Sept milliards et plus : pour qui ? (14/05/2022)

« Ceux qui accroissent les dépenses militaires ne pensent pas à plus de sécurité mais à pouvoir dilapider en toute sécurité ». C’est en ces termes que le correspondant à Berne de la Neue Zürcher Zeitung du 10 mai commente la décision prise la veille par le Conseil national.

Ce 9 mai en effet, prenant prétexte de l’agression russe contre l’Ukraine, les partis bourgeois ont obtenu ce qu’ils n’osaient croire jusqu’au 24 février : l’augmentation des dépenses militaires de deux milliards par an de manière à atteindre 1% du PIB.

Ainsi, elles devraient passer des 5,3 milliards actuels -soit déjà un milliard de plus qu’en 2015- à 7,3 milliards en 2030. Ces sommes astronomiques ne représentent toutefois pas la réalité des coûts de la défense nationale.

En effet, une étude publiée en septembre 2021 par Avenir Suisse rappelait que, déjà aujourd’hui et compte tenu des coûts indirects et induits, une fois soustraits les apports positifs à l’économie, la défense nationale coûte en réalité 8,2 milliards tandis qu’un rapport du DDPS de l’été 2012 indiquait que ces coûts « cachés » augmentent de 25 à 30% son coût budgété.

Alors que dans la salle climatisée du Conseil national la majorité bourgeoise s’offrait la sécurité de « pouvoir dilapider », dehors, la place était écrasée sous la chaleur : 25 degrés un 9 mai !

Certes, ces 25 degrés demeurent moins impressionnants que les 47 enregistrés dans le Nord de l’Inde la semaine passée, moins impressionnant aussi que le dégel de la Sibérie qui pourrait libérer des virus restés congelés pendant des centaines de milliers d’années.

Mais ils donnent la mesure des vrais défis du moment, surtout quand la hausse de 1,5 degrés de la température de la planète pourrait intervenir bien plus tôt que prévu.

Mais les sous pour relever ces défis sont difficiles à trouver.  Ils le sont tout comme ceux nécessaires pour faire face aux besoins sociaux d’une population qui subit les effets indirects mais tangibles de la guerre, en particulier l’inflation. Sans parler des fonds indispensables pour faire face à une nouvelle possible vague de COVID cet automne…

Mais c’est le trésor public qui subit une saignée énorme sur laquelle lorgnent les entreprises, militaires et civiles, une ponction annonciatrice de juteux bénéfices pour les actionnaires.

La rapidité avec laquelle les partis bourgeois augmentent les dépenses militaires donne la mesure de la portée du vol en cours : comme si l’analyse de dix seules semaines de guerre permettait de définir les nouvelles mesures d’adaptation des instruments de la défense nationale.

La Neue Zürcher Zeitung pose d’ailleurs la question : « Ist das wirchlich nötig ? Est-ce vraiment nécessaire ? », avant de répondre « Man weiss es heute einfach nicht. Personne ne sait ». Ce qui ne les a pas empêchés de le faire !

Le soir même, le GSsA a organisé une petite manifestation à Berne. Elle devra être suivie d’autres plus larges, plus massives, avant que la Chambre haute confirme la décision du National, avant qu’on nous impose les avions de combat, l’augmentation des effectifs de l’armée et -pourquoi pas ?- la participation à des patrouilles communes dans les cieux européens et l’adhésion à l’OTAN, des choix présentés comme « mesures préventives pour la défense de la Patrie ».

C’est-à-dire, avec les mêmes termes qui ont résonné le 9 mai sur la Place Rouge, à Moscou.

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