19/06/2013

Spacieuses comment?

Professionnelle et déontologique, la Tribune de ce jour.

C'est au moment où des centaines de milliers d'habitantes et habitants du Brésil descendent dans les rues pour contester les crédits pharaoniques pour le championnat du monde de foot, qu'elle nous fait presque toute une page sur le voyage d'Hitzfeld (l'homme au double doigt tendu) et Pont à Saõ Paulo pour choisir l'hôtel de l'équipe de Suisse au cas où elle se qualifiait...

On saura que les joueurs auront tous "des chambres individuelles particulièrement spacieuses". 
Spacieuses comment? Probablement plus spacieuses que les millions de pièces uniques dans lesquelles s'entassent des familles entières dans les favelas...

Du grand journalisme!

17/06/2013

Erdogan, Burkhalter et Ruth Metzler

 

Alors que même Angela Merkel se dit «épouvantée, comme beaucoup de gens», par la répression en cours en Turquie, à l’heure où nous écrivons, ce lundi 17 juin, aucun signe de vie n’est donné de la part du Département fédéral des affaires étrangères. Et même si, d’ici la parution de cette note, une vague préoccupation était manifestée -bien tard- par Didier Burkhalter, cela ne changerait rien sur le fond : le silence observé jusqu’ici est complice.

Et pour cause! Le nouvel Eldorado des investisseurs qu'est la Turquie, plaît énormément à la Suisse, en particulier à Switzerland Global Enterprises, l'association présidée par l'ancienne ministre Ruth Metzler et qui se charge de favoriser les investissements suisses à l'étranger.

Ces dernières sont au nombre de 450 à investir en Turquie, un pays dont Switzerland Global Enterprises écrivait pas plus tard qu'avant hier, qu'il fait "saliver les investisseurs". Et quand on sait que les entreprises suisses y ont investi quelques 2,8 milliards de francs en 2011, il n'y a pas de raison de se plaindre d'un premier ministre qui remet au pas ceux qui s'opposent à la construction d'un mega centre commercial à la place d'un parc et d'une mosquée à la place du souvenir des morts du 1er mai 1977!

Puisque ça fait "saliver les investisseurs"... 

21/05/2013

Aurait-on dû les ignorer?

N’eût-il as été plus sage de les ignorer, les admirateurs de Mussolini qui prétendent défiler dans les Pâquis ce 25 mai? Ne faut-il pas les traiter par le mépris plutôt que de se mobiliser pour les empêcher de parader? N’aurait-on pas mieux fait de les laisser fantasmer entre eux sur le retour à un passé dont la seule évocation leur procure l’érection, celle du bras droit?

C’est en un premier temps ce qu’avaient pensé d’aucuns avant que les animateurs de l’association des habitants des Pâquis appellent la population à prendre possession de la Place de la Navigation pour y affirmer, le 25 mai, son refus de voir des nazis défiler dans le quartier. C’est un choix juste, important.

La banalisation des groupuscules fascistes n’est pas de mise. D’abord, parce que, loin de l’image du boutonneux de bonne famille qui se fait mousser à la lecture du Mein Kampf, le militant de ces groupuscules est aussi souvent jeune travailleur, apprenti, chômeur, précaire: il trouve dans la rhétorique identitaire une lecture de ses frustrations et dans la «racaille» un exutoire.

Ces admirateurs des Sturmabteilungen, les S.A. de Ernst Röhm, plus plébéiennes que les élitaires S.S., sont dangereux.

C’est l’un d’eux qui a poignardé au ventre Nibor, le chanteur d’un groupe punk antifa, lors de la fête de la musique à Genève en 2012. Ce sont leurs camarades, ceux auxquels renvoient leurs sites, les auteurs d’agressions homophobes en France tout récemment. Ce sont des nazillons se revendiquant des mêmes fanions qui ont mis le feu à des immigrés à Rome.

Ce sont leurs idoles de l’Aube dorée qui organisent la chasse à l’immigré dans les rues d’Athènes et de Salonique; ce sont eux qui expulsent de leurs conférences de presse les journalistes qui refusent de rendre hommage à leur chef… Le svastika tatoué dans le cou, ils défilent le bras levé.

C’est avec ces gens que les nostalgiques locaux -du Duce et du Führer- œuvrent à la recomposition d’une Internationale noire.

C’est avec le négationniste Soral, avec le théoricien raciste de «la super-négritude» Sémi Keba qu’ils organisent des conférences en faveur de la séparation des races, en soutien au bourreau de Damas ou pour un renouveau identitaire et ceci jusque dans la maison des associations à Genève.

Ce sont ces hérauts de l’idée d’une «gauche nationale» -qui rappelle le «National-socialisme»- qui, sous prétexte «d’insécurité», voudraient permettre aux commerçants de s’armer pour se défendre face «à la racaille».

Ce sont ces groupes aux accointances avérées avec certains élus du MCG et de l’UDC qui, en défilant dans les Pâquis voudraient se proposer comme le glaive de tous les Dupond-Lajoie et autres Thénardier.

Jusqu’ici, ils se réunissaient dans les bois, en catimini.

Aujourd’hui, c’est le pavé des Pâquis, les Pâquis populaires et multiculturels, qu’ils voudraient investir pour le faire résonner de leurs slogans et du bruit de leurs rangers cloutés.

Les en empêcher est un devoir.

18/05/2013

Les amis de Georges

C’est sous le titre «Le collabo sans repentir» que Le Temps lui a consacré un portrait dans la série de l’été sur les «méchants de l’histoire suisse». C’est la date de son décès que commémore l’un des groupuscules qui voudraient défiler dans les Pâquis le 25 mai; c’est son nom que porte un autre de ces groupes, le «Cercle Georges Oltramare».

Son nom évoque bien de choses aux plus de cinquante ans, moins aux autres. On l’appelait Géo du fait de la signature G.O. qui était la sienne lorsque, depuis les colonnes du quotidien «La Suisse» il tenait une rubrique tellement antisémite qu’elle lui valut d’être licencié. Licencié pour antisémitisme par un canard dont les colonnes suintaient de propos antisémites: faut le faire!

Viré, ce petit-fils et frère de conseillers d’Etat -le grand-père radical Antoine Carteret et le frère André, socialiste- fonde son propre journal, Le Pilori. Il y cloue à tour de rôle et par «un langage et un graphisme d’une violence incroyable, la juiverie internationale, la franc-maçonnerie, le bolchévisme et le syndicalisme» comme l’explique l’historienne Marie Madeleine Grounauer[i].

Le syndicalisme, Géo, n’est pas le seul à le combattre. Face à l’éclosion des syndicats, dès 1924, une partie du patronat -petits patrons du bâtiment, commerçants- s’organise et fonde l’Union de défense économique, l’UDE, pour combattre les grèves qui sont nombreuses. Ainsi, par exemple, plus de 200 entreprises ont été touchées par les grèves organisées par le syndicat du bâtiment, la FOBB entre 1929 et 1930.

Juifs, francs-maçons et bolchéviques

En 1932, la majorité de l’UDE fusionne avec l’Ordre politique national, l’organisation dirigée par Oltramare qui devient alors le leader de la nouvelle force politique, l’Union nationale. Fondée pour «délivrer Genève des francs-maçons qui la trahissent, des juifs qui la dépouillent et des politiciens qui la déshonorent», l’UN s’illustre immédiatement en organisant un meeting public de mise en accusation des dirigeants socialistes «Léon Nicole et [le] juif Jacques Dicker», le soir du 9 novembre.

La suite est connue: alors que, courageux mais pas téméraires, Géo et les siens transforment leur assemblée publique et soirée privée, l’armée tire sur les manifestants et en tue treize.

Avec 15 députés en 1932, l’UN va participer activement avec les partis de l’Entente bourgeoise à la lutte contre le gouvernement à majorité socialiste issu des élections de 1933. Contestant «les méfaits d’un capitalisme désordonné, anonyme ou international», l’organisation dirigée par Oltramare en viendra à vouloir interdire la lutte des classes.

Préconisant le front uni de tous les partis bourgeois contre le socialisme, l’UN admire l’Italie fasciste parce que, disait Oltramare, «c’est le premier pays qui a su se débarrasser du marxisme», une affirmation que ne reniait pas le conseiller fédéral Motta.

L’admiration ne se limite pas à singer les parades du Duce lors de défilés en uniforme, chemise grise et béret basque, dans les rues de Genève. Géo va aussi intriguer pour permettre l’entrée de l’Etat mussolinien dans le capital du «Journal de Genève» au moment où le fascisme cherchait à se défendre contre la condamnation internationale après l’invasion italienne de l’Ethiopie en 1934.

Le Duce reconnaissant

L’opération, un échec, vaudra à Géo la reconnaissance du Duce qui le recevra à Rome en mai 1937 et qui, d’après l’historien Mauro Cerutti, ne se montrera pas ingrat puisque «la propagande italienne, et Mussolini personnellement, surent se montrer particulièrement généreux avec leurs amis en Suisse[ii] .

En 1938, Oltramare se rallie au nazisme. «Entré [à Paris] dans les fourgons de l’armée allemande deux jours après la conquête de la capitale française» comme l’écrivait en juin 1945 le Journal de Genève, il anime une rubrique, «Les Juifs contre la France », à Radio Paris, la voix de l’occupant.

Convaincu que «un Juif reste un Juif avant d’être Genevois», Oltramare se défendra par la suite d’avoir dénoncé sur les ondes «les Juifs qui ne portaient pas l’étoile». Il se serait, «en toute objectivité, borné à signaler les appartements laissés vacants par les Juifs en fuite».

Prophylaxie

Condamné à mort par contumace en 1950, il vivra encore dix ans dans l‘Espagne franquiste et en Egypte.

C’est cet infâme personnage pour qui, comme pour Goebbels, «les persécutions sont odieuses [mais] les mesures de prophylaxie nécessaires», qui inspire ceux qui voudraient défiler dans les Pâquis le 25 mai…

Paolo Gilardi

 

 



[i] Son petit livre, La Genève rouge de Léon Nicole, paru en 1975 devint à cette époque le best-seller de la gauche radicale genevoise.  

[ii] Mauro Cerutti, Gorges Oltramare et l’Italie fasciste dans les années trente.

11/02/2013

Un pas a été franchi

Avec le licenciement des grévistes de l’hôpital de La Providence, un pas a été franchi.

Après avoir usé et abusé d’un discours presque naturaliste sur l’inéluctable renoncement à la convention collective «seul garant» du rachat de l’hôpital par le groupe d’affaires Genolier, après le chantage à l’emploi, c’est au licenciement collectif, au lock-out, que les patrons recourent.

Jusqu’ici, ils s’étaient retenus. Certes, leur télé a tout fait pour les isoler, les grévistes. Leurs journaux n’ont cessé de décrier «une grève minoritaire et irresponsable», tandis que leurs élus s’alignaient devant les exigences de Genolier.

Ils ont aussi distribué les points: les bons à celles et ceux qui ont plié, acculés par le chantage, et se sont remis au travail, à contrecœur mais soumis. Les mauvais, aux autres, aux insoumis.es.

Que le patronat décrète quels sont les bons et les mauvais syndicats, ce n’est pas une nouveauté. Car rien n’est plus insupportable aux yeux des patrons qu’un syndicat qui est ce qu’il est censé être, l’outil des travailleurs qui n’hésite pas à recourir à la grève, s’il le faut.

Mais, ce qui leur est encore plus intolérable, aux patrons, c’est que, malgré les pressions, malgré le chantage, malgré l’oubli dans lequel on voudrait bien les confiner, les salariés, eux, résistent. Et que, même devant la menace ultime, le licenciement, ils décident de continuer la grève. Voilà pourquoi il faut les faire payer, les effronté.e.s! Viré.e.s !

L’attaque est inédite, depuis les années trente. Elle sert de message à toutes celles et tous ceux pour qui se saigner pour garantir les dividendes des actionnaires n’est pas dans la nature des choses: c’est une menace pour quiconque voudrait se mettre en grève.

La tâche leur a été grandement facilitée. Par une conseillère d’Etat d’abord, socialiste, qui, dès le début, a pris fait et cause pour le patron. Par une gauche parlementaire, modérée ou soi-disant radicale, qui a attendu le 60ème jour de grève pour se réveiller. Et par des syndicats qui, adeptes du «chacun pour sa branche», ont peu fait pour populariser la grève de La Providence.

Or, en touchant au contrat collectif de travail et au droit de grève, c’est à la raison d’être des syndicats que le patronat s’en prend. C’est leur existence qui est en jeu: privés de ces outils indispensables à la vente collective de la force de travail, ils ne seront que ce que les patrons veulent, de «bons» syndicats.

Ainsi, c’est le dispositif de défense de l’ensemble des salarié.e.s qui est visé. Et cela nécessite une riposte bien plus musclée que les rodomontades de circonstance ou les drapeaux syndicaux brandis devant les cliniques du groupe Genolier.

Car, tout comme la réintégration des grévistes licencié.e.s, la reconnaissance dans les faits du droit de grève, exige la mobilisation la plus ample possible.

A commencer par la manifestation de ce 16 février à Neuch’.  

Paolo Gilardi

08/02/2013

Et si le 3 mars? Question de plan B...

 

Conseil d’Etat et supporters de la LCPEG ne cessent de donner dans l’alarmisme : si la loi était refusée le 3 mars, prétendent-ils, Genève serait condamnée à 10 ans de crise politique, rien que ça. Mais qu’en est-il vraiment ?

Après nous le déluge ?

Si le Non devait l’emporter, Genève disposerait jusqu’au 1er janvier 2014 pour mettre sa loi en conformité avec la loi fédérale. D'après le département des finances, il pourrait même demander que le délai du 1er janvier soit reporté "d'au minimum six mois".

Si le canton ne devait pas se mettre en conformité, resteraient deux hypothèses, la liquidation de la CIA ou la capitalisation forcée à 100% par l’Etat de la nouvelle caisse.

D’après les calculs du Département des finances, une liquidation de la CIA coûterait quelque huit milliards à l’Etat de Genève car c’est lui qui reprendrait à son compte le versement des prestations de libre passage pour les actuels assurés et le paiement de toutes les rentes dues par la caisse.

Une capitalisation totale imposée par l’autorité de surveillance coûterait quant à elle quelque onze milliards à l’Etat de Genève, donc aux contribuables.

Dans les deux cas, aussi bien les finances publiques que l’image du Canton, sans parler de sa notation, seraient mises à mal.

C’est pourquoi, pour ne pas courir ces risques, le gouvernement n’aurait plus qu’une solution: négocier avec les syndicats représentant le personnel une nouvelle LCPEG qui ne prétérite pas autant les salarié-e-s des services publics.  

L’effort qui leur est demandé actuellement -augmentation des cotisations, baisse des rentes et allongement de la durée du travail- représente une moyenne de 159 millions par an. Dans une nouvelle loi, il pourrait être pris en charge partiellement ou totalement par l’Etat.

Une autre LCPEG est possible

C’est possible et sans augmenter les impôts puisque, en taxant les niches fiscales que la droite n’a pas voulu supprimer au Parlement et en supprimant les 690 forfaits fiscaux dont bénéficient de richissimes étrangers on trouverait l’argent qu’il faut!

La responsabilité du gouvernement serait ainsi engagée: ce serait à lui, et avec lui aux partis des banques et de la finance, de tout faire pour éviter ce qu’il appelle «le chaos».

C’est à lui de négocier une nouvelle LCPEG qui ne puise pas de l’argent frais dans les poches de celles et ceux qui travaillent pour renflouer les banques et les compagnies d’assurance, celles-là même qui ont indûment encaissé des surprimes et refusent de nous les rendre.

Et si c’était oui ?

Par contre, si un Oui venait à sortir des urnes, ce ne serait qu’une première étape.

Une fois eu l’assentiment populaire au fait que pour renflouer les caisses, c’est aux salariés qu’il faut s’en prendre, les représentants du grand patronat ne vont plus se gêner.

Le chef de file du Parti libéral-radical, Pierre Weiss n’a-t-il pas déjà annoncé que, en cas de l’acceptation de la LCPEG le 3 mars, il allait déposer un nouveau projet de loi la durcissant ?

C’est devant l’assemblée des délégués du PLR qu’il l’a promis, le 10 janvier. Une fois levé «grâce à la collaboration des Verts et des Socialistes et de certains syndicats, l’obstacle mental à une remise en cause des retraites des fonctionnaires», c’est à la primauté des prestations, à l’âge de la retraite, à la reconnaissance de la pénibilité de certaines tâches et au financement majoritaire du 2ème pilier par l’Etat, qu’il va s’en prendre!

De même, c’est le 7 mars que le PLR va décider du lancement d’une initiative pour instaurer le salaire au mérite pour le personnel de l’Etat. Un oui le 3 mars l’y encouragerait fortement.

Voilà, pourquoi, encore une fois, il faut dire NON à cette LCPEG le 3 mars.    

Une simple règle de trois


Ca vous rappelle quelque chose, la règle de trois ? Si, si, une fois ou l’autre, nous l’avons tous apprise à l’école…

Reprenons, donc. L’Etat prend à son compte 45% de la capitalisation de la nouvelle caisse, soit quelques 6 milliards de francs en quarante ans, ou 130 millions par an. 
Restent, pour arriver à cent, 55% à charge du personnel.

D’après l’information diffusée par le Conseil d’Etat, les employé.e.s de l'Etat viendraient à contribuer à hauteur de 2,6 milliards, toujours en quarante ans.

Sauf que, si les 6 milliards à charge de l’Etat représentent 45%, les 2,6 milliards à charge du personnel sont loin de représenter les 55% autres…

En fait, ils ne représentent qu’une partie de l’effort, celui consenti en termes d’augmentation des cotisations. Le reste sera représenté par des rentes amputées de plusieurs centaines de francs par mois et par des années supplémentaires de travail.

Toutes des choses qui, aux yeux du Conseil d’Etat et du parlement, tout comme à ceux d’une presse aux ordres, ne sembleraient pas représenter un effort… 
Si c’en est pas un, c’est quoi alors, juste du fun ?

Ayant appris quelques notions dans une école qui, quoi qu’on en dise, sert toujours à quelque chose, la règle de trois nous l’appliquons. Et nous nous rendons compte du fait que

130 millions : 45 x 55 = 158,88 millions.

C’est ainsi un effort de presque 159 millions de francs par an qui est demandé au personnel de l’Etat.
Au lecteur le loisir de refaire l’exercice en divisant les six milliards par 45 avant de multiplier le résultat par 55 pour mesurer l’ampleur de l’effort demandé au personnel sur quarante ans.

C’est même plus simple à faire qu’à dire…

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07/02/2013

Citation hors contexte

Monsieur le rédacteur en chef,

Cité hors contexte à des fins polémiques par votre éditorial de ce jour, je tiens à préciser qu’en aucun cas le privilège qu’ont la plupart des « fonctionnaires » d’accomplir des tâches d’utilité publique, ne peut justifier qu’on leur impose des sacrifices à hauteur de 159 millions de francs par an pendant quarante ans pour renflouer la nouvelle caisse de retraite et, en fin de compte, renflouer les banques et les compagnies d’assurance qui gèreront les avoirs de la nouvelle caisse, si jamais celle-ci voyait le jour..

Quant à la conclusion de votre éditorial selon laquelle la seule issue en cas de refus populaire le 3 mars serait «l’explosion du système» elle laisse songeur aussi bien par sa pauvreté argumentative que par les limites qu’elle impose au droit du peuple de se prononcer.

Paolo Gilardi

02/07/2012

Mario et Mariano, ces héros!

«Mais, pas d’illusions: cette somme, équivalente à 1% du PIB de l’UE (…) demeure symbolique». C’est ainsi que le quotidien Le Temps du 30 juin caractérise la décision prise la veille par les chefs de gouvernement de l’UE d’une aide de 120 à 130 milliards -dont 60 avant la fin de l’année- pour sauver les banques espagnoles et italiennes.

Face aux milliers de milliards mis à disposition des banques en 2008-2009, ce sont en effet des peanuts que ces 120 milliards qu’on dit destinés à la croissance. Et qui ne le sont pas, à moins de considérer que l’aide européenne directe aux banques -sans, donc, que cela alourdisse les dettes souveraines des Etats- soit une incitation à la croissance…

C’est pourtant cette somme «symbolique» que l’on présente comme un coup de pouce «aux pays vertueux» dans une «Europe qui doit retrouver de la compétitivité» comme l’explique la presse italienne.

L’Allemagne veut bien contribuer à travers du Fond européen de stabilité financière et du futur Mécanisme européen de stabilité, mais à la condition d’une posture vertueuse, c'est-à-dire, d’une poursuite et d’un approfondissement des contre-réformes sociales.

Car, pour les banquiers et financiers, à défaut de solutions à la crise de l’euro, regagner de la compétitivité est synonyme de réduction des coûts de la main-d’œuvre, de baisse drastique des retraites, d’allongement de la durée du travail, de flexibilisation, et de vente, voire de bradage, des biens publics par le biais des privatisations.

Ce sont les recettes que, pétris de vertu, imposent à leurs peuples Mario Monti et Mariano Rajoy, les chefs des gouvernements italien et espagnol, que la négociation de Bruxelles a, d’après Der Spiegel, élevés au statut de «meilleurs partenaires possibles de l’Allemagne».

Car, c’est sans tergiversations que ces deux là s’appliquent à réduire les coûts du travail et des retraites et font fi des réticences et résistances de leurs populations. Ce sont eux qu’on montre en modèle au gouvernement d’union nationale récemment mis sur pied en Grèce, qu’on montre aussi aux Portugais et autres Irlandais. Les voilà, les nouveaux héros.

C’est derrière leur image d’exécutants zélés que se rassemblent les puissants d’Europe. Tous les puissants d’Europe. Car, au-delà des désaccords sur l’euro, de Berlin à Paris, de Rome à Madrid, de Londres à Athènes, la solidarité des classes dominantes est sans failles autour d’un même projet de réduction massive des conditions de vie des populations.

C’est au nom de leur solidarité de classe que le Financial Times exhortait les Grecs à «ne pas faire le saut dans le vide» en votant pour Syriza, c'est-à-dire contre les mémorandums imposés par la Troïka.

Contre cette solidarité là, c’est la solidarité de ceux d’en bas qu’il faut construire, pour faire vivre l’espoir auquel les résultats de Syriza et les résistances des peuples, le grec en premier lieu, donnent corps.

Et c'est ce mercredi à 18h30 à la maison des associations que se réunit le néo-constitué Comité de soutien au peuple grec. On vous y attend.

18/06/2012

Les footeux ne sont pas des tapettes!

« Qu’ils soient tapettes (froci, dans le texte), c’est leur problème, mais j’espère qu’il n’y en a pas dans l’équipe nationale ».

C’est tout en finesse qu’Antonio Cassano, attaquant de l’équipe nationale italienne de foot, a commenté en conférence de presse la rumeur concernant l’homosexualité de deux des joueurs de la squadra azzurra.

Comme pour les insultes racistes qualifiées par Sepp Blatter, le président de la FIFA, de « broutilles » propres à un sain et mâle engagement, les propos de Cassano n’ont pas été condamnés par les dirigeants de l’équipe italienne et encore moins par le patron de l’Union européenne de football, Michel Platini.

Quelques jours auparavant, le même Platini ne s’était pourtant pas gêné de rappeler à l’ordre le capitaine de l’équipe d’Allemagne, coupable de s’être publiquement interrogé sur la pertinence d’un championnat de foot dans un pays, l’Ukraine, où l’on viole systématiquement les droits humains.

Un footeux, ça donne des coups de pieds et ça ferme sa gueule avait en substance rappelé Platini. La suite montre que ce n’est pas à propos de tout qu’il doit se la coincer…

Quant à Cassano, les esprits mal tournés commencent à se demander si ce n’est pas son homophobie qui l’empêche depuis un moment … d’enfiler les gardiens adverses. Car, il n’est pas frocio, lui!

07/05/2012

Confisquer Serono!

Elle est exemplaire à plus d’un titre, l’affaire Serono. C’est d’abord une success story qui se termine mal. Par le fait d’un rejeton né avec une cuillère en argent dans la bouche qui, après avoir hérité de l’entreprise paternelle, la vend à la concurrence pour 16 milliards de francs pour pouvoir s’adonner à la voile.

Et c’est celle, aussi, de Merck, la concurrence, qui après avoir déboursé les 16 milliards, encaissé 750 millions d’euros de bénéfices cette année et versé des dividendes en hausse de 20%, décide de fermer le site de Genève en supprimant 1250 postes de travail, sans compter les emplois induits.

Elle lui aura coûté du fric la reprise de Serono, mais aussi permis de s’approprier les brevets, de saccager le savoir faire de centaines d’employé.e.s et d’éliminer un concurrent. Non sans avoir bénéficié de faveurs fiscales à propos desquelles le ministre des finances du Canton de Genève garde un silence insultant pour celles et ceux qui, les impôts, les paient rubis sur ongle!

C’est sur leur peau que plus d’un millier hommes et de femmes expérimentent ce qu’est la propriété privée des moyens de production que sont les usines et les machines. Ces hommes, ces femmes, n’ont pas le choix entre travailler ou faire de la voile. C’est le choix entre la perte de leur travail et le déracinement à Shanghai, à Boston ou en Allemagne qu’on leur offre.

Elles ne sont pas les premières, ils ne sont pas les premiers, les salariés de Serono qui font l’amère expérience du capitalisme réellement existant.

Il y a quatre ans, confrontés à l’annonce brutale de la fermeture du site, les salarié.e.s des ateliers des CFF de Bellinzone ont fait reculer les managers en occupant les ateliers pendant plus d’un mois. Ils avaient, à leur actif, une tradition d’implantation syndicale qui leur a permis de réagir rapidement.

Chez Serono, elle était absente, cette implantation. Jusqu’à l’annonce de la fermeture… Depuis ce 24 avril, les choses ont changé. C’est par centaines que les salarié.e.s ont pris part aux assemblées, qu’ils ont marqué par leur présence le défilé du premier mai. Et qu’ils montrent qu’ils ne sont pas prêts à se laisser faire.

En fait, comme ceux de Bellinzone, c’est dans leurs mains qu’elles/ils tiennent leur destin. Pas pour obtenir le maintien des emplois contre une augmentation du temps de travail mais pas du salaire, comme chez Novartis à Prangins. Mais pour obtenir la confiscation des bâtiments et des laboratoires de Merck-Serono.

Oui, l’expropriation sans indemnité est nécessaire. Pour sauver les places de travail, mais aussi pour produire des médicaments utiles pour soigner les gens -ce que le personnel de Serono sait faire, pas les actionnaires-, il faut que la collectivité s’approprie l’usine.

Car, aussi bien les salarié.e.s de Serono que la population ont besoin de rompre avec la propriété privée des moyens de produire ce qui est nécessaire pour le bien commun.

24/04/2012

Courses de voile

550 licenciements, presque 1000 emplois supprimés. Sans compter les conséquences sur les sous-traitants de la région. Les voilà les effets, les premiers, de la fermeture de Serono.

Son patron Ernesto Bertarelli, qui l'avait héritée de son père, l'a vendue il y a cinq ou six ans à la concurrence, Merk, contre beaucoup, beaucoup de milliards de francs. La presse avait articulé un montant à onze chiffres...


Depuis, Monsieur Ernesto fait des concours de voile avec d'autres milliardaires.


Pendant ce temps, Merk saccage systématiquement les savoirs-faire de Serono, l'intelligence développée par des salarié.e.s qui ont fait le succès de l'entreprise, s'approprie les brévets. Il lui faut du temps, cinq ans.


Et puis, le scénario prend forme, soudainement: ce 24 avril au matin Merk coule Serono.


Elles n'auront pas le loisir des courses de voile les femmes licenciées qui, aujourd'hui sur les ondes de la RTS, la ratio télévision suisse, ont expliqué qu'on leur a laissé le choix entre le chômage et une place en Chine, ou à Boston. La porte à côté...


C'est ça la propriété privée des moyens de production que sont les usines, les machines etc.

La souffrance de centaines d'hommes et de femmes, des tissus régionaux dévastés, et bien pire encore.

Pour des courses de voile...

08/04/2012

Question de fil à plomb...

On pourrait considérer la conversion de Pierre Vanek, le secrétaire de solidaritéS, à l’élévation de l’âge de la retraite comme une manifestation ultérieure d’une gauche radicale qui perd la boule.

Elle la perd quand, à Lausanne elle négocie le prêt d’un député socialiste pour pouvoir constituer un groupe parlementaire et toucher 25'000 francs de jetons de présence. Elle la perd quand elle prétend après un vote populaire qui bâillonne le droit de manifester que la campagne qui l’a précédé «a permis un début de mobilisation significative pour reconquérir des droits démocratiques fondamentaux»[1]!

Sauf que perdre la boule face à un monde complexe, c’est une chose; se muer en propagandiste zélé de l’allongement de la durée des cotisations et de l’élévation de l’âge de la retraite c’en est une toute autre.

A l’heure où, à Genève, le syndicat des services publics, le SSP essaie d’organiser l’opposition à ces mêmes mesures dans le cadre de la fusion des caisses de l’Etat, c’est dans le domaine du coup de couteau dans le dos que l’on se retrouve!

Car la position que Vanek va défendre devant le personnel des communes et des SI est on ne peut plus claire. Il l’explique dans la presse: c’est pour éviter l’augmentation des cotisations et la détérioration des prestations qu’il faut élever de 62 à 64 ans l’âge de la retraite et de 35 à 40 ans la durée des cotisations. Comme s‘il n’y avait pas d’autre choix.

A l’heure où les banques revendiquent une part encore plus importante des avoirs du 2ème pilier -en clair, de nos salaires différés-, le secrétaire de solidaritéS se comporte d’abord comme le président et gestionnaire qu’il est de la caisse de retraite CAP. Il ira expliquer aux salarié.e.s la nécessité … de se soumettre.

Il n’y a en cela rien de fondamentalement différent de ce que font des centaines de fonctionnaires syndicaux qui dirigent des caisses de retraite. Sauf que rares sont ceux d’entre eux qui se revendiquent d’une gauche de rupture. Ils ne font qu’inscrire leur action dans la continuité d’une ligne syndicale faite de compromis sans combat, de renonciations systématiques, de capitulations successives.

Mais, au vu de l’absence de solidaritéS lors des grèves de ces deux dernières années, à l’aéroport, à Vessy -du moins jusqu’à ce que ce parti se distancie de sa représentante dans le conseil d’administration de la boîte … six semaines après le début de la grève- et dans les hôpitaux l’automne passé, au vu de la discrétion de ses militants dans la lutte engagée à l’Etat de Genève contre la nouvelle caisse, on peut se demander si la position de Vanek ne s’inscrit pas, elle aussi, dans la continuité.

Voilà qui nous conforte dans l’idée que la construction d’une gauche anticapitaliste -une gauche dont le fil à plomb reste son positionnement du côté des salarié.e.s, pas dans la gestion des institutions- est plus que jamais i-n-d-i-s-p-e-n-s-a-b-l-e.



[1] solidaritéS-infos, 16 mars.

03/03/2012

Juste un peu tache...

Acte un jeudi 1er mars:

Rémy Pagani affirme devant la presse que le Conseil admnistratif de la ville de Genève veut une expertise de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe à propos de la loi Jornot, celle qui vise à rendre impossible l'exercice du droit de manifester. Transparent, il met  à disposition de la presse la lettre du CA à l'OSCE.

Acte deux, le lendemain:

Dans la Tribune, Pierre Maudet, maire de Genève, prétend qu'il n'y a pas de position du Conseil administratif "tout simplement parce que nous n'en avons jamais discuté".

Qu'en déduire?

Que Pagani invente des positions de l'exécutif et fournit des faux à la presse? Maudet devrait en exiger la démission, rien de moins, et son pote Zappelli ouvrir une enquête contre Pagani,...

Que le CA fonctionne et prend des décisions à l'insu du maire radical-libéral? Le maire ne compterait-il que pour beurre? Pas forcément reluisant pour "le magistrat compétent" qui se lance dans la bataille pour sauver le siège libéral-radical au Conseil d'Etat...

Ou que c'est tout simplement Maudet qui ment? Pour "le magistrat intègre" et sauveur désigné du parti de Mark Müller et Olivier Jornot, ça ferait juste un peu tache...

 

29/02/2012

L'avenir commence à Athènes...

Quand la malnutrition fait des ravages parmi les petits élèves de l’école primaire et la faim pointe le nez dans les quartiers même petit bourgeois des villes grecques, la mesure est donnée de l’ampleur de ce qui est en train de se passer.

Malnutrition et faim! Qui s’ajoutent à des coupes brutales dans les retraites, les salaires et les prestations publiques et qui sont loin d’être de simples ajustements. Oui, ce qui se passe en Grèce prend les contours d’un changement d’époque. Et d’une crise de Civilisation.

Faim, malnutrition, retraites de misère, c’est ça «la fin du modèle social européen», dont se réjouit Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Il sait de quoi il cause: c’est la BCE, qui prête aux banques à un taux de 1% pour qu’elles puissent prêter à leur tour à La Grèce, au Portugal, à l’Espagne à des taux cinq, six fois supérieurs.

C’est sans qu’aucune richesse n’ait été produite que les banques réalisent les bénéfices. Le profit, ce n’est même plus sur la plus-value, le surtravail non rémunéré fourni par les salarié.e.s, qu’elles le réalisent, mais sur la gestion de la dette. C’est la logique vampirique de ce système.

C’est une vampirisation qui induit de graves reculs de Civilisation. C’est la Civilisation qui recule quand on condamne des centaines de milliers de vieux à vivre avec moins de 500 francs par mois, même au soleil et au son du sirtaki.

C’est la Civilisation qui fait un bond en arrière quand, par les coupes dans les dépenses publiques on renvoie les femmes aux tâches d’entretien, de reproduction de la vie sociale que plusieurs décennies de combat féministe avaient permis de socialiser, par des crèches, des EMS…

C’est la Civilisation qui recule quand ce sont la BCE, le FMI et la commission européenne qui «élisent» les chefs de gouvernement, come ils l’ont fait en Grèce et en Italie, en installant à la tête de ces pays deux anciens de Goldman Sachs.

Elle recule encore quand ces exécutants fidèles sont en plus doublés de proconsuls permanents du FMI et de la BCE installés à Athènes pour contrôler l’exécution de leurs mesures.

Il y a recul de Civilisation quand la cheffe du gouvernement de la principale économie capitaliste européenne, l’Allemagne, distribue les bonnes et les mauvaises notes aux autres gouvernants.

La Grèce aujourd’hui est un laboratoire grandeur nature. Pour eux et pour nous.

Elle a pour les capitalistes un intérêt certain. Imposer une réduction brutale du niveau de vie de presque onze millions de personnes, les asservir, les soumettre, et baisser celui de tous les autres, ailleurs en Europe, le voilà leur intérêt.

Symétriquement, c’est la capacité des Grecs à repousser ces attaques, qui nous renforcera tous. Voilà pourquoi, au-delà de la simple et indispensable solidarité humaine, le soutien au peuple grec est indispensable.

Parce que l'avenir commence à Athènes...

16/02/2012

Les manifs, la casse et la violence

Genevoises, genevois, le matériel de vote est dans vos boîtes. Le 11 mars vous devrez décider si oui ou non vous renoncez à un droit fondamental, celui de manifester.

Voici la position claire de la Gauche anticapitaliste (www.gauche-anticapitaliste.ch) contre la loi Jornot, une loi à renvoyer à l'exéditeur.

 

Combattre un système qui génère la violence,
pas le droit de manifester !

Les tenants de la loi font appel aux quelques débordements survenus lors de manifestations pour durcir l’exercice du droit de manifester. Par contre, jamais ils ne se penchent sur l’origine de cette violence.

Un oubli? Sûrement pas! L’origine de cette violence se trouve dans les politiques mises en place et appliquées par la même caste qui veut restreindre, voire supprimer, le droit de manifester.

Les politiques mises en place depuis quinze ans en matière de logement, d’école, de santé, d’assurances sociales vont toujours dans le sens de limiter les prestations, de couper dans les dépenses, de réduire la maîtrise des citoyens sur ce qui les concerne, d’octroyer des faveurs fiscales aux mieux lotis.

Exigée par «les marchés», cette politique en laisse plus d’un sur le carreau. Combien de chômeurs en fin de droit qui n’ont plus de moyens pour vivre autres que l’assistance publique auraient envie de «tout fiche en l’air»? Combien de ces jeunes laissés au bord du chemin du système de formation n’ont jamais eu envie de «casser la baraque» ?

Combien de rentiers AI n’ont pas une fois eu l’envie de «mettre le feu à la boutique»? C’est dans l’humiliation, celle de ne pas avoir un boulot comme tout le monde, d’avoir été mis dehors, de se sentir un looser que la violence prend racine.

Mais, pour les cerveaux qui ont concocté cette loi, les prestations sociales et des services publiques de qualité sont des préoccupations aussi exotiques que les conditions de vie des babouins en Botswana: ils n’en ont pas besoin pour vivre.

La violence des uns et celle … des autres

Les neufs dernières années, seules trois manifestations ont «dégénéré» avec des dégâts matériaux en vitrines et voitures de l’ordre de quelques dizaines de milliers de francs.

Ces débordements ne sont pas une stratégie. Ils servent tout au plus à donner des arguments à ceux qui veulent limiter le droit de manifester.

Mais que représentent ces quelques milliers de francs à côté des effets de la politique néo-libérale de ces trente dernières années? Combien de familles ont été plongées dans la précarité, par des licenciements arbitraires, par les coupes successives dans les assurances sociales, AI, chômage, aide sociale?

Le coût de cette casse-là ne se calcule pas en francs, mais en familles et êtres humains brisés. Par exemple, la 4ème révision de la loi sur le chômage d’avril 2011, a mis, du jour au lendemain, entre 15 et 18'000 chômeurs à l’aide sociale! Avec quelles conséquences sur leur santé mentale et sur les budgets familiaux ?

Combien de milliers de ménages a-t-on privé d’avenir à coups de restructurations et de délocalisations? La voilà, la violence.

Cette violence, qui est celle du capitalisme, n’émeut nullement l’inspirateur de la loi et ses libéraux collègues. Leur souci est celui d’avoir un pays et une ville policés, havres de paix pour les clients de ces banquiers privés qui sont leurs mandants.

10/02/2012

Au besoin, en cognant...

Nommé procureur de la République grâce à sa propre voix, Olivier Jornot prendra ses fonctions à Genève le 1er avril à la place de Daniel Zapelli, démissionnaire forcé et membre du PLR, le parti de Jornot et Mark Müller.

C’est en 1984 que, alors âgé de quinze ans, «par amour de son pays» il adhère à Vigilance, un parti nationaliste aux relents fascisants. L’écœurante campagne xénophobe par laquelle ce parti avait remporté une vingtaine de sièges lors des élections cantonales de 1985 n’a pas dû troubler outre mesure le jeune Jornot, puisque ce n’est qu’en 1989 qu’il quitte l’extrême droite pour rejoindre le parti libéral. Et bien qu’il se félicite d’avoir suivi «le parcours dans ce sens plutôt que l’inverse», il reste fort discret sur ce passé-là.

Pas trotskiste d’origine (sic !)

Cet homme que, avec une rare perspicacité, Darius Rochebin définit comme «pas forcément trotskiste d’origine» (tsr1, 1.12.2011), entame alors des études en théologie, puis en droit. Et, à une époque où la jeunesse s’enflamme pour une «Suisse sans armée», c’est tambour battant qu’il mène une carrière militaire. Officier supérieur à 25 ans, il est depuis juillet 2011 colonel d’état major général.

Et c’est aussi au Parti libéral qu’il fait carrière. Conseiller municipal dans ce ghetto à parvenus qu’est Veyrier, il entre au Grand Conseil en 2005. Depuis 2002 il est aussi président du parti libéral; il le restera jusqu’en 2006. Ingrats, ses pairs ne le récompenseront pas, puisque, en novembre 2008, ils lui préféreront Mark Müller et Isabel Rochat come candidats au Conseil d’Etat.

Il s’illustre néanmoins au Grand Conseil jusqu’à obtenir la reconnaissance suprême de la part des parlementaires, de droite comme de gauche, celle de «meilleur député de l’année». «Coriace député connu pour ses combats contre les mendiants, les manifestants et les perturbateurs en tous genres » (Le Temps, 29.11.11), il est à l’origine de la suppression de l’obligation de publier les transactions immobilières -et leur montant- dans la feuille d’avis officielle.

Sous prétexte de «protection de la sphère privée», c’est une disposition clé et unique en Suisse romande qu’il fait sauter, celle permettant un contrôle public sur ces transactions et qui limitait les phénomènes de blanchiment. Dans un Canton où, pour 400'000 habitants le montant des transactions immobilières en 2010 s’est élevé à un milliard de francs, le fait que celui qui devient Procureur général soit l’auteur d’une telle loi a de quoi inquiéter.

Ménager des marges de liberté

Son copain de parti, Charles Poncet, a prétendu à la radio que, en devenant procureur général, Jornot perdrait «les 2/3 de ses revenus». C’est qu’ils devaient être confortables. C’est en effet chez Fontanetassociés qu’il exerce son activité d’avocat d’affaires.

Officine sise dans la vieille ville entre la rue des Granges et la rue Calvin -tout un symbole!- et forte d’une trentaine de «collaborateurs», l’étude se vante «d’accompagner les entreprises étrangères dans leur implantation en Suisse» et de pourvoir à la «négociation des aspects fiscaux y relatifs» (www.fontanet.ch). Que c’est bien dit…

De plus, cet homme, prêt «à abandonner la politique mais pas le pouvoir» (Le Temps, 29.11.11), siège au Conseil d’autorégulation de l’ASG, l’association suisse des gestionnaires de fortunes. D’après son propre site (www.vsv-asg.ch), «l’ASG est plus à même que le législateur (…) d’édicter des règles d’éthique professionnelle». Il faut, d’après elle «renoncer à l’emprise unique et tatillonne de l’Etat au profit d’une réglementation autonome appliquée par des organisations privées», dans le but de «ménager à des organisations privées une marge de liberté». Sera-ce la philosophie de ce nouveau procureur général chargé d’enquêter dans la capitale mondiale du négoce?

Cogner dur…

C’est par contre d’une fermeté absolue face à la petite délinquance que Jornot fait preuve. A ce titre, il se dit «favorable à un recours accru à la détention administrative» (TSR, 8.5.09), c'est-à-dire à la privation de liberté sans jugement!

Tout comme il est l’auteur de la loi sur les manifestations qui est une véritable loi contre les manifestations.

Car, avocat d’affaires ou procureur général, il est là pour garantir les meilleures conditions pour l’installation à Genève des sociétés étrangères.

Au besoin, en cognant sur le droit de manifester, aussi dur que sur des piétons un jour de 2003 sur un parking vaudois…

14/01/2012

David Hiler: aux ordres de S&P!

David Hiler
aux ordres de S&P !

Encensé de droite à gôche, poids lourd des partis genevois de l’Alternance, le patron des finances David Hiler jouit d’une réputation «d’intraitable». Il l’est, face aux les salariés de l’Etat et aux syndicats; il l’est beaucoup moins devant les exigences des agences de notation. Voilà qui en fait pour le très libéral IDEHAP le «troisième meilleur ministre cantonal des finances».

Déjà en septembre 2010 lorsque Genève avait décroché le AA- de Standard & Poor’s et la grève à l’aéroport chez ISS battait son plein, le Vert s’inquiétait de ces grèves «qui pourraient entacher la bonne réputation de Genève». Sûr que, pour attirer les hedge founds comme Hiler le souhaite, grèves et manifestations font désordre…

Aujourd’hui, il confirme à propos de la fusion des caisses de retraites du personnel de l’Etat et des hôpitaux. Combattue par le seul Syndicat des Services Publics, la fusion prévoit l’élévation de l’âge donnant droit à la retraite, l’allongement de la durée de cotisation, l’augmentation conséquente de celles-ci et une diminution des rentes versées.

Pour Standard & Poor’s, la réalisation de cette fusion est la condition sine qua non du maintien de la notation AA- pour Genève. Elle l’écrit le 5 août 2011 de manière on ne peut plus claire. Dans son communiqué, qui figure sur le site officiel du Département des finances, on peut lire que «l’absence de réforme des caisses de pensions publiques pourrait affecter notre appréciation de la gouvernance du Canton et ainsi mettre sous pression la note actuelle».

Ainsi, la péjoration des retraites de quelques 40'000 assurés et de leurs familles est la condition pour le maintien de la note. Faute de quoi, elle pourrait être dégradée. Alors, les taux d’intérêt pour les emprunts et les obligations d’Etat, eux, augmenteraient, comprimant davantage les dépenses publiques.

Donc, soit vous fusionnez les caisses en faisant payer les assurés, soit les conditions d’emprunt faites à l’Etat de Genève vont se durcir, puisque la notation baissera. Et, come la fusion exige aussi une injection d’argent frais, S&P rappelle qu’«un surcroît de dépenses (…) pourrait remettre en cause la note actuelle».

Lige exécutant, David Hiler a déjà convoqué les syndicats favorables à la fusion des caisses de pension pour leur demander des efforts supplémentaires. Après avoir assuré qu’un accord avec Hiler permettrait d’éviter les détériorations plus importantes voulues par la majorité de droite du Grand Conseil, syndicats et corporations vont-ils faire de nouvelles courbettes devant le «magistrat-ami»?

C’est pourtant lui qui s’est engagé, il y a deux ans, à ne plus toucher aux salaires. Jusqu’en décembre dernier, lorsqu’il a décidé de ne verser qu’une demie annuité avant que le Grand Conseil décide de … supprimer l’annuité tout court.

La soumission aux diktats des agences de notation n’est pas une fatalité. Des villes comme Zurich ne font pas partie du système de notation. D’autant que pour être notées, les collectivités publiques comme les privés paient un montant forfaitaire.

Celui payé par Genève à S&P s’élève à 50'000 euros par an. Auquel on rajoute une commission à la prestation dont le % n’est pas dévoilé.

Pour se faire donner des ordres!

 

14/12/2011

Discipline budgétaire pour discipliner les peuples

 

Puisque les résultats du dernier sommet ne sont pas suffisants, on va devoir abaisser la notation des Etats européens. Voilà, en substance, le message délivré par Moody’s à l’issue du sommet européen du 9 décembre.

Pourtant, les décisions prises par les représentants des 27 réunis à Bruxelles pour le 16ème «meeting de la dernière chance» depuis le début de la crise sont tout sauf des «mesurettes».

Pour Sarkozy le sommet marque la naissance d’une «autre Europe» tandis que, plus brutal, le New York Times écrit que «l’Allemagne a imposé sa vision des choses». Force est en effet de constater que les conclusions du sommet de Bruxelles sont tout sauf anodines

Tous solidaires… avec les banques

Trois sont les éléments nouveaux qui en ressortent. Le premier est la volonté d’assurer une gouvernance économique supranationale décrochée des Etats nationaux et des Parlements élus au profit d’une concertation entre la commission européenne, la Banque Centrale Européenne et les gouvernants des économies les plus fortes.

En modifiant les règles de surveillance des Etats membres de l’UE, ce sont les velléités nationales -y compris celles de secteurs de bourgeoisies nationales- de suivre des politiques économiques contraires aux intérêts des économies dominantes qui sont limitées.

Ainsi, par exemple, des compromis issus de confrontations de grande ampleur -dans des conflits autour des retraites ou autres- dans tel ou tel autre pays pourraient être sacrifiés sur l’autel de la «compétitivité de notre continent» comme le reconnaît Sarkozy.

Ensuite, l’accord obtenu par Angela Merkel institue une sorte de Fonds monétaire, le Mécanisme européen de solidarité (MES). A mettre en place en juillet 2012, et disposant d’un capital de 80 milliards d’euros, il a comme but de venir en aide aux pays de la zone euro qui n’obtiendraient plus de financements pour honorer leurs dettes.

Ainsi, si l’Espagne ou l’Italie devaient avoir trop de difficultés à emprunter pour rembourser leurs créanciers, c’est aux populations européennes de leur venir en aide par le biais de ce MES financé par leurs impôts. En termes de solidarité, c’est parfaitement pensé: c’est aux gens d’aider les Etats à rembourser leurs dettes vis-à-vis des banques!

La création du MES intervient quelques jours seulement après la décision de la BCE d’assurer pendant trois ans un financement illimité aux banques à un taux réduit à 1%. Elles pourront continuer à prêter au Portugal, à l’Espagne, à l’Irlande, à la Grèce ou à l’Italie -mais aussi à la France- à 5 ou 6%, rassurées qu’elles seront par la solidarité européenne.

A l’heure où l’on parle d’une possible faillite du 2ème institut allemand de crédit, la Commerzbank qui doit trouver quelques 5,2 milliards d’euros d’ici la mi-2012, de telles largeurs sont, pour les banques, plus que bienvenues.

Peut mieux faire…

Enfin, l’accord conclu établit un système de sanctions pour les pays qui ne respecteraient pas l’orthodoxie budgétaire. Arbitrairement fixée au principe de l’équilibre budgétaire -la désormais célèbre «règle d’or»- et à un taux d’endettement qui ne dépasse pas les 60% du PIB, cette orthodoxie est une véritable arme pour discipliner les peuples.

Ainsi que l’explique Sarkozy interviewé par Le Monde (13 décembre), c’est «la réforme du régime des retraites» qui rapportera 22 milliards d’euros en 2017, tout comme la suppression de 150'000 postes dans la fonction publique « va considérablement alléger, dans l’avenir, le poids des dépenses publiques».

Mario Monti, le premier ministre italien élu par les marchés, donne lui aussi par son budget fait d’élévation de l’âge de la retraite, d’allongement de la durée du travail et de licenciements facilités toute l’étendue du coup de massue contre celles et ceux qui n’ont que leur travail -et parfois même pas celui là- ou leurs retraites pour vivre. Au nom de la dette !

Cependant, la décision du 9 décembre laisse une marge d’interprétation pour appliquer ces sanctions qui ne seraient dès lors pas automatiques. Ainsi, comme l’explique toujours le Président à talonnettes, «un Etat peut être amené à recapitaliser une banque (…), ce qui augmentera sa dette publique. On ne pourra pas lui en tenir rigueur». Nous voilà rassurés.

Véritables mesures de mise au pas des peuples, les décisions de Bruxelles ne suffisent pas à satisfaire les créanciers américains des banques européennes. Qui le font savoir par la bouche de Moody’s et S&P, leurs experts : «peut mieux faire»…

Paolo Gilardi

17/10/2011

Après le samedi global: Rise up!

Confidentielle comme à Genève ou massive comme à Madrid, New York, Athènes, Rome et Barcelone, la journée globale d’action du 15 novembre a mis des millions de personnes dans les rues de plus de 950 villes dans 84 pays.

Avec pour slogan «nous sommes 99%» et la ferme détermination à ne pas laisser le 1% restant «nous confisquer notre futur», ces manifestations massives -dont le «printemps arabe» avait été le prélude- marqueraient-elles un nouveau pas vers un automne chaud européen ?

Si tel est le cas -et nous le croyons-, un nouveau chapitre s’ouvre. Porteur d’espoir et chargé de responsabilités

Nous étions des centaines de centaines de milliers samedi passé dans les rues de Rome, Madrid et Barcelone. Par dizaines de milliers ils ont défilé à New York, Londres, Chicago, Athènes et Lisbonne, par milliers à Francfort, Oakland ou Milwaukee. Le doute n’est plus de mise: même s’il faut raison garder, après ce 15 octobre, rien ne sera plus comme avant.

Ca s’écrit eau, ça se lit démocratie

Ce qui s’est exprimé dans les rues de ces villes la semaine est d’abord le refus de se résigner: à la pauvreté, à l’exploitation, à la précarité. Puissant symbole de ce refus a été la participation à la manifestation de Rome de milliers de «braccianti agricoli illegali», ces travailleurs agricoles que leur condition de sans papiers condamne à courber l’échine en silence.

Il y ont côtoyé les métallurgistes de la FIOM -le syndicat des métallos-, les précaires de l’instruction publique, les jardinières d’enfants des crèches de Rome devenues des poulaillers industriels, les chômeurs en fin de droit. Toutes et tous ensemble, derrière une banderole de tête valant à elle seule tout un programme: «Poeple of Europa, Rise Up!».

Avec eux, ont défilé les défenseurs du bien public qu’est l’eau ; avec un slogan «ça s’écrit eau, ça se lit démocratie!». Car, justement, c’est l’appropriation privée des ressources, celle qui est exigée au nom de la dette, qui est au centre des préoccupations; c’est la propriété capitaliste avec ses impératifs de profit qui fabrique des sans travail, des sans papiers, des sans droits.

Cette convergence romaine, elle s’est réalisée aussi à Madrid: entre enseignants en grève contre les privatisations, jeunes chômeurs et précaires, paysans appauvris. Elle s’est réalisée à Londres ou à New York entre syndicalistes, chômeurs et militants anti-guerre.

Les cœurs et les âmes

L’ampleur des mobilisations confirme la dé-légitimation d’un système, le capitalisme, qui ne peut pas donner de réponses aux besoins sociaux, économiques, environnementaux, pacifiques, des 99%, à savoir l’écrasante majorité de la population mondiale.

En faire le constat, reconnaître, comme le faisait dernièrement un éditorialiste local, que «le capitalisme a perdu la bataille des cœurs et des âmes», c’est juste, mais ne suffit pas. Face à sa propre crise, le capitalisme n’abdique pas. En est la preuve la manière dont le ministère de l’Intérieur italien a géré le Black bloc dans la manifestation de Rome. Il a laissé les brides sur le cou d’un millier de jeunes révoltés pour casser des vitrines et bruler des voitures pour pouvoir par la suite attaquer avec une brutalité inouïe la tête de la manifestation. Et empêcher de ce fait que puisse s’installer au coeur de Rome le campement prévu d’indignati -qui sont de plus en plus incazzati, c'est-à-dire fâchés.

Il montre de cette manière que les jeux sont truqués, dans le sens où la légalité démocratique n’est que fiction. Elle coince, à l’image des forces politiques de la «gauche» italienne, le débat autour de la violence de certains secteurs, minimes, de manifestants et occulte le reste.

Cela demande aux forces qui se réclament de l’anticapitalisme de ne pas se satisfaire des constats, mais de mettre en avant des perspectives pour ces mouvements qui posent une exigence, celle de se réapproprier, d’en bas, le futur. Autrement dit, les âmes et les cœurs que le capitalisme ne séduit plus, ont besoin de perspectives autres que celle de se mobiliser pour glaner quelques pourcents aux élections fédérales.

Un besoin d’alternatives

Manifestation de révolte et de prise de conscience nouvelle, le moment actuel demande des propositions nouvelles qui dessinent une alternative possible à un capitalisme qui s’installe dans la crise. Cela, ne sera pas que le fruit de réflexions abstraites, de livres plus ou moins doctes sur les alternatives au capitalisme.

L’alternative ne pourra se construire qu’à partir des résistances et des luttes quotidiennes: sur les lieux de travail contre l’augmentation des horaires et de la fatigue, dans les services publics contre les privatisations, dans la lutte contre les politiques autoritaires, celle contre la précarité, pour un environnement qui nous permette de vivre.

Et cela ne peut se faire que par la construction, à la base, d’en bas, de résistances qui peuvent se transformer en confiance. Dans notre force, nous qui sommes les 99%, et notre capacité de changer le monde.