Il faut stopper le jeu!

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Personne à ce jour n'est en mesure de prédire la durée de la crise sanitaire et encore moins les changements qu'elle pourrait induire, à moyen et long terme, sur les mentalités, sur les psychologies individuelles, sur le vivre ensemble.

Il est toutefois d'ores et déjà très clair que, au delà des appels au confinement, les mesures prises par les pouvoirs publics limitent fortement les droits démocratiques.

Si la décision de M. Macron d'avoir recours au fameux article 49.3 prise durant une séance du gouvernement convoquée autour du thème de la pandémie en est l'illustration caricaturale, force est aussi de constater que, en s'octroyant le droit de gouverner par voie d'ordonnances, notre Conseil fédéral s'arroge de fait les pleins pouvoirs.

 

S'il n'est pas question ici de discuter de la pertinence des mesures adoptées, il est nécessaire d'attirer l'attention sur les abus qu'une telle altération des règles du jeu démocratique pourrait entraîner et sur les nécessaires antidotes à adopter.

En effet, le droit de réunion, celui de manifester et le droit de grève que les mesures prises réduisent à de purs concepts abstraits ne sont pas seulement des droits constitutionnels. Ce sont des instruments qui permettent de défendre les intérêts de larges couches de la population dans le cadre de rapport contractuels bien souvent inégaux.

Ainsi, le droit de se réunir, pour discuter, pour décider ensemble, n'est pas une notion vague: c'est l'instrument de la mise en commun des idées, des intelligences, c'est l'outil de la définition de la volonté générale. S'en priver, c'est s'exposer au risque d'une volonté imposée par en haut, selon des critères sur lesquels nous ne pourrions avoir aucune prise.

Il en va de même du droit de manifester qui est celui de celles et de ceux qui doivent pouvoir faire connaître, ensemble, leurs points de vue, leurs intérêts de citoyennes et citoyens, de locataires, de salarié.e.s, de chômeuses ou chômeurs, d'étudiant.e.s, apprenti.e.s, sans-toit etc.

Et cela vaut également pour le droit de grève, droit essentiel dans la négociation et qui permet aux employé.e.s, aux travailleuses et travailleurs, de faire valoir leur force face à celle de ceux qui peuvent à tout moment les mettre à pied, les priver du revenu qui leur permet de vivre.

Or, avec les mesures annoncées par les pouvoirs publics, c'est l'équilibre actuel qui vient à être modifié dans la mesure où les régisseurs, les employeurs, les assureurs disposent toujours de leurs armes, la résiliation du bail, le licenciement, la non prise en charge des frais médicaux.

Ce sont les règles du jeu qui viennent en fait à être modifiées. C'est pourquoi, il faut stopper le jeu.

Il faut qu'un moratoire soit prononcé -pour toute la durée de l'émergence Covid-19 en tous cas- de tout licenciement économique, de tout dépôt de bilan de la part d'entreprises ou sociétés, de toute expulsion pour cause de loyers impayés, de toute suspension des prestations des caisses maladie pour cause de non paiement des cotisations, de toute poursuite.

De plus, un tel moratoire pourrait déployer des effets positifs aussi à moyen et long terme dans la mesure où le maintien du pouvoir d'achat des ménages contribuera de manière décisive au maintien de la demande, à amortir ainsi les effets économiques de la crise sanitaire, la récession tant redoutée, et à favoriser la relance. 

Fort des pleins pouvoirs qu'il vient de s'accorder, le Conseil fédéral aura-t-il le courage d'un tel moratoire ou s'inclinera une fois de plus devant les exigences des grandes banques, des assureurs et du grand patronat? 

On peut raisonnablement en douter.

A moins que nous, citoyennes et citoyens, nous le mettions sous une pression suffisamment forte. En recourant aux armes qui nous restent parmi lesquelles nos plumes et nos claviers...

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