En attendant le 7 mars: spéculations d’un jour de confinement… (05/11/2020)

C’est probablement le 7 mars que le peuple sera appelé aux urnes pour le 1er tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat consécutive à la démission -annoncée mais pas encore effective- de Pierre Maudet qui se présentera d’ailleurs comme candidat à sa propre succession[i].
De quoi, en ces jours de confinement, se laisser aller aux joies de la spéculation autour du thème…

 

Un poste de ministre et une élection complémentaire à deux ans de nouvelles élections générales ont de quoi faire saliver, tant à droite qu’à gauche. Pour les uns et pour les autres, l’occasion est belle, pour essayer de remporter le morceau ou juste pour se rappeler au bon souvenir des électrices et électeurs…

Le petit Prince, d’abord…

Empêtré dans ses mensonges et demi-vérités, Pierre Maudet joue son va-tout. Je suis ici par la volonté du peuple et je ne me soumettrais qu’à son verdict, prétend-il. Sauf que, renvoyé en justice, discrédité, il est loin d’avoir gagné son pari.

Sa campagne, telle qu’elle se dessine à l’heure actuelle, devrait s’articuler autour de deux aspects : la revendication du travail par lui-même accompli en faveur du tissu économique et le maigre bilan -car, maigre, il l’est, mais Pierre Maudet y est aussi pour quelque chose- du gouvernement en place, par ailleurs critiqué de toutes parts pour son autisme autoritaire.

Sa politique d’aide aux entreprises par temps de pandémie lui vaut toutefois un soutien plus que relatif de la part des associations patronales et de la Chambre de commerce. Et il ne sera pas non plus aisé pour lui de susciter l’enthousiasme des petits commerçants durement frappés par la crise et par les confinements décidés par le gouvernement dont il est, à ce jour, toujours membre.

Démagogique en diable, il essaie d’opposer les petites gens qui souffrent de la crise aux hauts fonctionnaires grassement payés avec l’argent du contribuable. Cela lui vaudra à coup sûr un petit apport de voix mais ne fera pas oublier les petites prévenances dont a bénéficié un haut fonctionnaire de ses amis, grand amateur de Formule 1 -pas la chaîne d’hôtels bon marché- ni le salaire si bien nommé de ministre qu’empoche le … ministre depuis que l’affaire a éclaté.

Encore moins pourront pour lui les larmes de crocodile qu’il verse sur le stress, la fatigue et les burn out bien réels qui sévissent dans les autres départements, notamment au DIP, dans la mesure où, justement, l’ex-libéral-radical a tout autant promu la RFFA -qui prive les finances publiques de centaines de millions- que soutenu, voire prônées, les mesures budgétaires et les coupes à l’origine de cette situation.

Pierre Maudet mobilisera, certes, une partie de l’électorat qui pourrait ne pas être négligeable. Et, s’il ne devait pas être au deuxième tour, ce qui est vraisemblable, il aurait capté un nombre important de voix du PLR, des voix qui se reporteront difficilement au second tour sur le ou la candidate libérale-radicale.

Radicalement libéral

Le PLR, justement, parlons-en. Sa crise ne date pas des frasques touristico-judiciaires de Pierre Maudet, comme en témoigne la comparaison des résultats électoraux depuis 1993 jusqu’en 2018. En 25 ans, l’électorat libéral radical -donc des deux partis existants alors, le PLG et le PRG- a littéralement fondu avec la perte de presque deux électeurs et électrices sur cinq (-39,97%).

Et ce n’est pas la fusion des deux partis, en mai 2011, qui a mis un terme au déclin puisque le score du PLR aux dernières élections cantonales en 2018 est de plus de 25% inférieur à celui, cumulé, des deux partis au début du 21ème siècle.

Les péripéties liées à l’affaire Maudet -qui surviennent après le départ forcé du Conseil d’Etat de Mark Müller- n’ont fait que révéler au grand jour la fragilité interne de ce parti.

Une illustration en est donnée par l’incapacité avérée de la direction du PLR dans la tentative d’obtenir l’aval d’une majorité du parti à l’exclusion de Pierre Maudet.

Il aura fallu que le seul le comité directeur prenne la décision puisque, quelque mois plus tôt, il avait été mis en minorité par une assemblée des délégués du parti qui avait renouvelé -à une courte majorité, certes- la confiance à Maudet.

Ces péripéties mettent toutefois le parti dans une position délicate dans la mesure ou son deuxième siège au sein du gouvernement est sérieusement menacé. Il se doit dès lors de trouver la personne idéale, capable de réunir et remobiliser son électorat, ce que semblent avoir compris certaines stars du parti qui se sont empressées de déclarer leur peu d’intérêt pour la fonction[ii]

A première vue, compte tenu des expériences pour le moins peu probantes[iii] des deux dernières Conseillères d’Etat libérales-radicales avant l’élection de Mme Fontanet en 2018, la recherche de LA candidate, de la femme providentielle, semble ardue.

D’autre part, les démissions forcées de Mark Müller et Pierre Maudet viennent s’ajouter à l’incapacité du PLR de présenter des candidates ou candidats à la hauteur de la tâche, de la trempe qui fût celle des Robert Ducret, Guy Olivier Segond ou encore de Martine Brusnchwig Graf[iv].

C’est pourquoi l’hypothèse d’une candidature de Cyril Aellen semble fort vraisemblable.

Animé d’une volonté constante de ne pas faire de concessions à la gauche et aux syndicats, fût-ce pour des raisons tactiques[v], grand pourfendeur devant l’Eternel du statut des fonctionnaires[vi], il pourrait rallier les voix de la droite dure et bénéficierait à coup sûr du soutien de l’UDC, en tout cas au deuxième tour, grâce à son positionnement radicalement libéral.

Pour rappel, mais au risque de…

L’élection complémentaire pourrait susciter des ambitions chez d’autres, a droite. En l’état actuel et compte tenu des résultats lamentables récemment obtenus par les candidats MCG aux exécutifs, notamment en ville de Genève, il semble peu probable que le MCG présente un candidat pour la gloire sans espoir d’élection alors qu’il pourrait se contenter d’engranger les effets de l’omniprésence médiatique du Calife Poggia,

UDC, PDC et Verts libéraux pourraient être tentés par l’aventure, ne serait-ce pour se rappeler aux électeurs ou mettre en orbite leur poulain pour 2022.

Toutefois, le pari n’est pas sans risque. Ainsi, si l’UDC décidait de prendre part à la course -par sa vociférante cheftaine, par exemple-, en prenant des voix au PLR, elle prendrait le risque d’affaiblir ce dernier face à un Maudet qui pourrait, dès lors, voir s’accroître ses chances d’être au deuxième tour.

C’est une réflexion qui devrait aussi jouer pour les Verts libéraux, à moins que, peu soucieux de calculs « politicards », ces derniers décident de lancer une candidature promotionnelle. Les voies de la politique politicienne étant souvent plus impénétrables que celles du Seigneur, l’hypothèse n’est pas totalement à exclure.

Quant au PDC, il ne devrait normalement pas prendre le risque d’affaiblir le candidat radical puisque, si Maudet se retrouvait au second tour, l’Entente bourgeoise serait presque à coup sûr privée de majorité, la probable candidate de l’Alternative -jeune, femme, progressiste- prenant clairement le dessus sur le magistrat sortant...

Alternative ou … alternance ?

La possibilité d’un renversement de majorité n’a pas échappé à la gauche de l’échiquier politique. C’est le PS qui, le premier, a mis en avant la nécessité de l’unité pour une autre majorité.

Sauf que, bien qu’il dispose en la personne de Sandrine Salerno d’une femme à la hauteur de la tâche de Conseillère d’Etat[vii], il ne peut légitimement postuler à un troisième siège, ceci d’autant que le bilan de ses deux ministres en place n’est pas des plus brillants, voire, en ce qui concerne la cheffe du DIP, d’une rare indigence[viii].

De plus, comment justifier un troisième siège socialiste alors que lors des élections fédérales de 2019, les Verts ont obtenu plus de 20% des voix contre à peine 13,5% pour le PS ?

C’est donc vraisemblablement une Verte -Marjorie de Chastenay que l’on voit plus souvent qu’à son tour ces derniers temps dans les manifestations de la fonction publique ou du personnel soignant- qui sera la candidate ayant le plus de chances de renverser la majorité et ravir le siège au PLR.

Sauf que, les illusions sur une éventuelle majorité de gauche ne sont surtout pas de mise.

Certes, les Hodgers et autres E.T. ne pourront plus prétexter du fait qu’étant minoritaires au Conseil d’Etat ils sont obligés de composer et de réduire leurs exigences. Cependant, tout en étant majoritaires à l’exécutif, ils pourront impunément continuer à justifier leur tiédeur par le rapport de forces défavorable au Grand Conseil où l’Alternative est largement minoritaire.

De plus, l’expérience des majorités de gauche à l’exécutif de la ville de Genève depuis plus de dix ans ainsi que les mesures prises contre le personnel par l’actuel CA -largement dominé par les Verts et les socialistes- incitent à penser que plutôt que d’être une alternative, la majorité de gauche n’est pas plus qu’une banale alternance.

Lassée des politiques antisociales du Conseil d’Etat, écœurée des petites magouilles entre amis, des mensonges qu’on lui sert, des renonciations successives de la part de la gauche et surtout des inégalités qui se creusent, la population a exprimé, lors des dernières votations notamment, son impatience et sa volonté de changement.

Pas comme les autres, mais à la fin…

La situation qui pourrait être saisie au vol par Ensemble à gauche. L’un des siens, député à la longévité parlementaire exceptionnelle puisqu’il a été élu pour la première fois en... 1993, a déjà fait savoir que l’appel à la candidature unique n’irait pas de soi, en un premier temps en tout cas.

Au moment où une aile de solidaritéS oeuvre à la fondation d’un nouveau petit parti de gauche, l’élection complémentaire est l’occasion idéale pour faire connaître le projet ainsi que le jeune loup qu’elle présenterait comme candidat.

Revendiquant l’expérience des mobilisations féministes, la nouvelle formation devra, en cas de présentation, accentuer publiquement ce qui la sépare de la candidate des Verts. La fonction publique et le budget d’austérité soutenu par Hodgers, Apothéloz et Emery-Torracinta seront certainement mis en exergue, tout comme le référendum contre la loi sur le CO2, pour vouer les Verts aux gémonies.

Quitte, au second tour, à appeler à voter pour ces mêmes Verts pour barrer la route à Aellen ou au revenant Maudet...

Car -c’est mon pronostic du jour-, il n’y aura pas d’autre configuration au soir du sept mars que celle qui opposera un PLR -ancien ou actuel- à une Verte. A moins que celle-ci ne soit déjà élue au premier tour...

Mais ce ne sont peut être que des spéculations d’un jour de confinement. L’avenir nous le dira...

5 novembre 2020

 

[i] Décidément, après le député Olivier Jornot qui, par son vote au Grand Conseil, a contribué à l’élection de l’avocat Olivier Jornot au poste de Procureur général de la République, on ne cesse d’innover en matière d’élections dans et autour du PLR…

[ii] A croire qu’il est des moments dans la vie où l’attention que vous porte la presse est bien plus rassurante que les risques d’une veste électorale… A moins qu’un tel manque d’ambition ministérielle ne soit dicté par la crainte que, échaudés par l’expérience Maudet, l’électeur et l’électrice ne s’intéressent de trop près aux amitiés et liens d’intérêts de ces Messieurs…

[iii] Il y a quelques années, invité sur un plateau d’une télévision locale, j’avais moi-même été choqué des sarcasmes -à la limite du sexisme de bas étage- proférés hors micros par deux caciques du PLR à l’égard d’une de ces ministres PLR.

[iv] Je tiens à préciser afin d’éviter tout faux débat, que reconnaître la stature de ces ministres du passé ne signifie en aucun cas en partager les opinions.

[v] En 2013, lors de la votation sur la CPEG il avait pris ses distances de feu Pierre Weiss qu’il considéra alors comme trop prompt au compromis…

[vi] N’a-t-il pas déclaré en mai dernier sur les ondes de Léman Bleu « La fonction publique a cessé de servir, elle se sert » ?

[vii] De nouveau, précaution toujours utile, je précise que le fait de reconnaître les compétences de Sandrine Salerno ne signifie en aucun cas que je partage ses positions politiques, loin de là…

[viii] Sans parler de ses prises de position qui légitiment la question que beaucoup se posent de savoir ce qu’elle peut bien avoir de « socialiste » mise à part l’étiquette…

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