le Parlement? Parier là-dessus serait fort risqué.

C’est pourquoi, dans la continuité de la victoire remportée devant le TF, il est indispensable d‘organiser l’opposition à ce projet de loi contre les grèves, déjà avant qu’il soit adopté.

Y compris par l’organisation de mouvements de grève, puisqu’ils sont nécessaires.

Paolo Gilardi