14/01/2012

David Hiler: aux ordres de S&P!

David Hiler
aux ordres de S&P !

Encensé de droite à gôche, poids lourd des partis genevois de l’Alternance, le patron des finances David Hiler jouit d’une réputation «d’intraitable». Il l’est, face aux les salariés de l’Etat et aux syndicats; il l’est beaucoup moins devant les exigences des agences de notation. Voilà qui en fait pour le très libéral IDEHAP le «troisième meilleur ministre cantonal des finances».

Déjà en septembre 2010 lorsque Genève avait décroché le AA- de Standard & Poor’s et la grève à l’aéroport chez ISS battait son plein, le Vert s’inquiétait de ces grèves «qui pourraient entacher la bonne réputation de Genève». Sûr que, pour attirer les hedge founds comme Hiler le souhaite, grèves et manifestations font désordre…

Aujourd’hui, il confirme à propos de la fusion des caisses de retraites du personnel de l’Etat et des hôpitaux. Combattue par le seul Syndicat des Services Publics, la fusion prévoit l’élévation de l’âge donnant droit à la retraite, l’allongement de la durée de cotisation, l’augmentation conséquente de celles-ci et une diminution des rentes versées.

Pour Standard & Poor’s, la réalisation de cette fusion est la condition sine qua non du maintien de la notation AA- pour Genève. Elle l’écrit le 5 août 2011 de manière on ne peut plus claire. Dans son communiqué, qui figure sur le site officiel du Département des finances, on peut lire que «l’absence de réforme des caisses de pensions publiques pourrait affecter notre appréciation de la gouvernance du Canton et ainsi mettre sous pression la note actuelle».

Ainsi, la péjoration des retraites de quelques 40'000 assurés et de leurs familles est la condition pour le maintien de la note. Faute de quoi, elle pourrait être dégradée. Alors, les taux d’intérêt pour les emprunts et les obligations d’Etat, eux, augmenteraient, comprimant davantage les dépenses publiques.

Donc, soit vous fusionnez les caisses en faisant payer les assurés, soit les conditions d’emprunt faites à l’Etat de Genève vont se durcir, puisque la notation baissera. Et, come la fusion exige aussi une injection d’argent frais, S&P rappelle qu’«un surcroît de dépenses (…) pourrait remettre en cause la note actuelle».

Lige exécutant, David Hiler a déjà convoqué les syndicats favorables à la fusion des caisses de pension pour leur demander des efforts supplémentaires. Après avoir assuré qu’un accord avec Hiler permettrait d’éviter les détériorations plus importantes voulues par la majorité de droite du Grand Conseil, syndicats et corporations vont-ils faire de nouvelles courbettes devant le «magistrat-ami»?

C’est pourtant lui qui s’est engagé, il y a deux ans, à ne plus toucher aux salaires. Jusqu’en décembre dernier, lorsqu’il a décidé de ne verser qu’une demie annuité avant que le Grand Conseil décide de … supprimer l’annuité tout court.

La soumission aux diktats des agences de notation n’est pas une fatalité. Des villes comme Zurich ne font pas partie du système de notation. D’autant que pour être notées, les collectivités publiques comme les privés paient un montant forfaitaire.

Celui payé par Genève à S&P s’élève à 50'000 euros par an. Auquel on rajoute une commission à la prestation dont le % n’est pas dévoilé.

Pour se faire donner des ordres!

 

14/12/2011

Discipline budgétaire pour discipliner les peuples

 

Puisque les résultats du dernier sommet ne sont pas suffisants, on va devoir abaisser la notation des Etats européens. Voilà, en substance, le message délivré par Moody’s à l’issue du sommet européen du 9 décembre.

Pourtant, les décisions prises par les représentants des 27 réunis à Bruxelles pour le 16ème «meeting de la dernière chance» depuis le début de la crise sont tout sauf des «mesurettes».

Pour Sarkozy le sommet marque la naissance d’une «autre Europe» tandis que, plus brutal, le New York Times écrit que «l’Allemagne a imposé sa vision des choses». Force est en effet de constater que les conclusions du sommet de Bruxelles sont tout sauf anodines

Tous solidaires… avec les banques

Trois sont les éléments nouveaux qui en ressortent. Le premier est la volonté d’assurer une gouvernance économique supranationale décrochée des Etats nationaux et des Parlements élus au profit d’une concertation entre la commission européenne, la Banque Centrale Européenne et les gouvernants des économies les plus fortes.

En modifiant les règles de surveillance des Etats membres de l’UE, ce sont les velléités nationales -y compris celles de secteurs de bourgeoisies nationales- de suivre des politiques économiques contraires aux intérêts des économies dominantes qui sont limitées.

Ainsi, par exemple, des compromis issus de confrontations de grande ampleur -dans des conflits autour des retraites ou autres- dans tel ou tel autre pays pourraient être sacrifiés sur l’autel de la «compétitivité de notre continent» comme le reconnaît Sarkozy.

Ensuite, l’accord obtenu par Angela Merkel institue une sorte de Fonds monétaire, le Mécanisme européen de solidarité (MES). A mettre en place en juillet 2012, et disposant d’un capital de 80 milliards d’euros, il a comme but de venir en aide aux pays de la zone euro qui n’obtiendraient plus de financements pour honorer leurs dettes.

Ainsi, si l’Espagne ou l’Italie devaient avoir trop de difficultés à emprunter pour rembourser leurs créanciers, c’est aux populations européennes de leur venir en aide par le biais de ce MES financé par leurs impôts. En termes de solidarité, c’est parfaitement pensé: c’est aux gens d’aider les Etats à rembourser leurs dettes vis-à-vis des banques!

La création du MES intervient quelques jours seulement après la décision de la BCE d’assurer pendant trois ans un financement illimité aux banques à un taux réduit à 1%. Elles pourront continuer à prêter au Portugal, à l’Espagne, à l’Irlande, à la Grèce ou à l’Italie -mais aussi à la France- à 5 ou 6%, rassurées qu’elles seront par la solidarité européenne.

A l’heure où l’on parle d’une possible faillite du 2ème institut allemand de crédit, la Commerzbank qui doit trouver quelques 5,2 milliards d’euros d’ici la mi-2012, de telles largeurs sont, pour les banques, plus que bienvenues.

Peut mieux faire…

Enfin, l’accord conclu établit un système de sanctions pour les pays qui ne respecteraient pas l’orthodoxie budgétaire. Arbitrairement fixée au principe de l’équilibre budgétaire -la désormais célèbre «règle d’or»- et à un taux d’endettement qui ne dépasse pas les 60% du PIB, cette orthodoxie est une véritable arme pour discipliner les peuples.

Ainsi que l’explique Sarkozy interviewé par Le Monde (13 décembre), c’est «la réforme du régime des retraites» qui rapportera 22 milliards d’euros en 2017, tout comme la suppression de 150'000 postes dans la fonction publique « va considérablement alléger, dans l’avenir, le poids des dépenses publiques».

Mario Monti, le premier ministre italien élu par les marchés, donne lui aussi par son budget fait d’élévation de l’âge de la retraite, d’allongement de la durée du travail et de licenciements facilités toute l’étendue du coup de massue contre celles et ceux qui n’ont que leur travail -et parfois même pas celui là- ou leurs retraites pour vivre. Au nom de la dette !

Cependant, la décision du 9 décembre laisse une marge d’interprétation pour appliquer ces sanctions qui ne seraient dès lors pas automatiques. Ainsi, comme l’explique toujours le Président à talonnettes, «un Etat peut être amené à recapitaliser une banque (…), ce qui augmentera sa dette publique. On ne pourra pas lui en tenir rigueur». Nous voilà rassurés.

Véritables mesures de mise au pas des peuples, les décisions de Bruxelles ne suffisent pas à satisfaire les créanciers américains des banques européennes. Qui le font savoir par la bouche de Moody’s et S&P, leurs experts : «peut mieux faire»…

Paolo Gilardi

17/10/2011

Après le samedi global: Rise up!

Confidentielle comme à Genève ou massive comme à Madrid, New York, Athènes, Rome et Barcelone, la journée globale d’action du 15 novembre a mis des millions de personnes dans les rues de plus de 950 villes dans 84 pays.

Avec pour slogan «nous sommes 99%» et la ferme détermination à ne pas laisser le 1% restant «nous confisquer notre futur», ces manifestations massives -dont le «printemps arabe» avait été le prélude- marqueraient-elles un nouveau pas vers un automne chaud européen ?

Si tel est le cas -et nous le croyons-, un nouveau chapitre s’ouvre. Porteur d’espoir et chargé de responsabilités

Nous étions des centaines de centaines de milliers samedi passé dans les rues de Rome, Madrid et Barcelone. Par dizaines de milliers ils ont défilé à New York, Londres, Chicago, Athènes et Lisbonne, par milliers à Francfort, Oakland ou Milwaukee. Le doute n’est plus de mise: même s’il faut raison garder, après ce 15 octobre, rien ne sera plus comme avant.

Ca s’écrit eau, ça se lit démocratie

Ce qui s’est exprimé dans les rues de ces villes la semaine est d’abord le refus de se résigner: à la pauvreté, à l’exploitation, à la précarité. Puissant symbole de ce refus a été la participation à la manifestation de Rome de milliers de «braccianti agricoli illegali», ces travailleurs agricoles que leur condition de sans papiers condamne à courber l’échine en silence.

Il y ont côtoyé les métallurgistes de la FIOM -le syndicat des métallos-, les précaires de l’instruction publique, les jardinières d’enfants des crèches de Rome devenues des poulaillers industriels, les chômeurs en fin de droit. Toutes et tous ensemble, derrière une banderole de tête valant à elle seule tout un programme: «Poeple of Europa, Rise Up!».

Avec eux, ont défilé les défenseurs du bien public qu’est l’eau ; avec un slogan «ça s’écrit eau, ça se lit démocratie!». Car, justement, c’est l’appropriation privée des ressources, celle qui est exigée au nom de la dette, qui est au centre des préoccupations; c’est la propriété capitaliste avec ses impératifs de profit qui fabrique des sans travail, des sans papiers, des sans droits.

Cette convergence romaine, elle s’est réalisée aussi à Madrid: entre enseignants en grève contre les privatisations, jeunes chômeurs et précaires, paysans appauvris. Elle s’est réalisée à Londres ou à New York entre syndicalistes, chômeurs et militants anti-guerre.

Les cœurs et les âmes

L’ampleur des mobilisations confirme la dé-légitimation d’un système, le capitalisme, qui ne peut pas donner de réponses aux besoins sociaux, économiques, environnementaux, pacifiques, des 99%, à savoir l’écrasante majorité de la population mondiale.

En faire le constat, reconnaître, comme le faisait dernièrement un éditorialiste local, que «le capitalisme a perdu la bataille des cœurs et des âmes», c’est juste, mais ne suffit pas. Face à sa propre crise, le capitalisme n’abdique pas. En est la preuve la manière dont le ministère de l’Intérieur italien a géré le Black bloc dans la manifestation de Rome. Il a laissé les brides sur le cou d’un millier de jeunes révoltés pour casser des vitrines et bruler des voitures pour pouvoir par la suite attaquer avec une brutalité inouïe la tête de la manifestation. Et empêcher de ce fait que puisse s’installer au coeur de Rome le campement prévu d’indignati -qui sont de plus en plus incazzati, c'est-à-dire fâchés.

Il montre de cette manière que les jeux sont truqués, dans le sens où la légalité démocratique n’est que fiction. Elle coince, à l’image des forces politiques de la «gauche» italienne, le débat autour de la violence de certains secteurs, minimes, de manifestants et occulte le reste.

Cela demande aux forces qui se réclament de l’anticapitalisme de ne pas se satisfaire des constats, mais de mettre en avant des perspectives pour ces mouvements qui posent une exigence, celle de se réapproprier, d’en bas, le futur. Autrement dit, les âmes et les cœurs que le capitalisme ne séduit plus, ont besoin de perspectives autres que celle de se mobiliser pour glaner quelques pourcents aux élections fédérales.

Un besoin d’alternatives

Manifestation de révolte et de prise de conscience nouvelle, le moment actuel demande des propositions nouvelles qui dessinent une alternative possible à un capitalisme qui s’installe dans la crise. Cela, ne sera pas que le fruit de réflexions abstraites, de livres plus ou moins doctes sur les alternatives au capitalisme.

L’alternative ne pourra se construire qu’à partir des résistances et des luttes quotidiennes: sur les lieux de travail contre l’augmentation des horaires et de la fatigue, dans les services publics contre les privatisations, dans la lutte contre les politiques autoritaires, celle contre la précarité, pour un environnement qui nous permette de vivre.

Et cela ne peut se faire que par la construction, à la base, d’en bas, de résistances qui peuvent se transformer en confiance. Dans notre force, nous qui sommes les 99%, et notre capacité de changer le monde.

03/10/2011

Grèce: qui aide qui?

En 2008, Sarkozy et Merkel promettaient de « moraliser le capitalisme ». Début 2009, après avoir touché des centaines de milliards de dollars au titre du sauvetage du système financier, les banques françaises et allemandes s’empressaient de les prêter. A la Hongrie, à la Grèce, à l’Italie, à des pays à risque.

Dus au risque, les taux d’intérêt élevés de ces prêts étaient garants de bénéfices rapides. Quant au risque encouru, le calcul des banques était clair: «les européens ne vont pas les laisser tomber, ils vont payer à leur place».

Octobre 2011, voilà qui est fait. Après la France, c’est à une large majorité que le Bundestag a voté le nouveau plain d’aide à la Grèce. Les voilà, les milliards pour rembourser les banques, françaises et allemandes, détentrices de 41% de la dette grecque!

Et demain? Un plan d’aide au Portugal dont 48% de la dette est aux mains des banques françaises et allemandes? Et à l’Espagne, dont les mêmes banques détiennent aussi presque la moitié? Sans parler de l’Italie, dont plus de la moitié de la dette est en mains françaises, de banques pour qui, comme BNP-Paribas, les besoins en liquidités sont criants…

C’est un immense transfert interne de richesses qui en cours, de la poche des salariés qui paient des impôts et sont en droit de bénéficier des prestations publiques vers les coffres des banques.

Ce sont des milliards d’argent public soustraits aux budgets de l’Allemagne et de la France qui, sous forme d’aide à la Grèce aujourd’hui, aux autres demain, sont reversés aux banques, allemandes et françaises.

Et pas qu’aux banques car, parmi ses créanciers figurent en très bonne position le complexe militaro-industriel français dont la Grèce est le 3ème client ou Siemens.

La multinationale allemande -qui a graissé la patte des deux grands partis grecs- a vendu au pays un système antimissiles, un système de digitalisation des centres de téléphonie, un autre, de sécurité dit C41 -qui n’a jamais fonctionné- à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 et du matériel pour les chemins de fer.

Elle exige des liquidités en retour. Tout comme Thyssen, autre créancier de la Grèce, qui lui a vendu -pour cinq milliards d’euros- des sous-marins… qui penchent dangereusement à gauche !

Le prix de ce sauvetage pour la population grecque est connu. Alors que le principal propriétaire foncier du pays, l’église orthodoxe, est exemptée d’impôts, ce sont les retraites de plus de 1200 euros qui sont amputées de 20% ! Ce sont les salaires qui sont réduits, ce sont 30'000 fonctionnaires qu’on licencie, c’est la TVA qu’on augmente. Pour rembourser les banques!

Dans ce contexte, le plan de financement de la Grèce n’est pas la solution, mais bien le problème. Car la solution, comme pour l’Argentine en 2001 ou l’Equateur cinq ans plus tard réside dans le refus de payer la dette.

Et dans la bataille pour l’expropriation des banques et la création d’un service public du crédit.

05/09/2011

Aide aux banques, constat d'échec!

Trois ans jour pour jour après la faillite de Lehmann Brothers le 15 septembre 2008, la finance internationale traverse de nouvelles turbulences. Et les peuples avec.

Trop grandes pour qu’on les laisse tomber, banques et assurances ont bénéficié depuis d’aides colossales de la part des Etats.

Ce ne sont pas moins de 15'000 milliards de dollars d’argent public qu’ont été engagés, mis à disposition, pour les sauver. Une vraie saignée pour les budgets des collectivités publiques que l’on a reportée sur les populations, à force de coupes dans les retraites, dans les dépenses publiques, les prestations sociales, les traitements des salarié.e.s du secteur public.

Trois ans après, pourtant, l’histoire se répète. Tout d’abord, la crise de liquidité des banques se confirme. Malgré des taux d’usuriers imposés à la Grèce, au Portugal, à l’Espagne et à leurs populations, malgré les transferts de capitaux vers les banques par les systèmes de capitalisation des retraites, aujourd’hui comme en 2008, le credit crunch est là.

Cet étranglement du crédit indique le fait que les banques elles-mêmes, peu sûres de la solvabilité l’une de l’autre, rechignent à se prêter entre elles. Et encore plus, of course, aux investisseurs industriels. On s’abstiendra, par respect de l’intelligence de qui nous lit, d’énumérer les conséquences sur l’économie réelle… et sur la vie de centaines de millions d’êtres humains.

Le ralentissement de l’activité économique est déjà à l’œuvre. En Suisse, la croissance est anémique alors qu’en Allemagne, vaisseau amiral des capitalismes européens, elle stagne au 2ème trimestre à +0,1%. Pas de quoi pavoiser.

Aux USA, la crainte d’une nouvelle récession est déjà là. En août, le nombre de places de travail n’a pas augmenté alors que les spécialistes tablaient sur une création d’emploi de l’ordre de 70'000 places. La faute, d’après le peu gauchiste The Economist, au fait que, pour contenir les déficits occasionnés par des aides aux banques, à l’industrie automobile, au secteur de la construction et aux assurances, de l’ordre de 2500 milliards de dollars depuis 2009 on a supprimé 600'000 emplois publics.

Cette nouvelle récession créerait une situation que les économistes appellent de double dip, caractérisée par une succession à court terme de deux récessions interrompue juste par une reprise avortée. C’est quelque chose qui ne s’était plus produit depuis la grande crise de 1929.

C’est dire si les risques sont grands d’une longue stagnation au cours de laquelle les attaques contre les dépenses publiques, contre les salaires et les retraites ne peuvent que s’accélérer. Et contre lesquelles, la construction de mobilisations larges, de masse s’impose avec un seul et unique fil à plomb, l’intérêt de celles et ceux qui n’ont que leur salaire -et qui souvent ne l’ont même pas- pour vivre.

Car, entre les besoins des banques et ceux de la majorité des gens, il faut choisir son camp.
(à paraître dans L'anticapitaliste, 53ème, 9 septembre 2001)

07/08/2011

Agences de notation: oracles des Temps modernes

 

Il aura suffi que Standard & Poors abaisse d’un cran la notation de la dette des Etats-Unis pour que leur principal bailleur de fonds, la Chine, relève les taux d’intérêt et exige plus de rigueur de la part du gouvernement Obama.

De nouveau, après la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, l’Italie, les agences de notation dictent le rythme, pour le plus grand bien des investisseurs et le désarroi de couches de plus en plus consistantes de la population.

Mais qui sont-elles ces agences dont, à l’image des oracles anciens qu’on consultait avant de partir à la guerre, le moindre haussement de cils peut faire basculer l’économie mondiale?

Elles sont au nombre de trois, les grandes. Les deux premières, Standards & Poors et Moody’s sont domiciliées aux Etats-Unis, tandis que la troisième, Fitch Ratings, bien que fondée à New York en 1913, est propriété du holding français Fimalac dont l’actionnaire majoritaire est Marc Ladreit de Lacharrière.

Rendre service aux investisseurs

Administrateur du groupe Casino, de L'Oréal, de Renault et membre du Conseil consultatif de la Banque de France, à la tête d’une fortune estimée à plus de 1,6 milliards d’euros, de Lacharrière a été sacré Chevalier de la Légion d’honneur en 2010 par son ami Sarkozy.

Moody’s, pour sa part, a vu le jour en 1909, lorsque le journaliste économique John Moody a commencé à vendre à des investisseurs ses opinions sur la rentabilité des titres des compagnies de chemin de fer.

Boostée dans les années 1970 par l’apparition aux Etats Unis d’organismes de placement collectifs à la recherche de conseils, Moody’s, cotée en bourse depuis 2000, représente 40% du marché mondial de l’estimation du crédit. Ses bénéfices en 2010 ont été de 500 millions de dollars et son chiffre d’affaires pour le premier trimestre 2011 est en augmentation de 27%.

Moody’s emploie 4500 salarié.e.s dans 26 pays: entreprise «modèle», elle leur garantit ainsi qu’à leurs familles et partenaires -«du même sexe ou du sexe opposé», comme le précise son site officiel- assurances médicales, retraites, crèches, clubs de rencontre et «réseaux d’affinité, féminins, homo ou bisexuels, multiraciaux» etc.

Elle finance et subventionne directement des programmes universitaires, aux Etats-Unis et au sein de l’UE.

Quant à l’aînée, Standard & Poors (S&P) fondée par Henri Poor en 1860, elle compte 10'000 employés et s’enorgueillit d’avoir noté, en 2009, des dettes d’un montant de 4000 milliards.

Elle est filiale de Mc Graw-Hill, une société qui pèse plus de 6 milliards de US$ dont le but est de «rendre service aux investisseurs».

De A à C, voire à D

Le concept de service aux investisseurs est vaste. Il ne se limite pas seulement à la notation des entreprises ou des Etats. A travers ses deux autres filiales, JD Power et Platt’s, Mc Graw-Hill fournit aussi de l’analyse économique clés en main à des centaines de journaux à travers le monde et participe au commerce de pétrole, électricité, charbon, gaz naturel et réacteurs nucléaires dans 150 pays.

Ce sont donc ces colosses qui décident de la notation des entreprises et des Etats. Leurs systèmes, relativement proches, vont de la note maximale AAa, synonyme d’investissement sûr, à la note C, voire D pour S&P et Fitch, synonyme de risques «substantiels», voire de défaut de paiements.

C’est grâce aux réductions fiscales pour les sociétés multinationales, à la politique d’accueil des fonds spéculatifs, à la discrétion des banquiers privés que le Conseil d’Etat genevois a pu fêter l’an passé l’attribution à Genève du 3ème A, synonyme de paradis pour riches, par Moody’s.

A l’inverse, c’est en vertu de la perte d’un A que le ministre italien des finances a pu, avec le soutien de la «gauche», imposer un train de mesures antisociales sans précédents. C’est pour «rassurer les marchés», les investisseurs, que les italiennes et les italiens devront travailler plus longtemps pour des retraites moindres et prendre en charge une part accrue de leurs dépenses de santé.

En effet, la détérioration de la note se traduit immédiatement par une élévation des taux d’intérêts, à la hauteur du risque. Cela oblige les Etats à emprunter davantage pour faire face aux nouvelles obligations et à réduire leurs dépenses.

Taillée sur mesure

Le mécanisme est d‘autant plus pernicieux que la Banque Centrale Européenne ne peut pas prêter aux Etats. C’est aux banques qu’elle prête à un taux de 1,8% pour que celles-ci puissent prêter aux pays dont la note a été détériorée, à des taux de 6, 8 voire 12% !

C’est la combinaison entre la notation des agences et cette norme taillée sur mesure qui permet aux banques de reconstituer des réserves de liquidités sur le dos des peuples.

C’est pourquoi, à l’opposé de la démagogie de ceux qui, comme Sarkozy, font mine de s’offusquer du rôle des agences, la vraie alternative réside dans la création d’un service public du crédit.

Un service pour des investissements destinés à satisfaire les besoins des gens, pas à gonfler les portefeuilles des investisseurs.

Paolo Gilardi

05/08/2011

Main basse sur la vie

Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.

«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.

Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.

L’éducation, l’emploi et la santé publique

Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.

Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.

Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.

La poussée de la rue et celle de Wall Street

Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.

L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.

Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.

Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».

Virtuel contre réel

C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.

Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.

Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.

Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!

Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…

Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…

Main basse sur la vie

Dramatisé à souhait, le bras de fer supposé entre Barak Obama et le parti républicain aura jusqu’au bout du suspense occulté l’opération de main basse sur la vie que couvre, en Europe comme aux USA, la question de la dette.

«C’est la plus importante réduction budgétaire annuelle de notre histoire», déclarait Barak Obama au soir de l’adoption du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis par les deux branches du parlement. L’accord négocié entre Obama et les républicains vise à réduire en dix ans la dette publique de 2400 milliards de dollars.

Un consensus existe déjà sur les 900 premiers milliards, tandis que, dès novembre, une commission «bipartisane» devrait travailler sur les 1500 autres. L’accord prévoit également une coupe de 38 milliards tout-de-suite, pour l’exercice budgétaire qui s’ouvre en septembre avec la nouvelle année fiscale.

L’éducation, l’emploi et la santé publique

Selon le Washington Post, quotidien proche des Républicains, «la moitié des coupes concernent les programmes pour l’emploi, l’éducation et la santé publique». Ainsi, parmi les 38 milliards d’économies à réaliser immédiatement, un milliard de dollars sera soustrait à la prévention du SIDA, de l’hépatite, des maladies sexuellement transmissibles et de la tuberculose.

Les programmes publics d‘aide aux pauvres, sont quant à eux amputés de trois milliards, tout comme le fond pour l’aide au développement des transports publics. Quant aux subventions aux structures médicales de proximité, souvent seules à même de garantir aux plus pauvres un accès minimum à un suivi sanitaire, elles seront coupées pour l’année fiscale à venir de 600 millions de dollars.

Par contre, le budget prévoit une augmentation de 5 milliards pour le Pentagone, portant ainsi le budget militaire à 513 milliards de dollars! Quant aux déductions fiscales accordées par Bush aux riches, elles n’ont pas été remises en cause même si leur annulation aurait rapporté plus de 110 milliards, rien qu’en 2011.

La poussée de la rue et celle de Wall Street

Dierdre Griswold, directrice de l’hebdomadaire Workers Word, estime pour sa part que la deuxième vague de coupes, celles à imaginer dès novembre, s’attaquera aux principales conquêtes des mobilisations ouvrières des années trente.

L’agenda républicain, partagé avec des nuances par la majorité des démocrates, est on ne peut plus clair. En particulier, est visée la privatisation pure et simple de Medicare, le système public d’assurance maladie pour les plus de 65 ans.

Avec lui, c’est aussi Medicaid, le programme qui aide les personnes «à faibles moyens» à accéder aux soins, qui est visé, tout comme l’ensemble de la sécurité sociale. Ces programmes, instaurés durant la Grande Dépression, étaient le résultat des très grandes mobilisations des travailleurs et des chômeurs.

Roosevelt, alors président, avait senti la poussée des grèves. Obama, que l’on compare souvent au premier, comme le dit Dierdre Griswold, «c’est la poussée de Wall Street qu’il sent».

Virtuel contre réel

C’est aussi à l’écoute des banques que les gouvernants européens agissent. Après la mise sous tutelle de la Grèce, après le relèvement de l’âge de la retraite au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, après le blocage des salaires et des retraites et les coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, l’offensive se poursuit.

Sous prétexte d’équilibre budgétaire, d’une «règle d’or» mythique -à titre d‘exemple, les USA, principale économie capitaliste n’ont jamais connu de budget équilibré depuis le 4 juillet 1776- c’est une immense opération de transfert de liquidités vers les banques qui est en cours.

Fragilisées, à la limite du dépôt de bilan, les grandes banques, françaises et allemandes en particulier, exigent aujourd’hui le paiement des intérêts de la dette des Etats. Et grâce à la détérioration des notations de ces Etats, elles misent sur des taux spéculatifs.

Après avoir prêté sans commune mesure avec leurs avoirs propres, elles exigent aujourd’hui, en contrepartie, de l’argent sonnant et trébuchant. Et au prix fort!

Elles ont prêté l’argent qu’elles n’avaient pas pour lequel elles exigent des intérêts mirobolants…

Ce sont les Etats, et à travers eux les peuples, que l’on veut plier à ce racket, à cette véritable main basse sur la vie. Avec la complicité active des gouvernants: aux USA comme en Europe, républicains ou démocrates qu’ils soient, de droite ou de gôche…

04/05/2011

BBQ à Vessy

Je viens d'aller au barbecue des grévistes de Vessy.

Depuis le 7 mars, elles sont en lutte contre une ponction sur les salaires déguisée en mesure environnementale (2 à 5% du salaire pour payer le parking), pour obtenir l'égalité de traitement avec les autres travailleuses et travailleurs hospitaliers et pour que soit reconnue la représentativité de leur syndicat, le Syndicat des services publics.

C'était très bien. On y a reçu plein de visites dont celle des maçons d'un chantier voisin et celle... d'une voiture de police.

Face à des salariées qui exercent leur droit, la direction de fait appel à la police pour les intimider, après avoir déposé trois plaintes pénales contre eux.

Au même moment, elle a retiré la plainte contre l'employé indélicat qui, lui, n'avait pas fait la grève mais détourné 70'000 francs!

De là à penser qu'il y a deux poids et deux mesures...

31/03/2011

Libye : L’humanitaire pour reprendre pied!


Le but était-il l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne? Si c’est le cas, les bombardiers qui depuis plus de dix jours frappent la Libye devraient au plus vite rentrer dans leurs hangars. Car, détruite au sol, l’aviation de Kadhafi ne peut plus attaquer depuis le ciel.

Pourtant, c’est l’OTAN qui reprend le commandement des opérations dans celle qu’Obama se refuse toujours à appeler «guerre», un pas que Sarkozy n’a pas hésité à franchir. A preuve que l’humanitaire n’est que prétexte pour une tentative armée des impérialistes de reprendre pied dans une Afrique du Nord qui leur échappe.

De la Somalie au Kosovo, le recours à une phraséologie humanitaire au service des guerres n’est pas une nouveauté. Et il est probablement vrai que, dans certains cas, ces interventions ont permis de sauver des vies. Mais, surtout, elles ont permis l’installation durable de bases militaires, voire de forces d’occupation, dans les pays «sauvés».

Kadhafi fait mieux que Ben Ali !

Les atrocités commises par le kleptocrate de Tripoli, l’ancien ennemi public numéro un devenu l’allié indispensable des gouvernements européens et étasunien, viennent à point nommé. A plusieurs titres.

D’abord, alors que Ben Ali et Moubarak, les fidèles vassaux des Occidentaux avaient dû capituler devant l’impétueux mouvement de masse, c’est Kadhafi le premier qui a su, dès le 17 février, imposer un coup d’arrêt brutal à la révolution dans le monde arabe.

En bombardant les manifestants depuis le ciel, en lâchant ses mercenaires dans la nuit pour terroriser la population, il a réussi à arrêter l’insurrection sans que cela émeuve outre mesure les Chancelleries occidentales.

Prises de court par les révolutions en Tunisie et en Egypte, ces dernières ont été, à des degrés divers, d’une extrême prudence durant au moins trois semaines. Trois semaines de gagnées pendant lesquelles ce sont les hommes de Kadhafi qui ont assuré la sale besogne pour laquelle Alliot-Marie avait proposé ses services à Ben Ali!

C’est durant ces jours que les mercenaires du colonel ont infligé des coups terribles à l’insurrection, une insurrection qui aurait pu prendre des allures de révolution dans la continuité de celles qui venaient de remporter des premières victoires aux frontières occidentales et orientales de la Libye.

Au secours d’une population meurtrie ?

Rien n’a pourtant été fait pour empêcher que la jeunesse libyenne soit prise pour cible par les mercenaires, que ce peuple soit meurtri. Aucune livraison d’armes aux insurgés n’a été ne serait-ce qu’envisagée tandis que le «gel des avoirs du clan Kadhafi» n’était qu’effet d’annonce.

Comme le dit le magazine économique Bilanz, faute de moyens mis à disposition des enquêteurs, il n’y a juste qu’un «paar Milliönchen» -quelques petits millions- qui ont pu être saisis en Suisse. C’est pourtant avec des devises fortes, pas avec des dinars libyens, que Kadhafi paie ses mercenaires dont certains seraient recrutés en Afrique par une société israélienne!

Car, en fait, c’était la possibilité de rétablir une tête de pont en Afrique du Nord sous prétexte de venir au secours d’une population victime qui s’est concrétisée au bout des trois semaines.

Remettre les pieds en Libye, tout en divergeant sur l’ampleur des opérations et aussi sur leurs objectifs -on n’exclut même pas une partition du pays avec maintien de Kadhafi-, comporte pour la coalition et les anciennes puissances coloniales plusieurs avantages.

Contrôler la transition et le … pétrole des concurrents

En premier lieu, alors qu’une population abasourdie ne semble pas en mesure de reprendre victorieusement le flambeau de l’insurrection, les occidentaux rendent indispensable leur présence. Déjà, en France comme aux USA, des voix se lèvent pour porter assistance au sol aux insurgés.

C’est le scénario rêvé pour pouvoir remettre pied dans une région où les révolutions égyptienne et tunisienne ont pris de surprise les gouvernements impérialistes. A l’heure où des radicalisations de ces processus sont possibles, la supériorité militaire écrasante des Occidentaux est un instrument de cette «transition ordonnée et modérée» que Barak Obama a encore souhaitée ce lundi.

En Tunisie la rue exige la réalisation des revendications surgies durant les journées de janvier. Le mouvement révolutionnaire ne s’est pas contenté du départ de Ben Ali et il ne veut pas être dépossédé de sa révolution par un personnel politique qui est en partie celui de l’Ancien régime. Et en Egypte, la mobilisation de rue pourrait vite être confrontée à l’armée sur laquelle misent Obama et Clinton.

Ainsi, s’implanter militairement entre Tunisie et Egypte pourrait être un atout de taille. D’autant que, sur un autre plan, contrôler la Libye, avec ou sans Kadhafi, revient aussi à contrôler l’approvisionnement en pétrole de la Russie et de la Chine. Deux concurrents sur le plan économique global fortement implantés en Libye.

Autant de raisons d’exiger la fin immédiate de l’intervention impérialiste en Libye.■

Paolo Gilardi

paru dans L'anticapitaliste, 44ème, 31 mars 2011

22/03/2011

Mise au point

Une dépêche de l'ATS reprise par plusieurs sites prétend que lors de la manifestation de dimanche à Genève en soutien aux révolutions de la région arabe, j'aurais eu une altercation avec des femmes libyennes et les aurais interdites d'affirmer leur satisfaction de voir les avions français bombarder des cibles en Libye.

La Radio suisse romande en a même fait sa première nouvelle lors du 7h30 du 21 mars, donnant la parole pendant plus de deux minutes à une de ces personnes sans pour autant me demander mon point de vue.

C'est pourquoi je tiens à préciser ce qui suit:

  1. Convoquée par une large coalition de forces, la manifestation en faveur des révolutions dans la région arabe s'opposait à toute forme d'occupation et d'intervention occidentale dans cette région. Partant, aucune forme de soutien aux bombardements de cibles en Libye n'était préconisée par les organisateurs, ceux-ci étant condamnés par notre volonté commune. La présence de quatre personnes arborant drapeau français et pancartes félicitant l'aviation de Sarkozy était dès lors pour le moins incongrue mais tolérée par les organisateurs,
  2. En tant que orateur désigné par les organisateurs, j'ai publiquement invité ces personnes non pas à quitter la manifestation, mais à nous rejoindre pour confronter nos points de vue à la salle du Maïl où était prévue la partie conviviale de la journée.
  3. J'ai réitéré cette proposition une deuxième fois de nouveau par hauts parleurs et directement à ces personnes qui l'ont refusée prétendant qu'elles ne pouvaient pas venir car, comme l'a dit l'une d'entre elles, elle avait "un avion à prendre, ses affaires n'attendant pas".
  4. Il  n'y a eu aucune forme d'altercation et le fait de ne pas leur avoir mis à disposition le micro pour diffuser des points de vue contraires à ceux des organisateurs de la manifestation est donc logique.
  5. L'origine libyenne de ces personnes vivant à Genève depuis des longues années d'où certaines dirigent des sociétés commerciales qui interviennent au Moyen Orient ne leur donne aucun droit particulier. A cet effet, si un Libyen supporter de Al Quaeda avait demandé le micro pour appeler à la Djihad contre Kadhafi et l'Occident, aurais-je dû le lui mettre à disposition? Evidemment que non. Par contre, je serais anti-démocratique pour l'avoir nié à quelqu'un qui, en vertu de ses origines libyennes voulait saluer des "libérateurs" qui larguent des bombes -des rumeurs font état d'utilisation d'uranium appauvri comme au Kosovo-  sur un pays avec tous les risques de "dommages collatéraux"? Poser la question c'est y répondre.

    Paolo Gilardi

18/03/2011

un zéro e plus

Six mille fois. Y a un zéro qu'est tombé. Ce qui ne change rien au fond...

Ouf!

Me voilà rassuré! Tout va bien. La télé vient d'annoncer que les hélicos japonais ont déversé 30'000 tonnes d'eau sur la piscine du réacteur numéro 3 de Fukushima! Trente mille tonnes! Ouf!

Sauf que, trentre mille tonnes de flotte c'est juste 600 fois le contenu de ma baignoire... Ou celui de toutes les baignoires, si ce n'est de ma rue, de mon quartier!

De là à croire qu'on continue à nous prendre pour des idiots...

14/03/2011

Tout est sous contrôle...

Au Japon «la situation est sous contrôle». C’est ce qu’a eu le culot d’affirmer Marc Comina, le directeur romand de l’officine de propagande patronale Farner sur les ondes de la radio romande, le 14 mars.

Au même moment, l’institut français de radioprotection et de sécurité nucléaire faisait état d’un «rejet très important de radioactivité dans l’environnement», tandis que les explosions se suivent dans les réacteurs japonais.

Vingt cinq ans après Tchernobyl, c’est au prix d’une catastrophe dont on ne peut imaginer la portée sans une dose majeure d’effroi, que s’impose, urgente, la nécessité de sortir du nucléaire.

Mais si on avait pu imputer Tchernobyl à l’incurie et aux technologies soviétiques, c’est dans un des pays les plus scrupuleux en matière de procédures et à la pointe de la technologie que l’accident survient. Dès lors, c’est toute la filière nucléaire que remettent en cause les réacteurs en fusion au Japon.

Les propos de Comina l’attestent, les nucléocrates ne vont pas renoncer à leurs projets. Et pour cause! Le premier feu vert donné le 15 novembre par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire à la construction de trois nouvelles centrales à Gösgen, Beznau et Mühleberg est synonyme de bénéfices énormes pour leurs promoteurs, Axpo, les FMB et Alpiq.

Ainsi, après la suspension du programme nucléaire suisse décidée ce lundi, ils reviendront à la charge. De propos lénifiants en dénégations tonitruantes, d’évocation du retour à la bougie en expertises sophistiquées relayés par des journalistes objectivant leurs opinions, rien ne nous sera épargné, pour justifier la reprise du programme nucléaire.

Déjà, on ergote sur la cause de l’accident japonais: tremblement de terre ou tsunami ? Distinguo important, prétend-t-on. Car, si c’est la grosse vague la cause, la Suisse étant à l’abri de tout risque de tsunami, elle le serait aussi de celui d’une explosion comme à Fukushima. CDFD!

L’appareil de propagande est en marche. Des centaines de Comina vont s’y mettre, tandis que le lobby électrique, grâce à la ministre de l’énergie Doris Leuthard, pèsera de tout son poids. Il faut de toute urgence allumer les contre-feux.

Les rassemblements de cette semaine sont un premier pas, important. Mais insuffisant. «Manifester silencieusement notre consternation et notre compassion» comme le propose Greenpeace, certes! Mais pour «qu'un changement de paradigme intervienne dans la politique énergétique», «l’espoir», exprimé par Greenpeace, n’est de loin pas suffisant.

Les autorisations des nouvelles centrales doivent être retirées. Car, aussi infinitésimaux soient-ils, les risques atomiques ont une portée inversement proportionnelle.

Contrairement aux tremblements de terre et aux tsunamis, on peut les éviter.

Pour cela, la mobilisation est nécessaire. Pour sortir du nucléaire.

Et d’un mode de production qui sacrifie au profit la vie sur de vastes parties de cette Terre.

13/12/2010

Avec Julian Assange

A l’heure d'écrire ces lignes, Julian Assange, le boss de Wikileaks reste en taule. Malgré l’offre du cinéaste Ken Loach et du journaliste John Pilger de payer la caution de 280'000 dollars, il reste au frais jusqu’à la prochaine audience.

Recherché par l’establishment états-unien qui voudrait le poursuivre en vertu de l’Espionnage Act qui date de 1917, il a des raisons de craindre que la décision de la cour britannique -à laquelle il s’était spontanément rendu- de le mettre sous les verrous ne soit qu’un moyen de gagner du temps pour permettre son extradition aux USA.

C’est sous l’imputation d’avoir exigé des rapports sexuels sans préservatif, d’avoir conduit à terme une relation sexuelle après rupture d’un condom et d’avoir eu des relations avec une femme pendant son sommeil qu’il était recherché par Interpol!

Quel soudain intérêt pour les violences faites aux femmes! On n’attend pas moins de sévérité pour les violences sexuelles perpétrées par les soldats de l’Otan en Irak ou les centaines de viols commis par les ceux de l’ONU dans les camps de sans abris en Haïti!

Sauf que, en août, Eva Finne, la magistrate suédoise en charge du dossier déclarait qu’aucune accusation de viol ne pouvait être retenue contre lui. En septembre, le doyen des juges considérait «dénouées de tout fondement» les accusations portées contre Julian Assange. C’était avant que Wikileaks ne publie les documents du Pentagone concernant les violations des droits en Irak. Ce n’est qu’après que l’enquête a été confiée à un autre juge qui a relancé les accusations contre lui.

De toute évidence, ce sont les organisateurs d’un système mondial d’espionnage, de déportations dans des pays peu regardants en matière de droits humains, ce sont ceux qui ne ferment toujours pas le lager de Guantanamo, qui poursuivent aujourd’hui celui qui n’a fait qu’une chose: rendre publiques une partie de leurs infamies. Une (petite) part de vérité.

Pour les maîtres du monde, c’est insupportable. Ironie de l’histoire, c’est par ces nouvelles technologies symbolisant leur triomphe, l’enrichissement facile et le contrôle de la pensée qu’une partie, encore fort minime, de leurs forfaits est rendue publique.

Ce sont les mêmes qui à longueur d’année fustigent la censure chinoise sur l’Internet qui essaient aujourd’hui de faire taire Wikileaks.

Dans cette affaire, la Suisse a aussi sa part. Alors que, au sein même du gouvernement on se cache les informations comme l’a prouvé l’affaire libyenne, on supporte mal que les gens sachent.

D’abord, on s’émeut que Wikileaks puisse se prévaloir d’une extension « .ch ». Ensuite, c’est Postfinance, succursale de La Poste -une entreprise qui reste aux mains de la Confédération- qui participe au lynchage de Julian Assange en asséchant ses ressources financières sous prétexte qu’il n’a pas de domicile en Suisse, au pays des comptes numérotés !

Hypocrites et valets !

05/05/2010

S’adresser à la presse ? Une «manifestation non autorisée» !

 

Le 27 janvier à Genève, un groupe de militants anticapitalistes a mis en scène un petit moment de dénonciation des cadeaux faits à l’UBS, au sein même de la banque, à la rue de la Confédération.

Chargé d’accueillir la presse et de la renseigner sur les tenants et aboutissants de cette action, j’ai rencontré quatre journalistes devant le temple de la Fusterie où, au nom des organisateurs, je leur avais donné rendez-vous. Il était alors 11h55.

Sans que cela me surprenne outre-mesure, deux policiers en uniforme sont alors intervenus pour procéder à un contrôle d’identité, -précision peut-être superflue- de la mienne.

Ils ont par ailleurs filmé à l’aide d‘une petite caméra tout l’entretien avec la presse que j’ai ensuite invitée à rejoindre le hall de l’UBS où mes camarades avaient déployé une banderole.

Trois mois plus tard, le 28 avril, le Service des contraventions m’a signifié un avis de contravention pour «manifestation non autorisée» le 27 janvier 2010 à 11h55 «à la rue de la Confédération».

N’ayant pas pu consulter le rapport de contravention –il était «introuvable» ce matin 5 mai au Service des contraventions de l’Hôtel de police- je ne peux que comprendre que le fait de s’adresser sur la voie publique à des journalistes est assimilé à une manifestation pour laquelle une autorisation de police est nécessaire.

En effet, si les faits qui me sont reprochés concernaient l’action dans les murs de l’UBS, d’autres militants, bien connus des services de police, et qui étaient présents sur les lieux, auraient aussi pu être amendés. Or, je suis le seul l’être. Et j'étais seul avec la presse.

De plus, dans ce cas, les poursuites devraient porter sur une éventuelle violation de domicile, pour autant que l’UBS ait déposé une plainte en ce sens, mais pas pour une «manifestation non autorisée».

D’ailleurs, en vertu de quelle loi la police pourrait-elle «autoriser» une manifestation au cœur d’une banque privée? Il s’agirait en l’occurrence d‘une interprétation du droit fort intéressante -les banquiers devant accepter des manifs entre leurs murs parce que «autorisées» par la police !-, mais nous n’en sommes pas là.

C’est donc le fait d’informer la presse qui semble soumis à autorisation: c’est la police qui aurait le pouvoir d’autoriser l’information à la presse dès que celle-ci se fait la voie publique. Drôle d’interprétation de l’exercice des droits fondamentaux, notamment le droit à l’information !

Avec une amende à la clé de 200 francs –auxquels s’ajoutent 30 francs d’émoluments- c’est le droit d’informer qu’on essaie de restreindre, c’est l’expression de la critique sociale que l’on essaie de museler à coup d’intimidations et de … billets de 100 francs.

Inutile de préciser que je conteste l’amende devant le Tribunal de police.

Le 5 mai 2010

19/03/2010

13'000'000'000'000

par Paolo Gilardi

Treize-mille milliards. De dollars. C’est le montant cumulé des aides, subventions, prêts des gouvernements aux banques depuis le début de la crise. C’est un transfert faramineux de richesses des caisses publiques vers les coffres-forts privés: des poches des salariés contribuables vers celles d’une poignée d’actionnaires.

Grâce à ces milliers de milliards, les banques –celle qu’on a bien voulu sauver-, les compagnies d’assurance et les grands groupes financiers ont pu régler leurs problèmes de trésorerie. Et relancer les profits.

Jour après jour les annonces se succèdent qui font état de bénéfices milliardaires. En France, les quarante entreprises du CAC 40 affichent des bénéfices nets pour 2009 de presque 50 milliards d’euros. En Suisse, les entreprises de pointe voient leurs bénéfices diminuer légèrement, mais continuent à en faire. Y compris l’UBS.

Au bord de la faillite en octobre 2008, elle a renoué avec les chiffres noirs au quatrième trimestre de 2009. Elle affiche des résultats positifs. Pas pour tout-le-monde, d’ailleurs, puisqu’elle a réduit son personnel de plus de 6%!

Ce retour aux chiffres noirs est, lui aussi, le résultat d’un transfert de richesses. C’est grâce aux soixante six milliards d’argent frais que la Confédération lui a trouvés en moins d’une nuit en octobre 2008 pour la sauver de la débâcle que l’UBS a pu rétablir la situation. C’est avec notre fric qu’elle peut de nouveau verser des dividendes aux actionnaires.

Et si c’est dans nos poches que cet argent a été pris, c’est encore à nous qu’on demande de combler les trous dans les caisses publiques: en renonçant à une partie des prestations de l’assurance chômage, en acceptant l’allongement de la durée de cotisation, l’élévation de l’âge de la retraite ou des % de TVA supplémentaires pour financer l’AI…

Le cas de cette dernière est exemplaire: après avoir réduit de presque moitié le nombre de nouveaux bénéficiaires depuis juin 2007, on s’apprête, avec la 6ème révision en cours, à chasser de l’AI quelques 12'500 invalides. La raison? Un déficit annuel d’1,1 milliards et qui pourrait être couvert pendant soixante ans … avec les soixante six offerts à l’UBS.

Milliards qu’il faut qu’elle rende, car ce n’est pas à nous de payer leur crise. Et même deux fois plutôt qu’une!

paru dans L'anticapitaliste, 21ème, 18.03.2010

17/01/2010

Annulez la dette d'Haïti!

Tandis que la plupart des pays, même les plus pauvres, envoient en Haïti des équipes de spécialistes, le gouvernement des Etats-Unis y dépêche 10'000 GI’s et déploie au large des côtes haïtiennes une flottille de cinq navires de guerre équipés de missiles et de moyens amphibies de débarquement.

Quant à la Suisse, elle annonce par l’intermédiaire Toni Frisch, directeur du département du développement et de la coopération, la DDC, et sous le regard bienveillant de Micheline Calmy-Rey, qu’elle n’envoie pas le corps suisse de sauvetage «pour ne pas jeter l’argent par la fenêtre» (le 19h30, TSR, 16.01)…

 

Ce n’est pas dans le cadre d’une cellule de crise humanitaire que le président des Etats-Unis a pris les décisions concernant à Haïti.

C’est à l’issue d’un cabinet de guerre présidé par Obama que le chef interarmes Mike Mullen a annoncé l’envoi des GI’s et le déploiement au large des côtes haïtiennes de deux navires de guerre porteurs de missiles, ainsi que de trois navires équipés de moyens amphibies de débarquement.

Magnanime, le gouvernement a aussi annoncé la suspension, temporaire, des renvois des haïtiens en situation illégale aux USA.

J’y suis, j’y reste…

Prenant prétexte de la désorganisation qui règne sur l’île, les troupes US ont ainsi remis pied en Haïti, renouant avec une longue tradition marquée par une occupation directe, de 1915 à 1934, et par des interventions successives dans les années 1990 et en 2001.

C’est pour permettre le déploiement rapide des GI’s que les autorités militaires US -qui ont pris le contrôle de l’aéroport- ont limité durant le week-end les atterrissages des avions porteurs d’aide humanitaire. Un certain nombre d’entre eux ont été détournés sur les aéroports de la République dominicaine alors que la population souffre de la pénurie d’eau et d’aliments.

A première vue, le recours à l’armée pourrait sembler rationnel du fait de la désorganisation totale du pays. Sauf que, lorsque l’ONU a été saisie de propositions d’étendre à des tâches civiles le mandat de la force internationale des Nations Unies déployée à Haïti depuis 2004, les USA s’y sont systématiquement opposés. Et qu’ils justifient aujourd’hui l’envoi des troupes par l’incapacité à faire face de la même force onusienne.

Après le soutien sans faille accordé par les Etats-Unis à la dictature des Duvalier de 1957 à 1986, après les différentes interventions, la présence militaire étasunienne n’était plus envisageable du fait du sentiment antiyankee d’une majorité écrasante de la population. C’était la force internationale dirigée par les militaires brésiliens qui la remplaçait.

Avec le tremblement de terre, les voilà de retour. Et pour y rester, comme l’a confirmé Hillary Clinton lors de sa visite du 16 janvier. J’y suis, j’y reste, en somme, à l’exemple de l’armée indonésienne intervenue il y a cinq ans dans les zones frappées par le tsunami et qui y est toujours.

A quelques encablures de Cuba, ce dispositif vient s’ajouter à la réactivation en 2008 de la 4ème flotte US, celle qui croise le long des côtes de l’Amérique latine. Voilà qui explique que la décision ait été prise par le cabinet de guerre…

Généreux FMI ?

Pour sa part, le directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn annonce une aide extraordinaire de 100 millions sous la forme non pas de don, mais de prêt… «à des conditions favorables». Ces 100 millions viennent s’ajouter à une dette extérieure qui atteignait les 1885 millions de US$ en 2008 et pour laquelle le pays paie un intérêt de 430 millions de US$.

C’est justement son endettement qui a mis le pays à la merci du FMI. Sur ses injonctions, son agriculture et son industrie légère ont été transformées au cours des dernières décennies. Ce sont des produits agricoles et manufacturés bon marché qu’elles produisent pour les profits des sociétés nord-américaines de l’agroalimentaire et du textile.

Outre la très grande pauvreté -80% des haïtiens vivent avec moins de 2 dollars par jour- cela a engendré un exode rural énorme. En 1950, Port au Prince comptait 50'000 habitants. Aujourd’hui, les estimations varient entre deux et trois millions d’habitants. Qui sont venus s’agglutiner dans des bidonvilles surpeuplés, dans des habitations bon marché qui n’ont pas résisté aux secousses meurtrières qui se succèdent depuis le 12 janvier.

Vraie mesure humanitaire

Le même discours vaut pour les infrastructures. A titre de comparaison, la tempête tropicale qui avait frappé les Caraïbes en 2008 avait fait un millier de victimes en Haïti. A quelques centaines de kilomètres de là, à Cuba, l’île qui ne s’est pas pliée aux plans du FMI et a entretenu et développé ses infrastructures, la même tempête n’avait tué que quatre personnes.

C’est pourquoi, la vraie première mesure humanitaire urgente serait l’annulation complète, immédiate et sans conditions de la dette extérieure haïtienne. C’est ce que la Suisse, qui a soi-disant adhéré au FMI pour faire valoir les droits des faibles, devrait exiger…■

 

28/11/2009

Bonfanti, l'amie des riches...

Lors du G8 la police avait laissé incendier et casser durant toute une nuit. Pour ensuite ceuillir les manifestants à la pelle. Et interdire les manifs.

Elle en a fait de même aujourd'hui. Elle a laissé quelques personnes s'en prendre au Crédit Suisse et à quelques bagnoles pour pouvoir cueillir la manifestation toute entière dans la souricière des Pâquis.

Ainsi, après la clémence affichée à l'égard des voyous fils à papa sur la route du Lac, ce sont des salariés, des paysans, des chômeurs -et les habitants des Pâquis- qu'elle gaze, matraque et poursuit de ses balles en caoutchouc.

Le voilà l'ordre public version Bonfanti! Celui des riches et des puissants!

 

19/11/2009

Une tuerie révelatrice

Treize morts abattus par balle et des dizaines de blessés: c’est le résultat de la tuerie perpétrée le 5 novembre sur la base militaire de Fort Hood par le Major Nidal Malik Hassan. Cette tuerie, de par la personnalité de son auteur, sa religion, ses fonctions au sein de l’armée, son appartenance à un «institut pour la sécurité intérieure» et l’importance particulière de Fort Hood -la plus grande base de l’armée aux Etats-Unis- est révélatrice d’un grand nombre de problèmes internes à l’armée US. Et qui sont le pendant domestique des difficultés croissantes qu’elle rencontre au Moyen Orient et en Asie centrale.

Dès l’annonce de la tuerie, c’est la foi de Nidal Hassan qui a retenu l’attention. Fils de palestiniens, né aux USA, il a grandi en Virginie. Et il est musulman. Son grade de major exprime, certes, la nature pluriethnique de l’armée, bien que, d’après ce qu’il aurait confié à un cousin cité par CNN, «on te fait sentir que t’as beau être major, tu restes un Arabe, un Musulman».

Haro sur les Muslims

Mais son grade exprime aussi la volonté du Pentagone de renforcer la présence dans les troupes d’occupation de militaires musulmans. Comme les italo-américains qui débarquèrent en 1943 à Anzio et en Sicile, ils sont censés mieux comprendre les populations des pays musulmans occupés et se comporter avec moins de brutalité que d’habitude.

Sauf que cela revient à demander à des musulmans la loyauté à un pays dont l’establishment, tout en s’en défendant officiellement, admet volontiers que la guerre contre le terrorisme est bel et bien une guerre contre l’Islam. En un premier temps, la solution de Nidal Hassan à ce dilemme, à cette double loyauté aurait été, d’après les médias, l’engagement contre la guerre. Le carnage en aurait été l’aboutissement.

Depuis le 5 novembre, sa foi devient le prétexte à un regain d’islamophobie. Ainsi, Debbie Schlussel l’éditorialiste conservatrice qui signe des papiers dans le New York Post -et le Jerusalem Post-, n’hésite pas à écrire sur son site «voilà comment les musulmans servent leur pays dans l’armée des Etats-Unis! Leur pays c’est Dar Al-Islam, c’est le Grand Coranistan».

Après Pearl Harbour on parla de 5ème colonne pour interner des dizaines de milliers de japonais nés aux USA. Durant la guerre froide le même argument servit de prétexte à la chasse aux sorcières. La chasse au Muslim serait-elle à nouveau ouverte ?

Mais l’armée peut-elle se la permettre à l’heure où il faudrait trouver les 40'000 hommes exigés «pour pacifier l’Afghanistan» par le général Mc Chrystal?

Psychiatre militaire

Presse et commentateurs admettent que la fonction de psychiatre exercée par Nidal Hassan à Fort Hood aurait aussi joué son rôle. Une des associations de vétérans contre la guerre écrit que «de nombreux experts ont pointé le fait que le stress auquel cette guerre soumet les militaires et le grand nombre de suicides contribuent, chez ceux qui y sont confrontés de près, à banaliser la portée d’une tuerie».

Ceci d’autant que lorsque le psychiatre est lui-même pénétré d’un sentiment d’injustice, il est porté, ainsi que l’ont encore démontré des études menées en lien avec le 11 septembre, à une empathie envers ses patients bien plus grande que d’habitude.

Confronté professionnellement au stress post traumatique consécutif aux combats, aux doutes des jeunes s’apprêtant à partir à la guerre, aux suicides nombreux -117 durant cette année-, Nidal Hassan était l’un des 408 psychiatres de l’US Army –pour un effectif total de 553'000 militaires.

Il s’était plaint du manque de temps et de moyens mis à disposition des services psychiatriques, des services dont le rôle essentiel reviendrait à renvoyer le plus rapidement possible dans leurs unités de combat les hommes qui ont recours à l’Army’s Combat Stress Control Team.

Tentamens? Un millier par mois!

En ce sens, la tuerie de Fort Hood remet une fois encore au premier plan le sort des vétérans atteints de stress post-traumatique devenus incapables de retour à une vie normale.

Plus de 55.000 vétérans de la guerre d'Irak en souffrent déjà. Des données officieuses à propos des tentatives de suicide, données ni confirmées ni démenties par le Pentagone après leur publication par Paris Match, font état d’un millier de tentamens, ainsi qu’on les appelle pudiquement, chaque mois chez les vétérans d’Irak et d’Afghanistan.

On estime que les Etats-Unis devront fournir des pensions d'invalidité à 40 % du 1,65 million de soldats déployés depuis 2003 pour un coût total de plus de 600 milliards de dollars. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle les services de santé de l’armée sont si rétifs à reconnaître les troubles psychiques post-traumatiques.

Ainsi, au-delà des 13 morts et 30 blessés –nombre qui demeure fort limité par rapport aux milliers d’autres innocents victimes des guerres étasuniennes-, la tuerie de Fort Hood met le doigt sur des aspects intérieurs qui vont peser, que Barak Obama décide finalement de déployer ou pas les 40'000 hommes supplémentaires en Afghanistan.■

 

 

 

 

 

09:51 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (1)