05/08/2011

Main basse sur la vie

Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.

«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.

Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.

L’éducation, l’emploi et la santé publique

Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.

Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.

Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.

La poussée de la rue et celle de Wall Street

Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.

L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.

Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.

Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».

Virtuel contre réel

C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.

Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.

Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.

Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!

Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…

Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…

Main basse sur la vie

Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.

«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.

Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.

L’éducation, l’emploi et la santé publique

Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.

Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.

Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.

La poussée de la rue et celle de Wall Street

Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.

L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.

Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.

Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».

Virtuel contre réel

C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.

Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.

Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.

Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!

Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…

Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…

04/05/2011

BBQ à Vessy

Je viens d'aller au barbecue des grévistes de Vessy.

Depuis le 7 mars, elles sont en lutte contre une ponction sur les salaires déguisée en mesure environnementale (2 à 5% du salaire pour payer le parking), pour obtenir l'égalité de traitement avec les autres travailleuses et travailleurs hospitaliers et pour que soit reconnue la représentativité de leur syndicat, le Syndicat des services publics.

C'était très bien. On y a reçu plein de visites dont celle des maçons d'un chantier voisin et celle... d'une voiture de police.

Face à des salariées qui exercent leur droit, la direction de fait appel à la police pour les intimider, après avoir déposé trois plaintes pénales contre eux.

Au même moment, elle a retiré la plainte contre l'employé indélicat qui, lui, n'avait pas fait la grève mais détourné 70'000 francs!

De là à penser qu'il y a deux poids et deux mesures...

31/03/2011

Libye : L’humanitaire pour reprendre pied!


Le but était-il l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne? Si c’est le cas, les bombardiers qui depuis plus de dix jours frappent la Libye devraient au plus vite rentrer dans leurs hangars. Car, détruite au sol, l’aviation de Kadhafi ne peut plus attaquer depuis le ciel.

Pourtant, c’est l’OTAN qui reprend le commandement des opérations dans celle qu’Obama se refuse toujours à appeler «guerre», un pas que Sarkozy n’a pas hésité à franchir. A preuve que l’humanitaire n’est que prétexte pour une tentative armée des impérialistes de reprendre pied dans une Afrique du Nord qui leur échappe.

De la Somalie au Kosovo, le recours à une phraséologie humanitaire au service des guerres n’est pas une nouveauté. Et il est probablement vrai que, dans certains cas, ces interventions ont permis de sauver des vies. Mais, surtout, elles ont permis l’installation durable de bases militaires, voire de forces d’occupation, dans les pays «sauvés».

Kadhafi fait mieux que Ben Ali !

Les atrocités commises par le kleptocrate de Tripoli, l’ancien ennemi public numéro un devenu l’allié indispensable des gouvernements européens et étasunien, viennent à point nommé. A plusieurs titres.

D’abord, alors que Ben Ali et Moubarak, les fidèles vassaux des Occidentaux avaient dû capituler devant l’impétueux mouvement de masse, c’est Kadhafi le premier qui a su, dès le 17 février, imposer un coup d’arrêt brutal à la révolution dans le monde arabe.

En bombardant les manifestants depuis le ciel, en lâchant ses mercenaires dans la nuit pour terroriser la population, il a réussi à arrêter l’insurrection sans que cela émeuve outre mesure les Chancelleries occidentales.

Prises de court par les révolutions en Tunisie et en Egypte, ces dernières ont été, à des degrés divers, d’une extrême prudence durant au moins trois semaines. Trois semaines de gagnées pendant lesquelles ce sont les hommes de Kadhafi qui ont assuré la sale besogne pour laquelle Alliot-Marie avait proposé ses services à Ben Ali!

C’est durant ces jours que les mercenaires du colonel ont infligé des coups terribles à l’insurrection, une insurrection qui aurait pu prendre des allures de révolution dans la continuité de celles qui venaient de remporter des premières victoires aux frontières occidentales et orientales de la Libye.

Au secours d’une population meurtrie ?

Rien n’a pourtant été fait pour empêcher que la jeunesse libyenne soit prise pour cible par les mercenaires, que ce peuple soit meurtri. Aucune livraison d’armes aux insurgés n’a été ne serait-ce qu’envisagée tandis que le «gel des avoirs du clan Kadhafi» n’était qu’effet d’annonce.

Comme le dit le magazine économique Bilanz, faute de moyens mis à disposition des enquêteurs, il n’y a juste qu’un «paar Milliönchen» -quelques petits millions- qui ont pu être saisis en Suisse. C’est pourtant avec des devises fortes, pas avec des dinars libyens, que Kadhafi paie ses mercenaires dont certains seraient recrutés en Afrique par une société israélienne!

Car, en fait, c’était la possibilité de rétablir une tête de pont en Afrique du Nord sous prétexte de venir au secours d’une population victime qui s’est concrétisée au bout des trois semaines.

Remettre les pieds en Libye, tout en divergeant sur l’ampleur des opérations et aussi sur leurs objectifs -on n’exclut même pas une partition du pays avec maintien de Kadhafi-, comporte pour la coalition et les anciennes puissances coloniales plusieurs avantages.

Contrôler la transition et le … pétrole des concurrents

En premier lieu, alors qu’une population abasourdie ne semble pas en mesure de reprendre victorieusement le flambeau de l’insurrection, les occidentaux rendent indispensable leur présence. Déjà, en France comme aux USA, des voix se lèvent pour porter assistance au sol aux insurgés.

C’est le scénario rêvé pour pouvoir remettre pied dans une région où les révolutions égyptienne et tunisienne ont pris de surprise les gouvernements impérialistes. A l’heure où des radicalisations de ces processus sont possibles, la supériorité militaire écrasante des Occidentaux est un instrument de cette «transition ordonnée et modérée» que Barak Obama a encore souhaitée ce lundi.

En Tunisie la rue exige la réalisation des revendications surgies durant les journées de janvier. Le mouvement révolutionnaire ne s’est pas contenté du départ de Ben Ali et il ne veut pas être dépossédé de sa révolution par un personnel politique qui est en partie celui de l’Ancien régime. Et en Egypte, la mobilisation de rue pourrait vite être confrontée à l’armée sur laquelle misent Obama et Clinton.

Ainsi, s’implanter militairement entre Tunisie et Egypte pourrait être un atout de taille. D’autant que, sur un autre plan, contrôler la Libye, avec ou sans Kadhafi, revient aussi à contrôler l’approvisionnement en pétrole de la Russie et de la Chine. Deux concurrents sur le plan économique global fortement implantés en Libye.

Autant de raisons d’exiger la fin immédiate de l’intervention impérialiste en Libye.■

Paolo Gilardi

paru dans L'anticapitaliste, 44ème, 31 mars 2011

22/03/2011

Mise au point

Une dépêche de l'ATS reprise par plusieurs sites prétend que lors de la manifestation de dimanche à Genève en soutien aux révolutions de la région arabe, j'aurais eu une altercation avec des femmes libyennes et les aurais interdites d'affirmer leur satisfaction de voir les avions français bombarder des cibles en Libye.

La Radio suisse romande en a même fait sa première nouvelle lors du 7h30 du 21 mars, donnant la parole pendant plus de deux minutes à une de ces personnes sans pour autant me demander mon point de vue.

C'est pourquoi je tiens à préciser ce qui suit:

  1. Convoquée par une large coalition de forces, la manifestation en faveur des révolutions dans la région arabe s'opposait à toute forme d'occupation et d'intervention occidentale dans cette région. Partant, aucune forme de soutien aux bombardements de cibles en Libye n'était préconisée par les organisateurs, ceux-ci étant condamnés par notre volonté commune. La présence de quatre personnes arborant drapeau français et pancartes félicitant l'aviation de Sarkozy était dès lors pour le moins incongrue mais tolérée par les organisateurs,
  2. En tant que orateur désigné par les organisateurs, j'ai publiquement invité ces personnes non pas à quitter la manifestation, mais à nous rejoindre pour confronter nos points de vue à la salle du Maïl où était prévue la partie conviviale de la journée.
  3. J'ai réitéré cette proposition une deuxième fois de nouveau par hauts parleurs et directement à ces personnes qui l'ont refusée prétendant qu'elles ne pouvaient pas venir car, comme l'a dit l'une d'entre elles, elle avait "un avion à prendre, ses affaires n'attendant pas".
  4. Il  n'y a eu aucune forme d'altercation et le fait de ne pas leur avoir mis à disposition le micro pour diffuser des points de vue contraires à ceux des organisateurs de la manifestation est donc logique.
  5. L'origine libyenne de ces personnes vivant à Genève depuis des longues années d'où certaines dirigent des sociétés commerciales qui interviennent au Moyen Orient ne leur donne aucun droit particulier. A cet effet, si un Libyen supporter de Al Quaeda avait demandé le micro pour appeler à la Djihad contre Kadhafi et l'Occident, aurais-je dû le lui mettre à disposition? Evidemment que non. Par contre, je serais anti-démocratique pour l'avoir nié à quelqu'un qui, en vertu de ses origines libyennes voulait saluer des "libérateurs" qui larguent des bombes -des rumeurs font état d'utilisation d'uranium appauvri comme au Kosovo-  sur un pays avec tous les risques de "dommages collatéraux"? Poser la question c'est y répondre.

    Paolo Gilardi

18/03/2011

un zéro e plus

Six mille fois. Y a un zéro qu'est tombé. Ce qui ne change rien au fond...

Ouf!

Me voilà rassuré! Tout va bien. La télé vient d'annoncer que les hélicos japonais ont déversé 30'000 tonnes d'eau sur la piscine du réacteur numéro 3 de Fukushima! Trente mille tonnes! Ouf!

Sauf que, trentre mille tonnes de flotte c'est juste 600 fois le contenu de ma baignoire... Ou celui de toutes les baignoires, si ce n'est de ma rue, de mon quartier!

De là à croire qu'on continue à nous prendre pour des idiots...

14/03/2011

Tout est sous contrôle...

Au Japon «la situation est sous contrôle». C’est ce qu’a eu le culot d’affirmer Marc Comina, le directeur romand de l’officine de propagande patronale Farner sur les ondes de la radio romande, le 14 mars.

Au même moment, l’institut français de radioprotection et de sécurité nucléaire faisait état d’un «rejet très important de radioactivité dans l’environnement», tandis que les explosions se suivent dans les réacteurs japonais.

Vingt cinq ans après Tchernobyl, c’est au prix d’une catastrophe dont on ne peut imaginer la portée sans une dose majeure d’effroi, que s’impose, urgente, la nécessité de sortir du nucléaire.

Mais si on avait pu imputer Tchernobyl à l’incurie et aux technologies soviétiques, c’est dans un des pays les plus scrupuleux en matière de procédures et à la pointe de la technologie que l’accident survient. Dès lors, c’est toute la filière nucléaire que remettent en cause les réacteurs en fusion au Japon.

Les propos de Comina l’attestent, les nucléocrates ne vont pas renoncer à leurs projets. Et pour cause! Le premier feu vert donné le 15 novembre par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire à la construction de trois nouvelles centrales à Gösgen, Beznau et Mühleberg est synonyme de bénéfices énormes pour leurs promoteurs, Axpo, les FMB et Alpiq.

Ainsi, après la suspension du programme nucléaire suisse décidée ce lundi, ils reviendront à la charge. De propos lénifiants en dénégations tonitruantes, d’évocation du retour à la bougie en expertises sophistiquées relayés par des journalistes objectivant leurs opinions, rien ne nous sera épargné, pour justifier la reprise du programme nucléaire.

Déjà, on ergote sur la cause de l’accident japonais: tremblement de terre ou tsunami ? Distinguo important, prétend-t-on. Car, si c’est la grosse vague la cause, la Suisse étant à l’abri de tout risque de tsunami, elle le serait aussi de celui d’une explosion comme à Fukushima. CDFD!

L’appareil de propagande est en marche. Des centaines de Comina vont s’y mettre, tandis que le lobby électrique, grâce à la ministre de l’énergie Doris Leuthard, pèsera de tout son poids. Il faut de toute urgence allumer les contre-feux.

Les rassemblements de cette semaine sont un premier pas, important. Mais insuffisant. «Manifester silencieusement notre consternation et notre compassion» comme le propose Greenpeace, certes! Mais pour «qu'un changement de paradigme intervienne dans la politique énergétique», «l’espoir», exprimé par Greenpeace, n’est de loin pas suffisant.

Les autorisations des nouvelles centrales doivent être retirées. Car, aussi infinitésimaux soient-ils, les risques atomiques ont une portée inversement proportionnelle.

Contrairement aux tremblements de terre et aux tsunamis, on peut les éviter.

Pour cela, la mobilisation est nécessaire. Pour sortir du nucléaire.

Et d’un mode de production qui sacrifie au profit la vie sur de vastes parties de cette Terre.

13/12/2010

Avec Julian Assange

A l’heure d'écrire ces lignes, Julian Assange, le boss de Wikileaks reste en taule. Malgré l’offre du cinéaste Ken Loach et du journaliste John Pilger de payer la caution de 280'000 dollars, il reste au frais jusqu’à la prochaine audience.

Recherché par l’establishment états-unien qui voudrait le poursuivre en vertu de l’Espionnage Act qui date de 1917, il a des raisons de craindre que la décision de la cour britannique -à laquelle il s’était spontanément rendu- de le mettre sous les verrous ne soit qu’un moyen de gagner du temps pour permettre son extradition aux USA.

C’est sous l’imputation d’avoir exigé des rapports sexuels sans préservatif, d’avoir conduit à terme une relation sexuelle après rupture d’un condom et d’avoir eu des relations avec une femme pendant son sommeil qu’il était recherché par Interpol!

Quel soudain intérêt pour les violences faites aux femmes! On n’attend pas moins de sévérité pour les violences sexuelles perpétrées par les soldats de l’Otan en Irak ou les centaines de viols commis par les ceux de l’ONU dans les camps de sans abris en Haïti!

Sauf que, en août, Eva Finne, la magistrate suédoise en charge du dossier déclarait qu’aucune accusation de viol ne pouvait être retenue contre lui. En septembre, le doyen des juges considérait «dénouées de tout fondement» les accusations portées contre Julian Assange. C’était avant que Wikileaks ne publie les documents du Pentagone concernant les violations des droits en Irak. Ce n’est qu’après que l’enquête a été confiée à un autre juge qui a relancé les accusations contre lui.

De toute évidence, ce sont les organisateurs d’un système mondial d’espionnage, de déportations dans des pays peu regardants en matière de droits humains, ce sont ceux qui ne ferment toujours pas le lager de Guantanamo, qui poursuivent aujourd’hui celui qui n’a fait qu’une chose: rendre publiques une partie de leurs infamies. Une (petite) part de vérité.

Pour les maîtres du monde, c’est insupportable. Ironie de l’histoire, c’est par ces nouvelles technologies symbolisant leur triomphe, l’enrichissement facile et le contrôle de la pensée qu’une partie, encore fort minime, de leurs forfaits est rendue publique.

Ce sont les mêmes qui à longueur d’année fustigent la censure chinoise sur l’Internet qui essaient aujourd’hui de faire taire Wikileaks.

Dans cette affaire, la Suisse a aussi sa part. Alors que, au sein même du gouvernement on se cache les informations comme l’a prouvé l’affaire libyenne, on supporte mal que les gens sachent.

D’abord, on s’émeut que Wikileaks puisse se prévaloir d’une extension « .ch ». Ensuite, c’est Postfinance, succursale de La Poste -une entreprise qui reste aux mains de la Confédération- qui participe au lynchage de Julian Assange en asséchant ses ressources financières sous prétexte qu’il n’a pas de domicile en Suisse, au pays des comptes numérotés !

Hypocrites et valets !

05/05/2010

S’adresser à la presse ? Une «manifestation non autorisée» !

 

Le 27 janvier à Genève, un groupe de militants anticapitalistes a mis en scène un petit moment de dénonciation des cadeaux faits à l’UBS, au sein même de la banque, à la rue de la Confédération.

Chargé d’accueillir la presse et de la renseigner sur les tenants et aboutissants de cette action, j’ai rencontré quatre journalistes devant le temple de la Fusterie où, au nom des organisateurs, je leur avais donné rendez-vous. Il était alors 11h55.

Sans que cela me surprenne outre-mesure, deux policiers en uniforme sont alors intervenus pour procéder à un contrôle d’identité, -précision peut-être superflue- de la mienne.

Ils ont par ailleurs filmé à l’aide d‘une petite caméra tout l’entretien avec la presse que j’ai ensuite invitée à rejoindre le hall de l’UBS où mes camarades avaient déployé une banderole.

Trois mois plus tard, le 28 avril, le Service des contraventions m’a signifié un avis de contravention pour «manifestation non autorisée» le 27 janvier 2010 à 11h55 «à la rue de la Confédération».

N’ayant pas pu consulter le rapport de contravention –il était «introuvable» ce matin 5 mai au Service des contraventions de l’Hôtel de police- je ne peux que comprendre que le fait de s’adresser sur la voie publique à des journalistes est assimilé à une manifestation pour laquelle une autorisation de police est nécessaire.

En effet, si les faits qui me sont reprochés concernaient l’action dans les murs de l’UBS, d’autres militants, bien connus des services de police, et qui étaient présents sur les lieux, auraient aussi pu être amendés. Or, je suis le seul l’être. Et j'étais seul avec la presse.

De plus, dans ce cas, les poursuites devraient porter sur une éventuelle violation de domicile, pour autant que l’UBS ait déposé une plainte en ce sens, mais pas pour une «manifestation non autorisée».

D’ailleurs, en vertu de quelle loi la police pourrait-elle «autoriser» une manifestation au cœur d’une banque privée? Il s’agirait en l’occurrence d‘une interprétation du droit fort intéressante -les banquiers devant accepter des manifs entre leurs murs parce que «autorisées» par la police !-, mais nous n’en sommes pas là.

C’est donc le fait d’informer la presse qui semble soumis à autorisation: c’est la police qui aurait le pouvoir d’autoriser l’information à la presse dès que celle-ci se fait la voie publique. Drôle d’interprétation de l’exercice des droits fondamentaux, notamment le droit à l’information !

Avec une amende à la clé de 200 francs –auxquels s’ajoutent 30 francs d’émoluments- c’est le droit d’informer qu’on essaie de restreindre, c’est l’expression de la critique sociale que l’on essaie de museler à coup d’intimidations et de … billets de 100 francs.

Inutile de préciser que je conteste l’amende devant le Tribunal de police.

Le 5 mai 2010

19/03/2010

13'000'000'000'000

par Paolo Gilardi

Treize-mille milliards. De dollars. C’est le montant cumulé des aides, subventions, prêts des gouvernements aux banques depuis le début de la crise. C’est un transfert faramineux de richesses des caisses publiques vers les coffres-forts privés: des poches des salariés contribuables vers celles d’une poignée d’actionnaires.

Grâce à ces milliers de milliards, les banques –celle qu’on a bien voulu sauver-, les compagnies d’assurance et les grands groupes financiers ont pu régler leurs problèmes de trésorerie. Et relancer les profits.

Jour après jour les annonces se succèdent qui font état de bénéfices milliardaires. En France, les quarante entreprises du CAC 40 affichent des bénéfices nets pour 2009 de presque 50 milliards d’euros. En Suisse, les entreprises de pointe voient leurs bénéfices diminuer légèrement, mais continuent à en faire. Y compris l’UBS.

Au bord de la faillite en octobre 2008, elle a renoué avec les chiffres noirs au quatrième trimestre de 2009. Elle affiche des résultats positifs. Pas pour tout-le-monde, d’ailleurs, puisqu’elle a réduit son personnel de plus de 6%!

Ce retour aux chiffres noirs est, lui aussi, le résultat d’un transfert de richesses. C’est grâce aux soixante six milliards d’argent frais que la Confédération lui a trouvés en moins d’une nuit en octobre 2008 pour la sauver de la débâcle que l’UBS a pu rétablir la situation. C’est avec notre fric qu’elle peut de nouveau verser des dividendes aux actionnaires.

Et si c’est dans nos poches que cet argent a été pris, c’est encore à nous qu’on demande de combler les trous dans les caisses publiques: en renonçant à une partie des prestations de l’assurance chômage, en acceptant l’allongement de la durée de cotisation, l’élévation de l’âge de la retraite ou des % de TVA supplémentaires pour financer l’AI…

Le cas de cette dernière est exemplaire: après avoir réduit de presque moitié le nombre de nouveaux bénéficiaires depuis juin 2007, on s’apprête, avec la 6ème révision en cours, à chasser de l’AI quelques 12'500 invalides. La raison? Un déficit annuel d’1,1 milliards et qui pourrait être couvert pendant soixante ans … avec les soixante six offerts à l’UBS.

Milliards qu’il faut qu’elle rende, car ce n’est pas à nous de payer leur crise. Et même deux fois plutôt qu’une!

paru dans L'anticapitaliste, 21ème, 18.03.2010

17/01/2010

Annulez la dette d'Haïti!

Tandis que la plupart des pays, même les plus pauvres, envoient en Haïti des équipes de spécialistes, le gouvernement des Etats-Unis y dépêche 10'000 GI’s et déploie au large des côtes haïtiennes une flottille de cinq navires de guerre équipés de missiles et de moyens amphibies de débarquement.

Quant à la Suisse, elle annonce par l’intermédiaire Toni Frisch, directeur du département du développement et de la coopération, la DDC, et sous le regard bienveillant de Micheline Calmy-Rey, qu’elle n’envoie pas le corps suisse de sauvetage «pour ne pas jeter l’argent par la fenêtre» (le 19h30, TSR, 16.01)…

 

Ce n’est pas dans le cadre d’une cellule de crise humanitaire que le président des Etats-Unis a pris les décisions concernant à Haïti.

C’est à l’issue d’un cabinet de guerre présidé par Obama que le chef interarmes Mike Mullen a annoncé l’envoi des GI’s et le déploiement au large des côtes haïtiennes de deux navires de guerre porteurs de missiles, ainsi que de trois navires équipés de moyens amphibies de débarquement.

Magnanime, le gouvernement a aussi annoncé la suspension, temporaire, des renvois des haïtiens en situation illégale aux USA.

J’y suis, j’y reste…

Prenant prétexte de la désorganisation qui règne sur l’île, les troupes US ont ainsi remis pied en Haïti, renouant avec une longue tradition marquée par une occupation directe, de 1915 à 1934, et par des interventions successives dans les années 1990 et en 2001.

C’est pour permettre le déploiement rapide des GI’s que les autorités militaires US -qui ont pris le contrôle de l’aéroport- ont limité durant le week-end les atterrissages des avions porteurs d’aide humanitaire. Un certain nombre d’entre eux ont été détournés sur les aéroports de la République dominicaine alors que la population souffre de la pénurie d’eau et d’aliments.

A première vue, le recours à l’armée pourrait sembler rationnel du fait de la désorganisation totale du pays. Sauf que, lorsque l’ONU a été saisie de propositions d’étendre à des tâches civiles le mandat de la force internationale des Nations Unies déployée à Haïti depuis 2004, les USA s’y sont systématiquement opposés. Et qu’ils justifient aujourd’hui l’envoi des troupes par l’incapacité à faire face de la même force onusienne.

Après le soutien sans faille accordé par les Etats-Unis à la dictature des Duvalier de 1957 à 1986, après les différentes interventions, la présence militaire étasunienne n’était plus envisageable du fait du sentiment antiyankee d’une majorité écrasante de la population. C’était la force internationale dirigée par les militaires brésiliens qui la remplaçait.

Avec le tremblement de terre, les voilà de retour. Et pour y rester, comme l’a confirmé Hillary Clinton lors de sa visite du 16 janvier. J’y suis, j’y reste, en somme, à l’exemple de l’armée indonésienne intervenue il y a cinq ans dans les zones frappées par le tsunami et qui y est toujours.

A quelques encablures de Cuba, ce dispositif vient s’ajouter à la réactivation en 2008 de la 4ème flotte US, celle qui croise le long des côtes de l’Amérique latine. Voilà qui explique que la décision ait été prise par le cabinet de guerre…

Généreux FMI ?

Pour sa part, le directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn annonce une aide extraordinaire de 100 millions sous la forme non pas de don, mais de prêt… «à des conditions favorables». Ces 100 millions viennent s’ajouter à une dette extérieure qui atteignait les 1885 millions de US$ en 2008 et pour laquelle le pays paie un intérêt de 430 millions de US$.

C’est justement son endettement qui a mis le pays à la merci du FMI. Sur ses injonctions, son agriculture et son industrie légère ont été transformées au cours des dernières décennies. Ce sont des produits agricoles et manufacturés bon marché qu’elles produisent pour les profits des sociétés nord-américaines de l’agroalimentaire et du textile.

Outre la très grande pauvreté -80% des haïtiens vivent avec moins de 2 dollars par jour- cela a engendré un exode rural énorme. En 1950, Port au Prince comptait 50'000 habitants. Aujourd’hui, les estimations varient entre deux et trois millions d’habitants. Qui sont venus s’agglutiner dans des bidonvilles surpeuplés, dans des habitations bon marché qui n’ont pas résisté aux secousses meurtrières qui se succèdent depuis le 12 janvier.

Vraie mesure humanitaire

Le même discours vaut pour les infrastructures. A titre de comparaison, la tempête tropicale qui avait frappé les Caraïbes en 2008 avait fait un millier de victimes en Haïti. A quelques centaines de kilomètres de là, à Cuba, l’île qui ne s’est pas pliée aux plans du FMI et a entretenu et développé ses infrastructures, la même tempête n’avait tué que quatre personnes.

C’est pourquoi, la vraie première mesure humanitaire urgente serait l’annulation complète, immédiate et sans conditions de la dette extérieure haïtienne. C’est ce que la Suisse, qui a soi-disant adhéré au FMI pour faire valoir les droits des faibles, devrait exiger…■

 

28/11/2009

Bonfanti, l'amie des riches...

Lors du G8 la police avait laissé incendier et casser durant toute une nuit. Pour ensuite ceuillir les manifestants à la pelle. Et interdire les manifs.

Elle en a fait de même aujourd'hui. Elle a laissé quelques personnes s'en prendre au Crédit Suisse et à quelques bagnoles pour pouvoir cueillir la manifestation toute entière dans la souricière des Pâquis.

Ainsi, après la clémence affichée à l'égard des voyous fils à papa sur la route du Lac, ce sont des salariés, des paysans, des chômeurs -et les habitants des Pâquis- qu'elle gaze, matraque et poursuit de ses balles en caoutchouc.

Le voilà l'ordre public version Bonfanti! Celui des riches et des puissants!

 

19/11/2009

Une tuerie révelatrice

Treize morts abattus par balle et des dizaines de blessés: c’est le résultat de la tuerie perpétrée le 5 novembre sur la base militaire de Fort Hood par le Major Nidal Malik Hassan. Cette tuerie, de par la personnalité de son auteur, sa religion, ses fonctions au sein de l’armée, son appartenance à un «institut pour la sécurité intérieure» et l’importance particulière de Fort Hood -la plus grande base de l’armée aux Etats-Unis- est révélatrice d’un grand nombre de problèmes internes à l’armée US. Et qui sont le pendant domestique des difficultés croissantes qu’elle rencontre au Moyen Orient et en Asie centrale.

Dès l’annonce de la tuerie, c’est la foi de Nidal Hassan qui a retenu l’attention. Fils de palestiniens, né aux USA, il a grandi en Virginie. Et il est musulman. Son grade de major exprime, certes, la nature pluriethnique de l’armée, bien que, d’après ce qu’il aurait confié à un cousin cité par CNN, «on te fait sentir que t’as beau être major, tu restes un Arabe, un Musulman».

Haro sur les Muslims

Mais son grade exprime aussi la volonté du Pentagone de renforcer la présence dans les troupes d’occupation de militaires musulmans. Comme les italo-américains qui débarquèrent en 1943 à Anzio et en Sicile, ils sont censés mieux comprendre les populations des pays musulmans occupés et se comporter avec moins de brutalité que d’habitude.

Sauf que cela revient à demander à des musulmans la loyauté à un pays dont l’establishment, tout en s’en défendant officiellement, admet volontiers que la guerre contre le terrorisme est bel et bien une guerre contre l’Islam. En un premier temps, la solution de Nidal Hassan à ce dilemme, à cette double loyauté aurait été, d’après les médias, l’engagement contre la guerre. Le carnage en aurait été l’aboutissement.

Depuis le 5 novembre, sa foi devient le prétexte à un regain d’islamophobie. Ainsi, Debbie Schlussel l’éditorialiste conservatrice qui signe des papiers dans le New York Post -et le Jerusalem Post-, n’hésite pas à écrire sur son site «voilà comment les musulmans servent leur pays dans l’armée des Etats-Unis! Leur pays c’est Dar Al-Islam, c’est le Grand Coranistan».

Après Pearl Harbour on parla de 5ème colonne pour interner des dizaines de milliers de japonais nés aux USA. Durant la guerre froide le même argument servit de prétexte à la chasse aux sorcières. La chasse au Muslim serait-elle à nouveau ouverte ?

Mais l’armée peut-elle se la permettre à l’heure où il faudrait trouver les 40'000 hommes exigés «pour pacifier l’Afghanistan» par le général Mc Chrystal?

Psychiatre militaire

Presse et commentateurs admettent que la fonction de psychiatre exercée par Nidal Hassan à Fort Hood aurait aussi joué son rôle. Une des associations de vétérans contre la guerre écrit que «de nombreux experts ont pointé le fait que le stress auquel cette guerre soumet les militaires et le grand nombre de suicides contribuent, chez ceux qui y sont confrontés de près, à banaliser la portée d’une tuerie».

Ceci d’autant que lorsque le psychiatre est lui-même pénétré d’un sentiment d’injustice, il est porté, ainsi que l’ont encore démontré des études menées en lien avec le 11 septembre, à une empathie envers ses patients bien plus grande que d’habitude.

Confronté professionnellement au stress post traumatique consécutif aux combats, aux doutes des jeunes s’apprêtant à partir à la guerre, aux suicides nombreux -117 durant cette année-, Nidal Hassan était l’un des 408 psychiatres de l’US Army –pour un effectif total de 553'000 militaires.

Il s’était plaint du manque de temps et de moyens mis à disposition des services psychiatriques, des services dont le rôle essentiel reviendrait à renvoyer le plus rapidement possible dans leurs unités de combat les hommes qui ont recours à l’Army’s Combat Stress Control Team.

Tentamens? Un millier par mois!

En ce sens, la tuerie de Fort Hood remet une fois encore au premier plan le sort des vétérans atteints de stress post-traumatique devenus incapables de retour à une vie normale.

Plus de 55.000 vétérans de la guerre d'Irak en souffrent déjà. Des données officieuses à propos des tentatives de suicide, données ni confirmées ni démenties par le Pentagone après leur publication par Paris Match, font état d’un millier de tentamens, ainsi qu’on les appelle pudiquement, chaque mois chez les vétérans d’Irak et d’Afghanistan.

On estime que les Etats-Unis devront fournir des pensions d'invalidité à 40 % du 1,65 million de soldats déployés depuis 2003 pour un coût total de plus de 600 milliards de dollars. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle les services de santé de l’armée sont si rétifs à reconnaître les troubles psychiques post-traumatiques.

Ainsi, au-delà des 13 morts et 30 blessés –nombre qui demeure fort limité par rapport aux milliers d’autres innocents victimes des guerres étasuniennes-, la tuerie de Fort Hood met le doigt sur des aspects intérieurs qui vont peser, que Barak Obama décide finalement de déployer ou pas les 40'000 hommes supplémentaires en Afghanistan.■

 

 

 

 

 

09:51 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (1)

04/11/2009

Obscurantisme contre obscurantisme

Il n’y a, pour qui fait profession d’athéisme, aucune raison de préférer l’Islam au Christianisme. Ou l’inverse. Il y a lieu simplement de rappeler, à ceux qui craignent les baïonnettes de l’Islam que seraient les minarets comme aux autres, les crimes commis par une religion qui a fait d’un instrument de torture, la croix, son emblème.

Combien de massacres et génocides n’ont pas été commis en son nom? Des centaines de milliers d’albigeois exterminés au 13ème siècle aux millions de femmes mortes sous les griffes de faiseuses d’anges, la liste est longue, l’acte d’accusation insensé. Combien d’expéditions guerrières, de canons bénis au nom de la Sainte Alliance du sabre et du goupillon?

Et il y aurait lieu encore de rappeler aux pourfendeurs du seul obscurantisme musulman les noms de Giordano Bruno et Michel Servet suppliciés, l’un par l’Inquisition et l’autre par les sbires de Calvin. Et de rappeler que ce n’est qu’en 1992, trois cent soixante ans après le procès de Galilée qu’un pape a reconnu que l’Eglise s’était peut-être trompée!

Non, celui des minarets n’est pas le combat des lumières contre l’intolérance! C’est une croisade qui s’inscrit dans une logique, celle de la guerre de Civilisation –la blanche, chrétienne et adepte du libre marché- qui se combat en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et en Palestine.

Là-bas, la faillite de la gauche, achetée et corrompue à l’image de l’OLP, a laissé la voie libre aux religieux, à la réislamisation des populations musulmanes. Quelque chose d’analogue se produit ici.

Abandonnés par les directions syndicales, sommés de s’assimiler ou se taire, trois à quatre cent mille immigrés turcs, kosovars, bosniaques, nord-africains retrouvent dans les origines culturelles et religieuses la socialisation et les identités qui font défaut. Voilà ce que représentent les jeunes filles de la deuxième génération toujours plus nombreuses à se convertir au voile.

Ce repli identitaire fait diversion face à une politique d’intégration dont l’échec est sanctionné par le fait que, chômeurs, sous-payés, sans perspectives professionnelles, les immigrés et leurs enfants restent les premières victimes de la violence sociale.

L’initiative contre les minarets enfonce encore un peu le clou. Au fond, on veut bien leur reconnaître le droit à leurs croyances, mais qu’ils se cachent, de grâce. Voilà du pain béni pour les religieux, pour les marchandes d’illusions transcendantes.

Combattre l’obscurantisme ce n’est pas soutenir une religion contre l’autre.

Ce combat n'est possible que par l’intensification de la lutte contre l’occupation de la Palestine, de l’Irak, de l’Afghanistan, contre l’extension de la guerre au Pakistan combinée à celle pour l’extension des droits sociaux, des droits des femmes, pour l’égalité entre natifs et immigrés. Voilà ce qui permettra de faire face aux fondamentalismes, quels que soient leur symboles.

Pas l’interdiction des minarets… ni des affiches, d’ailleurs.■

18/10/2008

Les besoins des gens, pas ceux de quelques actionnaires!

La crise bancaire a détruit en quelques jours des milliards de dollars de richesses. Alors que par l’octroi massif d’argent liquide les Etats viennent en aide aux responsables de cette crise, il apparaît évident que, une fois encore c’est sur le dos des salarié.e.s qu’on voudra se rattraper.

 

Déjà, la crise a provoqué des pertes importantes pour les fonds de retraite. Ainsi, aux Etats-Unis, elles se chiffrent au cours des quinze derniers mois à quelques 2000 milliards de dollars de perdus pour les fonds de pension. C’est une somme astronomique: c’est une part du salaire de millions de travailleurs, celui qui est différé, pour la retraite, qui est partie en fumée. En Suisse, les « analystes » se veulent rassurants. Certes, affirment-ils, soumises à la bourse, les sommes du deuxième pilier ont fluctué et les pertes ont été significatives. Cependant, rassurent-ils, ces pertes seront reportées sur le degré de couverture des caisses, sur les réserves, et ne se feront que peu sentir puisque le départ à la retraite ne se fera pas en même temps pour tout-le-monde.

 

Ce sont des propos rassurants que démentent cependant les mesures proposées par le Conseil fédéral qui veut à la fois réduire le taux de conversion du deuxième pilier à 6% et le taux de rémunération obligatoire de ce même deuxième pilier à 2%. En gros cela signifie à la fois baisse des rentes assurées et cadeau supplémentaire aux compagnies d’assurance puisque elles seront obligées de rémunérer moins les avoirs du deuxième pilier et qui appartiennent, rappelons-le, aux salarié.e.s.

 

De plus, prétendre que les pertes pourront être diluées dans le temps grâce à une diminution du taux de couverture ne tient pas la route. En effet, c’est faire comme si les Chambres fédérales ne s’apprêtaient pas à approuver une proposition de l’UDC d’augmenter le degré de couverture obligatoire des caisses de retraite. Ce qui signifierait en gros que les pertes subies ne seraient de loin pas amorties et qu’elles se traduiront sur les montants des retraites versées!

 

Et si l’on reste toujours aux effets immédiats de la crise financière, sans aborder les effets à moyen terme qu’elle aura sur la croissance –ou plutôt sur son ralentissement, voire son arrêt- il est intéressant de constater que les caisses maladie ont aussi perdu des sommes considérables. Ainsi, Helsana aurait subi des pertes d’environ 3,5% suite à la chute des bourses. Il n’y a pas de raisons pour que d’autres compagnies d’assurance n’aient pas subi des pertes puisque l’achat d’actions et d’obligations est le propre de ce système assurances. Dès lors, il y a fort à parier que ces pertes se répercuteront, sous prétexte de «reconstitution des réserves», sur les primes des caisses maladie qu’on prévoit déjà «en forte hausse» pour 2010. Une fois encore, ce serait aux salarié.e.s de payer.

 

De plus, les sommes publiques affectées au «sauvetage des banques» vont avoir des effets énormes sur les disponibilités financières des collectivités publiques. En présentant le montage mis en place pour renflouer l’UBS, la presse l’a comparé à ce qu’ont connu durant les années 1990 les cantons de Berne et de Genève où l’Etat cantonal avait repris à son compte l’assainissement des banques cantonales respectives. Dans les deux cas, ces mesures, qui avaient permis la relance des banques avaient grevé lourdement les dépenses publiques en bloquant durant presque une décennie aussi bien la réalisation d’infrastructures d’utilité publique que les salaires du personnel des services publics. Ce sera donc sur les dépenses de la Confédération, pour l’AVS, pour l’assurance chômage, …, que l’injection de milliards dans l’UBS va se traduire.

 

C’est d’autant plus grave que la crise financière accentue, par le rétrécissement du crédit, le ralentissement déjà amorcé de l’activité économique, l’imbrication étant particulièrement forte entre le capital productif et le capital financier. Ainsi, le FMI, le Fonds Monétaire International, vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour 2009, une croissance qu’il estime à peu près nulle. Pour lui, «la reprise n’est pas encore en vue» et ne pourra être «que graduelle quand elle arrivera». Point besoin d’être bardés de diplômes pour comprendre ce que cela signifie pour celles et ceux qui n’ont que leur salaire –pour certain.e.s les allocations de chômage- pour vivre.

 

A chaque ralentissement économique, gouvernement et parlement ont serré la vis en matière de droits sociaux. Tour à tour, ce sont les droits à l’assurance chômage, à l’AVS et à l’AI qui ont été rabotés, respectivement par la réduction des prestations, par l’élévation de l’âge de la retraite et par le durcissement des conditions pour avoir droit à une rente d’invalidité. La récession et les coûts engagés pour sauver les banques pourraient être de puissants leviers pour des tentatives de limitations ultérieures de ces droits.

 

La récession pourrait ainsi entraîner une nouvelle dégradation des conditions de vie pour la majorité de la population tandis que l’on continuerait à verser des dividendes substantiels à une minorité d’actionnaires. Il est dès lors important que ces richesses, les dividendes des actionnaires, soient transférées vers un fond pour l’emploi et pour la revalorisation des salaires géré démocratiquement grâce à la participation et au contrôle des organisations syndicales.

 

C’est en ce sens que, face aux menaces immédiates et à celles qui s’annoncent, il faut créer et développer un dispositif de protection sociale qui permette d’éviter que le poids de la crise soit reporté sur les épaules de celles et ceux qui vivent –et parfois n’arrivent pas à en vivre- de leur travail, alors que, bénéficiant de l’aide publique, les actionnaires continuent à accaparer une part substantielle de la richesse produite.

 

Cela ne relève nullement de l’utopie. Au contraire, à un moment où la crise financière et économique montre le vrai visage du capitalisme, la prise en main de leurs destinées par celles et ceux d’en bas peut changer le cours des choses. A une toute petite échelle, le printemps passé, les travailleurs des ateliers des CFF de Bellinzona, les Officine,  ont pu grâce à leur détermination dans la grève faire prévaloir les raisons de la majorité sur celles d’une minorité d’actionnaires. C’est ça, il faut créer deux, trois, cent Officine !■

 

17/10/2008

Pas de crédit à ces banquiers qui ont perdu tout crédit!

Mercredi 8 octobre, l’Union de Banques Suisse était au bord de la faillite. Avec elle, c’étaient les liquidités de 70'000 petites et moyennes entreprises et les salaires qu’elles versent à leurs employés qui étaient en jeu. En clair, les destinées des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui travaillent, la vie de régions entières, leur tissu économique et industriel pouvaient faire les frais, d’un coup, soudainement, des choix des dirigeants de l’UBS sur le marché étasunien !

 

Une semaine plus tard, le Conseil fédéral a décidé, en dehors de tout contrôle démocratique ou parlementaire, de voler au secours de l’UBS: ce sont plus de soixante milliards de francs qui nous appartiennent qu’on va utiliser pour relancer l’UBS. Comment? En reprenant au compte de la Confédération les actifs toxiques contractés par l’UBS et en laissant à cette dernière ce qui rapporte. «Socialisation  des pertes et privatisation des profits» titrait la presse pourtant si peu suspecte de gauchisme!

 

La décision du Conseil fédéral, à l’image des «plans de sauvetage» décidés aux Etats-Unis et en Europe, laisse par ailleurs les dirigeants des banques poursuivre sur la même voie parcourue jusqu’ici. En effet, tout en disposant, grâce aux milliards apportés, d’une participation proche de 10% du capital, la Confédération n’a même pas exigé, en contrepartie de ces milliards, un droit de regard sur l’activité de la banque avec une place au conseil d’administration de la banque!

 

«Nous ne sommes pas des banquiers», a tonné Pascal Couchepin. «Ce n’est pas la tâche de l’ Etat de diriger une entreprise privée» lui a fait écho sa collègue Widmer-Schlumpf. C’est pourtant notre argent que le gouvernement livre aux banquiers, mais il refuse d’exercer le moindre contrôle sur son utilisation! Et pourtant, ce sont ces mêmes banquiers, les dirigeants de l’UBS, que la commission fédérale des banques accuse dans un rapport du 15 octobre de «manquements graves»! Ce sont eux qui portent la responsabilité du marasme actuel! C’est à eux que le Conseil fédéral fait confiance pour gérer le crédit!

 

Mais, qu’est-ce que le crédit? C’est ce qui permet de réguler, de faire tourner les rouages de l’économie. De son ouverture ou de son rétrécissement dépend le développement de tel ou tel autre secteur économique, de telle ou telle autre région. C’est l’octroi de crédits, l’arrivée de liquidités, qui permet la réalisation de projets, économiques ou industriels, publics ou privés. Son rétrécissement consécutif à l’éclatement de l’affaire des subprime et de la crise bancaire aux Etats-Unis a déjà eu des effets majeurs en termes de ralentissement de la croissance; aujourd’hui les économies entrent en récession, une récession que l’on nous annonce durable.

 

«Récession» : voilà un terme technique qui couvre des réalités bien concrètes, celle par exemple des millions de personnes qui aux USA ont perdu leur maison, la réalité de celles et ceux de ceux qui perdent leur travail, celle des entreprises qui ferment, du chômage des jeunes. Déjà à la mi-septembre, l’entreprise Tornos-Baechler à Moutier, dans le jura bernois, avait annoncé la mise au chômage partiel de 200 travailleurs suite au ralentissement conjoncturel. Combien de Tornos-Baechler au cours des années à venir ?

 

Combien de fermetures d’entreprises, combien de licenciements pourraient intervenir si les fonds souverains de Singapour et du Quatar qui ont pris une part majeure dans le refinancement de l’UBS et du Crédit Suisse décidaient de réduire les crédits aux projets industriels locaux, l’octroi de crédits aux cantons et aux communes ou d’augmenter leurs taux d’intérêt? Détenteurs d’une part importante de ces banques, ils peuvent faire valoir leurs droits de propriétaires et influencer des décisions qui auront des conséquences pour de larges couches de la population…

 

Seul le contrôle du crédit permet aux Etats d’intervenir face à ce genre de situation. En contrôlant le crédit, l’Etat peut décider de financer des projets industriels ou de développement  capables de garantir l’emploi et de satisfaire les besoins sociaux. Mais pour cela, il faut l’argent, pas celui fictif de titres pourris qu’on espère réaliser un jour, mais celui bien réel, qui existe, dans les coffres des banques et des assurances.

 

C’est tout le secteur du crédit qu’il faut nationaliser, pas seulement les pertes provoquées par les choix des banquiers. Il faut créer un service national du crédit sous le contrôle de la population par la nationalisation sans indemnité de l’ensemble du secteur bancaire et des assurances.

 

Car le service du crédit est trop important pour encore être laissé entre les mains de ceux qui spéculent, avec l’argent des autres, bien entendu, qui ont amené le monde dans la situation actuelle et qui, par là même, ont déjà perdu tout crédit, hormis aux yeux de Couchepin et consorts…■

 

09/10/2008

Une loi sur l'Uni inspirée par les chantres de la libre entreprise

En 1995, emmenés par feu David de Pury, quelques chantres des privatisations et des vertus du libre marché -celles dont on voit ces jours les conséquences au niveau de l'économie mondiale- publiaient la seconde partie de leur Livre blanc, un agenda de réformes néolibérales depuis lors en large partie adoptées par les Chambres fédérales. En matière universitaire, le Livre blanc demandait que soient  déterminés « … de façon plus importante les contenus de l’enseignement en fonction des besoins d’une économie nationale compétitive du point de vue international et afin d’accroître la collaboration entre l’économie et les hautes écoles ». Et il ajoutait que « …dans le cadre d’un système de hautes écoles basé sur la logique de marché, les étudiants et leurs parents doivent fondamentalement assumer sans limites le prix des études. »[1]

 

Pour sa part, la Loi sur l’aide aux universités entrée en force le 1er avril 2000 insiste sur un double axe, à savoir l’encouragement de la « compétition entre les universités » et la création -par le regroupement des formations et des filières, voire par leur suppression- de « centres de compétences »[2]. C’est cette loi qui a été invoquée par le rectorat de l’université de Neuchâtel pour supprimer en 2005 les filières de grec et d’italien. C’est toujours en vertu de cette loi que des enseignements ont été supprimés à l’Université de Lausanne avec le transfert des sciences exactes à l’EPFL qui les a vite dissoutes dans les très porteuses « sciences de la vie »...

Les années ont passé.

En 2006, la presse dénonçait de « graves irrégularités à l’Université » clouant l’institution au pilori. L’enquête, on s’en souvient, a accouché d’une souris : les « immenses sommes détournées » n’étaient pour finir pas si immenses qu’on a bien voulu le dire. Mais cela n’a pas empêché l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’université, celle qui a été adoptée pratiquement sans oppositions par le Parlement cantonal et sur laquelle nous sommes appelés à voter. L’élaboration de la nouvelle loi a bénéficié de précieux conseils notamment ceux de l’ancienne Conseillère fédérale, Mme Dreifuss qui avait présidé à l’adoption de la loi fédérale sur l’aide aux universités, ceux de M. Rolf Soiron, président du trust Holcim, et membre de la direction de Lonza et de Nobel Biocare ainsi que ceux de Mme Barbara Haering, de l’IDHEAP[3]. Les résultats de cette collaboration ne se sont pas fait attendre puisque les principales revendications du Livre blanc ainsi que les options de la loi de 1999 se retrouvent dans celle qui nous est soumise le 30 novembre.

Il en va ainsi de la collaboration avec les entreprises privées dès le moment où l’article 21 de la nouvelle loi oblige l’université, sous peine de sanctions, à rechercher « activement des sources de financement complémentaires », en clair, des fonds privés. Et comme qui tient les cordons de la bourse fixe aussi les conditions, il est facile d’imaginer quelle sera l’autonomie réelle de l’université face aux exigences d’une « économie nationale compétitive » pour reprendre les termes de de Pury et consorts. De plus, et alors que le premier projet interdisait que la sanction soit d'ordre financier -en clair, que la subvention de l'Etat ne soit pas fonction de la recherche réussie ou pas de financements privés- le projet adopté par le Parlement a biffé ce dernier garde fou. Ce qui signifie que, si le pouvoir politique estime que l'université n'a pas fait preuve d'assez de zèle pour obtenir des financements privés, il pourra lui couper les vivres!

Il en va encore de même pour ce qui est des taxes universitaires puisque, l’adoption de la nouvelle loi supprime l’article 63 de la loi actuelle qui fixe le montant des taxes à 500 francs par semestre. La loi se contente de les contenir dans la moyenne suisse qui est, aujourd'hui déjà, trois fois supérieure aux taxes genevoises.

Il en va toujours ainsi en matière de «concurrence entre les universités » puisque d’après l’art. 13.4 de la nouvelle loi, le rectorat peut pratiquer la surenchère salariale pour attirer les professeurs à Genève. Après les scandales des rétributions des grands commis des TPG ou des SI, c’est le financement par les deniers publics de véritables mandarins que la nouvelle loi nous promet. Des mandarins qui, d’ailleurs, pourraient se voir gratifiés de la propriété privée et exclusive de leurs découvertes pourtant obtenues grâce à l’argent des contribuables ! Et c’est toujours dans la ligne des libéralisateurs que la loi attribue des pouvoirs étendus au rectorat qui reste pratiquement seul à décider de la suppression de tel ou tel autre enseignement. Ceci, bien évidemment, dans le but de créer des « centres de compétences »… Bien que cette loi de privatisation partielle de l’Université ait fait la quasi unanimité du Grand Conseil, elle a été combattue par référendum à l’initiative du syndicat des services publics. Le succès de la récolte de signatures durant l’été montre qu’une part importante de la population ne veut pas d’un renforcement de la mainmise des intérêts privés sur l’université et sur le droit aux études.

Au printemps dernier, les électrices et électeurs ont refusé les mesures de privatisation de l’hôpital, des TPG et des SI.

Il est temps de confirmer ce refus en renvoyant à l’expéditeur cette loi de privatisation de l’université.


[1] David de Pury, Heinz Hauser, Beat Schmid, Mut zum Aufbruch. Eine Wirtshaftpolitische Agenda für die Schweiz, Zürich, 1995
[2] Loi fédérale sur l’aide à l’université et la coopération dans le domaine des Hautes écoles du 8 octobre 1999, RO (2000), 948-957
[3] Institut de hautes études en administration publique et vrai lieu d’élaboration des stratégies de modernisation marchande des services publics et de leur privatisation.

30/09/2008

"La voix de son maître"?

Jour après jour, heure après heure, la Radio suisse romande se penche au chevet des finances du monde.

Et pour éclairer l'auditeur, elle n'a pas trouvé mieux, à part la notable exception ce matin du professeur Bürgenmeier, que d'avoir recours aux banquiers.

Ce sont en effet eux qui viennent, jour après jour, voire heure après heure, pontifier sur la crise financiaire en cours.

Avant-hier encore, ils juraient, la main sur le coeur, que la crise  se limitait aux Etats Unis. Hier, devant l'effondrement de la belgo-néerlandaise Fortis, ils devaient bien admettre que le problème est un peu plus étendu, mais ce matin, au lendemain du vote du Congrès étasunien contre le pseudo-plan de sauvetage de l'économie mondiale, ils proclamaient en coeur que le pessimisme n'est tout de même pas de mise...

Mais comment peut-on les croire un seul instant, ces "experts" des banques privées, puisque ce sont eux qui jusqu'à il y a si peu de temps vendaient à leurs clients des produits structurés? 

Ce sont eux qui avec d'autres de leur espèce, ont contribué à créer cette bulle spéculative qui explose maintenant. 

Quel crédit peut-on accorder aux commentaires de ceux qui ont gonflé une bulle qui équivalait à quinze fois le produit mondial brut?

Seule la RSR sait, elle qui se fait si volontier la voix de son maître.

28/09/2008

Incitation à la haine religieuse

Entrepreneur et conseiller national de l'UDC, Jean François Rime vient de faire un gag choquant à l'émission "la soupe est pleine". Alors qu'on discourait des "perspectives bouchées de l'industrie du bois", un des gais lurons qui animent "la soupe" a fait la suggestion, en référence à l'initiative anti-minarets, de construire des minarets en bois. Ce à quoi, le "démocrate du centre" Rime a, du tac au tac répondu "comme ça on pourrait mieux les brûler". En termes juridiques, cela s'appelle de "l'incitation à la haine religieuse" et en tant que telle elle devrait être poursuivie d'office. Cela n'a pas empêché la poursuite de l'émission. Après un bref moment d'embarras, les animateurs de "la soupe" n'ont pas estimé utile de marquer leur désaprobation:ils continué l'émission sans broncher... Une émission où l'on peut tout dire, n'est-ce pas?