Retour sur un dimanche de votations (15/02/2022)

Au-delà des stricts résultats comptables, l’issue des votations de ce dernier dimanche inspire les quelques considérations qui suivent.

Il s’agit tout d’abord d’un échec du gouvernement fédéral dont les positions -en matière de fiscalité, de tabac et d’aide à la presse- ont été vaincues par le vote populaire. Ce nouvel échec n’est pas que la confirmation du fait qu’il ne suffit plus au Conseil fédéral de donner un mot d’ordre de vote pour que, comme les petits soldats que d’aucun.e.s souhaiteraient qu’ils et elles soient, les votant.e.s s’exécutent. Il exprime la persistance et l’approfondissement de la crise de légitimité du gouvernement.

Ensuite, le vote sur la fiscalité est la confirmation, après le refus de la troisième réforme de l’imposition des entreprises et un certain nombre de votations sur le plan cantonal, du fait que la majorité du corps électoral -et à plus forte raison de la population- n’est plus prête à accorder des faveurs aux riches.
C’est uniquement quand l’Union Syndicale Suisse et la gauche gouvernementale négocient des semblants de « contreparties », une soi-disant « symétrie », comme dans le cadre de la votation sur la Réforme de la fiscalité et du financement de l’Assurance Vieillesse, la RFFA, que le patronat finit par obtenir ce qu’il demande.

Ce refus de nouveaux cadeaux aux riches se retrouve paradoxalement dans l’échec du projet de financement public de la presse. Pour gagner, c’est à l’idée largement répandue, d’un « cadeau aux milliardaires zurichois » que les adversaires du projet ont eu recours. Une fois encore, au-delà du résultat délétère pour la presse, c’est ici aussi un réflexe « contre les cadeaux aux riches » qui s’est imposé et qui a, à coup sûr, fait la différence dans les urnes.
A cela s’ajoute évidemment une méfiance fort répandue à l’égard de la presse, d’une presse qui, privée de moyens, risque d’être encore plus qu’elle ne l’est déjà -à défaut d’en être directement la voix,- à la merci de ses maîtres, les annonceurs.

Et c’est toujours le refus de se plier au chantage du « terreau favorable aux entreprises », de « la défense du tissu économique » qu’exprime le large succès de l’initiative pour la protection des jeunes face au tabac. Entre les intérêts privés de quelques poignées d’actionnaires et la nécessité publique de protéger la santé de la jeunesse, c’est par un raz-de-marée que les premiers ont été balayés. En Suisse, cela n’a pas toujours été le cas, les résultats des votes sur l’exportations d’armes ne me contrediront pas…

Et c’est plus que probablement un réflexe « social » qui a fait pencher la balance, à Genève, en faveur de l’initiative durcissant l’accès aux logements sociaux. On peut en effet raisonnablement penser que les quelques dixièmes de pourcent qui ont permis le succès de l’initiative -adoptée par moins de 51% des votant.e.s- résultent de la duperie.
Savamment organisée, la propagande ne s’est que rarement présentée comme excluante -du droit au logement social de celles et ceux qui ne sont pas à Genève depuis au moins quatre ans- mais comme une bataille pour un droit, celui, comme le disait l’affiche, « d’un logement pour les Genevois ».

En conclusion, force est de constater l’existence et le renforcement d’une contestation sociale à laquelle il s’agit de donner des réponses progressistes et solidaires.
A commencer par la bataille contre l’élévation de l’âge de la retraite des femmes -le référendum a déjà abouti, un mois après son lancement- et dans celles, engagées et à engager, contre les cadeaux fiscaux à venir, et pour la réponse aux besoins de la majorité de la population.

Résolument et sans concessions.

Paolo Gilardi, mardi 15 février 2022

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