02/08/2007

De Bagdad à Jérusalem et ... retour

De Bagdad à Jérusalem et … retour
Jusqu’à sa mort, le 11 novembre 2004, le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat était persona non grata sur le territoire des Etats-Unis. Quant à l’organisation de libération de la Palestine, l’OLP, et  à sa composante majoritaire dont Arafat était le leader, elles figuraient toujours sur la liste des organisations taxées par Washington de terroristes. Moins de trois ans plus tard, c’est le gouvernement des Etats-Unis qui verse quelques 190 millions de dollars –auxquels devraient s’en ajouter 228 autres venant de collectes semi-privées- au successeur de Arafat, Mamhoud Abbas et à son organisation, le Fatah!
Paolo Gilardi
Que de changements, en moins de trois ans! A tel point que c’est par son ancien nom de bataille, Abou Mazen, que, aussi bien Bush que la presse et les officiels israéliens, appellent le président de l’Autorité palestinienne, le privant ainsi même de la fierté de son passé de combattant anti-sioniste.
Un chemin pas encore balisé…
C’est une évolution qui ne peut bien évidemment pas être extraite du contexte régional particulier marqué par la faillite de la stratégie impériale au Moyen Orient, en premier lieu en Irak, et en Afghanistan.
En 2002, avant l’invasion de l’Irak, nombreux étaient ceux qui, dans les gouvernements occidentaux, prétendaient qu’il fallait d’abord trouver une issue au problème palestinien avant d’attaquer l’Irak. La route de Bagdad, disaient-ils, passe d’abord par Jérusalem. C’est l’ancien secrétaire d’Etat et organisateur de tant de coups d’Etat, Henri Kissinger, qui leur répondait en affirmant que seuls les crétins peuvent imaginer que le chemin de Bagdad passe par Jérusalem alors que c’est exactement l’inverse (International Herald Tribune, 14 août 2002).
Pour lui, comme pour bien d’autres au sein de l’establishment US, la victoire en Irak était la prémisse à réalisation du projet d’un Grand Moyen Orient modernisé et affranchi des féodalités locales, en premier lieu, celle de l’Arabie Saoudite. Une telle victoire ne pouvait dès lors que porter un coup décisif à toutes les forces nationalistes et anti-impérialistes dans la région, première parmi toutes la résistance palestinienne. Les choses, on le sait, ne se sont pas passées comme prévu. Mais, même à contrario, la théorie de Kissinger reste valable.
L’échec de la stratégie impériale n’a pas seulement provoqué la guerre civile en Irak, il a aussi suscité, du Sud de l’Irak aux rivages orientaux de la Méditerranée, une mobilisation et une organisation sans précédent des populations chiites, les plus pauvres de la région, celles qui, dans l‘ensemble du monde arabe sont exclues du pouvoir. Parmi elles grandit le prestige de l’Iran chiite qui se propose comme référence panislamiste, un Iran qui peut jouer un rôle déterminant non pas en matière d’armes atomiques –elles semblent être aussi mythiques que les armes de destruction de masse de Saddam Hussein-, mais dans la fixation des prix du pétrole et du gaz naturel.
D’autre part, la résistance nationale en Irak, la reprise de l’offensive des Talibans en Afghanistan, le rôle majeur joué par Hezbollah dans la défaite israélienne au Liban durant l’été 2006 et l’impressionnante mobilisation des populations pauvres du Liban contre le gouvernement pro-étasunien de Faoud Siniora ont ainsi déjoué le projet d’écrasement de la volonté de résister par l’affirmation d’une supériorité militaire écrasante. La route de Jérusalem n’est ainsi toujours pas balisée…
Un scénario qui se répète
C’est dans ce contexte qu’intervient, fin janvier 2006, la victoire électorale de Hamas, en Palestine, dans le cadre d’élections qualifiées par les observateurs de l’ONU et de l’Union Européenne comme les plus démocratiques qui se soient jamais tenues au Moyen Orient. Une fois encore se répétait un scénario qu’il est désormais convenu d’appeler le paradoxe démocratique, un paradoxe qui se résume au fait que, chaque fois que les USA réussissent à imposer des élections, ce sont les ennemis de ces mêmes USA qui les gagnent. Cela avait été le cas par deux fois en Irak en 2005, cela a été de nouveau le cas dans les territoires palestiniens en janvier 2006.
Dès lors, tout a été mis en place, de Washington à Tel-Aviv, et en passant par les capitales de l’Union Européenne pour empêcher la mise sur pied d’un gouvernement dirigé par le Hamas. Celui-ci, contrairement à ce que l’on prétend, n’a en aucune mesure essayé de s’approprier la totalité du pouvoir puisqu’il a toujours prôné la constitution d’un gouvernement de coalition avec le Fatah. Cette disponibilité à un gouvernement d’unité nationale a par ailleurs encore été confirmée en février de cette année par la signature par le Hamas des accords de La Mecque.
Cependant, la création d’un tel gouvernement a systématiquement été empêchée jusqu’au récent coup d’Etat de Mamhoud Abbas en Cisjordanie. En 2006, tandis que Washington  multipliait les pressions pour éviter que soit reconnu un gouvernement dirigé par le Hamas, Israël prenait prétexte de la capture du caporal Gilad Shalit par des milices palestiniennes pour lancer une opération de longue durée dans la bande de Gaza, une opération en partie occultée par la guerre des 33 jours contre le Liban, mais qui n’en a pas moins fait des dizaines de victimes, militaires et civiles.
Quant à l’UE, c’est à la gorge qu’elle a pris les Palestiniens en bloquant l’aide financière promise et qui était destinée à la construction d’un appareil d’Etat. C’est ainsi que les fonctionnaires ont été privés de salaires pendant quelques seize mois. Beaucoup d’entre eux, des policiers, sont passés armes et bagages dans les milices du Hamas tandis que les écoles fermaient leurs portes, les enseignants cherchant à gagner leur vie autrement.
Cet acharnement a empêcher la création d’un gouvernement d’unité nationale exprime, certes, la volonté de l’actuel gouvernement des Etats-Unis de poursuivre la lutte contre l’Islam politique ; mais c’est surtout le moyen de s’en prendre à l’Iran en attaquant directement ou indirectement ses alliés, le Hezbollah au Liban et Hamas en Palestine. D’autre part, pour Israël, la création d’un tel gouvernement serait un handicap majeur dans la mesure où il exprimerait une légitimité que le seul Mamhoud Abbas, corrompu et fort discrédité parmi la population, ne pourrait faire valoir.
Reconnaissance implicite
Pour Israël –et pour les étasuniens-, il y avait urgence dans la mesure où un appel en faveur d’un gouvernement d’unité nationale avait été lancé en juin de l’année passée par des prisonniers politiques issus de toutes les composantes de la résistance palestinienne. Connu sous le nom de Document des prisonniers politiques, cet appel exprimait le consensus trouvé entre Marwan Barghouti, dirigeant du Fatah, Kaletz al-Natseh du Hamas, Rahim Malouh du Front Populaire pour la Libération de la Palestine et Bassam al-Sadi du groupe Jihad isalmique.
Bien que comportant, parmi ses 18 points, des revendications inacceptables pour l’Etat d’Israël, tel par exemple le droit au retour des réfugiés de 1947 et 1967 –une revendication que Israël n’a jamais acceptée dans la mesure où cela impliquerait la restitution des terres sur lesquelles est fondée l’Etat sioniste-, le Document des prisonniers n’en contenait pas moins une reconnaissance implicite de l’Etat d’Israël. En effet, puisqu’il revendiquait un Etat palestinien à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est, il acceptait de fait l’existence d’un autre Etat sur les autres parties de la Palestine historique.
Cette reconnaissance implicite était confirmée lors de la conférence de La Mecque de février dernier. Réunie par le roi Abdallah d’Arabie saoudite dans le but de trouver une solution au conflit inter palestinien –et d’essayer de contrer l’influence grandissante de l’Iran-, la conférence à laquelle ont pris part Mamhoud Abbas et le premier ministre palestinien, membre du Hamas, Ismaïl Haniya, s’est soldée sur un projet de gouvernement palestinien d’unité nationale autour de huit priorités, dont la reconstruction économique du pays, la restauration de la loi, la lutte contre la corruption et la poursuite des négociations avec Israël, ce qui revient à en accepter l’existence..
Mais, surtout, le document soulignait l’engagement du nouveau gouvernement palestinien à respecter la légitimité internationale des résolutions et accords signés par l’OLP, résolutions et accords parmi lesquels on retrouve la célèbre reconnaissance de l’Etat d’Israël, cité dans le document final sous l’appellation entité sioniste.
Malgré cela, les accords de La Mecque ont été rejetés par Washington et Tel-Aviv qui poussent Mamhoud Abbas depuis janvier 2006 à lancer une offensive militaire contre le Hamas. Dans ce but, début juin de cette année, est arrivé le feu vert du gouvernement israélien pour des livraisons massives d’armes aux milices du Fatah de la bande de Gaza.
Coup du Hamas ou… du Fatah ?
C’est à l’homme des USA dans la direction palestinienne, à l’ancien chef des services spéciaux et actuel responsable de la sécurité du président, Mohammad Dahlan qu’est revenu l’honneur de déclencher l’offensive. Symbole de la corruption qui gangrène le Fatah, héro de tous ceux qui, au sein de l’appareil palestinien ne sont pas prêts à céder ne fût-ce qu’un pouce de leurs privilèges, il refusait systématiquement, depuis la victoire électorale de Hamas, de mettre les forces de sécurité sous l’autorité du gouvernement.
Ses milices à Gaza n’ont pas cessé de s’en prendre à celles du Hamas et leurs attaques se sont intensifiées depuis janvier 2006. Malgré cela, le Hamas a continué à chercher le compromis avec lui jusqu’en juin de cette année où il devenait de plus en plus évident que Dahlan préparait un scénario à l’algérienne, à savoir un coup d’Etat à Gaza qui, comme celui perpétré par l’armée algérienne en 1992 et qui avait privé le Front Islamique de Salut de sa victoire électorale, priverait le Hamas de la sienne.
La tentative de coup d’Etat de la mi juin a été un véritable fiasco. Les milices corrompues de Dahlan n’ont pas tenu plus de six heures face à la réaction du Hamas largement soutenu, en l’occurrence, par la population, Mohammad Dahlan, personnage brutal et particulièrement corrompu, figurant parmi les personnages les plus détestés de Gaza.
La défaite de cette tentative de coup d’Etat et la fuite de Dahlan de Gaza a alors été prise à prétexte par Mamhoud Abbas pour former un nouveau gouvernement, en Cisjordanie, qui exclut le Hamas, malgré une énième proposition de la part de ce dernier, et en dépit de la tentative avortée de coup d’Etat, de création d’un gouvernement de coalition. C’est un homme du Fatah, Salam Fayad qui est chargé de diriger le gouvernement de combat contre une force qui n’est de loin pas insignifiante en Cisjordanie puisque avec les seules voix obtenues à Gaza le Hamas n’aurait pas pu remporter les élections de janvier 2006.
Se réalise ainsi, comme l’affirme Michel Warshawski, militant israélien anti-sioniste et directeur de l’Alternative Information Center de Jérusalem, le vieux rêve israélien, celui de pouvoir négocier avec une direction palestinienne confinée en Cisjordanie et à la désespérée recherche de compromis (Alternative information center, online, 18.07).
Vichy sur Jourdain
C’est en ce sens qu’est à comprendre la soudaine générosité étasunienne, israélienne et européenne à l’égard de Mamhoud Abbas. En effet, outre les 190 millions de dollars étasuniens cités en introduction -et dont 90 sont destinés aux forces de sécurité du Fatah-, Israël à rétrocédé au gouvernement Abbas-Fayad les 144 millions de dollars d’impôt anticipé qu’il retenait depuis juillet de l’année dernière tandis que l’Union européenne a annoncé a reprise de l‘aide.
Dans une interview accordée conjointement au Times de Londres, au berlinois Die Zeit et à l’italien Corriere della Sera le jour de son intronisation, le nouveau président israélien Simon Perez explique que la combinaison entre Abou Mazen et le premier ministre Salam Fayad est très encourageante. Contrairement au Hamas, ils sont sérieux, rationnels et ils veulent la paix avec Israël. C’est une bonne opportunité. (25.07) Et c’est aussi pourquoi, Israël vient de libérer quelque deux cent cinquante prisonniers palestiniens. Il fait ainsi d’une pierre deux coups: non seulement leur libération devrait être versée au crédit de la politique  sérieuse et rationnelle de Mamhoud Abbas, mais elle restitue aux milices du Fatah deux cent combattants -85% des prisonniers libérés sont membres des brigades du Fatah, les martyrs de al-Aqsa- dont elles ont besoins pour combattre, en Cisjordanie et à Gaza, les milices du Hamas.
Le choix est clair. Dans sa conférence de presse du 24 juillet, le président Bush l’a parfaitement résumé. D’un côté il y a, a-t-il dit, Abou Mazen qui essaie de créer dans les territoires palestiniens les institutions d’une démocratie moderne. De l’autre, il y a le Hamas qui se consacre à l’extrémisme et au terrorisme (International Herald Tribune, 17.07). La logique de la guerre de civilisation, de la guerre infinie contre le terrorisme, refait pleinement surface: les modernes et démocrates Amir Karzaï en Afghanistan, Siniora au Liban, al-Maliki en Irak et Abou Mazen en Palestine d’un côté, les terroristes islamistes de l’autre.
Cependant, contrairement à l’Afghanistan et à l’Irak, une intervention militaire directe de l’impérialisme étasunien et de son supplétif local ne serait pas la meilleure des options possibles au Liban et en Palestine. L’échec des trente trois jours de guerre de l’été 2006 mine encore profondément la direction -et la société- israélienne. C’est pourquoi ce sont les gouvernements aux ordres des USA et d’Israël qui sont chargés de la répression. Au Liban, Siniora s’y essaie sous la protection de la force multinationale qui y est déployée, de l‘aveu du ministre italien des affaires étrangères Massimo D’Alema, pour protéger Israël (Corriere della Sera, 17.07). En Palestine c’est au gouvernement Abbas-Fayad que la tâche revient, comme elle revenait en France sous l’occupation allemande, au gouvernement du maréchal Pétain installé dans la petite ville de Vichy.
De nouvelles interventions en vue?
La multiplication des affrontements entre factions palestiniennes voulue et dirigée par les impérialistes contribue par ailleurs à conforter l’idée profondément raciste du clash des civilisations. De fait, c’est tout un peuple, le peuple palestinien qui est, non seulement victime « collatérale » des combats entre milices, mais qui est assimilé aux yeux du monde, et de la société israélienne en premier  lieu, à des hordes sauvages.
Fonctionnelles aux impératifs de répression aujourd’hui, les agressions entre milices opposées vont servir à légitimer demain l’intervention, évidemment humanitaire -avec les armes les plus sophistiquées- des représentants auto-proclamés de la Civilisation, celle qui, pour reprendre les termes de S. Peres, est sérieuse et rationnelle. L’assimilation de la population de Gaza dans son ensemble au Hamas et à la guerre civile prépare en ce sens de nouvelles agressions, de nouveaux bombardements et une mise en quarantaine qui pourrait se traduire par une dramatique famine.
C’est en ce sens que une des tâches de la gauche palestinienne devrait être de développer un large mouvement contre la guerre civile pour opposer les tâches de solidarité anti-impérialiste à la division entretenue par le sionisme et les Etats-Unis. Pour le moment, elle semblerait incapable de s’y atteler, même si le quatorze juin dernier, plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de Gaza à l’appel du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) pour exiger l’arrêt des combats entre fractions.
Retour à Bagdad
La stratégie impérialiste en Palestine ne peut pas être extraite, nous l’avons dit, du contexte régional. Ceci d’autant plus que les encouragements et les millions offerts à Mamhoud Abbas coïncident avec une augmentation de l’aide militaire étasunienne à l’Arabie Saoudite et à l’Egypte d’un côté, et avec l’accroissement de 25% de l’aide militaire fournie à Israël de l’autre.
Le choix des bénéficiaires de l’aide coïncide avec les invitations à la conférence de paix sans extrémistes que veut Bush. En excluant de celle-ci le Hamas et ses sponsors, l’Iran et la Syrie, le gouvernement des Etats-Unis associe de fait Egypte, Israël, Fatah, Jordanie et Arabie Saoudite à sa politique de rétablissement de sa domination régionale en fonction anti-iranienne. Car, contrairement à ce qu’on veut bien laisser entendre, et même s’ils devaient être obligés de retirer les troupes au sol en Irak, il n’est nullement dans l’intention de l’establishment étasunien, démocrate ou républicain qu’il soit, d’abandonner le rêve de Great Middle East, un Grand Moyen Orient entièrement livré aux marché.
En attendant, c’est le déploiement dans les cieux d’Irak du premier escadron d’armes robot que l’administration Bush prépare avant la fin de 2007. Il s’agit d’une nouvelle génération de drones, ces avions de reconnaissance sans pilote connus sous le nom de Predator. Cependant, les nouveaux ne se limitent pas la surveillance puisque, les Reaper -moissonneuse, c’est leur nom- sont aussi grands qu’un avion de chasse et sont équipés de quatre missiles et de nombreuses bombes. C’est pour les accueillir que, depuis quelques mois, les troupes US sont en train d’agrandir la base de Balal, la plus grande d’Irak.
Ainsi, pour reprendre avec Henri Kissinger, c’est de nouveau par Bagdad que passe le chemin de Jérusalem.
Reprendre l’initiative
C’est donc au mouvement anti-guerre, aux Etats-Unis en premier lieu, mais partout ailleurs de reprendre l’initiative non seulement pour le retrait total et immédiat des troupes d’occupation d’Irak mais aussi contre le sionisme et la répression exercée par le Fatah et pour le démantèlement, au Moyen Orient comme en Europe, en Asie comme en Amérique latine, des bases militaires étasuniennes.■

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04/07/2007

Vichy sur Jourdain

Vichy sur Jourdain
Paolo Gilardi
Lorsque, fin janvier 2006, le Hamas remporta les élections palestiniennes, peu nombreux furent les chantres de «l’exportation de la démocratie» à se réjouir de la tenue d’élections régulières. Bien au contraire, faisant preuve d’un souci démocratique à géométrie variable, tous, de Washington à Tel-Aviv en passant par les chancelleries européennes, firent publiquement état de leur consternation. Et pas seulement.
Washington multiplia les pressions pour éviter la formation d’un gouvernement dirigé par Hamas. De son côté, Tel-Aviv organisa en juin, juste avant sa catastrophique intervention au Liban, l’entrée de Tsahal dans la bande de Gaza sous prétexte de libérer certains de ses soldats capturés par la résistance palestinienne. En partie occultée par l’agression contre le Liban, l’opération, durée des mois, a connu son lot de victimes collatérales, d’exécutions extrajudiciaires –à savoir des assassinats purs et simples de résistants- et de maisons palestiniennes rasées par les bulldozers.
Quant à l’Union européenne, c’est à la gorge qu’elle a saisi les Palestiniens en refusant de leur verser l’aide financière qu’elle s’était engagée à fournir. Cette aide promise était destinée à la construction d’un appareil d’Etat; elle devait notamment garantir le versement des salaires des policiers et du personnel des services publics. C’est donc depuis plus de seize mois que les très  démocratiques gouvernements européens punissent les palestiniens d’avoir, très démocratiquement, … mal voté.
Tout, position étasunienne, opération militaire israélienne et bloc de l’aide européenne concourait ainsi à imposer à l’autorité palestinienne, au Fatah de Mahmoud Abbas, la tâche d’en finir avec Hamas que la propagande s’évertuait à présenter comme le seul responsable de la situation à Gaza. Tout comme au Liban où ont échoué les tentatives de faire retomber sur Hezbollah la responsabilité de l’agression israélienne, le stratagème était trop cousu de fil blanc pour pouvoir duper une population qui, depuis plus de cinquante ans, lutte contre l’occupation.
Par contre, privés de ressources, les territoires que la puissance sioniste veut bien accorder aux Palestiniens se sont enfoncés dans le chaos.  Sans salaire depuis des mois, les policiers de l’autorité palestinienne désertent en masse pour rejoindre les milices de Hamas. Avec elles, grâce aux subsides iraniens et saoudiens, la paye tombe à la fin de chaque mois. Privés d’écoles du fait que les instituteurs qui ne sont plus payés et s’engagent comme ouvriers agricoles, c’est dans les écoles coraniques que les enfants palestiniens –Gaza est le territoire avec le taux de natalité le plus élevé au monde, plus de 50% de sa population a moins de 15 ans !- peuvent recevoir aujourd’hui une éducation.
Ce n’est donc pas Hamas que la population tient pour responsable mais en premier lieu l’oppresseur sioniste et celui qu’il a chargé de garantir sa sécurité, l’autorité palestinienne. Et puisque le résultat n’est pas celui qu’on escomptait, c’est à la guerre civile que les Palestiniens ont été poussés.
Et c’est maintenant que l’Union européenne annonce la reprise de l’aide suspendue depuis seize mois. Ces derniers jours, le gouvernement israélien a à son tour décidé, alors qu’il prépare une nouvelle agression contre Gaza, de verser enfin à l’autorité palestinienne les 144 millions de dollars d’impôts qu’il retient depuis juillet 2006.
Ce n’est certes pas à un gouvernement qui exprime les résultats électoraux de janvier 2006, ni à un gouvernement d’unité nationale que cet argent sera versé. Il le sera à Mahmoud Abbas, à l’autorité palestinienne, chargée d’imposer le calme en Cisjordanie pendant une probable invasion de la bande de Gaza.
Une grande partie de cet argent finira dans les caisses du Fatah sans que cela n’émeuve particulièrement les Occidentaux, puisque ce n’est pas la guerre civile en Palestine qui les effraie, mais bien le fait que le Hamas puisse prendre le dessus. Car la raison de la reprise de l’aide réside justement dans le renforcement de ce véritable gouvernement de Vichy sur Jourdain qu’est l’autorité palestinienne et qui va bénéficier de la libération probable par Israël de 250 combattants du Fatah…■

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01/07/2007

Il y a 70 ans, la paix du travail.

Il y a septante ans: la paix du travail!
P. Gilardi
Le 19 juillet 1937, Konrad Ilg, président de la Fédération des ouvriers de la métallurgie et de l'horlogerie et Ernest Dübi, président de la très puissante Association patronale suisse des constructeurs de machines et industriels en métallurgie, mettent fin à trois mois de négociations secrètes et annoncent la signature de la première convention de paix du travail.
L'accord signé institue la paix sociale absolue dans l'industrie des métaux et des machines pour une période de deux ans. Les syndicats s'engagent à ne pas déclencher de grèves pendant la durée de la Convention. En contrepartie, les patrons renoncent, pour cette même période, à recourir au lock-out et reconnaissent au syndicat le statut de partenaire social..
Un régime de solidarité nationale
Voilà la lutte des classes remplacée, d'un commun accord, par la recherche du compromis. Ceci, comme l'affirme une résolution de la FOMH d'octobre 1936, dans l'esprit d'un "régime de solidarité nationale entre toutes les branches de la production (...) et entre tous les éléments humains de cette production".
L'accord intervient moins d'une année après la dévaluation de 30% du franc. Il doit assurer une période de paix industrielle afin de favoriser la relance de l'industrie d'exportation. Il empèche en particulier le déclenchement d’un large mouvement de grève chez Sulzer, à Wintherthur, et qui menace de s’élargir aux autres grandes entreprises de la métallurgie. L’accord permet ainsi à l’industrie d’exportation de ne pas rater les opportunités que le réarmement de l’Allemagne -le  principal client- offre. Le ton est donné: c’est pour la réussite de l’économie nationale -et pour la reconnaissance du syndicat comme partenaire- qu’il faudra,a près sept ans de crise, continuer à se serrer la ceinture...
L'accord est historique: en y souscrivant, la FOMH accomplit le pas décisif dans la subordination des intérêts des travailleurs aux besoins de l'industrie d'exportation. A ce propos, l’historien Roland Ruffieux n'a pas hésité à parler de "creuset de la Suisse actuelle" ou encore de modèle "... des pratiques politiques qui forment la démocratie consensuelle ...".
En effet, les fondements idéologiques ainsi que les expériences propres à la politique de paix du travail opèrent encore en profondeur et de manière cumulative dans le tissu social en Suisse.
Consensus à sens unique
Tout d'abord, ses effets se font sentir sur le terrain immédiat des accords de 1937, celui des rapports entre patronat et salariés. Systématiquement reconduite, la paix du travail a modelé au fils des années la totalité des contrats de travail de l'ensemble des branches industrielles. Elle a surtout modelé la pratique syndicale toute vouée à la recherche du consensus.
La crise des années 1980 et surtout la facilité avec laquelle de 1990 à 2000 le patronat suisse a pu imposer l’ensemble des contre-réformes sociales  a rapidement mis a nu les faiblesses du dispositif de défense du mouvement ouvrier lorsque les patrons n’ont plus voulu du consensus. Pratiquement seul au monde, le patronat helvétique a été en mesure d'opérer des restructurations industrielles de grande ampleur sans rencontrer de résistance, tout comme il n’a rencontré que peu d’opposition syndicale lors du démantèlement des régies fédérales et de grande partie des assurances sociales. C'est l'absence de traditions de lutte et d'organisation, combinée au refus des dirigeants syndicalistes de recourir aux méthodes "fortes", que traduit cette facilité.
En renonçant à son indépen­dance politique, en subordonnant les intérêts des travailleurs à ceux du capitalisme indigène, le mouvement syndical suisse a du même coup désarmé les salariés. La solidarité célébrée des ouvriers à l'égard de leurs patrons nourrit la xénophobie; des conventions de travail qui ne fixent aucune norme contractuelle renforcent la mise en concurrence et l'individualisme des salariés. N'est-ce pas là l'origine de l'exacerbation des divisions entre qualifiés et non qualifiés, hommes et femmes, jeunes et travailleurs âgés? L’origine de l’impuissance?
La coupe jusqu’à la lie...
L'absence d'options propres du mouvement ouvrier, son adéquation à la bourgeoisie nationale, ont ensuite des effets plus larges sur l'ensemble de la gauche, politique et culturelle et, par conséquent sur le pays dans son ensemble.
Acceptant les fondements mêmes de la société - l'Union syndicale suisse rejette le marxisme et la lutte des classes depuis 1927 - le mouvement ouvrier est dès lors incapable de propositions autonomes, autres que des aménagements plus ou moins “équitables” de l'ordre existant. Pendant des décennies, ses propres traditions culturelles, sa propre histoire se sont tellement identifiées à celles de la bourgeoisie que le mouvement ouvrier finit par ne plus avoir d'histoire ni de culture indépendantes. Il fondait néanmoins sur son insertion dans la classe ouvrière, chez les travailleurs, son poids politique, son pouvoir de négocier ... sa place dans les institutions. Et c’était sur sa place dans les institutions qu’il fondait son crédit parmi les salariés.
Son incapacité à s'ouvrir à de nouveaux besoins, à élaborer des stratégies de rupture ont largement contribué à sa perte d’influence, auprès des nouvelles couches de salariés d’abord - les jeunes, les femmes, les immigrés – et d’une part toujours croissante de ce qui reste de la classe ouvrière traditionnelle.
L'identification des intérêts des travailleurs avec la prospérité de l'industrie d'exportation a, de plus, amené le mouvement ouvrier à s'adapter à l'essentiel des projets de la bourgeoisie. Dans les années 1980, l’USS soutenait le nucléaire, la politique d'armement; elle accepte l’éclatement des CFF , elle fait activement campagne en faveur d’une libre corculation sans droits correcteurs. Sauf que, si il y a trente ans elle pouvait espèrer avec les centrales atomiques ou l’industrie d’armement du moins le maintien de l’emploi, aujourd’hui ce sont des projets de démantèlement qu’elle soutient...
Nécessaire contre le fascisme?
La convention de 1937 a souvent été présentée comme une nécessité historique pour faire face au danger fasciste. Ilg lui-même affirmait déjà en 1935 que "dans l'avenir, le poids essentiel du combat syndical devra être mis plus sur la défense de l'État que dans la lutte contre les patrons..."
C’est une logique qui a été souvent invoquée, tant sur le plan historique que plus récemment pour justifier des alliances politiques des socialistes avec le “centre”, radical ou PDC.
Sans entrer dans le détail de l'étendue réelle du danger fasciste en Suisse durant les années trente –on surseoira ici sur l’absurde théorie du danger fasciste aujoud’hui qui fait office de support à toutes les capitulations-, il est important de relever deux éléments.
Tout d'abord, en Italie et en Allemagne le fascisme a joui d'appuis financiers et politiques déterminants de la part des magnats de l'industrie lourde. Le grand capital a choisi le fascisme dans le but de réduire à néant les conquêtes sociales des années 1918-1923 et d'utiliser l'appareil d'État militarisé pour relancer de manière brutale l’accumulation capitaliste. On ne peut pas dire que dans la Suisse de l’époque les conquêtes ouvrières étaient de nature à provoquer une crise d’accumulation comparable à celle connue par l’Allemagne. De plus, même en Allemagne, la Fertigindustrie, comparable à l’industrie suisse, n’avait qu’en dernier recours opté pour le fascisme, la nature de sa production exigeant un rapport avec sa main-d’oeuvre moins brutal et cassant que dans l’industrie lourde.
Avec la mob et le portrait du Général...
Plus fondamentalement, l'évocation des "périls extérieurs" provoque l'adaptation définitive de la majorité du mouvement ouvrier aux structures de l'État démocratique bourgeois. Car les "périls" évoqués par la bourgeoisie sont bien de deux ordres. En effet, si elle redoute les limitations au libéralisme économique et les entraves au "fonctionnement normal de l'État" imposées par la démagogie fasciste, la bourgeoisie suisse craint par dessus tout l'autre "péril", le bolchévisme.
C'est à ce niveau qu'elle parvient à parachever l'oeuvre à laquelle elle s'attelle depuis la fondation de l'État fédéral, la création d'un sentiment de spécificité nationale.
Au milieu d'une Europe où révolution et contre-révolution s'affrontent, la Suisse apparaît comme un îlot protégé. Les luttes qui traversent le continent, leurs formes spécifiques, finissent par apparaître comme étrangères, extérieures à une manière de faire plus "de chez nous". C'est à partir de ce principe d'extranéité que l'on parvient à décréter la grève, la lutte des classes comme antinomiques avec "l'esprit suisse".
Les vertus du travail, la franche poignée de main entre patrons et ouvriers accèdent ainsi au sanctuaire de l'imaginaire collectif pour y côtoyer l'arbalète de Tell, la mob et le portrait du Général... C’est l’offensive bourgeoise des années 1990 qui portera un coup au sanctuaire, laissant toutefois les salariés orphelins d’ idoles qui n’étaient pas les leurs...
Fruit d’un long processus
Les accords de 1937 sont l’aboutissement d’un processus qui a combiné luttes, compromis et répression sévère. Mais, en 1927 déjà, l'Union syndicale suisse biffait la lutte des classes de son programme. Une première proposition de paix du travail avait été formulée par la FOMH en 1929, proposition déclinée par le patronat puisque l’accord proposé fixait des “contraintes” telles la durée du travail et d’autres normes. Et c’est en 1936 que, sur ordre de Moscou, le Parti communiste, qui bénéficiait d’un écho important parmi les travailleurs de la métallurgie, adopte le principe de la défense nationale, donc de l’Etat bourgeois.
Cette évolution se base sur plusieurs facteurs structurels. L’absence de grandes usines concentrant des milliers d’ouvriers, concourt à l'identification du travailleur à "son" entreprise. L'important niveau de qualification des travailleurs - propres à la nature de l'appareil industriel - est à l'origine d'une attitude plus collaborationiste du patronat. Les origines du mouvement ouvrier dans les "Sociétés du Grütli" contribuent aussi à l'absence d'une culture propre, indépendante de celle de la bourgeoisie. De même, le paternalisme d’une génération d'entrepreneurs  qui se sentent investis d’une mission civilisatrice, éducatrice, a aussi façonné la manière de penser des gros bataillons de la classe ouvrière de ce pays.
Au delà de l’anniversaire, il y aura lieu de revenir sur les raisons qui ont permis, après la défaite du fascisme, la poursuite de la politique de paix du travail et sur comment, malgré les critiques sévères qui se sont manifestées dans les années 1970, Renzo Ambrosetti, le vrai patron actuel du syndicalisme suisse n’est autre qu’un pur produit de la paix du travail...■

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19/06/2007

Au centre pour battre la droite?

S’allier au centre pour battre la droite?
Paolo Gilardi
Décidément, l’alliance avec le centre est à la mode. En rêvent les députés du PS Levraz et Berset qui publient un plaidoyer en faveur d’une alliance avec le PDC contre la «droitisation du Conseil Fédéral». H. J. Fehr, leur patron au PS, l’alliance il la propose aux radicaux. La souhaitent les socialistes français après le premier tour de Bayrou. La réalisent les ex communistes italiens en fondant, dans quelques mois le Parti démocrate avec Prodi et Rutelli, le leader de l’ancienne DC, la «démocratie chrétienne».
Devant l’hégémonie des valeurs de la droite, de la pensée libérale, face à des secteurs bourgeois décomplexés et agressifs -qui mangent au Fouquet’s et se reposent sur un yacht de 60 mètres-, contre la brutalité des méthodes blochériennes, contre l’hypothétique  «retour de Berlusconi», contre la poursuite d’une présidence républicaine aux USA, l’hypothèse d’un front commun avec le «centre humaniste et responsable» pourrait paraître raisonnable.
«Pourrait», car, à y regarder de manière un tant soit peu sérieuse, «humaniste», le centre l’est si peu sauf dans l’imaginaire des barons socialistes. Et ce n’est pas que moi qui le dis. Interviewée par la Radio suisse romande (Forum, dimanche 20 mai), la présidente des radicaux zurichois –ceux qui comptent, dans ce pays- a été on ne peut plus claire. «S’allier avec les Verts, fussent-ils «libéraux», et avec le PS ? Encore faudrait-il, a-t-elle rappelé, qu’il s’engagent à défendre les intérêts de l’économie privée…Mais comme pour eux ce n’est pas une priorité, les bourgeois doivent rester unis, y compris avec l’UDC». Quant au PS et aux Verts, ils savent ce qui leur reste à faire…
Moins agressifs que les radicaux zurichois -parce qu’ils ont a faire à des salariés moins dociles- le patronat italien et les centristes français, les accords, les convergences au centre, veulent bien les envisager. Mais à leurs conditions.
Ainsi, la fondation du parti démocrate en Italie se fait sur la base d’un projet de relance de l’accumulation du capital: au menu, de nouvelles privatisations, la destruction des législations sociales et des services publics. Elle se fait surtout avec une accentuation de la pression sur les alliés -la revoilà, l’alliance- du Parti de la refondation communiste pour qu’il accepte -ce qu’il s’est empressé de faire- le démantèlement du système des retraites, la rigueur budgétaire et la politique étrangère du gouvernement, celle qui envoie les soldats au Liban et en Afghanistan.
Il en va de même en France: les propositions de Bayrou -que la plupart de ses députés viennent de quitter pour rallier le nouveau maître de l’Elysée-, notamment en matière de  coupes des dépenses publiques, relèvent de la plus pure orthodoxie libérale. Une orthodoxie qui, au prétexte de la lutte contre la droite, n’est un obstacle ni pour Mme Royal, ni pour Strauss-Kahn ou encore Laurent Fabius…
Mais c’est au Etats-Unis que la politique du «centre pour battre les réactionnaires» donne toute sa mesure. Majoritaires tant au Sénat qu’à la Chambre des représentants, les démocrates n’ont pris aucune mesure pour obliger Bush à retirer les troupes comme le demandent les deux tiers des citoyens des Etats-Unis. Ils ont bien fait voter des motions en faveur du retrait, mais qui ne sont pas contraignantes; Bush peut s’asseoir dessus sans qu’elles déclenchent la crise qu’aurait impliquée le vote, constitutionnellement possible, d’une motion avec effet contraignant. C’est que, au moment où Bush ne dispose plus du soutien que de 28% de la population, c’est une crise politique que les démocrates veulent éviter.
Et c’est la raison pour laquelle leur proposition de retrait d’Irak est loin d’en être une. Le texte qu’ils ont adopté au Congrès n’établit pas de calendrier de retrait: il fixe au premier avril 2008 le retrait d’un premier contingent tout en sauvegardant «la possibilité de son redéploiement rapide en Irak». D’après l’agence étasunienne Inter Press Service, «la motion démocrate garantit la présence de dizaines de milliers de soldats étasuniens en Irak pendant des années».
Aux Etats-Unis, le mouvement anti-guerre a expérimenté les effets de sa subordination à l’impératif de battre Bush à tout prix. En 2004, en mettant une sourdine à ses critiques à  Kerry, il n’a pas empêché la réélection de Bush. Il a par contre affaibli sa capacité de mobilisation.

En se ralliant aux options bourgeoises sous prétexte de faire barrage à une droite plus dure, ce sont les besoins des salariés qu’on subordonne à ceux de la bourgeoisie; c’est dans les bras de Sarkozy, de Fini ou de Blocher qu’on finit par pousser de larges couches de travailleurs. C'est ainsi que, pour battre Blocher et permettre le refinancement de l'AI, les socialistes s'allient aux radicaux et aux démocrates-chrétiens pour proposer l'augmentation de la TVA. De grèver donc un peu plus le budget des ménages plutôt que d'aller prendre l'argent nécessaire là où il est, dans la masse salariale et de manière proportionnelle aux revenus.

Il en va de même pour une certaine gauche «extrême» qui accède désormais directement à la chambre des boutons à Genève: va-t-elle se couler dans le moule d’un gouvernement de coalition, celui dont le projet est la destruction des protections dont bénéficie le personnel de la Ville de Genève au risque de rejeter ce même personnel dans les bras du MCG?

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Retour sur le G8: pour la bonne marche des affaires

Retour sur le G8: pour la bonne marche des affaires…

Paolo GILARDI

Comme l’an passé, comme il y a deux ans, comme chaque année depuis 1975, les maîtres autoproclamés du monde, les chefs d’Etat et de gouvernement des sept pays les plus riches de la planète et qui représentent plus de 60% du Produit intérieur brut mondial -et auxquels on a bien voulu, realpolitik oblige, en associer un huitième, la Russie- ont fait leur show.
Et comme chaque année, le sommet s'est terminé par des déclarations tonitruantes, pétries de bonnes intentions, politiquement particulièrement correctes. Les années passées ce furent les grands engagements en faveur de la lutte contre le SIDA, pour la réduction de la pauvreté, pour l’allègement de la dette des pays les plus pauvres. Cette année, Angela Maerkel, hôte de la manifestation, l’a voulu: c'est dans la douleur que le G8 a brisé une lance en faveur de l’environnement.
Qu’importent les résultats…
Quant aux résultats de ces engagements, la progression de la pandémie de SIDA, l’approfondissement de la crise de la dette pour les pays les plus pauvres, le creusement des inégalités en disent long. Il en sera évidemment de même pour les mesures de protection de l’environnement et les risques de modification climatique. Car, comme le prétend le G7 –nous reviendrons plus loin sur la disparition du huitième larron- aucun de ces objectifs ne pourra être atteint «sans l’ouverture du commerce mondial». Le voilà, le véritable enjeu de ces rencontres de puissants «réunis autour de certaines valeurs universelles (…) et de l’économie de marché»!
Mais ce qui compte d’abord, c’est la tenue du sommet. Illégitime dans la mesure où il n’émane d’aucun accord international et encore moins d’aucune décision démocratique, le G8 exprime la volonté des nantis de cette terre, les économies dominantes, de l’affirmer publiquement, encore plus que le Forum économique de Davos, comme le véritable détenteur du pouvoir mondial. Qu’il soit par ailleurs protégé par un impressionnant dispositif policier et militaire –le plus important déployé en Allemagne depuis la chute du Troisième Reich- remplit deux fonctions particulièrement importantes.
D’abord, la protection armée des sommets est un message clair aux populations: il leur signifie le fait que les nantis sont prêts à défendre leur pouvoir et leur maîtrise des richesses, dût-ce se traduire par l’interdiction d’une partie de l’espace public –les zones rouges interdites d’accès-, par des mesures massives de répression et, même, par la mort d’opposants comme ce fut le cas à Gênes en 2001.
D’autre part, chaque cas de limitation des droits démocratiques à l’occasion d’un sommet du G8, a fait -et continue à faire- office de précédent en matière de suspension de certains droits élémentaires. Ainsi, le cas de Genève est particulièrement parlant: alors qu’aucune manifestation n’avait plus été interdite depuis la fin des années septante, que leur organisation n’était plus soumise à autorisation –mais simplement à annonce à la police par les organisateurs-, les interdictions survenues lors du G8 en 2003 créent un précédent en vertu duquel les manifestations doivent être autorisées par la police qui peut de nouveau interdire la tenue d’une manifestation, voire inculper les organisateurs en cas de «débordements».
Les vrais lieux de décision
Les résultats des sommets sont de peu de relief, voire secondaires par rapport aux vrais enjeux. Par contre, c’est dans l’ombre du G8 que déploie une intense activité une division subalterne, celle qu’on appelle le «G7-Finances» ou plus simplement «G7». Réunissant les ministres des finances des sept pays les plus riches -donc, sans la Russie, orthodoxie et sérieux budgétaires obligent-, ce cénacle bien moins médiatisé que son grand frère, se réunit plusieurs fois par an pour déterminer les politiques économiques et monétaires communes.
Moins tenu par le «politiquement correct» que le G8, le G7 prépare le terrain des décisions qui sont par la suite entérinées par les gouvernements des pays du G8. Ainsi ses suggestions sont claires. En matière de développement économique, c’est «l’élimination des entraves à l’investissement privé» que le G7 prône. De même, l’aide aux pays pauvres passe par «l’élimination des mesures de soutien aux exportations qui faussent le commerce dans le domaine de l’agriculture». Finies donc les aides gouvernementales aux petits paysans du Sud producteurs de coton ou de café, par exemple!
Et quand le G7 se penche sur une situation particulière, c’est aussi pour saluer des pays comme le Nigeria, présenté comme «la clé de la prospérité sur l’ensemble du continent africain». Comme le fait remarquer un document d’ATTAC-France, «que le taux de croissance par habitant de ce pays qui, selon le PNUD se situe à la 159ème rang mondial, ne soit, sur les dernières décennies que de 0,2% par an en moyenne ne semble pas émouvoir les maîtres du monde. Pas davantage d’ailleurs et entre autres, que plus du tiers des revenus soit accaparé par les 10% les plus riches de la population pendant que les 10% des plus pauvres doivent s’en disputer moins de 2%»…
Et c’est toujours le G7, fort sensible aux «graves questions de l’heure», qui attire l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement sur le fait que «le niveau élevé et soutenu des prix de l’énergie est grandement préoccupant étant donné qu’il nuit à la croissance économique mondiale» ; c’est lui qui suggère au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale de conditionner l’octroi de prêts aux pays pauvres par la reconversion de leur agriculture à la culture extensive de soja ou de palmes destinées à la production d’agro combustibles.
Ensemble en Asie Centrale
C’est parce que «valeurs universelles et économie de marché» sont peu compatibles avec le désordre, que la « libre entreprise» a besoin de conditions stables favorables aux affaires, que l’un des points abordés lors du sommet de Rostock mais peu médiatisés a été celui de la situation en Asie centrale. Le prouve l'invitation au sommet du président fantoche afghan Amir Karzaï et de son homologue pakistanais Pervez Musharraf.
C’est en effet dans cette région du monde que se joue la stabilité dont ont besoin les économies des huit pays les plus puissants du monde. C’est en Afghanistan que, après la rapide victoire étasunienne dans la guerre de 2001, les Etats-Unis sont en train de perdre une nouvelle guerre après celle déjà perdue en Irak. Le contrôle des champs pétrolifères du Sud du Caucase et de l’oléoduc censé convoyer le brut à travers l’Afghanistan, d’Asie Centrale vers la Méditerranée risque ainsi de devenir impossible.
Dès lors, il est de la première importance pour les puissantes économies des pays du G8 et qui figurent parmi les plus grands consommateurs de brut de la planète -les Etats-Unis, par exemple consomment un quart de la production mondiale totale- de trouver une issue à cette situation. L’invitation des deux compères, Karzaï et Musharraf répond à cette nécessité, et à plusieurs titres.
Elle fait d’abord de la situation en Asie centrale la préoccupation principale des pays du G8: le message est clair à l’attention des pays membres. Ainsi, l’Afghanistan n’est pas à comprendre comme une affaire strictement étasunienne, elle est l’affaire de tous les riches. Partant, c’est l’effort de guerre multilatéral qui doit être accru, y compris par la modification de la mission de l’ONU. C’est en effet cette dernière qui fournit encore aujourd’hui la légitimité «universelle» aux opérations militaires multilatérales menées sous commandement US par les troupes des pays de l’OTAN.
Le Pakistan aux avant postes
Ensuite, les discussions à Rostock impliquent directement le Pakistan dans la guerre afghane non seulement en raison de la géographie: son invitation au G8 fait de Musharraf une pièce bien plus impliquée qu’auparavant du dispositif en Afghanistan. Elle le pose devant ses responsabilités dans la lutte contre l’islamisme et en particulier contre les camps d’entraînement des Talibans au Pakistan.
Adoubé à Rostock comme co-responsable de la stabilité de la région, il aura dès lors carte blanche pour une intensification, au nom de la « guerre infinie contre le terrorisme», de la répression déjà en cours au Pakistan contre les mouvements populaires.
Avec la bénédiction des très démocratiques pays du G8…■

 

Le G8 en quelques mots
Le G8, le «groupe des huit pays les plus riches» est né sous le nom de G5 en 1975, après deux ans de contacts étroits des ministres des finances d’Allemagne, Etats-Unis, Japon, Royaume uni et France, à l’initiative du président français de l’époque et ancien ministre des finances, Valéry Giscard d’Estaing. Il est élargi en 1976 à l’Italie et au Canada. Il devient G8 en 1998 avec l’intégration de la Russie. Celle-ci ne participe cependant pas à la structure la plus opérative du G8, à savoir le «G7 finances» qui se réunit plusieurs fois par an.
Les pays du G8 représentent plus de 60% du PIB mondial. L’Inde et la Chine, 30% de la population mondiale, n’en font pas partie.

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